Justice communautaire: la CEDEAO rapproche sa Cour des citoyens guinéens à Conakry
La salle d’audience de la Cour d’appel de Conakry a servi de cadre, ce mercredi 13 mai 2026, au lancement officiel des audiences hors-siège de la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Une initiative présentée comme une étape importante dans le rapprochement entre la justice communautaire et les citoyens ouest-africains.
Pendant près d’une semaine, magistrats, avocats, universitaires, membres de la société civile et étudiants vont échanger autour du fonctionnement de cette juridiction régionale, de ses compétences et des procédures permettant aux citoyens de la saisir.
La rencontre est organisée en deux phases : les 13 et 14 mai sont consacrés aux sessions de sensibilisation et de communication, tandis que les audiences hors siège proprement dites se dérouleront du 15 au 18 mai.
À l’ouverture des travaux, le greffier en chef de la Cour de justice de la CEDEAO, Yaouza Ouro-Sama, a insisté sur l’importance des droits humains dans les activités de la juridiction communautaire.
«La majorité des affaires introduites devant la Cour portent sur des violations des droits humains, soit environ 90 à 95 % des dossiers», a-t-il expliqué, rappelant que l’accès des citoyens à cette juridiction constitue l’une des grandes avancées du protocole additionnel de la CEDEAO.
Selon lui, malgré l’existence de la Cour depuis plus de vingt ans, de nombreux citoyens ignorent encore son rôle et les modalités de saisine. D’où l’importance de cette mission de proximité organisée à Conakry.
Le ministre guinéen de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a salué une initiative qui, selon lui, témoigne de la volonté de la CEDEAO de renforcer l’État de droit dans l’espace sous-régional. «La tenue de cette audience hors siège dans notre pays, pour la première fois, constitue un témoignage éloquent de l’engagement de la CEDEAO à rapprocher la justice communautaire des citoyens guinéens», a-t-il déclaré.
Le ministre a également affirmé que le président Mamadi Doumbouya accorde une attention particulière à cet événement, en raison de l’attachement de la Guinée au processus d’intégration africaine et sous-régionale.
Pour le premier président de la Cour suprême de Guinée, Fodé Bangoura, le choix porté sur la Guinée n’est pas anodin. «La CEDEAO, à travers sa Cour de justice, constitue un instrument essentiel de garantie de l’État de droit, de protection des droits humains et de régulation des rapports entre les États membres et les citoyens », a-t-il rappelé.

Le magistrat a particulièrement salué l’approche inclusive de cette rencontre qui rassemble pouvoirs publics, praticiens du droit, forces de défense et de sécurité, médias, universitaires et organisations de la société civile.
Au cours des différentes communications, plusieurs thèmes ont été développés: le mandat de la Cour, les obligations des États membres, les décisions rendues par la juridiction communautaire, les mesures d’exécution prévues par l’article 25 ainsi que les requêtes de mise en œuvre liées aux droits humains.
Les intervenants ont unanimement insisté sur un défi majeur : l’exécution effective des décisions de justice communautaire dans les États membres. Pour eux, la consolidation de la paix et de l’État de droit dans l’espace CEDEAO passe nécessairement par une justice régionale plus accessible, plus connue et mieux appliquée.
À travers ces audiences hors siège, la Cour de justice de la CEDEAO entend ainsi renforcer sa visibilité, améliorer l’accès des populations à la justice communautaire et consolider le dialogue entre les juridictions nationales et régionales.

Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com
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