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Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, Mohamed Lamine Kaba président de la force des intègres pour la démocratie et la liberté(FIDEL) a déploré la récente création d’un nouveau bloc au sein de l’opposition guinéenne. Il appelle à la reconstitution de l’opposition pour faire face à Alpha Condé qui  selon lui, est en train de nourrir des ambitions pour un troisième mandat.

Dans cet entretien, il également parlé de la crise à la CENI, la recrudescence de l’insécurité et des manifestations projetées par l’opposition et des mouvements de jeunes. Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

Aminata.com: Quelle lecture faites-vous de la crise à la commission électorale nationale indépendante(CENI) où Bakary Fofana a été destitué par une grande partie des commissaires ?

  Mohamed Lamine Kaba: Je pense que dans toute organisation sérieuse pour démettre quelqu’un de ses fonctions, il y a de la procédure. La logique voudrait, on s’est que la CENI est dans des sérieuses difficultés non seulement en termes d’organisation mais aussi en termes de gestion de fonds. Ce qui est plus aberrent, je ne sais pas comment les commissaires ont toléré que leur président Bakary Fofana gère le trésor pendant plus de cinq ans alors que c’est le trésorier qui devrait gérer la chose. Ça, je me demande pourquoi ils l’ont fait. Est-ce que c’est parce qu’ils ont été entretenus pendant plus de cinq(5) ans, et que la révolte est venue aujourd’hui parce que cet entretien n’est plus là, je crois que c’est suspect du fait que c’est maintenant qu’ils se réveillent. Si c’est le cas, je pense que la logique voudrait qu’on fasse d’abord un audit financier mais aussi un audit sur l’organisation de ces élections pour savoir où il y a eu la défaillance et la performance et quels sont les responsables qui n’ont pas agi comme il le faut. C’est en ce sens-là que l’on faire des recommandations notamment le remplacement du président par un autre commissaire. Quoi qu’il en soit, on sait que la CENI est une organisation aphone, inerte qui n’agit que sur injonction de l’exécutif. Pour nous, tout ce qui est en train de se passer au sein de cette institution, le président Condé a des raisons pour tirer les ficelles. Voir que la CENI s’éclate aujourd’hui en lambeaux sans que l’exécutif n’intervienne, c’est qu’il il y a problème quelque part. Le commissaire qui a été élu, seul le président de la république a le pouvoir de le confirmer à travers un décret. Tant que cela n’est pas fait, on ne saura pas qui est le véritable président de cette institution avec ce bicéphalisme.  C’est regrettable ce que nous sommes en train de constater de l’autre côté.

 

Selon vous, quelles seraient les conséquences de cette crise ?

Les conséquences de cette crise sont énormes à partir du moment où l’opposition républicaine réclame l’organisation des élections communales et la maison organisatrice c’est la CENI. S’il y a déjà des divisions à l’interne, il sera difficile d’organiser les élections. Ça sera un alibi pour l’exécutif de retarder la tenue de ces consultations électorales. C’est une conséquence douloureuse que les partis politiques seront obligés d’encaisser. On devrait maintenant avoir des élus locaux. Les délégations spéciales ont des pouvoirs limités. Elles ne peuvent pas faire toutes les actions mais si ce sont des conseillers locaux élus qui gèrent la mairie, il est beaucoup plus facile de résoudre certains problèmes que nous sommes en train de vivre aujourd’hui.

 

L’opposition républicaine annonce des meetings et des marches pacifiques dans les prochains jours pour dénoncer le non application des conclusions du dernier dialogue politique inter-guinéen. Votre avis sur ce sujet ?

L’opposition est dans ses rôles d’organiser des meetings et des manifestations de rue en vue de s’exprimer. Il faut reconnaître que tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire. Le pouvoir est sage quand il se sent juger. Donc la meilleure façon de faire, c’est d’organiser des meetings de sensibilisation et des marches pour exprimer la colère de la population ou de l’opposition sur certaines questions qui préoccupent les citoyens. C’est vrai que la libération des prisonniers politiques a été obtenue mais il reste des points très importants comme l’organisation des élections communales. Jusqu’à présent on n’a pas un calendrier électoral. Ce que je peux conseiller quand même à ceux qui veulent participer à ces manifestations, c’est de commencer par démissionner à la tête des délégations spéciales.  Là, s’il y a un vide juridique dans ces délégations spéciales, cela va pousser l’exécutif à anticiper à le faire. Mais si la mouvance et l’opposition continuent toujours à gérer ces localités, on va dire que ça existe. A mon avis, la meilleure façon de pousser l’exécutif à organiser ces élections c’est de démissionner à la tête des délégations spéciales. C’est cela qui va accélérer le processus dans l’organisation des élections locales. Cela me semble plus efficace que les meetings et les marches.

