Un citoyen interpelle l’opposition, la société civile et tout patriote guinéen (Lettre ouverte)

Tous les partis politiques de l’Opposition Républicaine ;

– Toutes les organisations de la Société Civile guinéenne ;

– Tous les patriotes guinéens de l’intérieur comme de l’extérieur ;

– Tous ceux que j’ai entrainés dans mon sillage et les ai amenés à adhérer au Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et qui en ont pâti dans leur chair et dans leur esprit, victimes de l’inqualifiable et inhumain traitement que leur a infligé l’entrepreneur politique Alpha Condé dont ils ont concouru à l’accession au pouvoir en Guinée.

  1. POURQUOI CETTE LETTRE ?

J’emprunte le titre de l’introduction à ma lettre au titre qu’a donné à l’introduction à son livre Pierre Merlin, Polytechnicien, Ingénieur Général des Ponts et Chaussées, grand passionné de l’Afrique, à laquelle il a consacré « cinquante années passées à l’écoute des réalités africaines » et qui est l’auteur d’un remarquable ouvrage, Espoir pour l’Afrique Noire, dont Jacques Delors, préfacier, alors Président de la Commission des Communautés Européennes a dit beaucoup de bien, en très peu de mots, par une phrase lapidaire, à la fois attachante et engageante en sa promesse d’enrichissement de l’esprit d’une part et, d’autre part, frappante et admirable par sa concision : « Ce livre est un trésor ».

Je n’ai pu résister à la tentation de citer une partie de sa réponse parce que cette réponse, digne d’être partagée, donnée à la question de la renaissance de l’Afrique intertropicale, peut être donnée, mutatis mutandis, à celle de la renaissance de chaque pays d’Afrique Noire. Le défi à relever consiste donc à savoir et pouvoir remplacer le vocable Afrique par celui de n’importe quel pays de l’Afrique intertropicale, en l’occurrence la Guinée, pour que je me reconnaisse sans réserve, comme se serait reconnu tout patriote africain dans la passion qu’a Pierre Merlin pour l’Afrique et pour que la mienne pour la Guinée soit à l’identique de la sienne pour l’Afrique :

 

         « Ce qui m’a décidé à écrire ce livre, dit-il, c’est avant tout le sentiment de l’urgence, un sentiment qui peut se définir en trois mots, inquiétude, tristesse et espoir.

L’inquiétude m’habite quand je vois la situation économique de l’Afrique, si mauvaise et qui depuis une dizaine d’années ne fait que s’aggraver. Dans l’agriculture, l’industrie, le commerce extérieur, les budgets, il y a plutôt un recul que progrès. Ce déclin économique atteint forcément les structures sociales et risquerait, s’il continuait, de désagréger les communautés traditionnelles ou récentes.

La plupart des responsables occidentaux sont fort pessimistes quant à l’avenir à court terme et à moyen terme de l’Afrique Noire. Et, malheureusement, une certaine désespérance se propage dans les milieux dirigeants africains, et dans les masses villageoises ou citadines.

Devant cette situation, comment ne pas être envahi par la tristesse ?

– tristesse pour tous ces paysans qui voient leurs rendements stagner, ces terres disponibles se raréfier, le couvert végétal se dégrader, les prix de leurs produits s’effondrer ;

– tristesse pour ces jeunes étudiants, pour ces diplômés, dont certains me sont très proches, qui ont peiné pendant des années pour faire des études difficiles, ont finalement réussi, et se voient au chômage, sans travail, sans avenir ;

– tristesse pour ces jeunes paysans qui partent en ville à cause des difficultés de l’agriculture, attirés aussi par les « lumières de la ville », et qui bien vite sombrent dans le chômage, sont coupés de leurs attaches et vont un peu à la dérive ;

– tristesse de voir que persiste l’insuffisance de nourriture en quantité et en qualité, et des conditions d’habitat souvent pénibles.

Et pourtant, pour de nombreuses raisons, je garde espoir.

Espoir à cause des jeunes cadres africains, compétents et dynamiques.

Je pense souvent à tous ces directeurs de services de l’agriculture, de l’élevage, de sociétés de développement agricole, de banques, d’industries, que j’ai rencontrés ces dernières années ;

Espoir à cause des paysans et de leurs nouvelles initiatives, de leurs groupements spontanés pour créer une agriculture stable et riche ;

Espoir parce que depuis des années des dirigeants africains à tous les niveaux ont pris une conscience plus nette de la situation de leur pays, des erreurs passées et des changements à faire pour un avenir meilleur.

Voilà pourquoi j’ai rédigé ce livre, le redressement me parait indispensable et possible. Pour ma part j’ai souhaité contribuer dans la mesure de mes moyens à la recherche de solutions ».

 

Et pour bien montrer que sa passion pour l’Afrique n’est pas feinte mais réelle, Pierre Merlin réitère son engagement pour elle en écrivant :

« Je me suis dit que je pouvais apporter la vision d’un homme de terrain, qui parle de ce qu’il a vu, entendu et senti, avec toute la passion que peuvent donner cinquante ans de contacts humains et d’amitié avec les africains…

Il me reste à souhaiter que ces réflexions puissent contribuer, même modestement à la renaissance de l’Afrique intertropicale. »   

 

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Ce qui, à mon tour, m’a décidé à vous adresser cette lettre, c’est le sentiment de l’urgence, le même que celui défini par Pierre Merlin en trois mots, inquiétude, tristesse et espoir. Mais ce sentiment de l’urgence, à lui seul, ne saurait suffire à traduire l’état d’esprit dans lequel se trouve plongé aujourd’hui l’écrasante majorité du peuple de Guinée, état d’esprit défini par un ras-le-bol qui se résout en un sentiment de révolte et d’indignation devant le scandale d’une gouvernance dont la gestion patrimoniale, a atteint des sommets qu’aucune des deux gouvernances des deux précédents régimes politiques n’a pu atteindre.

Comme Pierre Merlin pour l’Afrique, je suis triste pour la Guinée-Conakry, quand cette tristesse procède du constat de la réelle trahison des clercs, de la trahison de la plupart des intellectuels ou cadres guinéens qui, devenus acteurs politiques, n’ont rien de plus pressé que de jeter par-dessus bord leur projet de société sur la base duquel leur accession au pouvoir s’est effectuée.

Leur préoccupation première, devant le vaste chantier de l’édification nationale dans tous les domaines, qu’il s’agisse de la production, de l’éducation et de la santé, ce n’est pas tant le souci d’aider le peuple à s’engager sur le chemin du développement, en commençant, bien sûr, par résoudre la question prioritaire de la nourriture qui est le souci premier de tout pays, que celui de s’approprier la rente minière, dans un pays minier, comme la Guinée, bénie des dieux, à cause de l’abondance et de la diversité de ses ressources naturelles.

Comment alors ne pas partager l’appréciation de Mamadou L. Diallo, Polytechnicien et Ingénieur des Mines de Paris, auteur de Les Africains sauveront-ils l’Afrique ? quand il écrit avec pertinence :

« La lutte pour l’appropriation des rentes devient une lutte politique pour le pouvoir car c’est le pouvoir politique qui permet de créer des situations de rente et faciliter leur appropriation. Dès lors, la lutte pour le pouvoir revêt un caractère stratégique pour les agents économiques. » pp 33,34

Je suis triste pour la Guinée-Conakry du « Professeur » Président Alpha Condé, devant la promesse du développement non tenue, devant les difficultés que rencontrent les étudiants et les diplômés en quête d’un travail ; devant celles des jeunes paysans, condamnés à un exode rural forcé, attirés pas seulement par les « lumières de la ville », mais par un besoin vital de survivre ; devant les difficultés des innombrables familles paysannes et citadines qui peinent à nourrir, habiller et instruire leurs enfants ; devant le drame poignant de cette jeunesse qui a sombré dans le désespoir et qui cherche, seule, à sa situation des solutions dans l’immigration, dans le mirage d’une vie meilleure, invinciblement attractive en la croyance naïve en une offre certaine de travail ou en des études assurées, dès son arrivée en Europe ou aux Etats-Unis d’Amérique.

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1958 -2017, près de soixante ans après… Soixante années d’indépendance au cours desquelles la Guinée-Conakry est devenue « l’un des pays les plus misérables et les plus corrompus de la planète », écrit François Bonnet, journaliste en ligne de Médiapart. Un autre journal de la capitale française, le Parisien, sous le titre « Enquête sur le fils du président guinéen », enquête relative aux activités et au train de vie de Mohamed Alpha Condé, fils du Chef de l’Etat de Guinée-Conakry, écrit :

« … En effet, voilà plusieurs mois que la justice française s’intéresse aux activités et au train de vie de l’un de ses plus proches conseillers : son propre fils, Mohamed Alpha Condé. Agé de 45 ans, l’homme qui possède la double nationalité guinéenne et française, et officie comme « chargé de mission » au sein de la présidence est l’objet d’accusations d’infractions financières, au premier desquelles des abus de biens sociaux et de détournements de fonds publics. Ces soupçons ont poussé le parquet financier à diligenter une enquête préliminaire depuis fin avril.

Les enquêteurs spécialisés cherchent à savoir si Mohamed Alpha Condé a bénéficié en France, de prestations de luxe (logement, transports, versement d’argent présumé…) payées par des entreprises françaises qui ont des intérêts dans l’industrie minière guinéenne.

Au centre des interrogations, la jouissance d’un vaste appartement du XVIIIè arrondissement de Paris, ainsi que l’emploi régulier, pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, de compagnies de limousines de luxe pour ses déplacements dans la capitale. « On parle de prestations particulièrement coûteuses qui ne correspondent pas au salaire de 800 euros mensuels déclarés par Mohamed Alpha Condé en tant que « chargé de mission » déplore Gregory Mathieu, secrétaire général de l’ONG Fondation pour la gouvernance et la démocratie, et ancien porte-parole de l’ex-commissaire européen aux droits de l’homme, Alvaro Gil-Robles.

Gregory Mathieu indique aussi que de nombreux témoignages assurent que Mohamed Alpha Condé utiliserait régulièrement des jets privés afin de relier des destinations exotiques où il séjournerait au sein d’établissements hôteliers de grand luxe.

«  Il est fondamental que la justice française enquête sur un système de corruption qui n’a comme effet que de privilégier une minorité de personnes en Guinée et non l’ensemble de la population » explique-t-il.

Selon plusieurs sources deux hommes d’affaires possédant des parts dans des sociétés d’extraction minière, et ayant des intérêts en France et en Guinée, seraient au centre des investigations. « La question est de savoir si Mohamed Alpha Condé tire un bénéfice financier ou autre, notamment lors de ses voyages en France, de la part d’hommes d’affaires impliqués dans l’industrie minière guinéenne, et qui, de fait, bénéficieraient d’avantages auprès des décideurs publics guinéens » résume une source proche de l’affaire.

« En payant le fils on achète le père », conclut Gregory Mathieu, qui s’inquiète du niveau de corruption en Guinée-Conakry, ajoutant que le pays occupait en 2014 la 146ème place sur 174 pays du classement de l’indice annuel de la perception de la corruption, établi par l’ONG Transparency International…’’

Un autre journal, guinéen celui-là, Le Lynx, hebdomadaire satirique indépendant titre : « Le Prési Alpha Grimpeur à Freetown et à Ouaga ». Et développe : « Le ‘’roi’’ de l’Afrique aurait apporté, en guise de Condé…léans aux Léonais une misère de 100 000 dollars ricains et 50 tonnes de riz. Le 17 août, le Prési Grimpeur s’est envolé pour Ouaga avec le même montant dans sa gibecière… », laissant derrière lui, sans souci, sa capitale qui se meurt sous le poids de la famine et de la misère, et de la plus monumentale, de la plus monstrueuse poubelle, de la plus scandaleuse décharge qu’une capitale, digne de ce nom n’aurait jamais su abriter, depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel locataire de Sékoutouréya, décharge qui n’a pu dissuader le « Professeur » président de faire de Conakry la capitale mondiale d’une foire du livre.

Telles sont les stupéfiantes révélations faites d’une part sur l’ampleur de la misère et de la corruption, qui place la Guinée dans le groupe des pays les plus misérables et les plus corrompus de la planète – situation qui n’inspire ni compassion, ni préoccupation au « Professeur » président de la République plus empressé de compatir à la douleur d’africains non guinéens qu’il comble, en « blaguant » avec les maigres ressources financières de la Guinée et – d’autre  part, sur le système de corruption en vigueur aujourd’hui en Guinée, son impact et ses conséquences funestes sur le développement du pays.

