Interview

L’Afrique peut devenir une plaque tournante maritime pour le commerce mondial

– Guy Platten, secrétaire général de la Chambre internationale de la marine marchande

 

La Chambre internationale de la marine marchande (ICS) est la première organisation mondiale de transport maritime, représentant environ 80 % du tonnage marchand mondial. Une étude de l’ICS publiée en mars de cette année et intitulée Protectionism in Maritime Economies (Le protectionnisme dans les économies maritimes) a révélé que la réduction des politiques commerciales restrictives pourrait stimuler de plusieurs milliards de dollars la reprise économique de l’Afrique après la COVID-19. Pour Afrique RenouveauFinbarr Toesland a interviewé le secrétaire général de l’ICS, Guy Platten, sur une série de questions liées au transport maritime et au commerce, notamment sur la manière dont l’organisation peut soutenir la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAf). L’entretien a été édité dans un souci de brièveté.

Guy Platten

Afrique Renouveau : Parlons de la récente étude de l’ICS. Quelles sont ses conclusions les plus frappantes, en particulier celles relatives au commerce ?

Ce que nous avons découvert dans le rapport, c’est que les barrières non tarifaires ont un effet disproportionné sur le PIB et que leur élimination pourrait faire une différence considérable en termes d’augmentation réelle de la richesse d’un pays. Nous savons que les nations africaines pourraient améliorer leurs perspectives de reprise économique après la crise de la COVID-19 en supprimant certaines de ces politiques commerciales maritimes restrictives.

Actuellement, le commerce maritime mondial représente 14 000 milliards de dollars. L’Afrique a beaucoup de potentiel pour devenir une plaque tournante du commerce maritime. Nous pensons que si les membres de l’Union africaine réduisaient de moitié leurs restrictions commerciales, cela pourrait entraîner une augmentation de 1 % du PIB d’une économie africaine moyenne.

Quelles sont certaines des mesures que les pays peuvent prendre pour améliorer le commerce ?

Les mesures protectionnistes entravent réellement le libre-échange. Dans de nombreux pays, il y a de nombreux obstacles administratifs à surmonter pour créer une entreprise ou faire du commerce. Se débarrasser de certains de ces obstacles et examiner la façon dont les normes sont établies fera une différence significative.

Comme nous l’avons vu avec le Brexit, ce ne sont pas les tarifs douaniers qui importent le plus ; ce sont les barrières non tarifaires qui bloquent le commerce. Par exemple, l’imposition de normes complexes nécessitant la vérification de toutes les marchandises peut sembler parfaitement raisonnable à première vue, mais elle peut entraver le commerce.

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Il s’agit également d’examiner tous les domaines du commerce. Depuis les obstacles auxquels vous êtes confrontés pour importer et exporter des marchandises jusqu’aux normes relatives à l’utilisation des navires.

Quel rôle l’ICS peut-il jouer dans la mise en œuvre réussie de la ZLECAf ?

Nous pouvons aider en établissant un dialogue entre nous-mêmes, les contacts que nous avons et l’Union africaine, afin d’expliquer de manière peut-être plus détaillée les mesures pratiques qui peuvent être prises pour accroître le commerce. Nous voulons soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf et créer un bon dialogue entre l’UA et le secteur mondial du transport maritime. Nous pouvons aider les pays africains à exploiter les objectifs de la stratégie de l’économie bleue.

Nous savons que le libre-échange favorise la richesse : il peut sortir des millions de personnes de la pauvreté. Et le transport maritime est l’élément vital du commerce.

Notre indice de protectionnisme dans les économies maritimes classe les nations en fonction du degré de restriction de leurs politiques commerciales, sur la base de facteurs tels que les règles d’octroi de licences, l’intégrité du gouvernement et les droits de douane. Nous réexaminerons cet indice dans quelques années pour voir si un pays a introduit ou supprimé des politiques protectionnistes, de sorte que ces pays puissent être déplacés vers le haut ou vers le bas du classement.

Pensez-vous que la ZLECAf va stimuler le commerce intra-africain ?

Tout à fait. Il est difficile d’obtenir une ventilation des données à ce stade, mais je pense que la conversation sur ce que signifie le libre-échange est vitale. Il est important d’expliquer les différentes barrières non tarifaires qui sont actuellement en place et d’essayer de persuader les nations que la suppression de certaines de ces barrières sera économiquement avantageuse.

La discussion et le débat peuvent changer certaines perceptions. Par exemple, en termes de flux commerciaux maritimes, les marchandises exportées et importées d’Afrique ne représentent respectivement que 7 % et 5 % du total des échanges mondiaux. Comparez cela avec l’Asie, où les chiffres sont respectivement de 41 % et 62 %. L’économie bleue recèle un énorme potentiel dont les pays africains peuvent tirer pleinement parti.

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Selon une évaluation de la Banque mondiale, la mise en œuvre de la ZLECAf, parallèlement aux mesures de facilitation des échanges qui réduisent les formalités administratives et simplifient les procédures douanières, se traduira par des milliards de dollars de gains de revenus potentiels.

L’impact de la COVID-19 a été ressenti dans le monde entier. En ce qui concerne le transport maritime, quels défis la COVID-19 a-t-elle posés au commerce en Afrique ?

Ce n’est pas seulement en Afrique. Les pays du monde entier ayant fermé leurs frontières en réponse à COVID-19, nous avons connu une crise de notre main-d’œuvre mondiale qui ne pouvait ni descendre ni monter sur les navires.

Les fermetures dans certains pays n’ont pas pris fin, rappelez-vous, et cela pourrait avoir un impact sur la reprise. Il est important de ne pas perdre de vue le tableau à plus long terme en termes de reprise post-COVID-19.

À quoi ressemble un transport maritime efficace pour l’Afrique ?

Il s’agit de permettre aux navires de circuler librement dans les ports, de disposer de services qui facilitent l’importation et l’exportation de marchandises sans trop d’obstacles administratifs. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement devient plus efficace lorsque vous n’empêchez pas les choses d’être chargées sur les navires ou d’être déchargées des navires. Il s’agit d’une réglementation proportionnée.

Comment voyez-vous l’avenir du commerce en Afrique ?

L’Afrique a un énorme potentiel mondial. Le continent dispose d’une main-d’œuvre de plus en plus instruite.  Il peut tirer parti de toutes ces opportunités et devenir une plaque tournante maritime pour le monde entier. Je crois sincèrement que l’Afrique est stratégiquement bien placée pour le faire.

Avec une population de 1,3 milliard d’habitants, le pouvoir d’achat des consommateurs est énorme. Des services de transport maritime efficaces peuvent réellement contribuer à ce processus.

Par: 

Finbarr Toesland

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

Afrique Renouveau

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