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Contre les discours de haine, une lutte sans relâche

Mobiliser les entreprises, les leaders et le monde de la technologie et des médias sociaux

UN Photo/Manuel Elias

Alice Wairimu Nderitu, conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide, s’adressant aux journalistes le 17 juin 2022, à l’approche de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine (18 juin).

Les tendances, alarmantes, sont à l’augmentation des discours de haine, du racisme, de la xénophobie, de la misogynie et de la haine dans le monde. Mme Alice Wairimu Nderitu est la conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide. L’une de ses priorités est de lutter contre les discours de haine. Elle s’est entretenue avec Zipporah Musau des actions menées par l’ONU pour lutter contre les discours de haine.

Mme Alice Wairimu Nderitu, conseillère spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour la prévention du génocide. Photo ONU/Manuel Elias

L’un des mandats de votre bureau est de combattre les discours de haine. Que décririez-vous comme un discours de haine et comment pouvons-nous le contrer ?

Il n’existe pas de définition juridique internationale du discours de haine. Cependant, nous disposons de la définition de l’ONU contenue dans la Stratégie et le plan d’action de l’ONU sur le discours de haine, lancé par le Secrétaire général Antonio Guterres en 2019.

La Stratégie et le Plan d’action de l’ONU sur le discours de haine, définit le discours de haine comme « tout type de communication par la parole, l’écrit ou le comportement qui attaque ou utilise un langage péjoratif ou discriminatoire en référence à une personne ou un groupe en raison de ce qu’ils sont, sur la base de leur religion, de leur appartenance ethnique, de leur nationalité, de leur race, de leur couleur, de leur ascendance, de leur sexe ou d’autres formes d’identité. »

Cette définition fournit des orientations à l’ensemble du système des Nations Unies sur la manière de s’attaquer au discours de haine de manière globale à travers ce plan d’action.

En raison de l’absence de définition internationale, les discours de haine qui n’atteignent pas le seuil d’incitation à la discrimination, à l’hostilité et à la violence pour lequel il existe des normes juridiques sont difficiles à combattre, et restent donc largement répandus en ligne et hors ligne.

La caractérisation de ce qui est haineux est parfois controversée et contestée en fonction des contextes mondiaux. Aux Nations Unies, nous plaidons pour que les parties prenantes concernées, y compris les entreprises de médias sociaux, adoptent la définition des Nations Unies pour les cas de discours haineux qui n’atteignent pas le seuil de l’incitation.

Dans cette optique, la Stratégie et le Plan d’action de l’ONU sur le discours de haine reconnaissent que le discours de haine peut être très dangereux et contribue à un environnement de marginalisation, de discrimination et même de violence.

On parle souvent du discours de haine en fonction du contexte. Par exemple, aux États-Unis, où la liberté d’expression est si forte, il y a toujours des réticences à utiliser le terme « discours de haine » et des arguments sont souvent avancés pour dire que la frontière est mince entre la liberté d’expression et l’expression qui constitue un discours de haine.

Selon l’ONU, le discours de haine est tout type de communication par la parole, l’écrit ou le comportement qui attaque ou utilise un langage péjoratif ou discriminatoire à l’égard d’une personne ou d’un groupe en raison de ce qu’ils sont, sur la base de leur religion, de leur appartenance ethnique, de leur nationalité, de leur race, de leur couleur, de leur ascendance, de leur sexe ou d’autres formes d’identité.

Le plan d’action de Rabat sur l’interdiction de l’incitation à la haine aborde toutefois cette question et établit une ligne claire entre la liberté d’expression et l’incitation à la haine et à la violence. La stratégie et le plan d’action des Nations Unies sur le discours de haine définissent également un cadre pour s’attaquer au discours de haine de manière holistique, depuis les causes profondes et les griefs qui le motivent jusqu’à son impact sur les victimes et les sociétés.

La Stratégie est en cours de mise en œuvre dans l’ensemble du système des Nations Unies, mais sa valeur réelle en matière de prévention de la violence et de sauvetage des vies dépend de l’engagement de nombreuses personnes, notamment les gouvernements, les acteurs de la société civile et les champions individuels.

