
Il y a des déclarations qui devraient inquiéter plus que de faire sourire. Récemment, un artiste guinéen, invité sur un plateau de télévision, a affirmé avec fierté qu’il aime le Général Mamadi Doumbouya plus que sa mère, son père, ses épouses, et même ses propres enfants. Quelle déclaration surprenante!
Ce n’est pas simplement une phrase maladroite, c’est une soumission morale, une abdication de l’esprit critique, une idolâtrie inquiétante dans une République normale.
Qu’un adulte, artiste de surcroît – donc censé être un vecteur de réflexion, d’émotion et de conscience – place un dirigeant politique au-dessus des figures les plus sacrées de la vie familiale, cela relève d’une dérive hors du commun.
Aimer un chef d’État au point de renier l’amour filial et parental, c’est refuser de faire la part entre l’admiration et l’aveuglement. Ce culte de la personnalité, qu’on croyait révolu avec les dictatures d’un autre temps, ressurgit désormais par la bouche de ceux qui devraient être les gardiens de l’indépendance d’esprit. Où est passée la dignité ?
Ce type de discours trahit une société où le pouvoir cherche à s’imposer non seulement dans les institutions, mais aussi dans les cœurs, les foyers, et même dans les liens familiaux.
Ce n’est plus de la loyauté, c’est de la dévotion aveugle. Ce n’est plus de l’opinion, c’est une forme de servitude volontaire.
Aimer son pays ne signifie pas idolâtrer un homme. Soutenir une vision politique ne devrait jamais emmener à désacraliser les parents. Les pères et mères sont les racines, les enfants, l’avenir. Aucun pouvoir, si fort soit-il, ne mérite d’occuper cet espace sacré.
Ce genre de déclarations, banalisées à la télévision, doivent être prises au sérieux. Car elles révèlent une tendance: celle d’une société qui, par fatigue ou par peur, commence à troquer sa lucidité contre une vénération dangereuse.
Alpha Binta Diallo
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