Le Président des forces démocratiques(UFD) Mamadou BAH Baadiko s’est longuement exprimé au micro de notre reporter ce dimanche 16 avril 2017 sur la suppression des notes de cours au baccalauréat en Guinée.

 

“Merci pour votre question; vous savez jusqu’à quel point je m’intéresse aux problèmes de l’éducation. En 2011, le nouveau gouvernement a procédé à une réforme du système de notation du bac. On a introduit les notes de classe pour le calcul de la moyenne de l’examen. On prenait ainsi en compte le travail de l’élève sur toute l’année scolaire au lieu des simples notes de l’examen qui pouvaient ne pas refléter le niveau réel de l’élève. C’était une façon d’inciter l’élève à faire un effort continu et surtout à respecter ses professeurs. L’élève devait ainsi travailler régulièrement pour acquérir un savoir bien assimilé, au lieu de se livrer au bachotage. Mais très vite, cette mesure positive dans son principe a été convertie en son contraire et transformée en un gigantesque moyen de fraude à l’échelle nationale. Les premiers à avoir foncé dans la brèche ont été les écoles-boutiques de l’enseignement privé. Quoi de plus naturel pour ces écoles qui n’ont pas d’autre but que de faire de l’argent que de chercher à afficher de bons résultats aux examens par tous les moyens ? C’était la voie royale pour la tricherie aux examens. La corruption aidant, les DPE fermaient les yeux sur les notes faramineuses qui leur étaient transmises par les écoles. Certains professeurs, au mépris de la déontologie de leur métier,  monayaient leurs notes. L’enseignement public a très vite suivi le mouvement. Les responsables veulent eux aussi afficher d’excellents résultats et même avoir des lauréats ! Ce système presque démentiel a permis de fabriquer en quelques années des centaines de milliers de bacheliers dont peu ont le niveau. Mais tout se passait dans la joie et la bonne humeur, dans l’inconscience générale. Les rares écoles privées qui ont tenté de résister à cette fraude généralisée ont été furieusement attaquées par les élèves, leurs parents et parfois même par certains enseignants ! Tous se sont étonnés qu’on veuille ainsi « pénaliser » les enfants alors que tout le monde le fait ! Des milliers de ces « bacheliers » végètent dans les universités étrangères, incapables de franchir le cap de la première année ! Des « lauréats » boursiers au Maroc, sont renvoyés pour incapacité à suivre les cours. Les universités publiques et privées sont bondées. En prenant enfin cette mesure de bon sens, l’Etat coincé financièrement et qui n’a plus les moyens d’assumer cette lourde charge, tente de réduire ainsi le nombre de bacheliers à caser chaque année. Malheureusement, cette mesure qui a été recommandée par la Commission de Réflexion sur l’éducation qui a récemment rendu son rapport, apparaît comme parcellaire. A elle seule, elle ne pourra pas résoudre le problème de la faiblesse du niveau des bacheliers. L’impunité dans tous les domaines étant la règle chez nous, il faut craindre que les multiples voies de la fraude ne continuent à prospérer, dans l’indifférence générale. Tout le monde voit ou sait ; mais personne ne fait rien”, a-t-il entamé.

 

Sous la pression du parti au pouvoir, un  DPE sanctionné a été réinstallé dans ses fonctions, sans autre forme de procès!”

 

“Attendons de voir si le gouvernement va changer sérieusement de politique pour mettre définitivement fin à la fuite des épreuves ; sans compter ces classes d’examens très spéciales où on rassemble des élèves pour que des enseignants viennent traiter les sujets au tableau. Sans oublier les fausses notes attribuées lors du collationnement des résultats ou le phénomène des vrais-faux admis qui se retrouvent sur les listes d’admission avec des notes imaginaires. On ne parle même pas de la fraude courante consistant à laisser des étudiants de l’université passer les examens à la place des candidats. Tout ceci pour ne parler que de l’aspect pédagogique du problème. Mais il y a aussi l’énorme scandale financier qui accompagne les examens. Les détournements du budget des corrections se comptent par dizaines de milliards. En contrepartie, on peut donner 5 000 copies d’examen à corriger par un enseignant, en une semaine, faute de moyens ! On crie, mais aucune sanction. Mieux, sous la pression du parti au pouvoir, un  DPE sanctionné a été réinstallé dans ses fonctions, sans autre forme de procès!”

 

Des réformettes n’y changeront rien

 

“Comme j’ai eu à le dire à d’autres occasions, notre pays souffre de maux très profonds. En matière d’éducation, j’affirme qu’on n’est pas au bord du gouffre, mais dans le gouffre. Nous devons tous prendre conscience que si la tendance actuelle de la société guinéenne continue, c’est-à-dire privilégier les jeux politiciens et accepter l’impunité, il est à craindre qu’on ne puisse jamais guérir les fléaux qui paralysent notre pays et qui le réduisent à l’état de décrépitude dans lequel il se trouve actuellement. Réhabiliter l’éducation et la redresser durablement exigera de gros efforts et des sacrifices de toutes les parties concernées : élèves, enseignants, parents d’élèves, Etat. Comme le montre l’expérience de décennies de décente aux enfers de l’éducation, des réformettes n’y changeront rien”.

 

Mamadou Aliou Barry por Aminata.com

 

aliousarayabhe@gmail.com

 

(+224) 622 304 942

 

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