Qu’est-ce qui déclenche les discours de haine et pourquoi devons-nous nous en préoccuper ?

Lorsque le discours de haine commence par des stéréotypes, les gens peuvent le considérer comme inoffensif au départ, mais ce n’est pas toujours le cas. Nous devons nous en préoccuper car il n’existe aucun génocide qui n’ait été précédé d’un discours de haine, aucun génocide qui n’ait été accompagné d’un discours de haine.

Les discours de haine sont utilisés pour déshumaniser les personnes visées par un génocide. Nous devons tous comprendre que le discours de haine est le fondement du génocide.

Il ne devrait pas y avoir de tolérance pour les discours de haine ou les stéréotypes ethniques, raciaux ou religieux.

Nous savons par exemple que pour perpétrer le génocide au Rwanda contre les Tutsis, ceux-ci ont été présentés comme des insectes – des cafards – qu’il fallait tuer. Souvent, les gens ne comprennent pas que la représentation des Tutsis de cette manière déshumanisante est un discours de haine.

Lorsque nous pensons à la fréquence à laquelle nous entendons des discours de haine dans ce genre de stéréotypes à travers le monde, lorsque les gens sont décrits comme des mauvaises herbes qu’il faut déraciner, comme des cancers qu’il faut éliminer, nous savons que le monde a des leçons à tirer.

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Il y a aussi des leçons à tirer, même si nous reconnaissons que les médias sociaux ont été créés pour amener les gens à dialoguer les uns avec les autres, mais qu’en même temps, les discours haineux peuvent être amplifiés par les médias sociaux.

Nous devons prêter attention et agir sur l’amplification des discours haineux par les médias et tous ces supports communs qui amplifient les voix.

Comment faites-vous participer le monde de la technologie et des médias sociaux à la stratégie de l’ONU contre les discours de haine ?

En octobre dernier, j’ai informé le Conseil de sécurité des Nations Unies sur le thème des entreprises de technologie et de médias sociaux et des discours de haine. J’ai invité ces grandes entreprises, dont Facebook, Google, Twitter, Tik Tok, Apple et YouTube.

Nous rencontrons régulièrement ces entreprises pour discuter de la manière dont nous pouvons collectivement mieux lutter contre les discours haineux.

Nous disons à ces entreprises de technologie et de médias sociaux que les discours de haine ont proliféré en ligne et qu’elles ont amplifié ce phénomène. Nous leur disons que la Stratégie et le Plan d’action de l’ONU sur la haine ne sont pas quelque chose que l’ONU peut faire seule, mais que cela nécessite des efforts concertés et un partenariat avec toutes les parties prenantes.

Le rôle des entreprises de médias sociaux

Le Plan d’action reconnaît que le secteur de la technologie et les entreprises de médias sociaux sont des partenaires clés pour aborder et contrer les discours de haine.  Les plateformes de médias sociaux constituent un moyen important pour les individus et les communautés de s’engager.

Les Nations Unies s’engagent pleinement à s’associer à ces entreprises pour aborder et contrer les discours de haine, conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme.

C’est cette conversation que j’ai portée devant le Conseil de sécurité des Nations Unies et, ce faisant, j’ai rendu public ce dont nous avions discuté avec les acteurs de la technologie et des médias sociaux. Nous avons parlé de l’augmentation des discours de haine, en particulier de leur portée et de la vitesse à laquelle ils sont diffusés.

Une enquête lancée début 2021 par mon bureau avec le Groupe de travail des Nations Unies sur le discours de haine pour évaluer la mise en œuvre de la stratégie de l’ONU sur le discours de haine a indiqué que de nombreuses entités de l’ONU s’engagent auprès des entreprises de médias sociaux pour répondre aux discours de haine et les contrer, conformément à leurs mandats respectifs.

Les groupes minoritaires ou ceux qui sont perçus comme différents continuent d’être les cibles et les victimes de discours haineux. Ces groupes continuent d’être désignés comme boucs émissaires pour les difficultés rencontrées par les communautés ou les pays. Par exemple, nous avons assisté, lors de la pandémie de la COVID-19, à une escalade des discours de haine à l’encontre des minorités.