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Que le « Chargé de mission » au sein de la présidence, Monsieur Mohamed Alpha Condé, fils du Président de la République de Guinée, Monsieur le « Professeur » Alpha Condé, ait fait l’objet d’accusations d’infractions financières et que cela ait pu conduire le parquet financier de Paris à diligenter une enquête préliminaire, voilà qui est proprement scandaleux et nouveau et piquant et qui donne l’occasion, par sa nouveauté même, et par son caractère ignoble, à raison de ce que le délinquant est fils de président de la République, de rappeler que jamais fils et/ou fille de président des première et deuxième République, n’ont fait l’objet, ni en Guinée, ni dans un pays étranger de chronique pénale ou judiciaire aussi scandaleuse, aussi humiliante, aussi sordide et aussi révoltante que celle qui défraie la chronique par l’inqualifiable conduite de Mohamed Alpha Condé, portant ainsi un coup mortel à l’honneur et à la dignité du fier peuple du 28 septembre et 2 octobre 1958.

La question lancinante qui vient à l’esprit de tout patriote guinéen est : les services de renseignements, réputés les yeux et les oreilles d’un Chef d’Etat, étaient-ils au courant bien avant que le parquet financier de Paris diligentât son enquête préliminaire, des activités et train de vie du « chargé de mission » qui officie à la présidence de la République ; de ses prestations particulièrement coûteuses, au regard de son salaire mensuel de 800 euros ? Il eût été incompréhensible, voire impensable que lesdits services ne le fussent pas. En tout état de cause, il serait étrange que cette conduite scandaleuse du « chargé de mission », Mohamed Alpha Condé, ne fût pas portée à la connaissance du Chef de l’Etat guinéen, son père, ou ne fut portée à la connaissance de celui-ci, que bien tardivement, seulement après que le parquet financier ait décidé, à bon droit, de diligenter son enquête préliminaire sur cette conduite ignoble du citoyen français Mohamed Alpha Condé, qui se trouve être également citoyen guinéen, officiant comme « chargé de mission » au sein de la présidence de la République de Guinée.

Quelle a été la réaction du père devant une telle situation infâmante du fils ? On s’étonne du mutisme de l’opposition républicaine ou du peu de publicité qu’elle en a donnée, elle qui est sensée monter la première au créneau pour défendre les valeurs de la République. Cette défaillance de l’opposition est proprement blâmable et inacceptable et pourrait s’expliquer par quelque talon d’Achille de cette opposition, talon d’Achille qui fera l’objet d’un examen ultérieur dans cette lettre. Par ailleurs, devant semblable situation on sait ce qu’aurait fait l’homme d’Etat ghanéen, Jerry John Rawlings qui n’a pas hésité à ordonner que son propre neveu fût passé par les armes, lequel s’était compromis pour si peu, exécution qui valait à la fois déclaration de guerre à l’impunité et message à l’adresse de tout ghanéen qui serait tenté non seulement de porter atteinte à l’intégrité de la chose publique, qui est par excellence la chose du public, mais encore de ternir l’image de marque de la patrie du grand  panafricaniste, Kwame Nkrumah.

« En payant le fils, on achète le père », voilà qui donne à penser que l’honneur et l’image de marque de la Guinée du 28 septembre et 2 octobre 1958 ont bel et bien foutu le camp, à en juger à la manière dont le premier magistrat de la République honore son pays autrement qu’en devenant consciemment ou non – plutôt  consciemment – aux yeux de tout observateur de la gouvernance de la Guinée-Conakry, une marchandise-une vile marchandise– qui se vend et s’achète à vil prix sur le marché de la corruption de son propre pays, « l’un des pays les plus misérables et les plus corrompus de la planète ». On comprend mieux alors pourquoi le président guinéen, Alpha Condé, ne peut suivre l’exemple de l’ancien chef d’Etat ghanéen, Jerry John Rawlings, encore moins prendre la moindre sanction à l’encontre de son « chargé de mission » son fils dont on peut maintenant affirmer, avec certitude, après les révélations faites par le quotidien parisien, que la fonction, le titre enviable de « chargé de mission » officiant au sein de la présidence de la République dont on affuble si généreusement, si pompeusement, Mohamed Alpha Condé, se résout en réalité, en celle d’une minable mission de vulgaire démarcheur auprès d’éventuels corrupteurs, en réalité d’éventuels acheteurs de la vile marchandise Alpha Condé sur le vil marché de la corruption en Guinée-Conakry.

Ceux qui, avec légèreté, s’appliquent à trouver incongru, pour ne pas dire inadmissible, voire déplacé qu’un responsable étranger d’une ONG, en l’occurrence celui de la Fondation pour la gouvernance et la démocratie, se mêle de dire ce qu’il sait sur la conduite, qu’il juge scandaleuse, du fils d’un président de la République, devraient plutôt se demander pourquoi un président de la République, en l’occurrence Monsieur Alpha Condé, dont le fils fait l’objet d’une enquête préliminaire, sur la base d’infractions d’accusations financières, diligentée par le parquet financier de Paris, n’a pour toute réponse à une question, à lui posée, par Global Witness, que nier en bloc telles infractions d’accusations financières portées contre son fils. Or chacun sait que dénégation n’est pas raison suffisante pour convaincre. Pourtant le président guinéen dispose d’une meilleure réponse que celle qui consiste à nier en bloc. Il lui suffisait – et cela aurait suffit aussi et amplement au peuple de Guinée – d’un communiqué de presse de la présidence de la République par lequel il apporterait à l’intention de l’opinion guinéenne et internationale, un démenti à l’appui de la meilleure preuve d’innocence de son fils, qui consisterait en l’abandon pur et simple par le parquet financier de Paris, de son enquête préliminaire dont est l’objet Mohamed Alpha Condé, son fils. En tant que président de la République et, de surcroit, français, il lui était facile d’obtenir du parquet financier de Paris, à la diligence de son ambassadeur en France, auprès du ministère français des affaires étrangères, un procès verbal attestant que son « chargé de mission » est blanc comme neige, alors surtout qu’une telle enquête préliminaire a été diligentée du temps où Monsieur François Hollande, son ami était président de la République française, amitié renforcée par leur commune appartenance à l’Internationale Socialiste. Le président guinéen n’a pas jugé nécessaire de saisir cette opportunité parce qu’il sait que la France, pays de Montesquieu, étant un Etat de droit, où la tradition de la séparation des pouvoirs est près de trois fois centenaire, François Hollande, président de la République française s’interdirait d’une immixtion dans le domaine judiciaire, en faveur d’un ami, fût-il président de la République, en faisant pression sur le parquet financier afin qu’il change le cours d’une enquête préliminaire.

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Ce qui m’a décidé à écrire cette lettre et à vous l’adresser, ce n’est pas tant que j’aie eu à passer des dizaines d’années de ma vie à l’écoute des réalités guinéennes et qu’à cause de cela, je me sens plus doué qu’un autre à trouver des solutions pour la Guinée. C’est plutôt que j’aie eu à vivre ces réalités et que je fus plus un témoin de ce qui advint à la Guinée, sous le régime colonial, que davantage partie prenante de la colossale entreprise conduite par les gouvernants de la première République, après la chute du régime colonial et l’instauration d’une vie indépendante en Guinée pour qu’elle ait un avenir meilleur. Cette gouvernance s’est déroulée, faut-il le rappeler, dans un environnement intérieur et extérieur hostile, lequel était dominé par une conjoncture internationale caractérisée par la guerre froide, cette confrontation extrêmement tendue entre les deux superpuissances de l’époque, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union Soviétique.

Ayant vécu, adolescent, sous le régime colonial, et ayant connu ce que ce régime a fait subir aux peuples coloniaux en général, guinéen en particulier, et ayant eu à traverser trois régimes politiques instaurés en Guinée, après la chute du régime colonial, j’ai le rare privilège d’avoir appartenu à la toute première génération de cadres intellectuels africains et antillais, accourus à Conakry pour se mettre au service du pays, en se mettant spontanément à la disposition du gouvernement du régime naissant de la première République, cela dès les premières semaines qui ont suivi la proclamation de l’indépendance, le général de Gaulle ayant ordonné le départ massif des cadres de l’administration coloniale, lesquels ont emporté jusqu’aux registres de l’état civil, toutes les archives nécessaires au fonctionnement d’une administration publique.

Ce qui m’a décidé à rédiger et à vous adresser cette lettre, c’est aussi et surtout parce que j’ai une dette – une dette immense-envers le peuple de Guinée, à qui est infligée, au quotidien, depuis l’accession au pouvoir du « Professeur » président de la République, Alpha Condé, une gouvernance faite de misère et de corruption.

En quoi consiste ma dette et quelle en est l’étendue ? La réponse me semble trouvée quand, succinctement, elle est donnée ou formulée de la manière suivante : Avoir manqué de tant de discernement, de clairvoyance au point d’avoir contribué à l’accession au pouvoir d’un individu dont on n’a aucune connaissance du personnage ni de son passé ni de son présent, en l’occurrence le « Professeur » Alpha Condé qui, devenu acteur politique et une fois au pouvoir dans son pays natal, lequel lui fut étranger pendant près de quarante ans, accession au pouvoir sur la base d’un projet de société clairement élaboré, du point de vue du développement, en donnant la priorité à l’agriculture et en en faisant le moteur du développement, a délibérément, sans hésiter, sans souci, jeté par-dessus bord le dit projet de société, ce qui a conduit son pays à être classé dans le groupe des pays les plus misérables et les plus corrompus de la planète, mauvais et humiliant classement qui, à lui seul suffit à me rendre débiteur envers le peuple de Guinée pour avoir eu la naïveté de croire en cet acteur politique.  

La priorité à donner à l’agriculture sur l’industrie, en tant que moteur du développement, dans un pays en développement procède de deux impératifs : le premier tient au fait que le souci premier de tout pays est de se nourrir. C’est cette nécessité qui s’impose et qui fait le Premier Ministre indien, Jawaharlal Nehru s’exalter en 1948, en s’écriant : « Tout peut attendre, excepté l’agriculture », paroles de l’homme d’Etat indien cité par N.S. Swaminathan, auteur de Evolution des stratégies de production alimentaire en Inde, au colloque pour les responsables africains de politiques agricoles, tenue à New Dehli, en mai 1986. La même priorité n’est pas démentie lorsque René Dumont, après avoir écrit vingt cinq ans plutôt, dans son ouvrage «L’Afrique est mal partie » : « Nous avons déjà exigé la priorité pour le développement industriel. La priorité à l’agriculture seule est une position typiquement réactionnaire », n’a pas hésité à revenir sur son jugement lorsqu’en 1986, dans son ouvrage « Pour l’Afrique, j’accuse », il écrit : « L’agriculture mérite la priorité absolue ».

Le second impératif est d’ordre historique. Il a été exprimé par Pierre Merlin qui rappelle les rôle et place de l’agriculture dans la richesse des nations, en écrivant :

« On ne trouvera donc pas ici une longue démonstration de ce qui est maintenant une évidence pour tous, mais simplement un rappel de quelques arguments :

– tous les pays devenus riches ont commencé par se doter d’une agriculture solide, notamment dans l’ordre chronologique les Pays-Bas, l’Angleterre, la France, le Japon ;

– les pays sous-développés qui ont choisi la priorité à l’agriculture (Côte d’Ivoire, Cameroun, Tunisie) ont connu un développement plus rapide et surtout plus solide que ceux qui ont donné la priorité à l’industrie ;

– actuellement en Afrique intertropicale huit personnes sur dix vivent de l’agriculture. Aucun développement ne peut être envisagé sans commencer par apporter à cette forte majorité de meilleures conditions de vie, par une promotion de l’agriculture ;

– toute industrie a besoin d’un marché intérieur prospère ; il faut pour cela, dans un premier temps, que les paysans aient des ressources monétaires importantes en plus de leur propre nourriture ;

– quand un pays peut se nourrir par ses propres moyens, il a fait un grand pas vers une vraie indépendance économique.

