Troisième mandat, conflit entre agriculteurs et éleveurs à Lola, condamnation de Paul Moussa Diawara: le grand oral de Théophile Maomou du CCDG

Théophile Maomou, président du mouvement Conseil Citoyen pour le Développement de la Guinée (CCDG)
Théophile Maomou, président du mouvement Conseil Citoyen pour le Développement de la Guinée (CCDG)

Dans une interview accordée à notre rédaction, Théophile Maomou président du mouvement Conseil Citoyen pour le Développement de la Guinée (CCDG) a parlé de l’éventuelle modification de la constitution afin de permettre à Alpha Condé de briguer un troisième mandat, le conflit entre agriculteurs et éleveurs à Gueasso dans la préfecture et l’affaire Paul Moussa Diawara ancien directeur général de l’OGP limogé et condamné pour détournement de fonds publics.

Nous vous proposons l’intégralité de cet entretien.

Aminata.com: La mouvance présidentielle est en train de préparer une modification de la Constitution guinéenne afin de permettre à l’actuel chef de l’État de briguer un troisième mandat. Beaucoup de mouvements sont en train de naître pour barrer la route à cette éventualité. Quelle lecture faites-vous de cette actualité ?

Théophile Maomou: c’est une lecture de désarrois. Nous sommes très très surpris et choqués d’entendre quelqu’un qui a juré de protéger les Guinéens, leurs intérêts et les sécuriser, mais aussi de créer un cadre de vie descent et qui est élu par le suffrage universel, que ça lui qui accepte d’aller à un changement constitutionnel sous prétexte que  cette Constitution n’est pas légitime. Ce sont des jeux, de calcul politique, sinon, il n’y a rien  de mieux dans ce qu’ils sont en  train de proposer que l’actuelle  Constitution puisque c’est elle qui a permis de ramener la stabilité en Guinée, d’installer les institutions républicaines que nous avons actuellement y compris président de la République. On ne peut pas se lever aujourd’hui pour nous dire que cette constitution n’est pas légitime. On nous aurait dit alors que le président de la République n’est pas légitime puisque c’est à la base de cette Constitution qu’il a été élu. J’ai entendu des gens dire que le président de la République, lui, il peut être légitime. Il a été directement élu par le peuple et c’est ce peuple qui est souverain. Cette constitution a été rédigée par le conseil national de la transition (CNT) mis en place par un consensus populaire. Elle a été promulguée par le président d’alors. Au delà de tout ça, le président Alpha Condé sait que c’est avec cette constitution qu’il a gouverné la Guinée. Ses prérogatives émanent de cette Constitution. Donc, on ne peut pas nous chanter que c’est une Constitution illégitime. En ce moment, ce n’est pas la Constitution qui est illégitime mais le président de la République. Nous avons une constitution parfaite et même si elle ne l’est pas, ce n’est pas de cette façon qu’on devrait le faire. Il faudrait qu’on soit rassuré qu’il ne s’agit pas de faire sauter le verrou sur la limitation de mandat.

Que pensez vous de la multitude de mouvements opposés à cette modification constitutionnelle ?

Cela illustre que le peuple de Guinée dans son entier est opposé à une telle véléité. S’il y a une multitude de mouvements, ce qui reste clair, ils ont un dénominateur commun: c’est empêcher que le président Alpha Condé ne fasse un troisième mandat en Guinée. Cela est à saluer parce que ça permet d’avoir beaucoup plus d’acteurs. Cela à quoi nous sommes en train de faire face aujourd’hui est très dangereux. L’État est très fort à tel point que s’il utilise toutes les forces à sa disposition, il anéantit le peuple. Il utilise ce que le peuple a mis à sa disposition pour se retourner contre lui. L’arme détenue par le peuple est en train d’être retourné contre lui. Alpha Condé est en train de s’apprêter à utiliser tous les moyens pour faire passer son projet de révision constitutionnelle qui devrait aboutir à un troisième mandat. Donc, si nous n’avons pas beaucoup de flèches pour notre arc, on va tomber dès le début du combat. Il est prêt à braver tout pour que ce projet ait lieu. Qu’il y ait une multitude de mouvements, cela est salutaire. Je demande à ce qu’on mette ces différents mouvements ensemble pour agir de concert. C’est en cela qu’on va devenir plus fort. Quand il a été question de faire partir le président algérien, c’est plusieurs fronts qui étaient là mais ils se sont mis ensemble. C’est pourquoi, on ne voit pas de couleurs  à la place des Martyrs d’Alger. C’est un seul peuple qui s’est levé pour dire non à la gabegie et à un cinquième mandat. Le président Alpha Condé a dit à Abidjan, qu’il laissera le peuple s’exprimer. Alors le peuple de Guinée s’est exprimé. L’expression suprême du peuple de Guinée, c’est la Constitution. Qu’il ne se confonde pas au peuple de Guinée. Alpha Condé est un citoyen Guinéen avant tout. Comme disait Jean Jacques Rousseau, la souveraineté est un tout constitué par la liberté de chaque citoyen pris individuellement. Donc, Alpha condé n’est égal qu’à lui-même. Il ne sait pas ce que veut le peuple de Guinée. Il est en fin de mandat. Nous sommes en train de rentrer dans une période transitoire. Lorsqu’un nouveau président sera élu, nous serons d’accord de revoir la Constitution parce que l’œuvre humaine n’est jamais parfaite. Si cela conviendra au peuple de Guinée.

