Mme le Ministre de l’Industrie et des PME, Ramatoulaye Bah, a participé à la Conférence ministérielle des Pays les Moins Avancés (PMA) qui s’est tenue à Lima, au Pérou, du 30 novembre et 1er décembre 2013. La conférence a adopté la « Déclaration Ministérielle de Lima » pour « la mise en œuvre de la stratégie opérationnelle des PMA ». Mme le Ministre a ensuite participé à la Quinzième Session de la Conférence Générale de l’ONUDI, toujours à Lima, du 2 au 6 décembre 2013. La Session a adopté la « Déclaration de Lima : Vers un développement industriel inclusif et durable ». Celle-ci reconnaît que l’éradication de la pauvreté reste l’impératif essentiel et qu’elle ne sera possible que grâce à une forte croissance économique et industrielle prenant en compte les impératifs du développement durable. Voici l’interview que Mme le Ministre nous a accordée à son retour.

 

Aminata.com: Quel était le thème de la Conférence Ministérielle des Pays les Moins Avancés et quels étaient les participants ?

Ramatoulaye Bah : La Conférence s’est tenue autour du thème « Du programme d’action d’Istanbul au monde que nous voulons bâtir an 2015 et au-delà ». Elle a été organisée par l’ONUDI (l’Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel). Elle a connu la participation de ministres de 49 PMA (34 en Afrique, 14 en Asie-Pacifique et un en Amérique Latine), ainsi que des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Elle fait suite à la 4e conférence des Nations-Unies sur les PMA tenue à Istanbul du 9 au 13 mai 2011, dont le Programme d’Action pour la décennie 2011-2020 exhorte les PMA à opérer une transformation structurelle de leurs économies afin d’éradiquer la pauvreté, d’atteindre les objectifs de développement décidés à l’échelle mondiale et d’assurer une sortie de la catégorie des Pays les Moins Avancés.

Qu’est-ce qui a été dit et fait en substance pendant la Conférence ?

La Conférence de Lima a dégagé les multiples potentialités et les atouts de la coopération Sud-Sud et de la coopération avec les BRICS et les autres pays émergents. Ces coopérations pourront conduire rapidement au développement du secteur privé et des PME, au renforcement des capacités de production, au développement du commerce et à la création d’emplois. La Conférence a souligné le rôle des femmes dans l’approche chaîne de valeurs agricoles et a mis l’accent sur la nécessité d’un « développement industriel inclusif et durable » des PMA.

 

Quelle a été votre contribution personnelle à cette conférence ?

La ministre avec le Directeur Général de l’ONUDI

J’ai été conviée à participer à un panel d’experts internationaux. J’ai fait un exposé en anglais sur la « Coopération industrielle Sud-Sud : Le rôle des entreprises du Sud dans les Pays les Moins Avancés ». J’ai représenté à ce panel à la fois l’Afrique, le secteur public et les Femmes. Dans mon exposé, j’ai présenté les atouts des pays du Sud, en particulier ceux de la Guinée à travers ses richesses minières et son potentiel agricole. J’ai fait comprendre que pour attirer les investisseurs, le secteur public dans les PMA doit améliorer les cadres institutionnel, juridique et réglementaire mais aussi s’impliquer fortement dans les processus d’identification des problèmes et dans leur résolution à travers une plateforme permanente de dialogues public-privé. À mon avis, dans le cadre de la coopération Sud-Sud, le secteur privé doit pouvoir dégager des stratégies pour accroître son rôle de moteur de croissance dans divers secteurs économiques où les grandes entreprises et les multinationales du Sud investissent dans des programmes structurants.

 

Vous avez dû faire une brillante présentation en anglais, puisqu’elle vous a valu les vives félicitations des participants ?  

Oui, bien que représentant un pays francophone à la Conférence de Lima, c’était plus facile pour moi de rédiger directement mon texte en anglais. Et puis, l’audience était majoritairement anglophone. Donc je voulais qu’elle comprenne mieux ce que je disais et soit mieux disposée envers mon pays, d’autant plus que je cherchais surtout à « vendre » la Guinée en insérant dans mon exposé une présentation de son formidable potentiel économique, notamment sur les plans minier et agricole.

