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[dropcap class=”kp-dropcap”]A[/dropcap]u cours de sa première série de visites de travail dans les 8 pays que couvre le bureau d’Abuja, dont la Guinée la Professeur Hassana Alidou a eu une série d’entretiens avec le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies, Anthony Ohemeng-Boamah, les autorités gouvernementales etc. Professeur Hassana Alidou a  accordé une interview à notre rédaction au sortir de son audience avec Anthony Ohemeng-Boamah. Dans cet entretien à battons rompu, elle parle des priorités de l’UNESCO pour les pays africains et en particulier la Guinée, mais aussi la nécessité d’intégrer de la dimension culturelle aux Objectifs du Millénaire les OMD.

Aminata.com: Professeur Hassana Alidou, vous êtes la Directrice Régionale du Bureau multisectoriel de l’Unesco basé à Abuja au Nigeria. Quels sont les pays que couvre votre Bureau.
Prof Hassana Alidou: Nous couvrons 8 pays à partir d’Abuja. Il s’agit du Nigéria, le Bénin, la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone, le Togo et le Ghana.

Vous effectuez actuellement une tournée sous régionale dans les pays sous votre administration. Combien de pays que vous visitez et quels sont les points inscrits à votre agenda à Conakry.

C’est une première visite officielle depuis notre nomination et nous allons  visiter trois pays à savoir : la Guinée, le Bénin et le Togo. Dans une deuxième visite, nous allons parcourir les autres pays. L’objet de notre visite à Conakry, c’est d’abord de nous présenter officiellement aux autorités de la République de Guinée en tant que Représentant de l’UNESCO en Guinée.

C’est pourquoi, nous avons rencontré le Coordonnateur Résident qui coordonne notre action ici en Guinée. Et, c’est donc important qu’en tant qu’UNESCO, nous nous présentons à lui. L’autre objectif de notre mission, c’est de réaffirmer que l’UNESCO est entré dans la phase effective de mise en œuvre de ses réformes.

A cet effet,  l’Afrique a été divisée en 5 régions correspondants plus ou moins aux communautés économiques régionales. Ça, c’est pour des raisons d’efficacité. Vous savez, les deux priorités globales de l’Unesco, c’est l’Afrique et le Genre. Donc, dans tous les pays, nous nous focalisons sur les 5 compétences de l’Unesco à savoir : l’éducation, les sciences, la culture, les sciences humaines et sociales et la communication et l’information. Ensuite, nous apportons notre expertise aux pays afin qu’ils développent et mettent en œuvre une politique qui permet d’enclencher le développement durable. Dans ce sens,  à l’UNESCO, nous sommes disposés à aider les pays non seulement à élaborer les politiques, mais aussi à les mettre en œuvre de façon effective.

Quelles sont les priorités de l’UNESCOpour la Guinée ?

Nous pensons que le développement d’un pays, notamment pour un pays comme la Guinée, passe par le défi du développement humain. L’éducation, prise dans sa compréhension la plus complète, est un secteur qu’il faut vraiment développer pour que le pays puisse avoir des ressources humaines de qualité que ce soit dans l’agriculture, la santé, et surtout les mines (qui constituent un domaine économique important pour la Guinée, en tenant compte de ses ressources naturelles). C’est important que l’on puisse former des ressources humaines capables de travailler pour le développement du pays. L’éducation et la formation professionnelle sont les domaines où, l’UNESCO va mettre sa priorité. La Guinée est dans la réforme du système Licence Master et Doctorat (LMD), comme tous les pays francophones. Là aussi, l’UNESCO apporte son appui à l’enseignement supérieur pour la formation des enseignants du supérieur et des cadres de l’administration afin que la Guinée puisse mettre en œuvre de façon effective la réforme de ce système.