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L’agriculture, moteur du développement de la Guinée. Le fait que le président guinéen Alpha Condé n’ait pas donné la priorité à l’agriculture et ait, de ce fait raté le coche du développement, est la cause unique de la faillite de sa gouvernance, faillite illustrée par le fait que la Guinée « occupait en 2014 la 146ème place sur 174 pays du classement de l’indice annuel de la perception de la corruption, établi par l’ONG Transparency International… ». S’il est indéniable que la responsabilité de la faillite d’une gouvernance doit être imputée en premier au Chef de l’Etat d’un pays sous-développé, est-on fondé à ignorer cette autre dimension de cette responsabilité qui incombe à ceux qui ont contribué à l’accession de ce Chef d’Etat au pouvoir, lors même que l’inexistence de leur participation directe à cette gouvernance est avérée ? La responsabilité de chacun est fonction du rôle joué et de la place qu’a occupée chacun de ceux qui se sont volontairement impliqués dans cette entreprise politique de l’entrepreneur politique ayant accédé au pouvoir. Il est évident que celui qui a payé de sa personne en prenant le risque d’aller sur le terrain participer à l’implantation des structures d’un parti politique, dans les conditions de la clandestinité et sous un régime militaire, assume une plus grande part de responsabilité lorsqu’il lui incombe de cumuler en même temps les fonctions de direction du parti. Cette responsabilité prend une singulière dimension lorsque, coordonnateur national du parti clandestin, il a, de bonne grâce, sacrifié jusqu’à surseoir à l’exercice de sa profession pour pouvoir disposer de suffisamment de temps aussi bien pour l’implantation des structures du parti que pour l’obtention de son agrément, suite à la publication de la Loi organique portant Charte des Partis politiques.

Bien que je considère que le fait que j’aie assumé la direction du parti pendant sa clandestinité, que j’aie donc ma part de responsabilité dans l’accession au pouvoir du « Professeur » Alpha Condé et que cela, est, à mes yeux, constitutif de dette envers le peuple de Guinée, je crois pouvoir affirmer cependant que cela ne saurait me faire assumer une quelconque part de la terrible responsabilité de la clochardisation du peuple de Guinée, clochardisation sciemment voulue et devant être endossée par le seul Chef de l’Etat guinéen Alpha Condé qui a donné, en toute connaissance de cause une priorité absolue, non à l’agriculture, mais au secteur minier.

Il serait fastidieux d’exposer ce que, en tant que coordonnateur national, j’ai fait pour que naisse et se développe le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG). Le plus important c’est de montrer le processus par lequel le RPG est né et s’est développé en Guinée, comment des cadres, d’anciens cadres du PDG ont mis en place les structures du RPG ; comment par exemple Ibrahima Sory Dioumessy et Karamoko Kouyaté en Haute Guinée, Moussa III Camara en Guinée Forestière, en pays Konian, ont implanté les structures du RPG.

Il faut donc savoir que le RPG n’a pas été une création ex nihilo nihil ; il n’a pas été créé à partir de rien. Il a été créé à partir d’un matériel humain existant. Il a été crée par d’anciens cadres du PDG. Ce sont par exemple Ibrahima Sory Dioumessy et Karamoko Kouyaté, tous deux natifs de la Haute Guinée, ayant de ce fait une meilleure connaissance des hommes, d’anciens cadres du PDG, et par conséquent plus d’attaches solides, qui se sont rendus auprès d’eux, souvent à leurs frais, pour les convaincre d’adhérer au RPG. C’est Moussa III Camara, natif du pays konian en Guinée Forestière qui s’est rendu, pour les mêmes raisons, la plupart du temps à ses frais, auprès d’anciens cadres du PDG, pour accomplir le même travail. Pour accomplir ce travail, il est à peine besoin d’indiquer qu’il faut être sur place, sur le terrain, qu’il faut vivre en Guinée. Pendant qu’Ibrahima Sory Dioumessy, Karamoko Kouyaté et Moussa III Camara parcouraient à leurs frais les villes et les villages, les campagnes de la Haute Guinée et de la Guinée Forestière pour implanter dans la clandestinité et sous le régime militaire les comités du RPG, où se trouvait Alpha Condé ? Il se la coulait douce dans son appartement de la plus haute tour de la place d’Italie à Paris, au prétexte qu’il mettrait sa vie en danger en vivant en Guinée, lui qui, pourtant « opposant historique » et théoricien de la lutte armée, naguère recommandait impérativement le recours à la force armée seule capable à ses yeux de chasser du pouvoir la classe dirigeante qui n’a jamais « abdiqué de son plein gré ».

En épousant ce qu’on croyait être la cause du RPG, qui se confondait, à nos yeux avec la cause de la Guinée, avec la cause de son développement, nous avions perdu de vue une donnée fondamentale. Soit que nous ignorions ce qu’était réellement le personnage d’Alpha Condé, soit que nous demeurions abasourdis par le « Wo fataara » de Lansana Conté, il était alors impossible de nous poser la très importante question : Et si Lansana Conté était moins mauvais qu’Alpha Condé ? Nous n’avions pas pris en considération ce fait capital : Alpha Condé est un pur produit d’un déracinement, pas n’importe quel déracinement, mais un déracinement à ce point qu’il était et est encore devenu tout à fait un étranger dans son pays natal. Il a été coupé et est encore coupé d’une très grande partie de ses racines, de ses attaches, au point que, pour qu’il soit à nouveau en état de reprendre racine profondément dans le sol de son pays natal, il lui faut le recours à de solides supports, à la manière d’un arbre déraciné par les forces de la nature qu’on fait s’enraciner à nouveau. Il lui aurait fallu pour cela faire un apprentissage, pas n’importe quel apprentissage mais un assez long apprentissage de la patrie sur le terrain, à son retour au pays natal en 1991. Mais au lieu de cela, il y a eu, chez lui, ce refus de l’apprentissage, obnubilé qu’il était et qu’il reste toujours par une sorte de « gout forcené du pouvoir », de ce même gout, qu’ « opposant historique », il a lui-même nommé et attribué à Sékou Touré. Cela devait le conduire inévitablement à faire le ménage, peu de temps avant son accession au pouvoir, en se débarrassant sans état d’âme de ceux parmi les meilleurs cadres à qui on doit l’implantation des structures, des comités du parti dans tout le pays pendant la clandestinité du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG).

On ne saurait donner meilleure explication de la faillite de la gouvernance du président guinéen, on ne saurait trouver meilleure réponse à la bonne question posée par le Comité Directeur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), à savoir « qui est réellement Alpha Condé ? » si l’on fait abstraction de son déracinement, de ce déracinement qui s’est produit à un moment crucial de sa vie, à l’âge de quinze (15) ans, à cet âge où l’adolescent fait son apprentissage de la patrie en se créant des attaches solides avec le pays natal. Alpha Condé né le 04 mars 1938 à Boké a quitté la Guinée à l’âge de quinze ans, en l’année civile 1953, ce qui a correspondu à l’année scolaire 1952 – 1953 pour se rendre à Toulouse en France où il s’inscrivit au Lycée Gambetta en classe de seconde à la rentrée scolaire 1953 – 1954. Il n’est retourné en Guinée qu’en 1991 après 38 ans de déracinement. Je mets au défi Alpha Condé, en tant qu’il fut naguère premier responsable du RPG, de désigner un seul comité du RPG qu’il a implanté lui-même dans un quartier d’une ville, dans un village de Guinée.

Qu’est-ce qui explique le fait qu’en mars 1992, au moment de son agrément, le surgissement du RPG sur la scène politique guinéenne, en tant que premier parti d’opposition était un fait accompli ? Parce que le RPG était le seul parti de l’opposition qui avait ses structures, ses comités implantés dans les quatre grandes régions naturelles du pays, dans la plupart des  quartiers des villes, et des villages de la campagne guinéenne à la date de son agrément. Lorsqu’il a fallu déposer le dossier du RPG au Ministère de l’Intérieur par une délégation composée de MM Ibrahima Sory Dioumessy, Karamoko Kouyaté, Moussa III Camara et Mme Hadja Makoto Camara, que j’aie eu l’honneur de conduire, où était Alpha Condé ? Dans son appartement de la plus haute tour de la place d’Italie à Paris. Enfin de tous les hommes d’Etat qui furent Chefs d’Etat en Afrique francophone, Alpha Condé est le seul à avoir été déraciné, au point de vivre trente huit (38) années de vie adolescente, coupé de son pays natal. Et cela a forcément des conséquences désastreuses : depuis son élection en 2010, Alpha Condé n’a pas vécu le temps qu’il faut pour renouer avec les villes et les campagnes guinéennes. Alpha Condé n’est jamais allé à la rencontre des paysans, il n’a jamais vécu une, deux ou trois semaines en milieu rural, au milieu des paysans. Comment peut-il, dans ces conditions, faire de l’agriculture le moteur du développement de la Guinée ? Aimé Césaire, avec son grand poème « Cahier d’un retour au pays natal », a eu mal à l’Afrique, à travers sa Martinique natale. Je ne crois pas qu’Alpha Condé ait jamais eu mal à la Guinée, même avec son ouvrage « Guinée, l’Albanie de l’Afrique ou Néo-colonie américaine ». Il suffit de voir avec quel engouement débridé il arpente l’Afrique, avec sa présidence de l’Union Africaine, sans jamais se donner la peine de parcourir les campagnes guinéennes avec le même engouement, pour engager avec les paysans un dialogue sur la mise en œuvre du projet de société du RPG en vue du développement de la Guinée, fondé sur l’agriculture, sur la priorité absolue à donner à l’agriculture. On aurait bien aimé voir le « Professeur » Alpha Condé aller au-devant de ses concitoyens, lui dont le métier est d’apprendre aux autres et qui sait ou devrait savoir qu’on ne saurait apprendre aux autres que si l’on sait apprendre auprès d’eux, si l’on sait avoir une bonne écoute. On aurait bien aimé voir le président guinéen, le « Professeur » Alpha Condé, parcourir davantage les campagnes guinéennes plutôt que se confiner dans son cabinet au siège de la Présidence de la République à Kaloum ou sillonner plus fréquemment l’Afrique et le monde depuis son élection à la présidence de l’Union Africaine, car « on ne peut apprendre à connaître et à aimer un pays sans parcourir ses campagnes », rappelle avec pertinence, Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie dans son grand ouvrage « La Grande Désillusion », que le président en exercice de l’Union Africaine, président guinéen, Alpha Condé, gagnerait davantage à lire s’il ne l’a déjà fait. Cela lui permettrait de se convaincre davantage de la  justesse du choix fait de l’agriculture comme priorité par l’homme d’Etat indien Jawaharlal Nehru ou de la pertinence et de l’actualité du jugement de Pierre Merlin sur ce choix.

Dans une chronique médicale qu’il intitule « Comment se portent nos chefs d’Etat », et qu’il consacre à seize (16) chefs d’Etat africains, Jeune Afrique N°2953-2954, du 13 au 26 août 2017, s’agissant du président guinéen, Alpha Condé, a beaucoup contribué à la connaissance du personnage, en donnant la réponse à la bonne et pertinente question : « Comment fait-il pour bouger autant, fatiguer son entourage et se jouer des décalages horaires à sept mois de ses 80 ans ? » Lisez plutôt : « Comme Abdoulaye Wade, Alpha Condé mange peu, dort bien et soigne sa forme. Au palais de Sékoutouréya, à Conakry, le président guinéen fait des exercices chaque jour avec un coach sportif venu des Etats Unis et, lorsqu’il s’octroie des vacances, en Tunisie ou en Italie (comme ce fut le cas en ce mois d’août, non loin de Pérouse, en Ombrie), cures thermales et remise en forme sont au menu.

Quand il passe par Paris, le « professeur » manque rarement de consulter son ami, le Dr Soly Bensabat, spécialiste de médecine préventive et patron de Paris Prévention, l’un des centres de check-up les plus courus de la capitale ».

Dommage qu’une telle débauche d’énergie et … d’argent de la Guinée ne soit pas mise prioritairement au service du développement de la Guinée, l’un des pays les plus pauvres et les plus corrompus de la planète, depuis l’accession au pouvoir du président guinéen Alpha Condé, qui ne trouve, n’a jamais trouvé du temps pour parcourir les campagnes guinéennes, avec autant d’engouement, de générosité et de dévouement qu’il met à sillonner l’Afrique et le monde ce, bien sûr, aux frais et aux dépens de la Guinée, du fier peuple martyre de Guinée-Conakry.

Le développement de la Guinée pourrait en dépendre. Le rôle de l’Etat dans ce développement est crucial. Je me suis dit que je pouvais apporter la vision d’un homme, ancien ministre du gouvernement de son pays, qui s’interroge sur la problématique de son développement et du rôle de l’Etat dans ce développement.