Quel appel avez-vous à lancer aux jeunes et femmes qui sont en train d’être manipuler par les promoteurs d’une modification constitutionnelle en Guinée ?

On ne parle qu’à une oreille qui entend. Et une oreille qui entend est celle qui a une conscience. Ceux qui sont en train de se lever pour soutenir une révision constitutionnelle n’ont pas de conscience à mon entendement. Ils sont en train d’être utilisés pour un projet dont ils ne connaissent pas les retombées et les risques à courir. S’il y a des petites voix qui se lèvent pour faire comprendre à Alpha Condé qu’il y a des guinéens qui sont d’accord avec son projet, il va faire le forcing et quand il va le faire, il y aura des oppositions qui seront prises comme des rebelles. Si les opposants sont pris comme des rebelles, ils vont tirer sur eux et si on tirent sur eux, ce sont des guinéens qui vont mourir. Ceux disent oui à un troisième mandat ne sont pas des hommes libres. Leur conscience a déjà été achetée. Aucun d’entre eux ne peut expliquer éloquemment le pourquoi de ce projet qu’ils défendent. Vous avez suivi le passage de Mouctar Diallo sur les grandes gueules de la radio Espace. C’est un Monsieur que je n’ai pas reconnu de son franc parlé. Ce n’est pas ce Mouctar Diallo que j’ai vu vilipender le CNDD et Dadis Camara. C’est un Mouctar Diallo qui s’est fait prostituer. Et quand une femme se fait prostituée, elle met au sol sa beauté. Mouctar se prostitue et se fait attacher jusqu’au cou. Aux jeunes de Guinée qui sont en train déjà de voir Alpha Condé dans un troisième mandat, je leur dirai de se ressaisir, de ne pas penser aux miettes qu’on leur donne, mais penser à ce que leur pays va devenir, aux conséquences d’une crise qui va naître d’un projet voulu par un seul individu.

Certains promoteurs de ce projet sont en train de passer par la division ethnique.

Comme toujours, l’ethnisation est une stratégie qui en train de se normaliser dans notre pays très malheureusement. Ceux qui sont au pouvoir sont arrivés en utilisant les ethnies. Ils sont en train de gouverner le pays avec l’ethnisation, la régionalisation. C’est seulement à l’avènement du président Alpha Condé qu’on a entendu une histoire sale qui divise le Fouta Djallon où on a parlé de peulhs et de roundé. Après plus de trente ans d’existence, c’était ma première fois d’entendre cela. On a sorti cette histoire pour opposer le paisible peuple du Fouta. On est allé dire aux Mano de Nzérékoré que c’est eux qui sont propriétaires de cette localité et non les Guerzés. Tout ça pour les diviser. Si on est en train d’utiliser encore l’ethnie pour aller à un troisième mandat, c’est au peuple de Guinée de comprendre. Si on te prend dans le même piège par deux fois, ce n’est pas celui qui t’a piégé qui est intelligent mais c’est toi qui est dupe.

Quelles sont les actions que votre mouvement entend mener pour barrer la route à ces velléités ?

Nous sommes déjà en train de travailler sur le terrain notamment où nous sommes originaires pour sensibiliser les parents en leur disant que le fait qu’ils ont voté pour un parti plus de trois fois sans aucune retombée, il faut jamais accepté que ce même parti revient demander leurs suffrages. À plus forte raison qu’on leur parle d’un troisième mandat. On a déjà occupé la forêt. On s’apprête à se retourner là-bas. De là bas nous irons en moyenne Guinée mais aussi en haute Guinée pour dire aux citoyens qu’il s’agit d’une affaire de la Guinée. Et quand cette Guinée brûle, le feu ne choisit pas les gens qui doivent brûler. Ça brûle avec tout le monde.

À Gueasso dans la préfecture de Lola, un conflit entre agriculteurs et éleveurs perdure. Des cas de mort et d’arrestations sont signalés. Les autorités locales sont accusées d’entretenir le conflit pour se faire de l’argent. Votre opinion sur ce sujet ?

