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Sur la base d’un constat fait dans plusieurs habitations dans les quartiers de Conakry, notre reporter a découvert que la plupart des salons sont en bois. Ce constat a permis d’aller à la rencontre d’un certain Maitre Ibrahima Kourouma,  premier rotinier à Conakry, spécialiste en la matière et qui a son atelier à Kipé dans la commune de Ratoma où, il a bien voulu s’exprimer à notre micro. Cet entretien a essentiellement porté sur le travail du rotin, là où on le trouve en Guinée et surtout l’engouement des guinéens aujourd’hui pour les meubles faits du rotin. Voici cet entretien.

Aminata.com (AC): Bonjour maitre, présentez vous à nos aimables lecteurs.

Maitre Ibrahima Kourouma (IK) Bonjour : je m’appelle Ibrahima Kourouma, le premier  rotinier à Conakry. Mon atelier se trouve à Kipé dans la Commune de Ratoma.

Depuis quand vous avez commencé à pratiquer ce métier ?

J’ai commencé ce métier il ya de cela 25 ans, là où vous me trouvez ici à Kipé qui était une petite  localité qui ressemblait à un petit village qui n’avait pas assez d’habitants comme aujourd’hui.

Êtes-vous vraiment le premier à ouvrir un atelier de rotinier ici à Conakry ?

Je peux dire que j’ai formé beaucoup d’apprentis, dont les premiers sont des maliens suivis de sénégalais qui étaient venus apprendre avec moi ce métier avant de se retourner dans leurs pays respectifs. Ensuite, je peux dire que plus de 75% des maitres des différents ateliers de ce métier ici à Conakry comme à l’intérieur du pays ont été mes apprentis.

Vous  dites avoir formé plus de 75% des maitres dans ce métier ; dites nous comment êtes –vous venus  dans ce métier ? Qui a été votre maitre ?

A mon niveau, c’est au cours d’un rêve que je me suis vu diriger vers ce métier. En réalité, je ne peux pas dire que c’est X qui a été mon maitre, c’est le destin. C’est pour cette raison, que je peux dire que c’est grâce à mon génie personnel que j’ai découvert ce métier.

C’est quoi le rotin ?

Oh ! Le rotin, c’est un arbre qui est très spécial, unique c’est comme du palmier qu’on retrouve dans la brousse. On le trouve généralement au bord des fleuves.

Comment vous arrivez à transformer ce bois selon vos besoins ?

Pour former les différents modèles à travers ce bois, on utilise du gaz mais aussi avec quelques techniques pour n’importe quelle forme. Sans le gaz on ne peut pas donner une forme quelconque à ce bois.

 

Vous travaillez pour qui ? Et chez vous, une commende prendra combien de temps ?

Je travaille pour tout le monde. Car, mes produits sont souvent demandés par les hautes personnalités notamment, des ministres, des directeurs, des commerçants etc. qui viennent pour les acheter. Il faut dire qu’avant, c’était seulement les blancs qui achetaient ces produits dont la plupart sont des Canadiens du fait que les guinéens ignoraient l’importance de ce bois qui est unique et spécial. Mais depuis un certain temps, je pense qu’ils ont eux aussi compris son importance et se sont dirigés vers le rotin. Aujourd’hui, je peux vous dire que plus de 90% de guinéens s’intéressent à notre production.

Pour ce qui est de la durée d’une commande ; ça dépend de la quantité et du modèle que le client nous fait. Il ya des commandes d’une semaine, de deux semaines voire même d’un mois.

 

Nous avons parlé de la durée d’une commande, mais et les prix ? Comment se présentent-ils ?

Le salon le plus cher chez nous est de 15 000 000 GNF, le moins cher est de 1 800 000 GNF. Mais je veux vous dire que ces genres de salons que nous vendons aujourd’hui à 1 800 000 étaient à 2 500 000 GNF. Donc, c’est compte tenu de la conjoncture actuelle de la Guinée que nous avons rabaissé les prix pour permettre à tous les guinéens de se procurer au moins d’un salon en rotin.

 

Votre travail est-il rentable par rapport à la conjoncture que vous évoquez ?

Je peux dire que ça marche très bien, parce que depuis 25 ans je suis dans ce métier, j’arrive à nourrir ma famille dans ça, j’arrive à régler mes besoins dans ça aussi etc.

Maitre, ya  t-il des difficultés  rencontrées dans l’exercice de votre métier ?

Vraiment nous rencontrons d’énormes difficultés surtout aujourd’hui qu’on n’a pas connu dans les années 90 dans le cadre de l’obtention du rotin. Par ce qu’au début, on pouvait trouver le rotin dans les préfectures qui n’étaient pas si loin de la capitale où nous exerçons ce métier, qui sont entre autres : Dubréka, Coyah, Kindia et Forécariah. Mais au jour d’aujourd’hui, pour avoir le rotin c’est très difficile. Car, il nous faut aller jusqu’en forêt profonde, soit à Guéckedou, N’Zérékoré ou Yomou. Il ya aussi le gaz qui coûte de nos jours très cher et pourtant nous travaillons avec le gaz. Quand même on essaie de s’en sortir.

Qu’est que vous avez à dire aux jeunes d’aujourd’hui qui souhaiteraient embrasser ce métier ?

Je demande à tous les jeunes qu’ils soient universitaires, élèves, étudiants sortants, d’apprendre toujours un métier qui va leur donner quelque chose à l’avenir qui est essentiel. Parce que, l’école est une clé pour ouvrir. Une fois que tu ouvres, tu vois le monde partout.  Et surtout de ne pas croire que tout est facile sans courage et persévérance. L’argent vient après.

 Avez-vous aussi un message envers ceux qui souhaiteraient s’acheter des meubles à rotin ?

Je demande à ceux là qui ne connaissent pas encore ces genres de produits de venir voir. parce que le rotin est une matière plus légère que le bois ordinaire, et plus facile à transporter.  Ensuite, il rend très joli votre maison. Le rotin peut avoir une durée de plus de 30 ans voire même 50 ans, s’il est bien entretenu.

 

Un message aussi envers les autorités ?

Bien sûr, je profite de votre micro pour appeler le gouvernement à faire face aux ouvriers en général pour les aider à avoir des fonds qui puissent leur permettre d’acheter du matériel. Parce que les artisans font partie de ceux qui vendent l’image du pays à l’extérieur à travers leurs belles œuvres issues de leurs génies créateurs.

 

Propos recueillis par Oumar M’Böh pour Aminata.com

622624545/666369744

mbooumar@gmail.com

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