Le vice président du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne(CNOSC-G) et président de la coalition Publiez ce que vous payez Guinée(PCQVP-G) l’a dit dans un entretien qu’il a accordé à la rédaction d’Aminata.com. Docteur Diallo s’est largement exprimé sur la crise que traverse le système éducatif guinéen. Il dénonce et propose des solutions. Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

 

Aminata.com: Quelle lecture faites vous de la crise que traverse le système éducatif guinéen depuis quelques semaines?

 

Ce que nous observons aujourd’hui par rapport au système éducatif guinéen n’est que l’aboutissement ou la consécration de la banalisation de l’éducation en République de Guinée. Depuis très longtemps, l’éducation a été banalisée, reléguée au second rang. Cette éducation de nos enfants ne préoccupe pas les autorités. Et ça, c’est une situation très grave. Pour un pays qui veut être au rendez-vous du développement, il doit normalement mettre l’éducation en priorité des priorités. Vous voyez aujourd’hui le budget national. La part allouée à l’éducation est très dérisoire. Cela dénote qu’il n’y a pas de volonté politique de doter ce secteur des moyens lui permettant de sortir de l’ornière. A mon avis, il faut la refondation du système éducatif guinéen puisqu’il est morcelé. Avec des ministères séparés. Nous avons un ministère de l’enseignement pré-universitaire, un ministère de l’enseignement professionnel et un autre pour l’enseignement supérieur. Ils sont désarticulés avec des visions et des programmes différents. Pour qu’on puisse arriver au bout de la réforme du système éducatif, il faut créer un département fort de l’éducation nationale à l’intérieur duquel, nous allons mettre des directions pour imprimer une cohérence et une logique en matière de politique éducative. Cela est l’une des solutions. La politique éducative doit être pensée et repensée de la base au sommet. Avec un seul ministère de l’éducation nationale qui aura à l’intérieur, une direction de l’enseignement pré-universitaire, une direction de l’enseignement supérieur, une autre direction pour l’enseignement professionnel et une direction de la recherche scientifique parce qu’il faut mettre la recherche la plus value de nos intellectuels à ma science mondiale, à la technologie.   Il faut beaucoup investir dans la recherche. Pour qu’un pays soit respecté, il faut qu’il soit au rendez-vous de la technologie, de la technique mais aussi de la recherche. Surtout dans la recherche des moyens et rendre prioritaire le secteur de l’éducation. Pour qu’on ait des élèves de qualité, il faut des enseignants de qualité. L’Etat n’organise pas la formation continue des enseignants. Il faut un système de suivi et d’évaluation du contenu de l’enseignement, des modules qui sont enseignés par rapport non seulement à la technique de l’enseignement. Aujourd’hui, tous les pays privilégient l’éducation active, la pédagogie active. Il faut qu’il y ait des bibliothèques équipées de livres, il faut qu’il y ait du matériel sophistiqué et adéquat, bref des outils modernes adaptés à l’éducation pour permettre à nos jeunes de se qualifier et se comparer à l’échelle sous régionale, africaine et mondiale.

 

Que pensez-vous des congés forcés qui ont été imposés aux élèves et étudiants par les autorités ?

 

Cela prouve le manque de vision, le manque d’organisation et d’harmonie entre les différents départements de l’éducation. Nous avons trois ministères avec trois ministres qui ont des visions différentes.  Ils ont eu trois mois de vacances. Cela ne leur a pas suffis pour accorder leurs violons, harmoniser leurs démarches et avoir un plan d’action annuel cohérent. Le système éducatif guinéen, tel qu’il fonctionne est un échec. Donc il faut une refondation du système éducatif et repenser la politique éducative. Pour le faire, il faut un diagnostic profond. Pour que ce diagnostic soit vraiment réel, il faut des vrais acteurs à la base, une sincérité dans la conduite et une volonté politique qui prend en compte les recommandations de ce diagnostic pour qu’on ait une politique éducative cohérente. Une politique logique, conforme à nos besoins et pouvant qualifier notre système éducatif pour que la Guinée soit compétitive.

 

Quelle est votre opinion sur la grève déclenchée par le syndicat des enseignants?

 

Il est vrai que le traitement des enseignants est dérisoire avec la nouvelle grille qui dégrade au lieu d’améliorer les choses. Cette grille, selon le constat des spécialistes a vraiment dégradé beaucoup d’enseignants. Donc en terme de traitement, c’est une réalité. Mais l’autre aspect, il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui il faut beaucoup miser sur l’enseignement parce qu’il y a des secteurs qui ne doivent pas observer la grève totale. C’est l’enseignement et la santé. Avec ces congés forcés, cela va impacter sur la formation des enfants. Il faut éviter qu’on aille vers une année blanche. Le plus souvent, c’est à la déperdition des enfants qu’ils misent pour pouvoir améliorer leurs conditions. Alors que ça doit être l’inverse. Les moments de grève doivent être bien choisis pour éviter de disqualifier davantage la qualité de l’enseignement dans notre pays. Les syndicalistes font le plus souvent un pas en avant et mille pas en arrière. Ils ne sont pas souvent droits dans leurs bottes. Ils font souvent de l’amateurisme. C’est parce qu’ils n’ont pas jouer pleinement leur rôle que le gouvernement les a traînés tout ce temps dans la boue. S’ils avaient bien réglé l’année dernière, cette année on allait retomber sur ça. C’est parce qu’ils ne veillent pas aux grains. Ce sont les élèves et leurs parents qui sont pris en otage par ce cercle vicieux. On tourne à rond. C’est l’éducation de nos enfants qui est bafouée et foulée au sol. Le retard du gouvernement dans la résolution de cette crise est due à un manque de volonté ou à un manque de stratégie. C’est vraiment scandaleux, c’est inacceptable de la part du gouvernement. Gouverner veut dire anticiper.

 

Propos recueillis par Mamadou aliou Barry pour Aminata.com

(+224) 622 304 942
aliousarayabhe@gmail.com

 

 

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