Voilà pourquoi j’ai écrit cette lettre que j’ai rendue ouverte et donc publique afin de susciter un débat public sur les responsabilités véritables et respectives des gouvernants successifs de la Guinée depuis l’indépendance, en particulier celles du « Professeur » Président de la République Alpha Condé démocratiquement élu. Je la rends d’autant plus publique que je tiens à porter à la connaissance de tous les guinéens ma détermination, aujourd’hui qu’une campagne pour un troisième mandat bat son plein et est insidieusement et sourdement menée, à défaire ce que, avec d’autres, j’ai fait, pour que le « Professeur » Alpha Condé accède au pouvoir en Guinée en 2010. Aujourd’hui, en Guinée Conakry, il est devenu à la fois urgent et prioritaire, non seulement de démonter et d’anéantir la machine infernale de cette descente implacable aux enfers du peuple de Guinée, mais plus encore, d’obliger le « Professeur » Président Alpha Condé, à quitter le pouvoir en 2020, y compris par la force, au besoin par la force des armes tel que naguère il le préconisait lui-même impérativement, voire le démissionner avant cette échéance, comme cela a été fait et bien fait au Burkina Faso ou comme la déferlante qui, au Togo est en train de faire abdiquer la classe dirigeante. C’est l’héroïque peuple burkinabè, celui de Thomas Sankara, on s’en souvient, qui a donné le ton et l’exemple en chassant du pouvoir, avec éclat, Blaise Compaoré, l’ami burkinabè du « Professeur » Président Alpha Condé, celui que l’homme d’Etat ghanéen, Jerry John Rawlings, rend responsable de l’assassinat de Thomas Sankara.

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  1. POUR LA GUINEE – CONAKRY, J’ACCUSE…

Quand René Dumont, agronome réputé, après avoir publié son ouvrage bien connu « L’Afrique est mal partie », publie, vingt cinq ans plus tard, en 1986 cet autre ouvrage, « Pour l’Afrique, j’accuse », pour qui, croit-on, qu’il prend ouvertement une défense passionnée, sinon pour les paysanneries africaines, devenues des « paysanneries sous-développées et souvent opprimées, ces vrais prolétaires des temps modernes », dans le même temps qu’en filigrane il prononce un sévère réquisitoire contre ceux, sans les nommer, des gouvernants africains qu’il rend responsables des malheurs de ces paysanneries ? En écho à cette défense-réquisitoire de Réné Dumont, c’est le maire d’une ville du Cameroun, Ngonksamba, qui, à son tour, prononce son réquisitoire contre la « classe de privilégiés qui se coupe d’elle », de la masse, classe qui se profile derrière ce qu’il appelle la « souveraineté nationale ». Dans son discours de réception organisée en l’honneur de Réné Dumont, hôte de marque des autorités de cette ville, c’est également une défense des paysanneries africaines, sous le couvert du vocable de masse, qu’il entreprend, suivant l’exemple de cet hôte de marque qu’il a la délicatesse de ne pas nommer :

 « A notre grande honte nationale, un interlocuteur devait, remarque-t-il, le 3 septembre 1961 déclarer, sous les applaudissements nourris de l’assistance et sans contredit de personne, que la recolonisation, c’est-à-dire le transfert des pouvoirs aux Blancs, obtiendrait une majorité écrasante à un éventuel référendum organisé sur le thème : maintien de l’indépendance ou recolonisation.

Ainsi ne sommes nous encore pas au stade, du moins localement, où l’indépendance est un moyen d’évolution effective de la masse. Cette masse a plutôt l’impression que la souveraineté nationale a créé une classe de privilégiés qui se coupe d’elle. »

Et René Dumont lui, avant le maire, avait déjà précisé, en faveur de qui et pourquoi il prononce son réquisitoire, en tant qu’agronome :

« Petit-fils de paysan et agronome écrit-il, je dois défendre les paysanneries sous-développées et souvent opprimées, ces vrais prolétaires des temps modernes. Seul leur effort massif pourra « décoller » réellement l’économie des pays retardés, les sortir de la stagnation, permettre leur développement accéléré. »

C’est donc en faveur des paysanneries africaines, de « ces vrais prolétaires des temps modernes » que sont « les paysanneries sous-développées et souvent opprimées » que René Dumont comme le maire camerounais prononce, son réquisitoire. Contre qui de tels réquisitoires sont prononcés à l’unisson ? Contre la « classe de privilégiés » qui se coupe de la masse, contre la plupart des gouvernants africains dont le souci premier est de s’éterniser au pouvoir, lequel n’est pas celui du peuple dont le souci premier est de se nourrir.

S’agissant de la Guinée-Conakry, c’est un acteur politique, devenu « opposant historique » au régime de la première République qui prononce, à son tour, un réquisitoire en faveur, semble-t-il, des mêmes « prolétaires des temps modernes », la paysannerie et contre les gouvernants de son pays, contre le régime de la première République, en publiant son ouvrage « Guinée l’Albanie de l’Afrique ou Néo-colonie américaine ».

J’examine, de manière critique, le premier quinquennat de la gouvernance de cet acteur politique, depuis son accession au pouvoir en Guinée-Conakry en 2010. Cela permettra d’évaluer son apport au peuple de Guinée par rapport à celui des gouvernants de la première République. C’est à dessein que j’ai choisi de faire une telle évaluation en m’inspirant de la méthode qu’il utilisa naguère en publiant son ouvrage, sous la forme de ce qu’il a lui-même appelé un réquisitoire, dans son ouvrage autobiographique « Un africain engagé » avec ce sous titre « Ce que je veux pour la Guinée ».

A quel titre ai-je pris la liberté de faire mienne son approche critique d’une gouvernance ? Outre ma qualité d’ancien membre du gouvernement de la première République, j’invoque et me prévaut des alinéas 1 et 2 de l’article 7 de la Constitution de la République du 7 mai 2010, qui dispose :

« Chacun est libre de croire, de penser et de professer sa foi religieuse, ses opinions politiques et philosophiques.

Il est libre d’exprimer, de manifester et de diffuser ses idées et opinions par la parole, l’écrit et l’image ».

En outre l’article 22, alinéa 5 dispose :

« Chaque citoyen a le devoir sacré de défendre la Patrie. »

Voila pourquoi ce chapitre de ma lettre a pour titre « Pour la Guinée-Conakry, j’accuse… »

L’alinéa 5 de l’article 22 de la Constitution n’est pas d’interprétation restrictive. En effet chaque fois qu’une menace pèse sur le destin, l’avenir de la Guinée, il y a, pour chaque guinéen le devoir sacré de défendre la patrie. Il en est ainsi non seulement lorsqu’il s’agit d’agression extérieure, par un ennemi extérieur, mais encore lorsque des gouvernants, pour des raisons diverses, mettent en péril les institutions républicaines, au premier desquelles l’Etat de droit et sa norme supérieure, la Constitution. Et c’est mettre manifestement en péril l’Etat de droit, lorsque le Président de la République Alpha Condé, répondant à une invitation que lui a adressée la direction du Rassemblement du Peuple de Guinée – arc en ciel (RPG – arc en ciel), a fait le 28 mai 2016 le déplacement de Gbessia, de Sékoutouréya, siège de la présidence de la République à Kaloum, au siège du RPG – arc en ciel à Gbessia.

Cette invitation adressée au président de la République par un parti politique avait pour objet de lui faire présider la cérémonie du 25ème anniversaire du retour en Guinée, en 1991, de « l’opposant historique » Alpha Condé, qui a vécu près de quarante ans en dehors du pays natal. Le président de la République Alpha Condé non seulement a effectivement présidé cette cérémonie, mais encore a prononcé une allocution au cours de laquelle il s’est livré à une diatribe de mauvais aloi à l’encontre d’anciens cadres de la direction du RPG, du temps de la clandestinité de ce parti et dont ils ont été exclus il y a un quart de siècle, à la date de la cérémonie commémorative organisée par la direction du RPG arc-en-ciel et présidée par le président de la République. En conséquence le président de la République Alpha Condé, en présidant cette cérémonie qu’il n’a pas le droit de présider, aux termes de l’article 45, alinéa 6 de la Constitution, a violé la Constitution en ses articles 35,38 et 45 alinéa 2,5 et 6.

J’accuse, en conséquence, le président de la République Alpha Condé d’avoir violé la Constitution et, en violant la Constitution, d’avoir violé son serment de président de la République, tel que prévu par l’article 35 de la Constitution de la République du 7 mai 2010.

J’accuse également le président de la République Alpha Condé de parjure par la violation de son serment de président de la République aux termes de l’article 35 de la Constitution de la République.

J’accuse enfin le président de la République Alpha Condé de haute trahison, car il y a haute trahison lorsque le président de la République a violé son serment, aux termes de l’article 119 de la Constitution. De ce fait, le président de la République Alpha Condé est passible de poursuite pour parjure et doit être mis en accusation et traduit devant la Haute Cour de Justice aux termes des articles 35, 118 et 119 de la Constitution. Cette mise en accusation du président de la République Alpha Condé doit d’autant plus retenir l’attention que le premier magistrat de la République, gardien de la Constitution, met tout en œuvre pour faire obstruction à la constitution et au fonctionnement de cette haute juridiction prévue, par les articles 117 à 122 de la Constitution de la République, obstruction due à la paralysie de l’Assemblée Nationale du fait de la majorité des députés de la mouvance présidentielle acquis à la cause du président de la République. Pour tenir en échec le président de la République, Alpha Condé, et le contraindre à la constitution immédiate de la Haute Cour de Justice, un front unique de l’opposition républicaine, de la société civile et de tous les patriotes doit être rapidement constitué en vue d’obtenir sa mise en accusation et, à défaut, sa destitution, de la même manière que son ami burkinabè, Blaise Compaoré a été chassé du pouvoir par l’admirable et héroïque peuple burkinabè de Thomas Sankara, grâce au front unique opposition républicaine et société civile burkinabè.

On est abasourdi devant la désinvolture, la légèreté avec lesquelles en toute connaissance de cause, le président de la République Alpha Condé, docteur en droit public, viole sans souci et délibérément la Constitution de son pays qui est la norme supérieure d’un Etat de droit.

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A l’issue de la visite d’Etat qu’il a effectuée à Dakar en août 2015, le président de la République Alpha Condé a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il s’est livré à une attaque au vitriol contre l’ancien président de la République du Sénégal, Abdoulaye Wade, à qui il reproche d’avoir apporté son soutien aux deux candidats à la présidentielle de 2010, MM Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré.

Cette attaque contre l’ancien président sénégalais, Abdoulaye Wade, premier responsable du premier parti d’opposition du Sénégal, meurtri et souffrant, à la suite de la détention à Dakar de son fils Karim Wade, au moment de la visite d’Etat du président guinéen, a eu lieu au palais de la présidence de la République du Sénégal à Dakar. Cette attaque est d’autant plus odieuse que  Abdoulaye Wade est celui qui a sauvé l’acteur politique Alpha Condé d’une mort certaine, lors de sa fuite pour rejoindre la Côte D’Ivoire, en passant par Lola, en Guinée Forestière. Avant son arrivée à Pinet, dernier village frontalier guinéen, les autorités civiles et militaires de cette localité avaient reçu du président Lansana Conté, un ordre formel, d’une gravité exceptionnelle, à savoir abattre l’acteur politique Alpha Condé, comme un chasseur abattrait du gibier, à l’instant où il s’apprêterait à franchir la frontière. Ayant été informé de cet ordre à son arrivée à Pinet, la première personne à laquelle s’est adressé, par communication satellitaire, le fuyard Alpha Condé, acteur politique aux abois, désemparé, poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, pour avoir organisé, dans le plus grand secret, une réunion avec des officiers de l’armée guinéenne, au domicile d’un autre chef d’un parti politique d’opposition, c’est Abdoulaye Wade. Il le pria d’intercéder en sa faveur, de façon pressante, auprès du président Lansana Conté, pour lui éviter une mort certaine. Par solidarité, en raison de leur commune appartenance à l’Internationale Socialiste, Abdoulaye Wade est intervenu immédiatement et, grâce à son savoir-faire, a réussi à obtenir la vie sauve à l’acteur politique Alpha Condé. Auparavant Abdoulaye Wade a insisté, au cours de cette communication satellitaire, auprès d’Alpha Condé pour qu’il se débarrasse au plus vite de sa kalachnikov que portait pour lui un de ses gardes du corps. Après quoi, toujours sur insistance d’Abdoulaye Wade, l’acteur politique Alpha Condé est invité à se rendre aux autorités locales. Ce qu’il fit immédiatement après s’être débarrassé de son fusil, de sa kalachnikov. Après cela, entre une reddition en bonne et due forme aux autorités locales de Pinet et une mise en état d’arrestation, le fuyard Alpha Condé, naguère théoricien de la lutte armée, n’a pas hésité à déclarer qu’il a été mis arbitrairement en état d’arrestation sur ordre du président Lansana Conté. C’est contre cet homme, Abdoulaye Wade, à qui l’acteur politique Alpha Condé doit la vie sauve que le président de la République Alpha Condé a fait sa sortie au vitriol au cours de sa conférence de presse.

