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Dans un entretien qu’il a accordé à notre rédaction, Mohamed Tall, le chef du cabinet de Sidya Touré, président de l’UFR, s’est exprimé sur certaines situations politiques de l’actualité nationale. La récente manifestation meurtrière contre le manque d’électricité, la gouvernance économique du régime en place, les élections locales sont entre autres les sujets débattus au cours de cet entretien à bâton rompu.

 

AMINATA.COM: vous avez suivi récemment les manifestations qui ont fait deux morts contre le manque du courant. A l’UFR qu’est-ce qu’on propose pour régler ce problème?
Mohamed Tall: c’est principalement un problème de gouvernance dû à un mauvais leadership parce que nous avons un système désorganisé, un système de corruption à outrance et une administration qui n’est pas capable de gérer les différents secteurs.  Nous proposons qu’il y ait un changement total au sommet de l’Etat. Il faut mettre en place comme en 1996, le Président Sidya Touré à l’époque premier ministre n’a rien fait que de mettre en place un système de gestion correcte. Il avait vu où il y avait des problèmes où ça bloquait, qu’est-ce qui faisait qu’EDG n’arrivait pas à fonctionner, il a identifié tous ses problèmes. Et puis, il a essayé d’accompagner EDG dans sa réforme en payant par exemple la dette de l’Etat vis-à-vis de la société. Il a mis en place un partenariat avec des étrangers qui avaient des intérêts dans la société, le personnel a été réaffecté de manière très efficace avec une gestion plus saine et des perspectives très claires. A partir de ce moment-là il est possible d’éjecter de l’argent dans ce secteur et de la faire fonctionner sans difficulté.

 

Mais vos adversaires disent que les donnes ont changé. Conakry n’était pas peuplée comme elle était en 1996. Sidya Touré actuellement ne pourrait pas faire de réformes dans ce domaine. Qu’en pensez-vous?
Ça c’est vraiment un discours insultant pour l’intelligence des guinéens. La méthode ne change pas, c’est une question de méthodologie. Les voitures ont évolué, est-ce que ça veut dire que les chauffeurs qui conduisaient en 1970 ne peuvent plus conduire du tout. Il faut qu’on arrête. Il faut que le gouvernement actuel arrête d’amuser la galerie. Ce qu’on lui demande c’est d’aboutir à des résultats satisfaisants pour le peuple de Guinée. Il faut arrêter de dire c’est compliqué même si tel était là. Pour l’instant c’est eux qui sont là. Maintenant s’ils veulent apporter la preuve contraire, ils n’ont qu’à céder la place à Sidya et puis on verra. En attendant c’est eux qui sont responsables. C’est eux qui ont promis avant l’élection du Président Alpha Condé avant l’élection de 2010 même après. Jusqu’à récemment le Premier ministre Saïd promettait dans les quartiers  de l’électricité dans moins d’un mois. Pourquoi promettre si dans le même moment ils savent qu’ils ne peuvent pas.

 

Sur le plan économique, d’après les institutions financières internationales, il y a une performance économique. La Guinée est souvent félicitée par ces instances financières. Il y a quelques jours, le FMI a débloqué 28,2 millions de dollars pour la Guinée. Cette performance ne fait-t-elle parti du bilan positif de ce régime?
Je préfère mesurer le bilan du régime à l’aune des conditions de vie des guinéens. 28 millions, des chiffres qui ne sont pas significatifs, qui n’ont aucune incidence sur la vie des guinéens, ça ne m’intéresse pas. Je préfère de voir de compatriotes qui vivent avec du courant et non avec des guinéens qui manquent de courant pendant 4 mois et qui se font tuer parce qu’ils réclament du courant. Je veux avoir des compatriotes qui ont du boulot et des investisseurs qui  arrivent pour créer des emplois directs. Plutôt que des compatriotes qui manquent de travail qui sont au chômage ou des investisseurs qui fuient le pays. Je juge le gouvernement en fonction de ce que je constate par rapport au niveau de vie de nos citoyens. Au-delà de ça, c’est une question de chiffre, je n’y vois pas clair, d’autant plus que l’assemblée n’est pas en place pour nous donner plus d’information.