Par le passé, les discours de haine ont contribué aux conflits et à la violence.

L’Holocauste, le génocide de 1994 contre les Tutsis au Rwanda et le génocide de Srebrenica en 1995 ont été caractérisés par la déshumanisation et des propos désobligeants dans les discours des dirigeants politiques, entre autres.

En Irak, la campagne lancée par Da’esh/ISIL contre des groupes minoritaires comme les Yazidis, s’est accompagnée de discours haineux et laisse présager la commission d’un génocide. Au Myanmar, des discours de haine ont été utilisés pour décrire les Rohingyas comme des sous-hommes afin de justifier leur massacre.

Que fait l’ONU pour lutter contre les discours de haine ?

La stratégie et le plan d’action des Nations Unies sur le discours de haine représentent l’engagement de l’ONU à aborder et à contrer le discours de haine dans le monde entier.

Elle comprend 13 engagements spécifiques pour que l’ONU aborde et combatte le discours de haine de manière holistique, notamment en

  • s’attaquant aux causes profondes – qui peuvent inclure l’intolérance et la haine fondée sur l’identité.
  • empêchant les discours de haine de dégénérer, en ligne et hors ligne, en incitation à la discrimination, à l’hostilité et à la violence ; protéger les victimes.
  • et en renforçant le partenariat avec les acteurs concernés.

Tout cela est conforme aux normes internationales en matière de droits de l’homme et à la liberté d’opinion et d’expression.

En tant que point focal pour la mise en œuvre de la Stratégie et du Plan d’action de l’ONU sur le discours de haine, mon Bureau apporte son soutien aux entités de l’ONU et aux États membres pour développer des stratégies spécifiques au contexte afin de lutter contre le discours de haine.

La Stratégie des Nations Unies aborde les conditions du discours de haine par le biais d’une analyse de la situation, notamment des développements politiques et sociaux, et décrit les cadres juridiques pertinents.

La Stratégie et le Plan d’action des Nations Unies sur le discours de haine fournissent donc une sorte de plan d’action pour contenir et traiter le discours de haine conformément aux normes internationales des droits de l’homme, en se basant sur quatre principes clés :

  1. La stratégie et sa mise en œuvre doivent être conformes au droit à la liberté d’opinion et d’expression.
  2. La lutte contre le discours de haine est la responsabilité de tous – gouvernements, sociétés, secteur privé, en commençant par les individus.
  3.  À l’ère du numérique, l’ONU devrait soutenir une nouvelle génération de citoyens numériques, habilités à reconnaître, rejeter et s’opposer aux discours de haine.
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Nous devons en savoir plus pour agir efficacement – cela nécessite une collecte de données et une recherche coordonnées, notamment sur les causes profondes, les moteurs et les conditions propices aux discours de haine.

​​Comment cela fonctionnerait-il en Afrique ?

L’un des engagements les plus importants de la stratégie et du plan d’action de l’ONU sur le discours de haine est le renforcement des partenariats avec les acteurs externes, y compris les autres États membres, soulignant la nécessité pour l’ONU d’agir de concert avec d’autres parties prenantes pour enrayer ce phénomène.

Si l’État est le premier responsable de la protection des populations contre les discours de haine, la société civile joue également un rôle très important.

Le rôle de la société civile dans la prévention des crimes d’atrocité est souligné dans la Stratégie et le Plan d’action des Nations unies sur le discours de haine, qui insistent sur la contribution de tous les acteurs de la société, en particulier les acteurs locaux, pour aborder et contrer le discours de haine qui, dans certaines circonstances, peut être un précurseur et un déclencheur d’atrocités.

La lutte contre les discours de haine est la responsabilité de tous – gouvernements, sociétés, secteur privé, à commencer par les femmes et les hommes. Tous sont responsables, tous doivent agir

Malheureusement, nous continuons d’assister à une augmentation des discours de haine dans le monde, ce qui se traduit par des tendances croissantes au racisme, à la xénophobie ainsi qu’à la haine, à la discrimination et aux attaques en fonction de l’identité.

