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Importante déclaration de l’UFD de Mamadou Baadiko Bah sur la situation du système éducatif guinéen – après les examens 2022

ET MAINTENANT QU’ALLONS-NOUS FAIRE ?

Les résultats du baccalauréat de 2022 sont tombés : le verdict est sans appel, même pour une catastrophe annoncée ! C’est le lieu de se réjouir que le ministère en charge de l’éducation et les pouvoirs publics aient tenu l’engagement de tout faire pour offrir enfin à la Guinée des examens propres, avec des résultats mettant à nu le niveau réel des élèves guinéens ! Même si les grosses poches de fraude bien connues dans le pays ont réussi à passer entre les mailles du filet, nous sommes quand même face à une performance historique qui mérite d’être saluée. Si toutes les fraudes avaient été éradiquées, nul doute que nous aurions bien pu nous retrouver avec un pourcentage d’admis proche de zéro au baccalauréat ! Sur un autre plan, on constate qu’un très timide pas a été fait dans la lutte contre l’impunité qui était la règle en matière de fraudes aux examens. C’est déjà mieux qu’avant, même si le chemin à faire est encore très long et parsemé d’embûches, face à des mafias séculaires, fabricants officiels d’enfants ignares et potentiellement des délinquants, laissés pour compte de notre société injuste, inconsciente et à la limite irresponsable. À présent que la cruelle vérité est là sous nos yeux, que faire pour réhabiliter notre système éducatif après des décennies d’abandon et sortir de ce fléau, obstacle infranchissable au développement économique, social et culturel, pour une jeunesse bien éduquée, bien formée ayant la place qui lui revient de droit dans notre société ? Chacun ira de sa solution, mais l’avantage pour nous est que le mal est bien connu de tous les acteurs de la filière. Nul besoin encore d’Etats généraux, de Commissions, de Forums, etc. !

Les tiroirs du ministère sont remplis de rapports plus pertinents les uns que les autres. Le dernier en date datant de 2018, contient tous les éléments actualisés permettant d’orienter un travail sérieux de remise en état. Côté politique, cette question fait partie de notre combat depuis toujours. Seule avait manqué jusqu’ici aux gouvernants successifs la volonté politique d’agir, contre vents et marées. Et aujourd’hui, pour certains, le réveil est très brutal.

La Guinée depuis des décennies se débat dans une crise multiforme, dans tous les autres domaines (santé, agriculture, justice, sécurité, administration, etc.). Pour mettre fin à cette décadence sans fin depuis 1958, il faut avoir la ferme volonté de s’attaquer aux maux à leur racine, en commençant par l’éducation, pierre angulaire de toute œuvre féconde de développement et de progrès. 

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Un premier pas vient d’être franchi sur cette voie mais qu’on ne s’y trompe pas, la mafia de l’éducation ne s’avouera jamais vaincue et ne lâchera pas facilement prise. 

Ces forces du mal espèrent que tout ceci passera, et que 2022 n’était qu’une chaude alerte et que, comme d’habitude, on reviendra rapidement au «business as usual, les affaires, comme à l’accoutumée ». 

Il n’est pas possible de faire un catalogue de mesures à prendre pour le succès d’une entreprise aussi gigantesque. Mais on peut les résumer ainsi:

– Faire un test national rigoureux de tous les enseignants. Faire le tri entre ceux qui peuvent être maintenus à leur poste, ceux qui devraient recevoir une formation avant d’être réaffectés à des postes compatibles avec leur niveau et ceux qu’il faudrait redéployer ailleurs dans la fonction publique ou l’administration locale. D’autres peuvent être purement et simplement remerciés avec des indemnités consistantes. Dans l’intervalle, pendant le recyclage des enseignants, procéder à une sélection d’enseignants retraités qu’on engagera pour un contrat à durée déterminée ;