Abdoulaye Wade était en droit d’attendre légitimement du chef de l’Etat guinéen qu’il lui renvoie l’ascenseur, lui qui fut hier le sauveur de l’acteur politique Alpha Condé d’une mort certaine. Non qu’il se mît en devoir d’obtenir du président sénégalais Macky Sall, son hôte de marque, la libération immédiate de Karim Wade – ç’eût  été inconvenant de le demander – mais qu’il tentât de calmer le jeu dans une situation d’extrême tension caractérisant la conjoncture politique sénégalaise, au moment de sa visite d’Etat, en commençant par ne pas envenimer cette situation par quelque acte ou parole que ce soit de sa part. Il avait pourtant à sa portée un argument de poids qui lui permettait d’amener son hôte sénégalais, le président Macky Sall, à plus de compassion, à propos du dossier Karim Wade. Il lui suffisait d’attirer l’attention du président sénégalais sur le fait qu’une telle compassion pourrait constituer un puissant facteur d’apaisement du climat politique sénégalais, au service d’une cause, la seule à même de pouvoir emporter l’adhésion, puis le soutien unanime de toute la classe politique sénégalaise : la cause de la réconciliation nationale, préalable à un consensus politique, ce facteur vital indispensable pour engager un pays sur le chemin du développement.

Mais, on s’en doute, ce n’est pas ce qu’a fait le « Professeur » président de la République de Guinée. Il faut qu’il trouve le moyen d’exporter au pays de la téranga la seule chose au monde qu’il sait bien faire et qu’il a faite avec constance et application en Guinée au cours de son premier quinquennat : l’exacerbation de la désunion, de la haine, en agissant de sorte que, seul contre tous, il arrive à se convaincre qu’il a toujours raison. Cette exacerbation de la désunion, de la haine, a trouvé son accomplissement lors de la conférence de presse qu’il a tenue et qui a clôt sa visite d’Etat au Sénégal, par sa sortie au vitriol contre Abdoulaye Wade, tout se passant comme si, nouveau venu dans le syndicat des chefs d’Etat africains, il avait besoin d’une consécration par ses pairs, celle de chef d’Etat. C’est à la suite de cette sortie que le Comité Directeur du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) a publié le 10 août 2015, le communiqué dont la teneur suit :

« Lors de sa visite à Dakar, faisant face à la presse, Alpha Condé, Président de la République de Guinée, a pris beaucoup de liberté dans ses propos face à la nation sénégalaise. En effet dans les annales des relations entre Etats, un Chef d’Etat, en visite dans un autre pays, quels que soient les griefs qu’il peut avoir vis-à-vis de ses hôtes, ne se comporte jamais comme Alpha Condé l’a fait à Dakar. Le pouvoir a une portée divine, et gare à ceux qui, lorsqu’ils en sont investis, veulent l’exercer avec démesure.

Que ce soit dans le discours, que ce soit dans le comportement-regardez-le le samedi soir au palais gesticuler en présence du Président Bissau Guinéen-Alpha Condé n’a fait que projeter l’image d’un goujat parvenu au pouvoir par un tour de passe-passe que seuls les occidentaux pouvaient imaginer. Les spécialistes de l’histoire contemporaine de Guinée ont encore la responsabilité de nous expliquer comment ce Monsieur a pu être élu au deuxième tour des dernières élections présidentielles en Guinée.

En tout cas, ce que nous retenons, aujourd’hui, c’est qu’il est sans projet pour la Guinée, car depuis qu’il est là, son programme politique, à l’image de celui de Macky Sall, se résume à casser de l’opposition pour vivre heureux. En un mot, Monsieur Alpha Condé est un personnage incapable de prendre de la hauteur, car il a toujours manqué un brin de noblesse quelque part chez lui.

Lorsqu’il s’en prend publiquement le samedi 7 août 2015 à Abdoulaye Wade, ancien Président de la République, il sait, au fond de lui-même, qu’il verse dans la vindicte à l’endroit de celui qui, même si ce n’était qu’une fois, lui a manifesté sa solidarité.

En effet dans la crise qu’a traversée la Guinée, la position constante du Président Wade a été de préserver ce qui restait de l’Etat, pour éviter le chaos, comme ce fut le cas en Somalie et plus tard en Côte d’Ivoire sous son ami Gbagbo ! Quand il fut arrêté et emprisonné, Abdoulaye Wade a déployé tout son savoir-faire, usé de son influence pour le sauver ! Combien de fois, durant les douze années où Wade était au pouvoir, Alpha Condé est venu séjourner au Sénégal aux frais de la Présidence de la République.

Sa prise en charge était dans l’ordre normal du fonctionnement du protocole présidentiel à tel point que M. Alpha Condé pouvait revendiquer l’affectation d’une suite dans n’importe quel palace de Dakar, et il ne s’en privait pas ! Il s’y ajoute que le Président Wade ne manquait jamais de lui venir en aide financièrement comme il avait l’habitude de le faire d’ailleurs avec ses visiteurs.

Tout le monde se souvient encore de l’imagination créatrice et de la capacité de persuasion du Président Abdoulaye Wade pour obtenir du candidat Cellou Dalein Diallo qu’il accepte les résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle guinéenne pour éviter le chaos dans ce pays frère. Pourtant Alpha Condé sait mieux que quiconque que rien de crédible ne pouvait justifier son élection.

Que ce Monsieur vienne aujourd’hui accuser le Président Wade d’avoir encouragé les militaires à garder le pouvoir, voilà qui montre que même investi des plus hautes charges de son pays, dans la douleur et la confusion, Alpha Condé manquera toujours de panache et de noblesse à tel point qu’on peut se poser la question « qui est-il réellement ? »

Le Parti Démocratique Sénégalais, dans son combat pour l’intégration africaine et la constitution des Etats-Unis d’Afrique, sera toujours aux côtés du peuple guinéen dans sa lutte pour le respect des libertés et de la démocratie. Il salue la détermination de l’opposition guinéenne, toutes tendances confondues, à faire face à la politique d’oppression du pouvoir en place. »

Dakar le 10 août 2015

Pour le Comité Directeur

Oumar Sarr, SG Adjoint

J’accuse le président de la République Alpha Condé d’avoir exercé avec démesure le pouvoir qui a « une portée divine », au point de se faire traiter, comme il l’a été par le communiqué du Comité Directeur du Parti Démocratique Sénégalais, sans égard à son rang et à sa qualité de chef d’Etat en visite d’Etat et bien qu’  « investi des plus hautes charges » de la Guinée, ce qui, « dans les annales des relations entre Etats » est sans précédent, à savoir :

  • « projeter l’image d’un goujat parvenu au pouvoir par un tour de passe-passe »
  • « il est sans projet pour la Guinée… »
  • « Alpha Condé est un personnage incapable de prendre de la hauteur, car il a toujours manqué un brin de noblesse quelque part chez lui »
  • « Alpha Condé est venu séjourner au Sénégal aux frais de la Présidence de la République. Sa « prise en charge » était dans l’ordre normal du fonctionnement du protocole présidentiel à tel point que M Alpha Condé pouvait revendiquer l’affectation d’une suite dans n’importe quel palace de Dakar, et il ne s’en privait pas ! Il s’y ajoute que le Président Wade ne manquait jamais de lui venir en aide financièrement… »
  • «  que même investi des plus hautes charges de son pays… , Alpha Condé manquera toujours de panache et de noblesse… »

J’accuse le président de la République, Alpha Condé, après s’être fait traiter comme il l’a été, en tant que chef de l’Etat dans l’exercice de ses fonctions, par le communiqué du Comité Directeur du PDS, d’avoir, étant « investi des plus hautes charges » de la Guinée, « manqué de panache et de noblesse » mais surtout d’avoir violé, pendant sa visite d’Etat à Dakar une des valeurs les plus sûres et les plus attachantes, chères au peuple sénégalais : la « téranga », la légendaire hospitalité sénégalaise.

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J’accuse le président guinéen Alpha Condé de n’avoir pas donné sa démission de ses fonctions de chef d’Etat, suite à la publication, par le journal de la capitale française, le Parisien, d’un article révélant les turpitudes de son fils Mohamed Alpha Condé, sous le titre  « Enquête sur le fils du président guinéen », enquête relative aux activités et au train de vie du fils du président guinéen, et diligentée par le parquet financier de Paris.

J’accuse le président guinéen Alpha Condé de n’avoir pas démenti les révélations faites par le journal le Parisien et par Gregory Mathieu, secrétaire général de l’ONG Fondation pour la gouvernance et la démocratie, mais surtout de n’avoir pas engagé de poursuites contre Gregory Mathieu qui affirme qu’  « En payant le fils, on achète le père » ce qui, en clair, signifie que le chef de l’Etat guinéen, Alpha Condé se laisse transformer, consciemment ou non, en une marchandise qui se vend et s’achète sur le marché de la corruption en Guinée – Conakry.

Le mode opératoire par lequel un décideur public se vend et s’achète sur le marché de la corruption de son pays est clairement et admirablement éventé par Joseph E. Stiglitz lorsqu’il écrit avec pertinence dans son ouvrage la « Grande Désillusion » :

« Certes, ces entreprises n’offrent pas nécessairement des pots-de-vin elles-mêmes. Elles embauchent un « facilitateur » qui reçoit assez d’argent pour « faciliter » la transaction. Que fait-il ? Comment facilite-t-il ? Elles ne le savent pas et ne veulent pas le savoir. Mais elles doivent bien se douter que, si elles paient ce facilitateur plusieurs millions de dollars, elles n’achètent pas seulement ses heures de travail de consultant. Ce qu’elles achètent en réalité, c’est bien sûr la possibilité de nier : elles pourront dire qu’elles ne savaient pas que cet argent a servi à des pots-de-vin. L’un des cas les plus célèbres est celui de James Giffen : alors qu’il travaillait pour Mobil au Kazakhstan dans les années 1990, il aurait servi d’intermédiaire pour remettre au gouvernement 78 millions de dollars, opération qui aurait valu à la compagnie 25% du champ pétrolifère de Tengiz ».

C’est ce rôle de « facilitateur » que joue le fils du président guinéen, « chargé de mission » Mohamed Alpha Condé et que résume Gregory Mathieu dans sa formule lapidaire : « En payant le fils on achète le père » qui devrait entrainer les sanctions les plus sévères non seulement à l’égard du fils mais encore et surtout à l’égard du père président de la République.

J’accuse le « chargé de mission » au sein de la présidence de la République, Mohamed Alpha Condé d’avoir fait « l’objet d’accusations d’infractions financières, au premier desquelles des abus de biens sociaux et de détournements de fonds publics. Ces soupçons ont poussé le parquet financier à diligenter une enquête préliminaire depuis fin avril ».

J’accuse le « chargé de mission » au sein de la présidence de la République, Mohamed Alpha Condé, d’avoir fait l’objet d’une enquête préliminaire diligentée par le parquet financier de Paris qui révèle qu’  « au centre des interrogations [il y a] la jouissance d’un vaste appartement du XVIIIème arrondissement de Paris, ainsi que l’emploi régulier, pour plusieurs dizaines de milliers d’euros, de compagnies de limousines de luxe, pour ses déplacements dans la capitale. « On parle de prestations particulièrement coûteuses qui ne correspondent pas au salaire de 800 mensuels déclarés par Mohamed Alpha Condé en tant que « chargé de mission » déplore Gregory Mathieu, secrétaire général de l’ONG Fondation pour la gouvernance et la démocratie, et ancien porte-parole de l’ex-commissaire européen aux droits de l’homme, Alvaro Gil-Robles. »

J’accuse le « chargé de mission » au sein de la présidence de la République, Mohamed Alpha Condé, fils du président guinéen Alpha Condé, de n’avoir pas démenti les « nombreux témoignages [qui] assurent que Mohamed Alpha Condé utiliserait régulièrement des jets privés afin de relier des destinations exotiques où il séjournerait au sein d’établissements hôteliers de grand luxe. »

J’accuse le président guinéen, Alpha Condé, de constituer le plus grand obstacle au développement de la Guinée par sa pratique d’une gouvernance fondée :

sur la priorité donnée au secteur minier, alors qu’il est maintenant établi que pour le développement d’un pays en développement, une priorité absolue doit être donnée à l’agriculture ;

sur la corruption, une corruption à grande échelle, d’une ampleur inouïe et dans des proportions jamais atteintes par aucune des deux gouvernances des première et deuxième République ;

sur la non transparence d’une gestion financière caractérisée par un usage opaque des redevances minières :

            700 millions de dollars payés au Trésor guinéen par Rio Tinto

            830 millions de dollars payés au Trésor guinéen par UC RusAl

296 millions de dollars représentant le montant des redevances payées par CBG depuis l’accession au pouvoir de Alpha Condé

150 millions de dollars représentant le montant d’un prêt consenti par le gouvernement angolais à la Guinée.

