La République semble malade. Son fonctionnement est inquiétant et son avenir se complique. Le débat sur la troisième république en Guinée est d’une extrême urgence !

De la CENI à la Présidence de la République en passant par l’Assemblée nationale, l’INIDH et la Cour constitutionnelle, l’atmosphère pullule et le cœur de l’État se cancérise ; conséquences d’une course cupide vers un rapide gain pécuniaire. Des pamphlétaires sifflant dans tous les sens avec des vuvuzelas polluent la vie institutionnelle du pays. Plus rien ne va et la marche de la République se crispe. Si le débat tend à évoluer en France sur la 6e République avec des garanties juridiques formant ainsi un État de droit, respectant les libertés individuelles et les droits humains, la création d’institutions citoyennes,  alors, en Guinée, il faut immédiatement se pencher sur l’avenir de la République. Le toilettage institutionnel, l’assainissement du cadre juridique pour son adaptation à la situation socio-culturelle et politico-économique sont d’une précieuse nécessité.

La réforme constitutionnelle est obligatoire

Les institutions de la République doivent être bâties sur le roc et non sur du sable mouvant.  Ces organes doivent refléter l’aspiration du bas peuple tout en assurant l’équilibre et la stabilité institutionnelle. Comme l’ont préconisé avant John Luck dans son ouvrage intitulé «Le traité sur le gouvernement civil» et Charles Montesquieu dans «De l’esprit des lois ».

Pour ce faire, il faut éviter d’aller à la va-vite. Prenons le temps qu’il faut pour mieux faire sans retourner à chaque instant à des débats stériles sur des personnes inspirés par les circonstances .

En effet, la solidité institutionnelle repose sur un  régime juridique de contraintes et  de sanctions, et non sur  du mimétisme institutionnel ou des approches de solutions spontanées et sporadiques qui sont le couronnement d’une république bananière où le chaos et les instabilités sont d’une récurrence indescriptible.

Pourquoi aller vers la troisième République ?

1-      L’idée d’une nouvelle constitution : Aujourd’hui, la Constitution guinéenne révisée de 2010, connait d’énormes avantages, mais mérite une profonde réorganisation. Dans un État où le chef est hyper puissant mérite d’être limité dans ses marges de manœuvres. Il faut cependant constitutionnaliser la structure gouvernementale c’est-à-dire, limiter le nombre de départements ministériels conformément aux urgences du pays. Cela ne doit plus dépendre du pouvoir discrétionnaire du chef de l’État. Car, bon nombre des concitoyens trouvent que c’est une surcharge pour le gouvernement et qui est au détriment de l’État avec de nombreuses dépenses inutiles.

2-      Pour une efficacité et une stabilité gouvernementale, le poste de Premier ministre chef de gouvernement doit être supprimé et instaurer le poste de vice-président en relation avec les institutions et chargé de la promotion du dialogue et de l’équilibre social. Cependant, il doit être nommé par le chef d’État et son limogeage doit faire l’objet d’un projet de lois bien motivé soumis aux députés pour approbation mais, qui n’ont point le pouvoir d’influencer.

3-      La constitution du cabinet présidentielle doit faire l’objet de débats à l’assemblée nationale. Le pays doit limiter ses dépenses et bâtir une économie sociale stable pour mieux contrôler le train de vie de l’Exécutif.

4-      L’Assemblée nationale : 114 députés pour une population estimée à 12 millions. Ceci est insignifiant et souffre d’un grand manque de représentativités. Il faut obligatoirement augmenter le nombre. Ce nombre n’est pas admis à parler ou à décider au nom de tout ce peuple.

5-      Le cadre électoral : il faut mettre en place une administration électorale technique avec un nombre limité de techniciens dans chaque circonscription recrutés sur appel d’offres, accompagné par un autre comité d’observation et de suivie composé des partis politiques ayant des députés à l’Assemblée nationale pour un mandat lié à toute la période électorale. Cela permettra à notre État d’être moins dépensier et les élections seront légèrement litigieuses ou presque pas.

6-      Le choix des présidents des institutions républicaines : C’est là où il faudra mener le grand boulot. Le choix des personnes qui doivent composer nos institutions doit se faire sur appel d’offres également. Chaque postulant doit être d’une bonne moralité et d’une exemplarité sans reproches de nature à ne pas compromettre l’avenir de l’institution. Il doit pouvoir être à l’abri de la corruption ou à des tentatives. Il doit présenter son empire financier.

7-      Les conditions d’éligibilité du président de la République doivent être revues. À ce niveau, même s’il faut garantir à chaque citoyen d’avoir la chance d’être présidentiable, les conditions doivent être dures. Par exemple, il faut résider sur le territoire pendant au moins 10 ans. Avoir un domicile et être en mesure de pouvoir parler au moins 3 langues nationales.

Il faut sauver impérativement la République !

Quand la démocratie est en souffrance, c’est l’anarchie qui s’installe et la République tombe en panne. À l’allure où vont les choses, il faut présager un avenir incertain marqué par des crises à répétition. Pour l’urgence, il faut convoquer une journée nationale de réflexions et de proposition sur l’avenir de la République et d’efficacité institutionnelle. Elle permettra de faire le diagnostic et de réfléchir ensemble sur le redressement de la république et de la démocratie dans notre pays. La refondation du système éducatif est plus que primordial. À ce niveau, il faut mettre un collège d’experts pour nous sortir un plan de sauvetage et de compétitivité.

Il faut craindre, si, rien n’est fait d’ici à  dix ans. Il ne suffit pas seulement de condamner sans agir. L’espoir est encore permis si nous nous mettons tous au chantier de la refondation de la République. Le drame serait pour nous de rester tout le temps dans l’observation, car le pays souffre et il a besoin de guinéens nouveaux soucieux de son devenir. Alors, rien n’est encore trop tard pour sauver la République. Le guinéen nouveau qu’il nous faut, ne se décrète pas, il se conçoit dans l’esprit et dans notre âme. Il est de ce type qui ne comprend de rien du langage ethnique, religieux, tribal ou clanique. Trancender tous ces clivages égoïstes et mesquins fera de nous des forts. Car, la nation qui, par définition, est ce sentiment de vivre collectif pour un même destin, nous impose ce devoir.

Agissons maintenant pour éviter des histoires à notre histoire qui nous invite tous et chacun dans une grandeur à l’unité et à l’amour du prochain !

Par Habib Marouane Camara

Journaliste.

 

 

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