Dans le domaine de la culture, il est de plus en plus démontré que l’atteinte des objectifs du millénaire pour le Développement (OMD) ne peut pas être effective tant qu’on n’intègre pas la dimension culturelle. C’est pourquoi, dans la perspective post-2015, grâce au plaidoyer de l’UNESCO, les agences de développement reconnaissent que l’industrie culturelle est porteuse de développement et que le développement du secteur culturel peut générer de la croissance. On peut répondre aux préoccupations de la jeunesse en prenant en compte sa créativité. L’UNESCO travaillera donc avec la Guinée pour le développement des industries culturelles afin que cela soit un levier pour le développement.

Au cours de votre séjour, vous allez rencontré les autorités concernées?

Nous allons rencontrer le président de la Commission Nationale de l’UNESCO qui est le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Nous comptons rencontrer aussi, le Ministre de  l’Enseignement pré Universitaire et de l’Alphabétisation et le Ministre de la Culture. Pendant la conférence générale de l’UNESCO qui s’est tenue à Paris en novembre 2013, le Ministre de la culture, de l’Education, et toutes les autorités guinéennes relevant de la compétence de l’UNESCO ont pu rencontrer la Directrice Générale. Au cours de cette rencontre, elle a réitéré  le souci de voir la Guinée sortir de la situation d’extrême pauvreté à travers le renforcement des capacités des jeunes et des adultes. Donc, je pense que ce dialogue a commencé depuis novembre et nous allons le poursuivre au cours des entretiens que nous allons avoir au cours de notre visite.

L’éducation à la paix figure-t-elle aussi parmi les priorités de l’Unesco pour la Guinée ?

L’UNESCO a joué un rôle fondamental pendant la période pré-électorale en mobilisant les jeunes et en sensibilisant pour qu’il y ait une élection paisible. Ça, c’est une contribution très forte des Nations Unies à travers la mise en œuvre de ces projets par l’UNESCO. La paix, comme le Président Houphouët a coutume de le dire, « ce n’est pas un mot, c’est un comportement ». Et la paix,  il faut la cultiver dans l’esprit, dans le comportement des Peuples de façon permanente. L’UNESCO, en partenariat avec la CEDEAO, a développé tout programme de promotion de la culture de la paix qui fait d’ailleurs partie des programmes phares de la priorité Afrique de l’Unesco.

Nous allons effectivement continuer dans la période post-électorale accompagner la Guinée pour que la paix, qui est l’un des facteurs clés de l’enracinement de la démocratie dans une société, puisse être une culture. Donc, nous avons tout un programme curriculaire qui a déjà été développé et la Guinée en fait partie. Tous les formateurs des formateurs et les enseignants ont été formés afin qu’ils puissent intégrer ce curriculum dans la formation des élèves. Vous savez, dans nos pays africains, près de 80% des jeunes sont hors du système éducatif formel. Nous allons intégrer ce module dans l’éducation non formelle et dans les programmes d’alphabétisation dans les langues nationales pour former la jeunesse qui n’est pas à l’école pour étendre ce type de formation pour la paix à tout le monde. Nous pensons aussi que la culture de la paix doit faire l’objet d’animations culturelles. La paix, c’est dans la culture, la paix c’est dans le commerce, dans tous les aspects de la vie socioéconomique. Là l’Unesco, à travers son programme de promotion de la culture de la paix, va continuer à accompagner les pays comme la Guinée, la côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra Léone au niveau national mais nous allons aussi développer une stratégie où, ces pays pourront partager leurs expériences et les meilleures pratiques.

La paix et la culture ne sont pas des données quantifiables, mais elles conditionnent le développement. Dans un contexte global de raréfaction des ressources financières, est-ce que la mobilisation de ressources en faveur de ces thématiques ne constitue-t-elle pas en elle-même un défi pour l’Unesco ?