 

Cellou Dalein Diallo a menacé de reprendre les manifestations de rue si les élections locales ne se tiennent pas. Etes-vous dans la même ligne que votre allié politique?
Personnellement je suis dans la ligne de dialoguer, de discuter autour de la table. C’est vrai que ça devient urgent parce qu’il y a de questions importantes qu’il faut régler  avant d’aller aux élections. Et on est en train de perdre du temps de manière inexplicable. Mais la logique pour nous c’est d’encourager le dialogue, il faut inciter le gouvernement à ouvrir ce dialogue pour que les différents acteurs puissent parler de questions électorales. Nous avons les élections communales qui sont prévues normalement dans le premier trimestre de cette année. Tout le monde voit bien qu’on est pris par temps, il serait très difficile de tenir ce délai. Mais nous souhaitons que rapidement les discussions s’ouvrent sur ces questions pour qu’au plus tard vers la fin 2014 que nous puissions organiser les élections.

 

A vous entendre, les manifestations politiques sont donc exclues
On n’en est pas là pour l’instant. Commençons d’abord par discuter. On ne peut pas mettre le charrie avant les bœufs. Il faut d’abord discuter après on verra ce qu’il y a lieu d’envisager. Pour l’instant ce que demandons c’est l’ouverture du dialogue autour de ces questions dans un cadre différent de l’assemblée. J’ai l’impression que gouvernement ne veut pas organiser les élections communales. Parce qu’il a la certitude aujourd’hui et l’expérience  des élections législatives. Le gouvernement a la certitude qu’en organisant les élections dans les conditions actuelles y a de très forte chance pour lui de les perdre. Et si jamais il perdait ces élections il connait les conséquences qui s’en suivront parce que les chefs de quartiers, les maires, chefs de districts vont basculer majoritairement dans l’opposition. A ce moment- là son dispositif de fraudes électorales en prendra un coup. Il n’a pas envie d’aller aux élections encore plus affaiblie à l’élection présidentielle. Voilà la raison pour laquelle je suis convaincu que le gouvernement ne veut pas organiser des élections communales avant la présidentielle de 2015.

 

Quel est votre avis sur le nouveau gouvernement de “mission”
Moi je ne sais pas quelle est la mission à part celle dévolue au précédent gouvernement qui est de tenter de museler les guinéens, les plonger dans la misère, manque total de perspectives et toujours des promesses non tenues. Voilà ce que nous avons comme la première version du gouvernement Saïd Fofana. N’oubliez pas qu’il n’est pas un homme nouveau. Il a dirigé le gouvernement pendant trois ans, on a vu ce qu’il était capable de faire. Trois ans après alors que tout le monde attendait à ce qu’on apporte de changement ne se reste qu’en termes des hommes. Le Président a reconduit exactement  celui pendant trois ans a totalement échoué. Comment voulez-vous faire du neuf avec du vieux.

 

Comment se porte l’UFR après les élections législatives du 28 septembre?
Je commencerai d’abord par ces dernières élections. L’UFR s’est très bien comportée lors des élections législatives de 2013. Malheureusement notre parti a été la principale victime du dispositif des fraudes que le pouvoir avait mis en place. Au sortir de ces élections nous avons tiré les premières leçons. Nous avons estimé qu’il fallait immédiatement se mettre au travail pour préparer les échéances avenir. C’est dans cet esprit que nous avons décidé de renouveler nos structures de base. A l’heure où je vous parle des missions sont sur le terrain pour travailler à cette fin avec les structures en place. Au mois de mars se tiendra à Conakry un conseil national au cours duquel nous organiserons un muni-congrès pour valider ces structures. Mais également pour engager des orientations du parti pour les années avenir. Nous avons la volonté de capitaliser l’enthousiasme que nous constatons au niveau des militants à la base. Les élections législatives ont permis à chacun de comprendre à quel point le pouvoir est rejeté, les gens n’en veulent plus. Chacun a compris qu’avec plus de détermination il est possible d’arriver à quelques choses.