La société civile a également la capacité d’influencer de grands groupes de population lorsqu’elle utilise sa voix pour promouvoir la non-discrimination, le respect de la diversité et l’importance de sociétés inclusives et pacifiques.  Elle peut donc servir de modèle et exercer une influence positive, en contribuant aux efforts de prévention et de consolidation de la paix sur le terrain.

En Afrique et ailleurs, des élections contestées peuvent déclencher un conflit à part entière. Dans certains cas, des élections très contestées sont alimentées par des discours de haine, que ce soit dans les meetings de campagne ou sur les plateformes de médias sociaux. Que pensez-vous de cette situation ?

Souvent, lorsqu’il y a des élections, il y a de l’inquiétude. Les gens craignent qu’il y ait des violences électorales, surtout dans les pays où de telles violences ont eu lieu par le passé.

Il y a cependant des points positifs. En effet, les élections violentes ont donné naissance à des professionnels de la paix qui travaillent jour et nuit pour s’assurer qu’ils font tout leur possible pour prévenir la violence électorale.

Les élections ne devraient pas être une question de vie ou de mort.

Mon conseil est qu’il doit y avoir une responsabilité. L’État de droit doit prévaloir, afin que les gens sachent qu’ils seront tenus pour responsables en cas de violence.

Un proverbe somalien dit que si vous avez été brûlé par du lait chaud, vous aurez peur de tout ce qui est blanc et chaud. Certains pays ont été au bord du précipice à cause de la violence électorale. Ils savent qu’il n’est pas nécessaire que la violence se produise à cause d’une élection. Beaucoup ont pris des mesures préventives.

Aucune société n’est à l’abri d’un génocide, et nous devons donc être très prudents, notamment en ce qui concerne les discours de haine ou le profilage ethnique, racial et religieux. Et bien sûr, je dirais cela pour tous les contextes dans le monde, pas seulement en Afrique – et pas seulement pendant les élections.

Qu’en est-il des dirigeants ?

Parfois, les dirigeants s’affrontent intensément, surtout pendant les élections – ils se battent avec des mots, mobilisent leurs partisans pour profiler leurs adversaires sur le plan ethnique et religieux. Cela peut être une source de division. Il n’est donc pas étonnant qu’après les élections, ces mêmes dirigeants luttent pour trouver un moyen de faire la paix entre eux.

La solution réside dans les dirigeants. Pendant les périodes intenses, les dirigeants doivent trouver des moyens de se mettre d’accord de manière plus responsable. En effet, les leaders savent qu’il leur est possible de développer leurs relations après les élections et de redevenir amis avec les leaders qui étaient leurs adversaires, mais qu’il est très difficile pour leurs partisans de développer ce type de relation après les élections.

Les dirigeants doivent donc guider leurs partisans, qui entretiennent l’inimitié avec « l’autre », sur le bon chemin.

Quel est votre dernier message aux jeunes en Afrique, notamment parce que ce sont eux qui sont parfois utilisés pour commettre des atrocités ?

Pour les jeunes, je dirais d’abord qu’il est essentiel d’éviter l’attribution d’une culpabilité collective. Les crimes sont commis par des individus, et non par des sociétés et des communautés. Quand je parle de culpabilité collective, je veux dire que nous ne devons pas étiqueter les communautés ethniques comme coupables des crimes d’un individu.

Nous devons identifier les individus qui commettent ces crimes. La responsabilité pénale et le jugement des allégations criminelles par les tribunaux sont importants car ils exigent que les individus soient jugés pour ce qu’ils font. Nous devons encourager la prise de toutes les mesures possibles dans ce sens.

L’autre chose que je voudrais demander aux jeunes, c’est de faire des gestes significatifs pour aider à construire des ponts, en particulier à travers les lignes ethniques, raciales et religieuses.

Les jeunes doivent accepter les différences entre les gens et non les craindre. Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Par: 

Zipporah Musau

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

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