 Soit un total de : 1.976 millions de dollars ou 1 milliard 976 millions de dollars.

Là encore, Joseph E. Stiglitz est formel :

« On le sait depuis longtemps, écrit-il, : la transparence est l’un des meilleurs antidotes à la corruption. « Le soleil est l’antiseptique le plus puissant » dit-on. Pour que les citoyens puissent faire échec à la corruption, ils faut qu’ils sachent ce qui se passe. Des lois qui leur donnent le droit de savoir (comme le Freedom of information Act aux Etats-Unis et en Grande Bretagne) sont nécessaires pour que la démocratie et la responsabilité des dirigeants aient un sens. L’un des objectifs majeurs de l’Initiative for Policy Dialogue, que j’ai fondée à l’université Columbia pour promouvoir une meilleure compréhension des politiques de développement, est le vote de ce type de législation dans les pays en développement. Ces efforts ont eu un succès considérable puisqu’ils ont abouti à une conférence mondiale coparrainée par le gouvernement mexicain – il a lui-même promulgué récemment ce type de loi, et la majorité des Etats du Mexique en ont fait autant. La Thaïlande a entériné dans sa Constitution le « droit de savoir » de ses citoyens. Dans tous les pays, s’il y a révélation complète du volume des ventes du pays et de ce qu’il reçoit pour ses ressources naturelles, les citoyens sont mieux à même d’estimer s’il obtient la pleine valeur de ses ressources ou si, d’une façon ou d’une autre, on le vole.

Parfois, les Etats prétendent qu’ils ne peuvent révéler ces informations parce que cela violerait la confidentialité des affaires. En général, ces déclarations ne sont qu’un prétexte, un rideau de fumée derrière lequel gouvernants et compagnies peuvent poursuivre leurs odieuses pratiques. Mais l’Etat peut fixer les règles, et il existe suffisamment de compagnies honnêtes qui acceptent d’opérer en toute transparence. Le droit des citoyens à savoir doit l’emporter sur l’argument de la confidentialité des affaires. »

J’accuse le président guinéen, Alpha Condé, d’avoir été dans l’histoire politique de la Guinée, de l’accession du pays à l’indépendance à l’accession du « Professeur » Alpha Condé au pouvoir, des chefs d’Etat qui ont dirigé le pays, le seul à avoir fait de son fils un « chargé de mission » au sein de la présidence de la République qui joue le rôle de « facilitateur » au sens de « En payant le fils on achète le père », lequel de tous les fils ou filles de président est le seul à avoir fait l’objet de chronique pénale, et d’une chronique pénale aussi humiliante, aussi sordide que celle qui a défrayée la chronique par la conduite scandaleuse du « chargé de missions », son fils qui, jouissant d’une double nationalité, française et guinéenne ne s’en rend pas digne, chronique pénale qui suffirait, à elle seule, à tout chef d’Etat digne de ce nom et respectueux de son investiture des hautes charges de son pays, de rendre sa démission de ses fonctions de chef d’Etat.

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J’accuse le président de la République Alpha Condé, d’avoir manqué de panache et de noblesse au point d’avoir tenté de tromper l’opinion publique nationale, africaine et internationale, pour avoir déclaré urbi et orbi, du haut de la tribune de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO, tenue à Abidjan qu’il est temps que les Etats africains francophones se décident de couper le cordon ombilical qui les lie à la France, alors que dans le même temps, lui, président guinéen, ne se décide pas de payer de sa personne, puisqu’il continue de demeurer citoyen français à l’instant même où, du haut de cette tribune, il ne se gêne pas de faire cette déclaration tonitruante. Il aurait eu sans doute l’oreille de ses pairs s’il avait exhibé, du haut de cette tribune, une correspondance adressée à son ami, le président de la République française, François Hollande, qui prouve que lui, Alpha Condé, de nationalité française, il a déjà coupé le cordon ombilical qui a lié à la France Alpha Condé « l’opposant historique » de nationalité française, par une renonciation expresse à sa citoyenneté française, concrétisée par le dépôt entre les mains du président français de son passeport de citoyen français. Si son appel ne semble pas avoir été entendu par ses pairs, chefs d’Etats africains, le président français Emmanuel Macron, lui, l’a bel et bien entendu et enregistré. Le président français, n’est pas de ceux qui ont la mémoire courte. Il sait que le président Alpha Condé est arrivé en France à l’âge de 15 ans et qu’il y a vécu 38 ans, au cours desquels il a préparé et obtenu ses deux parties du bac. Il sait qu’il a effectué ses études supérieures de droit, lettres et sciences politiques en France. Il sait qu’il est docteur en droit public, thèse soutenue à Paris, dans une université française. Il sait que le président guinéen dit avoir été professeur à la faculté de droit de l’Université Paris I Panthéon. Il sait qu’il fut syndicaliste, membre du syndicat de l’enseignement supérieur de France. Il sait qu’il a la double nationalité guinéenne et française. Il sait que, après ses vacances, en Tunisie ou en Italie où il effectue des cures thermales et sa remise en forme, le président guinéen, Alpha Condé, passe par Paris où il manque rarement de consulter son ami le docteur Soly Bensabat, spécialiste de médecine préventive et patron de Paris Prévention, l’un des centres de check-up les plus courus de la capitale. Le président Macron sait tout cela. Mais ce qu’il ne sait pas ou sait très peu, c’est que la facture c’est la Guinée, le peuple de Guinée qui la paie. C’est avec l’argent du peuple de Guinée, l’argent payé par les sociétés minières au Trésor public guinéen, au titre des redevances minières, que le président de la République de Guinée, Alpha Condé confond avec une soit disant fortune personnelle et utilise à des fins personnelles, par exemple pour s’offrir des vacances hors de Guinée, faire des cures thermales en Italie, son check-up à Paris, payer le coach sportif venu des Etats-Unis. Et sachant tout cela, sachant tout ce que la France lui a donné, y compris la formation nécessaire au point de devenir président de la République, on voudrait que le président français n’en tienne pas compte ? Que l’appel d’Abidjan vienne d’un tel homme qui sait tout ce que la France lui a donné, le président français Emmanuel Macron ne peut pas ne pas en tenir compte. Il ne peut, lors de son périple africain, tenir son discours « fondateur » qu’ailleurs plutôt qu’à Conakry, discours qui est forcément, entre autres, la réponse de la France à celui qu’elle a formé et qui appelle à la rupture avec elle.

Ce n’est donc pas le fait du hasard si l’hebdomadaire français l’  « Express » titre, dans son édition N° 3460 du 25 au 31 octobre 2017 : « L’agenda africain de Macron. » et dans cet agenda, ne cite pas la capitale du pays natal du président de la République Alpha Condé. Pourtant le président guinéen Alpha Condé devrait compter parmi les chefs d’Etats africains bien placés pour être hôtes de marque du président français, au cours de son périple africain. Mais par sa belle gaffe d’Abidjan, le président guinéen Alpha Condé, une fois de plus, a raté le coche. L’agenda du président français Emmanuel Macron vaut d’être lu :

 « Le « voyage initiatique » africain d’Emmanuel Macron aura lieu à la fin de novembre. Il sera à Ouagadougou (Burkina), où il exposera dans un discours « fondateur » sa vision de l’avenir du continent, à Accra (Ghana) et à Abidjan (Côte d’Ivoire), théâtre les 29 et 30 novembre du 5ème sommet Union Européenne – Afrique. En février 2018, il sera à Dakar (Sénégal) dans le cadre d’une conférence sur le Partenariat mondial pour l’éducation. »

On le voit : toutes ces visites dans les capitales ouest africaines, du président français sont programmées dans le même temps qu’il ignore superbement la capitale de Guinée – Conakry, pourtant capitale du président guinéen Alpha Condé ayant la double nationalité française et guinéenne et président en exercice de l’Union Africaine au moment de la publication de cet agenda.

J’accuse le président de la République Alpha Condé, de manquer de panache et de noblesse, au point de n’avoir pas hésité à dire une contre-vérité à l’opinion nationale, africaine et internationale, sachant, à l’instant où il faisait sa fameuse déclaration à la tribune de la conférence des chefs d’Etat de la CEDEAO, qu’il venait de faire, non en Guinée mais à l’extérieur, son check-up ou qu’il s’apprêterait à le faire, et à le faire, entre autres, à Paris, capitale de la France, sa seconde patrie dont il dit à cette conférence des chefs d’Etat que ses pairs doivent se décider à se séparer.

Que sa déclaration apparait d’autant plus impertinente et insupportable que sitôt achevée la conférence des chefs d’Etat, le président guinéen a réalisé ce tour de force inégalable de se rendre à l’Elysée à Paris, tout se passant comme si, convoqué par le président français, il avait été mis en demeure, en tant que citoyen français, en dépit des hautes charges dont il a été investi par le peuple de Guinée, de s’expliquer et de faire amende honorable.

J’accuse le président de la République Alpha Condé, s’agissant de la question d’un troisième mandat, d’avoir laissé prospérer, par la non publication d’un démenti officiel, la rumeur selon laquelle il briguerait un troisième mandat et d’être ainsi en contradiction avec « l’opposant historique » Alpha Condé, qui a écrit dans son ouvrage autobiographique « Un Africain engagé » page 88 :

« A mon retour en Guinée, l’échéance présidentielle de décembre 2003 se profilait à l’horizon. Le général Conté allait terminer son deuxième mandat. Après son « coup d’Etat électoral » de 1993, après ses exactions de 1998, les bailleurs de fonds de la Guinée restèrent silencieux. Que feront-ils s’il se présente une troisième fois ? Pour beaucoup d’observateurs, les bailleurs de fonds considéraient qu’après deux mandats, il devait se retirer.

En fait, il allait organiser une parodie de référendum pour changer la Constitution et se maintenir au pouvoir. La révision lui permettait de briguer un troisième mandat, la limite du nombre de mandats étant supprimée, ainsi que la limite d’âge du candidat. En outre la réforme accroissait le pouvoir du chef de l’Etat face à l’Assemblée Nationale. »

J’accuse « l’opposant historique » Alpha Condé d’avoir écrit cela et devenu chef de l’Etat guinéen de n’avoir pas démenti, par une déclaration publique, la rumeur selon laquelle il envisagerait de briguer un troisième mandat, ce qui le conduirait forcément à « organiser une parodie de référendum pour changer la Constitution et se maintenir au pouvoir. La révision lui permettrait de briguer un troisième mandat, la limite du nombre de mandats étant supprimée ainsi que la limite d’âge du candidat… »

J’accuse « l’opposant historique » Alpha Condé d’avoir écrit, toujours dans son ouvrage autobiographique, page 85 :

« Je demandai la parole, non pas pour remercier les ministres, mais pour leur rappeler qu’en politique mon modèle était Nelson Mandela… »

Et de n’avoir à aucun moment de sa vie suivi l’exemple de son modèle Nelson Mandela.

En effet c’est Mandela qui, après avoir créé la branche armée de l’ANC a pris le maquis à la tête de cette branche armée et de ses camarades de combat, certains d’entre eux ayant été préalablement formés en Guinée-Conakry, au camp militaire de Kindia, en vue de mener la lutte armée contre le régime de l’Apartheid.

