En marge de la cérémonie de lancement du rapport Doing Business 2014 où la Guinée a réussi un bond en avant de quatre places sur le classement mondial, Hadja Ramatoulaye Bah s’est prêtée à nos questions. Profitant de l’opportunité, nos reporters lui ont posé quelques questions notamment celles liées au changement de statut de l’APIP ou encore de l’annonce du départ du PGRP, son parti de la mouvance présidentielle. Sans commentaires, lisez sa réponse :

Bonjour Madame, notre pays vient de gagner 4 points sur le classement Doing Business, selon vous quelles sont les réformes qui ont abouti à ce résultat ?

Ce résultat provient du travail que nous avons effectué en 2012. Il y a tout d’abord la création du guichet unique qui permet à l’entrepreneur de créer son entreprise en un temps record allant de trois à cinq jours selon la taille de l’entreprise. Mais également la mise en place d’un guichet unique qui fonctionne avec un site web régulièrement mis à jour. A ce niveau, faut-il le rappeler que c’est grâce à l’autorisation donnée par le ministère d’Etat de la justice donnée au guichet unique de publier journalièrement tous les agréments sur son site web avant même la parution du journal officiel. Il ya aussi la réforme sur le transfert de la propriété. Avec la collaboration du ministère délégué au budget, les coûts de transfert de propriété ont été sensiblement réduits. Ils passent de 10 à 5% pour les entreprises et à 2% pour les industriels. En plus, le traitement du dossier est fait de manière transparente, ce qui réduit systématiquement du coup le niveau de corruption au cours des opérations. Cela a nécessité la mise en place d’un tarif connu de tout le monde, abordable pour les entrepreneurs et surtout compétitif au niveau de la sous région. Vous avez aussi l’amélioration du commerce transfrontalier dont les premiers efforts ont porté sur le désengorgement du port autonome de Conakry où le temps d’accostage des bateaux et le déchargement des marchandises ont été substantiellement réduits. Ce qui a eu pour conséquences directes, l’augmentation du nombre de navires au port de Conakry et des recettes à ce niveau.

Parlez-nous des perspectives pour d’avantage améliorer ce classement de la Guinée qui, faut-il le rappeler malgré les efforts fournis n’est pas parmi le peloton de tête du continent ?

Dans un futur proche, nous allons nous atteler à la mise en place d’une structure permanente chargée de coordonner les activités et les réformes en cours et  celles à mettre en œuvre. Comme vous le savez, pendant les trois années écoulées, nous nous sommes attelés soit à améliorer ou à mettre en place le cadre juridique, technique et institutionnel de ces réformes. Et toutes ces réformes à faire, comme celles faites, le seront en accord avec le secteur privé qui évolue dans notre pays. C’est pourquoi en cette année 2013, nous avons fait adopter par le gouvernement la lettre de politique générale de promotion des investissements privés qui vise à protéger les investisseurs et établi un règlement pour d’éventuels conflits commerciaux. Dans le même cadre, et pour renforcer la mesure, notre département est entrain d’élaborer le code des investissements qui sera soumis au conseil des ministres pour sa présentation à l’Assemblée Nationale pour avoir une force de loi.
Cette loi sera très importante dans la mise en place du cadre juridique et institutionnel visant à rassurer et protéger aussi bien les investisseurs nationaux qu’étrangers dont notre pays a besoin pour son développement.

Quel a été la réaction des partenaires sur le changement de statut de l’Apip (l’agence de promotion des investisseurs privés) ?

Non, je ne sais pas encore si le statut juridiques de l’Apip a été changé mais ça doit normalement être changé. Tout simplement parce qu’à la création de l’Apip sous la tutelle de mon département, nous avions inclus plusieurs aspects qui allaient nous permettre plus rapidement d’améliorer le climat des affaires et surtout de fournir des services essentiels aux Pme et l’ensemble des entreprises en Guinée. En son sein nous avions logé un département chargé du renforcement des capacités financières et administratives des Pme ainsi que de leur suivi en vue de contribuer au développement économique du pays. Mais la vocation de l’Apip devait être aujourd’hui celle de la promotion des investissements privés en Guinée. Ce pendant, nous attendons donc que le statut soit modifié et que le ministère puisse travailler assez étroitement avec cette agence qui est ramenée au niveau de la Présence de la République. Le travail à faire est très technique et cela nécessite l’apport d’une certaine expertise du département de l’industrie. Cela nous permettrait de continuer les réformes en vue d’avoir un meilleur score. Puisque n’oubliez pas en octobre prochain, ce sera le lancement du rapport 2015 et ce sont les travaux effectués courant 2013 qui seront pris en compte. Cela dit, nous avons besoin qu’au nouveau du gouvernement qu’on mette en place la cellule de coordination des réformes du secteur privé. Cette cellule pourra englober les besoins, les problèmes ainsi que des attentes qui se posent au secteur privé guinéen. Dans les pays où l’économie a connu la croissance, ce sont les Pme (petites et moyennes entreprises) qui sont à la base. Si nous le voulons pour notre pays, c’est un passage obligé.

Mme la ministre, l’on se demande si en détachant l’Apip de votre département pour la Présidence de la République, si on ne vous a pas coupé l’herbe sous les pieds et nombreux sont ceux qui s’interrogent de votre réaction à ce changement ?

Je dois vous dire très sincèrement que j’étais déçue. Pour la simple raison qu’on y a mis beaucoup d’efforts. Une grande équipe a été mise en place pour faire le travail. Vous avez le ministère des Finances, de la justice, de l’Industrie, le groupe de la Banque Mondiale à travers la SFI, et beaucoup d’autres cadres relevant d’autres secteurs ont participé à ce travail pour la mise en place de l’Apip. Cette agence devrait être utilisée pour lever les défis qui se posent au secteur privé guinéen. Si vous voulez, depuis cet acte, le souffle est ralenti mais il est à espérer que le tir peut être rectifié pour rattraper le train. Pour moi, ce qui est important c’est de faire en sorte que l’Apip puisse jouer son rôle de promoteur des investissements privés. Je pense que cela est essentiel. Mais ne pas lui donner des attributions purement techniques comme le programme du Doing Business et d’autres aspects liés au guichet unique, je dirais que les progrès vont être lents. Avec tout l’appui reçu du groupe de la Banque mondiale, si le rythme était maintenu, nous aurions pu faire des progrès énormes et être classés même parmi les dix premiers pays d’Afrique.

Une question politique Madame est le choix de votre parti de rallier l’opposition. Est-ce que ce ralliement traduit votre position ?

Vous me permettrez de ne pas répondre à cette question. Vous voudrrez bien la poser au Président du Parti qui est mieux placé.

Je vous remercie.

Merci.

Interview réalisée, le mardi 29 octobre 2013, au siège de la représentation de la Banque Mondiale en Guinée par Baldé Abdallah en collaboration avec Bho Oumar pour Aminata.com

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