Ensuite, il y a eu, du 2 au 6 décembre 2013, toujours à Lima, au Pérou, la Quinzième Session de la Conférence Générale de l’ONUDI et vous y avez également représenté la Guinée. Quels étaient les participants et, brièvement, qu’est-ce qui s’y est passé ?

La Session a connu la participation du Président de la République du Pérou, du Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon, du nouveau Directeur Général de l’ONUDI, M. Li Yong, de hauts représentants des organisations internationales de développement, de la Banque Mondiale et d’autres agences spécialisées des Nations-Unies, ainsi que de plusieurs chefs de gouvernement et ministres. Après la cérémonie d’ouverture, de nouveaux postes ont été pourvus par voie élective, dont deux qui revenaient à l’Afrique : un poste au sein du Conseil de Développement Industriel (CDI) et un autre d’auditeur externe. Les demandes de candidatures avaient été auparavant transmises par l’ONUDI aux missions permanentes des pays africains à Vienne. Malheureusement, la République de Guinée n’a pas pu présenter sa candidature à ces importants postes de décision par manque d’informations.

Est-ce que la Guinée a un programme important avec l’ONUDI ? Quelles sont les actions de cette agence onusienne en Guinée ?

J’ai profité d’un entretien avec le Directeur Général de l’ONUDI pour signer avec lui une déclaration portant sur le cadre général d’un programme pays. À travers cette signature, l’ONUDI a accordé une enveloppe de 150 000 euros à la Guinée afin qu’elle puisse entreprendre immédiatement des activités prioritaires, notamment l’élaboration d’un cadre stratégique pour l’industrialisation accélérée et diversifiées de la Guinée d’ici 2020. En effet, nous collaborons avec l’ONUDI pour la promotion des PME guinéennes à travers la création d’un centre d’appui technique, administratif et de démonstration des nouvelles technologies dans l’agro-industrie et bientôt dans un programme spécial sur l’industrie verte.

C’est quoi l’industrie verte ?

L’industrie verte est un développement industriel qui utilise rationnellement les ressources naturelles, recycle les déchets et réduit la pollution. Elle est la meilleure approche pour réaliser le développement durable. Elle utilise des technologies vertes et met en place des sociétés dotées d’équipements pour le renouvellement de l’énergie et utilisent des technologies propres, des sociétés qui récupèrent les matériaux, gèrent, traitent, transportent ou recyclent les déchets, ainsi que des sociétés qui traitent et recyclent les eaux usées. Donc elle induit des processus visant à concilier développement industriel et préservation de l’écologie. Bref, avec l’industrie verte, on produit des biens et services, on crée de l’emploi et on améliore le niveau de vie des pays en développement sans détruire le climat ni l’environnement.

La Guinée va-t-elle faire une option pour l’industrie verte, comme les pays émergents et certains pays en développement ou en transition ?

La Guinée est membre de la Plateforme de l’Industrie Verte depuis juillet 2012. Celle-ci a été mise en place par l’ONUDI à la Conférence de Rio sur l’Environnement en 2012. L’objectif essentiel de la plateforme verte est le développement durable pour tous les pays du monde. Par conséquent, le développement industriel et l’innovation sont des éléments critiques pour réduire la pauvreté, assurer des emplois décents, fournir suffisamment de la nourriture, de l’eau et de l’électricité afin d’améliorer les conditions de vie de tous. Les pays émergents (notamment l’Inde) sont en avance dans le développement de l’industrie verte. La Guinée pourrait s’inspirer de leur expérience pour recycler les déchets, produire des biens et services, créer des emplois, améliorer le cadre de vie et par conséquent la santé des populations, surtout dans les zones urbaines.

Interview réalisée par El Béchir  pour Aminata.com

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