« L’opposant historique » Alpha Condé, après avoir recruté à Abidjan de jeunes guinéens sans travail et les avoir envoyés au Congo Brazzaville et au Burkina Faso pour une formation militaire, a échoué à créer, avec ses contingents de jeunes guinéens formés militairement, une branche armée du RPG, pour venir en Guinée – Conakry, à la tête de ces contingents organiser la lutte armée, en vue de renverser les régimes de Sékou Touré et de Lansana Conté, lui « l’opposant historique » qui a pourtant exalté la lutte armée en écrivant ceci dans on ouvrage « Guinée, l’Albanie de l’Afrique ou néo-colonie américaine » :

« B. La lutte armée de libération en Afrique :

A côté des luttes de libération menées dans les colonies (Angola, Mozambique, Guinée-Bissau, Rhodésie, Afrique du Sud) se développe une guérilla dans les pays indépendants : Kamerun, Congo-Kinshasa, Tchad. Ceci revêt une grande importance, et pose le problème fondamental de la conquête du pouvoir : comment détruire les Etats néo-coloniaux pour instaurer des Etats populaires ? «Tant que ce problème n’est pas élucidé, il ne saurait être question de jouer consciemment son rôle dans la révolution et encore moins la diriger ». Comment conquérir le pouvoir révolutionnaire en Afrique ? Nous avons en Afrique des bourgeoisies alliées à l’impérialisme ; elles disposent d’un appareil de répression et d’oppression (armée, police, gendarmerie, administration, syndicat). Comment changer cette situation ? « Il n’y a jamais eu dans l’histoire de classe dirigeante qui ait abdiqué de son plein gré ». Il faut donc l’obliger à abandonner le pouvoir. Va-t-on l’y obliger par des voies légales, pacifiques (élections, réformisme), ou par des voies illégales, c’est-à-dire révolutionnaires ? »

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En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup de l’article 37 de la Constitution. Et c’est volontairement que je m’expose. Je m’expose, conscient au point que je n’écarte pas l’hypothèse d’un recours, par le pouvoir, pour me faire taire à jamais, à la solution alternative radicale, extrême, à savoir ma liquidation physique, qui pourrait être préférée au recours à la seule répression, jugée insuffisante, et implicitement annoncée par l’article 37 de la Constitution de la République.

Mais à mon âge, à 93 ans, que peut-on bien attendre de la vie, moi qui, au soir de ma vie, sais que mon avenir est désormais derrière moi, après que j’aie, selon moi, servi loyalement mon pays et aie été pleinement comblé et continue de l’être pour avoir eu, l’extraordinaire chance, à mes côtés ma vie durant, une épouse aimante et attentive qui s’est sacrifiée jusqu’à endurer pour moi les affres et rigueurs d’une prison, pas comme les autres, et à mes enfants attentionnés que j’adore autant que j’adore sinon plus ma bien aimée moitié, Hadja Fanta Diarra.

Comme jadis Emile Zola dans l’affaire Dreyfus, je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, de l’honneur, de la dignité et du développement du pays, au nom de la Guinée – Conakry qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. « Ma protestation enflammée, écrit Emile Zola, n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour. J’attends. »

Comme Zola, je lance ce défi :

  • Qu’on ose me traduire en Cour d’assises
  • Que l’enquête ait lieu au grand jour
  • J’attends.
  • POUR L’OPPOSITION REPUBLICAINE ET LA SOCIETE CIVILE, J’ACCUSE…

Quelle est la vocation, la raison d’être d’un parti politique ? Toute formation politique existe pour conquérir le pouvoir, pour être au pouvoir, pour être à la tête de l’Etat d’un pays. Toute formation politique, tout parti politique qui n’est pas au pouvoir, ou qui n’est pas de la mouvance de la formation politique au pouvoir est appelée parti d’opposition, d’opposition à la gouvernance du parti au pouvoir.

Lorsqu’une formation politique, composante de l’opposition républicaine, rejoint le camp du parti au pouvoir, il cesse d’être un parti d’opposition, il devient un parti de la mouvance du parti au pouvoir.

Qu’en est-il du paysage politique de la Guinée-Conakry ?

La plupart des formations politiques de l’opposition au régime du président Lansana Conté qui se sont rencontrées pour former avec le premier parti d’opposition à ce régime, une coalition, une alliance pour la conquête du pouvoir, suite au décès du président Lansana Conté, ont déserté aujourd’hui la mouvance du parti politique arrivé au pouvoir, le RPG. En sens inverse, l’une des principales formations politiques qui ont présenté de candidat à l’élection présidentielle de 2010 a, dans un premier temps, maintenu son statut de parti d’opposition à la gouvernance du président Alpha Condé, puis a rejoint la mouvance présidentielle. Il a donc cessé d’être un parti d’opposition.

Lorsque le premier parti d’opposition à la gouvernance du président Alpha Condé, réputé chef de file de l’opposition, laisse au pouvoir le soin d’organiser le leadership du chef de ce premier parti d’opposition ; lorsque pour le fonctionnement du leadership du chef de ce premier parti d’opposition c’est encore le pouvoir qui y pourvoit par le canal d’un budget alloué au chef du premier parti d’opposition, que faut-il penser du devenir de l’opposition républicaine ?

Quand on parle de chef de file de l’opposition, on a là un modèle de pure fiction car pour qu’il y ait file, il faut que le premier parti d’opposition, celui dont le poids politique dans le pays et au parlement est indéniable, parvienne à s’imposer aux autres partis d’opposition, grâce au leadership du chef de ce premier parti d’opposition, par sa capacité à créer et à maintenir un consensus politique entre les partis politiques de l’opposition. Aussi longtemps que ce consensus politique n’est pas au rendez-vous, il n’y a pas de file, il n’y a pas de reconnaissance, de la part des autres partis de l’opposition, du leadership du chef du premier parti d’opposition.

En Guinée-Conakry, c’est quoi le talon d’Achille de l’opposition républicaine ?

La division, le manque d’unité des partis politiques de l’opposition. Division des partis politiques de l’opposition : non seulement division des partis politiques, mais encore fracture qui semble s’installer durablement au sein de la principale formation politique de l’opposition, l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG).

Maître d’œuvre de cette division :

Le président de la République Alpha Condé. Il a d’abord réussi à casser, puis à détruire l’unité de l’opposition, en cassant puis en détruisant le maillon le plus faible de cette opposition : l’Union des Forces Républicaines (UFR). Le mode opératoire du chef de l’Etat : fonctionnarisation du président de l’UFR qui dévient conseiller du président de la République ; fonctionnarisation du numéro 2 de l’UFR qui dévient vice-gouverneur de la Banque centrale. Cela montre que la force du président de la République se nourrit de la faiblesse de l’opposition républicaine.

Après avoir détruit cet important maillon de l’opposition républicaine qu’est l’UFR, le président de la République a décidé de s’attaquer à la principale formation politique de l’opposition : l’UFDG. Mode opératoire : prendre l’initiative de l’organisation et du fonctionnement du leadership du chef de cette formation politique. C’est cette initiative laissée au pouvoir, de l’organisation et du fonctionnement du leadership du chef du premier parti de l’opposition qui amène celui-ci à se détacher progressivement au point de s’isoler dans son propre camp, celui de l’opposition républicaine. Il n’y aura pas de consensus politique aussi longtemps que l’UFDG n’aura pas prouvé aux autres partis politiques de l’opposition sa capacité et sa détermination non pas seulement à pouvoir mobiliser massivement ses militants à effectuer des marches de protestation, mais encore et surtout à mettre son leadership au service de la reconstruction de l’unité de l’opposition républicaine, et à la liquidation de son talon d’Achille, liquidation qui a un préalable : liquidation de la fracture interne qui a miné l’unité de l’UFDG.

Liquidation de l’UFR, initiative de l’organisation et du fonctionnement du leadership du chef de l’UFDG laissée au pouvoir, sont autant de travaux d’approche, par lesquels le président de la République, Alpha Condé compte briguer un troisième mandat. Le président de la République n’annoncera son intention de briguer un troisième mandat – car il n’a pas renoncé à ce troisième mandat – que lorsqu’il aura jugé l’UFDG suffisamment affaiblie, hors d’état de lui tenir tête, de le tenir en échec à la présidentielle de 2020, à la fois par son isolement au sein de l’opposition républicaine et par sa fracture interne.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, d’avoir laissé au pouvoir l’initiative de l’organisation et du fonctionnement de son leadership de chef de file de l’opposition.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, d’avoir failli à son devoir de leadership dans la recherche des solutions alternatives à proposer au gouvernement et, à cet effet, de n’avoir pas pris l’initiative d’aller au-devant des autres partis d’opposition, de leur proposer l’indispensable mise en place d’une structure de concertation, seule à même de permettre à l’opposition républicaine de trouver non seulement les solutions alternatives de l’article 3 de la Constitution, mais encore les moyens de les proposer au gouvernement.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, de n’avoir pas pris l’exacte mesure de la nécessité, de l’urgence et de l’importance de la création de cette structure de concertation avec tous les partis de l’opposition. Cette défaillance du chef de la première formation politique de l’opposition résulte de la non prise en considération, par lui, de préalables à la mise en place de cette structure de concertation et à la résolution desquels dépend la naissance de cette structure. En particulier, l’objectif numéro 1 de cette structure de concertation devant être la préservation et le renforcement de l’unité, de la cohésion des rangs de l’opposition républicaine, le leadership du chef de file de l’opposition devrait s’affirmer et s’imposer en se consacrant en priorité à résorber l’importante fracture qui s’est durablement installée au sein de la principale formation politique de l’opposition républicaine (UFDG), faisant ainsi preuve de sa capacité de leadership non seulement de son propre parti, premier parti de l’opposition, mais encore de toute l’opposition républicaine. Aussi longtemps que le chef de l’UFDG n’aura pas réussi à résorber cette fracture au sein de l’UFDG, il ne saurait réussir à emporter l’adhésion des autres partis de l’opposition à la création de la structure de concertation.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, de s’être laissé piéger à la ligne du pêcheur qu’est le pouvoir, en mordant à l’hameçon, donnant ainsi la preuve de l’abandon au pouvoir, par lui, de l’initiative de l’organisation et du fonctionnement de son leadership, en contrepartie de la dotation de 5 milliards de francs.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, de n’avoir eu aucun scrupule à s’accommoder d’une flagrante discrimination délibérément voulue et mise en œuvre par le pouvoir à l’occasion de l’octroi de la dotation de 5 milliards de francs. En effet, l’article 25 de la loi organique portant Charte des Partis politiques dispose que ces partis peuvent recevoir une aide de l’Etat et que les « crédits sont affectés aux partis proportionnellement au nombre de députés inscrits dans chaque parti ». Si parmi les 37 articles de la Charte des Partis politiques, il n’y en a aucun qui concerne une aide à apporter au seul chef de file de l’opposition en vue de l’organisation et du fonctionnement de son leadership, du moment que le pouvoir a pris l’initiative d’accorder une aide au chef de file de l’opposition, à plus forte raison devrait-il, pour être en conformité avec l’article 25, inclure dans son projet de loi de finances l’aide à apporter, explicitement édictée en faveur des partis politiques, en proportion des députés inscrits dans chaque parti.

A présent il appartient aux députés inscrits dans chaque parti de prendre l’initiative d’une proposition de loi tendant à recevoir de l’Etat une aide aux termes de l’article 25 de la Charte des Partis politiques, en invitant le gouvernement à inscrire dans le projet de Loi de Finances de l’année budgétaire 2018, une aide substantielle à accorder aux partis politiques.

J’accuse Cellou Dalein Diallo, cadre politique et intellectuel de haut niveau, de n’avoir pas compris la priorité et l’urgence à résoudre le problème numéro 2 auquel doit s’attaquer toute l’opposition républicaine unie et consistant en la création d’un front unique sinon d’une structure avec les organisations de la société civile.

  1. CE QUI NE PEUT PLUS DURER EN GUINEE – CONAKRY : LA GOUVERNANCE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ALPHA CONDE

A la fin de son ouvrage  « Guinée, l’Albanie de l’Afrique ou Néo-colonie américaine »,   « l’opposant historique » Alpha Condé dresse un portrait de Sékou Touré en écrivant :

« Portrait

SEKOUT TOURE

Ou le goût forcené du pouvoir personnel… »

A supposer que son talent de portraitiste ne soit pas usurpé, le président de la République Alpha Condé est-il en mesure de montrer, comparé à ce que Sékou Touré a apporté au peuple de Guinée, c’est-à-dire l’indépendance, ce que lui, Alpha Condé, homme d’Etat, a apporté de comparable, à ce même peuple pendant son premier quinquennat ?