Vous savez, l’UNESCO n’est pas un Fonds. L’UNESCO est une agence spécialisée d’expertises mis à la disposition des pays. C’est très important que les pays comme la Guinée  puissent savoir que l’Unesco peut les accompagner à formuler de très bonnes politiques. L’UNESCO peut les accompagner à formuler de très bon projets à soumettre aux partenaires techniques et financiers et l’Unesco est tout aussi disposée à les accompagner dans leur mise en œuvre. Donc, nous avons une autre façon de voir la mobilisation des ressources. Dans ce sens, quand vous avez une grande expertise comme l’Unesco dans les domaines de l’éducation, la science, la culture, la communication, je pense que c’est très important que les pays puissent s’en servir pour développer des programmes susceptibles d’être soutenus par des fonds et programmes des Nations Unies ou d’autres bailleurs. Ça, c’est d’une part. D’autre part, l’Unesco travaille avec les autres agences du Système des Nations Unies pour développer et mobiliser des ressources et développer des réseaux à mettre à la disposition des pays. Nous pensons aussi qu’il faut soutenir les pays à prendre en charge leur propre développement.

Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

C’est-à-dire souvent, nous parlons de pauvreté des pays africains. Mais les pays africains ne sont pas pauvres. Quand on prend l’exemple de l’Angola, après toutes les crises et les guerres que le pays a connu, le gouvernement a pris en compte le fait qu’aujourd’hui, ils ont d’énormes ressources qui émanent des mines. Donc, un pourcentage des fonds provenant des mines est dédié au financement des programmes de développement et une partie est mise à la disposition de l’Unesco  pour accompagner le pays dans son propre développement. Je suis basé au Nigeria. Aujourd’hui le Nigéria  vient de donner à l’Unesco 6,4 millions de dollars pour l’accompagner à mettre en œuvre sa politique d’alphabétisation. Donc, le Nigéria s’est rendu compte que l’Unesco est une expertise.

Pour renforcer les capacités des agences de l’Etat nigérian au niveau fédéral  et au niveau des gouvernements locaux, c’est l’Unesco qui accompagne cet Etat avec ces 6,4 millions de dollars mis à sa disposition. C’est un nouveau type de partenariat que l’Unesco est en train de développer avec les pays.  Nous avons aussi des accords cadre où, nous identifions les besoins, nous formulons les programmes et les pays investissent dans ces programmes, surtout ceux qui ont des ressources provenant des recettes minières. Le Tchad vient juste de développer un programme avec les fonds du partenariat mondial pour l’éducation. Il a identifié l’Unesco comme l’agence des Nations Unies qui peut l’accompagner pour la réforme de l’éducation, surtout au niveau de l’enseignement supérieur. Parmi toutes les agences des Nations Unies, l’Unesco est celle qui peut accompagner les pays à faire la réforme du système LMD dans l’enseignement supérieur. Donc, le Tchad a privilégié ce type de nouveau partenariat et ces fonds qui sont octroyés au Tchad par la Banque Mondiale ont été mis à la disposition de l’Unesco pour exécuter ces réformes dans l’enseignement supérieur. Donc, vous voyez qu’en matière de mobilisation des ressources, nous expérimentons une nouvelle approche. Nous encourageons les pays à vraiment prendre en charge leur développement. L’Afrique regorge beaucoup de ressources minières. Une partie des recettes minières doit être octroyé au développement humain, par exemple la formation technique et professionnelle, l’éducation de base.  On ne peut pas développer un pays sans les ressources humaines de qualité.

 

Je devine que ces questions feront l’objet des points de plaidoyer que vous allez  faire auprès des autorités guinéennes pendant votre séjour ?

Effectivement. Aujourd’hui, tout le monde le sait, l’Europe a traversé sa crise, l’Amérique la même chose. Les pays qui n’ont pas encore beaucoup de problèmes, c’est les pays asiatiques justement parce qu’ils avaient mis leurs priorités d’investissement dans les ressources humaines, de telle sorte qu’aujourd’hui, l’Asie est devenue le modèle en matière de qualité du développement économique et qualité des ressources humaines.  L’Afrique peut le faire aussi. Le Nigeria, l’Angola et le Tchad donnent déjà l’exemple en faisant confiance à des agences techniques compétentes spécialisées pour les accompagner. Il faut que nous arrivions aussi dans nos pays africains à nous approprier les domaines de compétence du développement. Et on ne peut le faire que lorsqu’il y a un accompagnement de proximité qui est pérenne.

Propos recueillis par Oumar M’Böw pour Aminata.com
622624545/666369744
mbooumar@gmail.com

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