 

Mais le parti au pouvoir a parvenu quand même a raflé certaines circonscriptions dans votre fief.
C’est ce que j’ai dit au départ, nous étions la principale victime. Le dispositif de fraudes était important et impressionnant concernait tous les acteurs qui pouvaient être impliqués de près ou de loin dans le processus. Je veux parler du Président de la République lui-même, qui s’est personnellement engagé, de l’administration locale et déconcentrée, de la CENI qui s’est mise au service du pouvoir,  de la FOSSEL, etc. Quand vous avez un dispositif qui s’est met exclusivement à la disposition d’une cause et qui de surcroît cible un parti et la zone qui lui est favorable, il n’est pas étonnant que le résultat issu du scrutin soit falsifié que le reflet du choix populaire. C’est ce qui s’est   passé.

Dites-nous le rapport de forces entre le RPG arc-en-ciel et l’UFR en Basse Côte?
Le RPG en temps normal, dans des conditions de transparence doit peut être existé en Haute Guinée mais nulle part d’autres ailleurs.

 

Mais il y a trois ans, vos militants n’avaient suivi la consigne du votre parti. L’UFR a-t-elle parvenu à reconquérir la Basse Côte?
Aujourd’hui, trois ans après chacun voit le bilan de ce régime. On n’a pas besoin de faire un long discours là-dessus. Les Guinéens ont compris qu’ils ne pouvaient arriver en rien avec ce régime. Donc, tous les guinéens aujourd’hui se demandent comment sortir de cette situation qui ne fait qu’hypothéquer l’avenir de ce pays. L’UFR, c’est vrai, avant trois ans, avait eu quelques difficultés avec une partie de sa base. Mais aujourd’hui, je dois vous rassurer que nous avons récupéré la totalité de ceux qui n’avaient pas suivi nos consignes à l’époque mais également nous avons fait une percée extraordinaire en Forêt où nous avons gagné beaucoup de préfectures pendant les élections législatives. Mais malheureusement, des bureaux de vote ont été massivement écartés. Tout ça c’était pour empêcher l’UFR de gagner des circonscriptions  où nous avions présenté des candidats.

 

Pour la présidentielle de 2015, Sidya Touré prône une candidature unique de l’opposition. Est-ce que l’UFR est prête à se retirer au profit d’un autre parti?
Le Président ne s’est pas opposé à une candidature unique. C’est un débat qui a été suscité par la société civile, qui est en cours, qui concerne tous les guinéens. A cet égard je pense que les guinéens qui se réclament du pouvoir devraient réfléchir sur l’avenir de la Guinée en 2015. Ce débat est en cours, pour l’instant, il n’est pas arrivé  aux politiques. On va laisser les  guinéens débattre de leur avenir, plus tard, je suis sûr que la question viendra sur la table des politiques. A ce moment-là, chacun aura l’occasion de donner son avis là-dessus. Pour l’instant, on va laisser les guinéens discuter de 2015 de leur avenir et dont la manière ils souhaitent voir la classe politique se réorganiser pour sortir le pays de l’ornière.
Ça dépend l’issue du débat. Mais si le débat en cours abouti à ce que  dans l’intérêt du pays et de l’opposition que l’UFR retire sa candidature, pourquoi pas. Pour l’instant, il faudrait laisser le débat se dérouler. Je crois que ça gagne de terrain de plus en plus des guinéens s’intéressent à ça parce que la situation dans laquelle nous vivons ne peut pas nous laisser indifférent. Voilà pourquoi les guinéens s’intéressent de plus en plus. Nous sommes de plus en plus conscients qu’il faut absolument changer ce régime en 2015.

 

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo pour AMINATA.COM
alpha.oumar@aminata.com
+224 666 62 25 24

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