 

Les autorités locales en forêt, récidives toujours dans les bavures administratives qui doivent s’arrêter. On ne peut pas gouverner un peuple en lui demandant de se pérenniser dans la souffrance. Les pauvres populations qui ont fuit la répression sont en brousse sans manger. D’ailleurs, ils n’ont jamais eu à manger correctement parce que le pays est mal géré. Vous vous rappelez de ce qui s’était passé à Womey. La République a  condamné les populations de cette localité. On les a qualifiés de barbares. Un certain Alhouseny Makanera Kaké, une voix authentique du gouvernement Alpha Condé avait qualifié la population forestière de barbare. Il n’a même pas été inquiété. La Constitution a été ainsi violée dès son premier article parce que l’ethnisation est un crime dans la constitution. Et Makanera l’a fait de vive voix. Il a été suivi par Laye Junior Condé qui a dit que c’est un peuple violent qui mérite d’être corrigé. Et pourtant, ce sont les autorités préfectorales et régionales de Nzérékoré qui sont parties pulvériser Womey contre le virus Ebola sachant bien que dans l’opinion publique, il était compris que si on pulvérise une localité, c’est avec le virus. Les populations locales n’avaient pas été prévenues. Ce qui est en train de se passer à Gueasso, il faut que ça s’arrête. La population locale n’est pas habituée à une cohabitation agriculteurs et éleveurs. Si ça arrive, c’est aux autorités de prendre des mesures adéquates pour éviter qu’il y ait conflit. Il ne faut que l’administration arrive à prendre un côté à cause de l’argent. Les administrateurs territoriaux sont en train de se prostituer au détriment des citoyens auxquels ils sont censés protégés. Thiegboro qui se dit aujourd’hui en train de défendre les Guinéens contre la criminalité, je ne le reconnais pas. Il devait être prompt à aller encore parce qu’il y a été une fois. Si après son départ, le problème à persisté, c’est qu’il est fautif et d’ailleurs complice. Le sous-préfet de Gueasso et le préfet de Lola ne sont pas là-bas en touriste. Ils sont là-bas pour appliquer les lois de la République. Mais ils font tout sauf leur travail. C’est une bavure administrative des autorités locales.  

 

À sa prise de fonction, le premier ministre Kassory Fofana avait promis de mettre fin à la corruption en Guinée. Paul Moussa Diawara ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OPG), Sékou Camara ancien responsable de l’Office guinéen des chargeurs (OGC) et Chérif ancien responsable de la literie nationale de Guinée (LONAGUI) ont été limogés pour détournement de fonds publics. Parmi eux, seul Paul Moussa Diawara a été condamné à 5 ans de prison ferme et au remboursement de plus de 39 milliards de francs guinéens. Beaucoup parle de deux poids deux mesures. Qu’en pensez-vous ?

Le peuple de Guinée retient une histoire un peu sale du premier ministre. C’est pourquoi, il n’est pas le mieux indiqué pour lutter contre la corruption en Guinée. Il faut certains préalables pour qu’on puisse avoir confiance en toi. J’avais dit dès le début que la nomination de Kassory Fofana comme premier ministre est une malédiction pour la Guinée. Il est dans la gestion de la chose publique depuis très longtemps. Et ce que le peuple se sont de lui, c’est des soupçons de détournement de milliards de francs guinéens. Aujourd’hui si c’est sur Paul Moussa Diawara qu’il expérimente sa lutte contre la corruption, je vais dire que le peuple a compris que c’est un règlement de compte contre le Monsieur. Kassory Fofana a accepté de fondre dans le RPG Arc-en-ciel son parti qui est allé aux élections. Il a vendu le parti au président Alpha Condé pour un poste ministériel parce qu’il veut se remplir les poches. Après il est parti promettre des routes, de l’eau, de l’électricité aux guinéens. Il a même promis la nuit, la journée. Paul Moussa est en train de devenir une victime. Il a été limogé avec d’autres, pourquoi ceux-ci n’ont pas été inquiétés? Ils n’ont toujours pas été jugés et on s’acharne contre Paul parce qu’il a récupéré le leadership dans sa communauté devant un certain Marc Yombouno. Ce dernier est très allergique d’entendre le nom de Paul Moussa Diawara. Dans toutes ces interviews avec les médias, Marc Yombouno tente de prouver son innocence dans cette affaire. Mais il n’arrive pas à le dire éloquemment. Dès que tu l’entends, tu sens la haine contre le jeune Diawara. Paul est en train de payer les frais de sa popularité en forêt et son refus de fondre son parti dans le RPG.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

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