 

Sur ce sujet, à Addis-Abeba, le président Condé a réagi violemment à une déclaration du ministre sénégalais des affaires étrangères.

En fait, ce qui s’est passé à Addis-Abeba lors du dernier sommet de l’union africaine, à l’ordre du jour, il y avait l’organisation interne du nouveau partenariat pour le développement(NPAD). Le président Condé était venu avec un projet d’abandon de ce concept mais les arguments avancés étaient que les gens s’éternisent à la présidence du comité d’orientation. La déclaration du ministre sénégalais était de dire que le Sénégal dénonce vigoureusement tous les présidents qui cherchent un troisième mandat. Il n’a pas dit un chef d’Etat. Ce dernier parlait de la présidence du comité d’orientation du NPAD et non la présidence des Etats. Le président Alpha obsédé par ce projet de 3ème mandat s’est senti ciblé et heurté dans son projet diabolique. Il a dit que le lieu n’est pas opportun et ce n’était pas l’ordre du jour. Il s’est acharné contre celui-là. Il a dit que ce sont des blancs qui sont en train de faire des injonctions mais les africains ne doivent pas céder à la pression des blancs. Tout ceci prouve à suffisance que son souci aujourd’hui est d’isoler tous ceux qui sont contre une idée de 3ème mandat qu’il est en train de caresser mais aussi il cherche à isoler la France dans cette éventualité. Donc, c’est une fuite en avant. C’est pourquoi il est devenu subitement ce nouveau révolutionnaire. Tout ça c’est inquiétant et  prouve que la démocratie guinéenne est en danger. Et surtout que cela coïncide à cet affaissement de l’opposition républicaine. Nous devons nous donner les mains parce que notre désunion renforce le camp adverse.

 

Ces derniers, nous assistons à une recrudescence de l’insécurité dans le pays. Quelle lecture faites-vous de ce sujet ?

Pour savoir l’ambition d’un gouvernement de la république, il suffit de lire la loi des finances qui est l’ambition chiffrée de l’Etat. Lorsque vous vous intéressez à ce document, vous vous rendrez compte directement que le budget réservé au ministère de la sécurité ne fait pas plus d’1% alors que la présidence de la république a plus de 3% du budget national. Tout ça prouve que le pouvoir en place n’a pas le souci de la sécurité des guinéens alors que la première vocation d’un gouvernement c’est d’assurer la sécurité de tous les citoyens. Notre gouvernement n’est pas ambitieux. Pour nous, ce n’est pas étonnant, c’est regrettable.  Nous avons un pouvoir qui a démissionné devant ses responsabilités et c’est ce qui expliquerait d’ailleurs qu’à chaque moment des citoyens sont en train de s’attaquer et se faire justice. Tout ça parce que si tu arrêtes un malfrat et tu mets à la disposition de l’autorité, tu peux le retrouver le lendemain dans la rue en train de te menacer.

 

Quel autre sujet voudriez-vous développer pour clôturer notre entretien ?

C’est la situation actuelle de l’opposition républicaine. Je suis nostalgique de l’opposition républicaine en 2012 où vous aviez de grandes figures telles que Lansana Kouyaté, Sidya Touré, Baadiko, Boubacar Barry et tant d’autres qui ont abandonné aujourd’hui cette opposition. Le cas le plus récent et le plus choquant c’est la formation de cette alliance qu’on appelle front pour l’alternance démocratique composé de leaders que vous connaissez (Mouctar Diallo, Aboubacar Sylla et Jean Marc Téliano). A mon avis, on devrait se battre pour reconstituer l’opposition parce que le président que nous avons en face est en train de nourrir ses ambitions pour un troisième mandat. Ce serait mieux que l’opposition s’unisse comme 2012/2013 en vue de le dissuader. Si l’opposition continue à se diviser en sous-groupes, nous sommes en train de multiplier les fronts. Le front commun que nous devons avoir c’est le pouvoir. S’il y a des fronts entre l’opposition, il sera difficile de se retrouver et faire face à l’adversaire commun que nous avons. Nous pensons qu’il y a une nécessité de reconstituer l’opposition pour l’intérêt de la nation et de la démocratie guinéenne. Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire et il est sage quand il se sent juger. L’opposition ne pourra jouer son rôle que dans l’union.

 

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry

 

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