Qu’est-ce que le président guinéen Alpha Condé qui dit être guinéen, qui a quitté la Guinée alors sous le régime colonial en 1953, à l’âge de 15 ans et qui n’est retourné au pays natal que 38 ans après, en 1991, a apporté à la Guinée ? Lui, « l’opposant historique », qui n’a participé ni directement sur le terrain, ni directement ou indirectement hors de la Guinée, à la lutte anticoloniale férocement réprimée pendant des dizaines d’années par le régime colonial, laquelle a abouti le 02 octobre 1958 à la proclamation de l’indépendance de la Guinée et par conséquent à la naissance d’un Etat indépendant. Et c’est pour pouvoir être porté à la tête de cet Etat que l’acteur politique Alpha Condé a sollicité les suffrages des guinéens et a été élu en 2010 président de la République.

La plupart des entrepreneurs politiques africains vont à la conquête du pouvoir politique, non pour servir la cause du peuple, à savoir l’aider à se nourrir, s’habiller, se soigner, se loger, s’instruire et instruire ses enfants, mais une fois le pouvoir conquis à considérer que la richesse produite par l’exploitation des ressources naturelles du pays, par le moyen du pouvoir d’Etat, laquelle richesse produite est par conséquent richesse publique, doit être appropriée en considérant cette richesse publique, comme une richesse privativement acquise. Jean-François Médard l’africaniste politique et Mamadou L. Diallo, le spécialiste de l’économie rentière qui a cours dans les Etats d’Afrique noire se rejoignent lorsque l’un et l’autre montrent que la première démarche de l’acteur politique porté au pouvoir et tenté de s’approprier la richesse publique c’est de faire sienne « l’idée que « toute l’autorité gouvernementale et les droits économiques correspondants tendent à être traités comme des avantages économiques privativement appropriés » ou encore « que les pouvoirs gouvernementaux et les avantages qui leur sont associés sont traités comme des droits privés » ». En d’autres termes, l’acteur politique devenu homme d’Etat est souvent porté à pratiquer cette confusion du domaine public et du domaine privé, à assimiler le Trésor public à la caisse privée, à la fortune personnelle. Cela n’est pas une vue de l’esprit ni de la spéculation. Un important document vient d’être publié sous le titre Guinée Rapport d’Analyse 2013 qui montre que le « Professeur » Président de la République, Alpha Condé, est actuellement l’un des Chefs d’Etat qui se livrent à outrance à cette confusion du domaine public et du domaine privé. Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler l’extraordinaire insouciance et la choquante prodigalité avec lesquelles il est allé récemment distribuer gratuitement, en puisant inconsidérément dans la richesse publique 100 mille dollars et 50 tonnes de riz à Freetown et 100 mille autres dollars à Ouagadougou. Motif : les deux pays dont les capitales sont respectivement ces deux villes sont victimes de catastrophes. Dans le même temps le président guinéen feint d’ignorer que la catastrophe qui frappe, sous son nez au quotidien, durement le peuple de Guinée, dont le pays est l’un des plus misérables et les plus corrompus de la planète, a l’âge de son quinquennat et est le plus pur produit de sa gouvernance.

A partir du moment où les partisans du « Professeur » président guinéen agitent ouvertement l’écriteau d’un troisième mandat, et que lui-même affiche tout aussi ouvertement son intention de briguer un troisième mandat, depuis son interview donnée au quotidien parisien Libération, la question, l’unique question à poser aux partis politiques de l’opposition, à la société civile et à tous les patriotes est : Pourquoi ne pas convoquer un forum national qui, après avoir examiné le contenu du rapport intitulé Guinée Rapport d’Analyse 2013, doit poser comme préalable à tout débat sur la question d’un troisième mandat, l’exigence d’un audit de la gestion financière du président de la République, Alpha Condé, audit auquel il compte échapper en s’éternisant au pouvoir.

Il faut qu’un tel audit montre au peuple de Guinée l’usage qui a été fait des redevances minières suivantes :       

            700 millions de dollars payés au Trésor guinéen par Rio Tinto

            830 millions de dollars payés au Trésor guinéen par UC RusAl

296 millions de dollars représentant le montant des redevances payées par CBG depuis l’accession au pouvoir de Alpha Condé

150 millions de dollars représentant le montant d’un prêt consenti par le gouvernement angolais à la Guinée.

 Soit un total de : 1.976 millions de dollars ou 1 milliard 976 millions de dollars.

Si l’on déduit de la somme de 1 milliard 976 millions de dollars, celles afférentes d’une part, au coût du barrage de Kaléta et, d’autre part, aux frais de tous autres travaux de moindre importance et aux paiements effectués pour l’importation de produits vivriers, il est évident qu’un important reliquat existe, en attendant qu’un audit rigoureux en précise le montant et dont le président guinéen est tenu de rendre compte avant de songer à vouloir briguer un troisième mandat. Ceci n’exclut évidement pas les réponses que le « Professeur » président Alpha Condé est tenu d’apporter aux interrogations soulevées par le rapport Guinée, Rapport d’Analyse 2013, en particulier la somme de 1 milliard 7 millions de dollars (1.007.000.000 USD) dont ce rapport fait état. Cette somme aurait été placée par le président Lansana Conté dans une banque brésilienne. C’est au sujet de cette somme, toujours selon le rapport Guinée Rapport d’Analyse 2013, que le « chargé de mission » qui officie au sein de la présidence, Mohamed Alpha Condé, fils du président guinéen, aurait été dépêché, à plusieurs reprises, pendant la période 2010-2012, au Brésil pour rentrer en possession de cette somme.

Il est urgent de mettre à l’épreuve le président de la République, Alpha Condé, pour savoir si, en « africain engagé » qui a déjà dit : «  Ce que je veux pour la Guinée », l’engagement pris a été tenu. A cet effet, il suffit de lui demander et d’obtenir qu’il veuille bien fournir la preuve de l’existence du reliquat de la somme de 1 milliard 976 millions de dollars, propriété du peuple de Guinée, et l’inviter à donner des informations sur la somme de 1 milliard 7 millions de dollars, à supposer que son existence est bien avérée et que le « chargé de mission » au sein de la présidence de la République a bien rempli sa mission en réussissant à récupérer cette somme, encore propriété du peuple de Guinée, et, dans ces cas, d’expliquer l’usage qui en a été fait dans un intérêt public, bien entendu.

On espère que Monsieur le Président de la République, Alpha Condé, aura la bonté de ne pas tenir les propos peu amènes, pour ne pas dire orduriers, que « l’opposant historique » Alpha Condé a tenus naguère à l’adresse de ses camarades de la direction du MND-Guinée et que révèle son ami Alpha Ibrahima Sow, professeur à l’Ecole des Langues Orientales de Paris, dans son rapport de 1986, si d’aventure quelque électeur parmi les 52% qui ont voté pour lui en 2010 et l’ont élevé à la dignité de premier magistrat de la République s’avisait de savoir quel usage a été fait de tout cet argent, de cette richesse publique.

Faut-il rappeler que dès lors qu’on a un goût forcené du pouvoir personnel – et le président guinéen Alpha Condé n’en est pas dépourvu, avec son goût forcené de briguer un troisième mandat – et que l’on dispose de l’argent public, de la richesse publique, comme on dispose d’une richesse privée, quoi de plus tentant que d’aller à la conquête du pouvoir politique parce que « c’est le pouvoir politique qui permet de créer des situations de rente et faciliter leur appropriation », ce que montre l’expérience de la lutte politique en général et de la lutte politique en Guinée en particulier, un pays aux fabuleuses ressources minérales et agro-pastorales. La plupart de ceux qui font fortune et qui décident de la fructifier, l’investissent dans la sphère de la production matérielle. Mais, l’entrepreneur politique, lui, pour accroitre sa fortune personnelle est tenu d’investir, non dans la production matérielle, mais dans ce qu’on pourrait appeler la « production du pouvoir politique », pour la conquête du pouvoir d’Etat, car « rechercher le pouvoir, c’est aussi rechercher la richesse, et rechercher la richesse, c’est rechercher le pouvoir, puisque l’une mène à l’autre et réciproquement ».

Comment en finir avec une telle dialectique lorsqu’elle est mise au service, non du peuple de Guinée, mais d’un acteur politique porté au pouvoir dans son pays natal qu’il a quitté à l’âge de quinze ans et où il n’est retourné qu’à l’âge de cinquante trois (53) ans, avec le syndrome du déraciné ; de celui qui ne semble pas pouvoir transcender son handicap parce que n’ayant pas, n’ayant jamais eu d’attaches solides avec son pays natal, avec la paysannerie de son pays où huit personnes sur dix vivent de l’agriculture ? En faisant comprendre au président de la République Alpha Condé qu’il n’y aura pas de troisième mandat, la gestion de ses deux quinquennats ayant montré à suffisance au peuple de Guinée que tout l’argent qu’il a eu à engranger au nom et pour le compte du Trésor public et pour lequel il a été démocratiquement élu n’a pas servi à engager la Guinée sur le chemin du développement, à cause de sa gestion opaque des redevances minières et pour n’avoir pas été mis au service du développement prioritaire de l’agriculture.

  1. QUE FAIRE ? CREATION D’URGENCE D’UNE STRUCTURE DE CONCERTATION OPPOSITION REPUBLICAINE – SOCIETE CIVILE

La création d’une telle structure est d’une urgence et d’une nécessité vitales, à la lumière de la grève des enseignants qui a vu le pouvoir procéder à la mise en état d’arrestation des dirigeants syndicalistes. Que cette mise en état d’arrestation ait eu lieu et qu’au surplus elle se soit effectuée hors du siège du syndicat des enseignants, et, plus grave encore, qu’elle se soit effectuée dans le bureau de la présidente du Conseil Economique et Social, de cette présidente qui fut dirigeante de la plus puissante centrale syndicale qui, naguère ébranla les fondements du régime du président Lansana Conté, voilà qui donne une indication sur les limites du pouvoir de dissuasion de l’opposition républicaine et de l’incapacité de cette opposition à riposter.

Si une telle structure existait, opposition républicaine et société civile auraient été mieux préparées à une riposte, à l’instantanéité d’une riposte à toute violation de la légalité républicaine, y compris celle que le pouvoir est en train de préparer, avec son intention maintenant déclarée de briguer un troisième mandat.

Voilà pourquoi, face au couple pouvoir – fraction de l’opposition républicaine fonctionnarisée et en voie de fonctionnarisation, il faut de toute urgence organiser la mobilisation de ce qui reste d’opposition républicaine véritable en vue de la mise sur pied de cette structure de concertation opposition républicaine – organisations de la société civile, au premier desquelles les organisations syndicales.

MISE EN ŒUVRE D’UN PROGRAMME D’URGENCE :

  1. A court terme :
    • Défense de l’Etat de droit par la défense de la Constitution de la République, avec comme thème central, opposition irréductible à un troisième mandat et moyens à mettre en œuvre pour le succès d’une telle opposition.
    • Examen des problèmes et moyens de préservation de l’unité de l’opposition républicaine et de la création d’une structure de concertation opposition républicaine – société civile.
    • Création d’un comité d’experts chargés d’étudier le rapport Guinée Rapport d’Analyse 2013 et de proposer des réponses ou solutions à trouver à des questions liées au développement de la Guinée soulevées dans ce rapport et qui sont déterminantes pour l’avenir du pays.
    • Mesures à prendre pour tenir en échec le couple pouvoir – fraction de l’opposition républicaine fonctionnarisée et en voie de fonctionnarisation, couple le plus représentatif de la classe dirigeante de la Guinée – Conakry d’aujourd’hui, en s’inspirant de l’admirable exemple du peuple burkinabè qui s’est débarrassé de son président Blaise Compaoré en le chassant du pouvoir ou de l’exemple en cours au Togo.
  2. A moyen terme :

Etude et mise en œuvre, si le peuple de Guinée – Conakry y était contraint de tous les moyens nécessaires pour chasser du pouvoir le couple pouvoir – fraction de l’opposition républicaine fonctionnarisée et en voie de fonctionnarisation, couple le plus représentatif de la classe dirigeante, y compris par le recours à la force des armes, ce que « l’opposant historique » Alpha Condé lui-même recommandait, de façon impérative et pertinente, dans son ouvrage de combat, « Guinée, l’Albanie de l’Afrique ou Néo-colonie américaine », sous le titre : « La lutte armée de libération en Afrique ».

Vous voudrez bien vous procurer le rapport Guinée Rapport d’Analyse 2013 au site www.Guinée58.com

 

 

Conakry, Novembre 2017

 

 

Ibrahima FOFANA

 

Avocat à la Cour

Ancien ministre du gouvernement du

Président Ahmed Sékou TOURE