“On ne s’attendait pas à un miracle économique avec Alpha Condé”, estime Alpha Saliou Wann de l’AFD

Alpha Saliou Wann, Président de l'Alliance des forces démocratiques (AFD)
Alpha Saliou Wann, Président de l'Alliance des forces démocratiques (AFD)

Un président sortant n’a pas l’autorité politique nécessaire pour proposer une nouvelle Constitution au pays à moins d’un an de l’élection présidentielle, notamment quand il s’agit de son dernier mandat. Il a déjà fini toutes ses cartouches, la chasse est terminée pour lui. Il revient aux prochains candidats, s’ils le souhaitent, de débattre sur des propositions de réformes constitutionnelles. Ce débat leur appartient, mais pas au sortant, c’est une règle non écrite de la politique. D’ores et déjà, nous sommes entrés dans l’année électorale, donc c’est une diversion de parler de la Constitution à la place des questions liées à l’organisation des élections, particulièrement l’épineux problème du fichier électoral.

Les Guinéens doivent plutôt s’apprêter à écouter attentivement les projets de programme des futurs candidats, que d’être suspendus à l’annonce d’une hypothétique Constitution.
Voilà, ce qu’il n’a pas fait en dix ans, ce n’est pas en cinq ans supplémentaires, qu’il le fera. Tout le monde savait qu’Alpha Condé n’a pas le profil des technocrates estampillés FMI-BM que ces bailleurs de fonds nous ont imposés depuis le début de la décennie 1990, donc on ne s’attendait pas à un miracle économique avec lui. Par contre, il était auréolé du titre emblématique d’opposant historique qui s’est battu 40 ans durant pour l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit dans son pays. N’est-ce pas plus pertinent de juger son bilan sur le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit en Guinée ? On l’attendait plus sur ce terrain pour engager une rupture historique avec 50 ans de dictature et d’autoritarisme dans notre pays. Mais, à l’épreuve du pouvoir, le monde a découvert ce qu’il est réellement : un marxiste stalinien des tropiques. Il fait partie de cette génération de jeunes africains nourris aux théories marxistes – maoïstes de l’époque pour se donner une visibilité politique, notamment au sein de la mythique FEANF. Mais, fait inexplicable logiquement, les principaux ténors de cet syndicat étudiant se sont mis par la suite tranquillement au service des dictateurs africains, qu’ils dénonçaient avec virulence comme étant les suppôts de l’impérialisme et du néocolonialisme qu’ils promettaient de jeter dans les poubelles de l’Histoire. Lui-même a passé tout son temps de lutte à fréquenter ses camarades devenus les pontes des palais nationaux des différents pays africains au lieu de collaborer, comme cela se doit, avec les opposants qui luttent pour la démocratie.

L’opposant devenu président a suspendu l’application de la Constitution en vigueur comme le font les chefs de juntes militaires au pouvoir. Toutes les batailles politiques de son opposition se sont résumées à réclamer la tenue des élections législatives et locales, quid des questions de développement. Une centaine de jeunes manifestants ont été abattus par ses forces de répression en toute impunité. Il a repris tous les has been du régime du général Lansana Conté. Aujourd’hui, il tente de museler la presse privée dans une campagne d’intimidations sans précédent depuis l’instauration de la liberté de presse en 1992. Comme ses prédécesseurs, il s’est mis au-dessus des lois, tout en domestiquant les autres institutions constitutionnelles. C’est sa volonté qui fait loi. C’est vraiment une déception pour toutes celles et tous ceux qui ont cru en lui. Le mieux qu’il puisse faire, c’est de partir sans bruits en évitant soigneusement des affrontements inutiles au pays.

Il est en définitive, disqualifié politiquement et moralement pour proposer une nouvelle Constitution en référendum dans le but de se donner la possibilité de briguer un mandat supplémentaire. Sa page est définitivement tournée.