– Organiser un concours de recrutement de jeunes enseignants, avec une priorité pour les diplômés des Ecoles Normales d’Instituteurs. Cependant, pour mettre fin au désert éducatif dans l’arrière-pays, avec les enseignants tous agglutinés dans la zone de Conakry et dans les grandes villes, chaque candidat aura un poste assigné obligatoire, avant le concours. Si on ne veut pas aggraver le mal du système éducatif, il y aura lieu d’éviter d’engager des enseignants non qualifiés, en recrutement direct sans concours, quel qu’en soit la raison ;

– Sur la base d’un inventaire objectif et pour combattre le phénomène des écoles-hangars, des écoles-taudis et du désert scolaire dans l’arrière-pays, établir un programme de d’urgence rénovation et de construction pour une durée maximale de 15 mois. Doter toutes ces écoles de maîtres et de mobilier scolaire ;

– Organiser une prise en main sérieuse des élèves n’ayant pas été admis aux derniers examens 

  1. Certains pourront être admis à redoubler mais pour beaucoup de ces jeunes, il faudra les diriger vers des centres d’apprentissage de métiers ou de formation professionnelle rapide. Les notes obtenues aux examens serviront de référence;

– Dans le cadre d’un code général de la fonction publique rénové, adopter un nouveau statut de la fonction enseignante en revalorisant substantiellement les salaires et en y introduisant un système incitatif basé sur l’assiduité, la ponctualité, la conscience professionnelle, les résultats prouvés. Les inspections devront être renforcées pour vérifier le respect de ces dispositions et prendre le cas échéant des sanctions appropriées contre les enseignants défaillants. Dans un système d’examens rigoureux, apprécier les performances des enseignants, à travers les notes d’examens ;

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– Travailler à la refonte complète de tous les programmes scolaires et universitaires et adapter l’enseignement aux exigences de développement économique du pays. Accorder une grande importance à l’enseignement technique et professionnel en l’adaptant aux besoins de l’économie et de la société. Arrêter désormais de former des chômeurs et des inadaptés sociaux, à travers un enseignement général long, sans perspectives d’avenir pour les élèves. Réhabiliter le travail manuel et les langues africaines à l’école ;

– Allouer une quote-part beaucoup plus importante du budget national à l’éducation. Ceci permettra de couvrir les charges de recyclage, de formation permanente des enseignants, l’achat de livres et de matériels didactiques, ainsi que les constructions scolaires. Les trafics de matériels scolaires et de livres volés doivent être sévèrement sanctionnés car il s’agira d’un vol ou de recel de biens publics ;

– Réaménager immédiatement le calendrier scolaire pour sortir de ces vacances de plus de trois mois. L’année scolaire normale aura une durée minimale de 9 mois ;

– Toutes les mesures doivent être prises pour empêcher tout retour en arrière en matière d’examens et concours publics. Tout le corps social, tous lesprofessionnels doivent être sensibilisés et mobilisés à cet effet. Bien entendu, pour la réussite d’une telle réforme en profondeur, il faudra totalement sortir l’éducation du ghetto bien connu précédemment de la politisation à outrance, les recrutements et les promotions se basant sur des critères de militantisme politique ! Toutes ces réformes hardies devront être menées en concertation entre tous les acteurs du secteur: Administration, Syndicats Enseignants représentatifs et crédibles, Associations de parents d’élèves, Acteurs de la Société civile y compris ceux déjà engagés dans l’enseignement communautaire. 

Nous devons bâtir un système éducatif progressiste, d’avant-garde, offrant d’égales chances de réussite à tous les enfants, de toutes conditions, à la ville comme à la campagne, pour l’honneur retrouvé de la noble profession enseignante et pour sortir notre pays de l’ignorance, de la misère et du sous-développement.

Ce programme que nous proposons est certes une œuvre de longue haleine mais la Transition peut parfaitement le mettre sur les rails et passer le flambeau le moment venu à un gouvernement issu d’un processus démocratique de retour à l’ordre constitutionnel. 

Fait à Conakry, le 19 juillet 2022

Pour le Bureau Exécutif

Le Président

 Mamadou Baadiko BAH

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