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Au lieu de la question comment changer la Guinée, moi je poserais plutôt la question quelle solution pour la Guinée ? Je suis persuadé que cette dernière est la vraie question.  J’avoue que cette question, je me la pose à tout moment, et, il m’arrive souvent  qu’elle me coupe le sommeil tant elle me semble importante. D’aucuns se disent que la Guinée est une équation à solutions multiples. Moi, je dirai, par contre, que la Guinée est un système d’équations à plusieurs inconnues. Si nous arrivons à déchiffrer chacune des inconnues qui composent ce système, cela nous conduirait à une, et une seule, solution possible.

Dans mon précédent article, j’avais promis de partager les contours de cette solution. J’avais aussi évoqué que le problème réel de la Guinée n’était ni politique, ni ethnique. Par contre, qu’on ne la veuille ou pas, les acteurs politiques actuels seront incontournable dans la concrétisation de cette solution que je vais partager dans ces quelques lignes. Certes, ils ne seront pas les meneurs, mais avec la détermination du peuple,  ils seront obligés d’endosser cette solution pour des intérêts purement politiques.   

Ceci m’amène à dire avec conviction, que le noyau de tous les problèmes de la Guinée, depuis l’indépendance jusqu’aujourd’hui, n’est rien d’autre que l’inexistence d’une structure apolitique forte au niveau de la société civile. Ainsi, la solution immédiate qu’il faut pour la Guinée reste l’établissement de cette structure avec l’appui moral et matériel de l’ONU, l’Union Européenne, les Etats Unis, et les organisations internationales des droits de l’homme.

L’instauration d’une vraie démocratie a comme préalable l’existence d’une société civile forte et organisée. D’ailleurs, toutes les grandes démocraties de par le monde sont passées par ce stade. Les partis politiques ne peuvent jouer le rôle dévolu à la société civile et vice versa. Dans l’établissement de cet organe fort, qui représente le plier de tout Etat démocratique, le choix des hommes qui le composent est un élément majeur de ce processus.  J’ose espérer, qu’avec un soutient franc des institutions et pays cités plus haut, la Guinée ne manquerait pas d’hommes capables d’êtres à la hauteur des attentes.

Les Etats Unis, la France, La Grande Bretagne et autres grandes démocraties sont les fruits de luttes, parfois sanglantes, des organes de la société civile qui composent chacun de ces pays. Même sur le continent africain, des pays comme le Sénégal,  le Ghana, et l’Afrique du Sud doivent leur démocratie à l’existence d’une société civile forte et organisée. J’ai eu l’occasion de visiter chacun de ces pays. Ce qui est frappant est que chacun de ces pays a son propre model de gouvernance. Leur seule ressemblance se situe au niveau des organes de la société civile.  Des organes socialement organisés et financièrement indépendants.  La Guinée, notre patrie commune, a besoin de ces genres d’organes, pour que nos rêves d’un Etat démocratique voient le jour.

Ceci me conduit à rappeler que sans l’existence d’une société civile forte au Sénégal, la victoire d’Abdoulaye Wade contre Abdou Diouf n’allait point se concrétiser. De même, sans cette même société civile, Wade serait toujours président du Sénégal aujourd’hui. Si en 2007 la Guinée avait une vraie société civile, les politiciens n’allaient jamais détourner la victoire du peuple contre un général affaibli. Dans le même sens, après la mort du général Conte, la présence d’une vraie société civile allait contraindre les militaires et les politiciens au respect des dispositions de notre constitution qui voulait que la vacance du pouvoir soit assurée par le président de l’assemblée nationale. L’exemple le plus palpable est le cas du Mali voisin. Grace aux exigences des organes de la société civile, les militaires et la classe politique ne pouvaient que respecter ce que dit leur constitution.

Pour mieux démontrer la nécessité d’une société civile digne de nom en Guinée, je prendrais un exemple concret sur le déroulement des élections législatives du mois de Septembre 2013 en Guinée. Rappelons que sans la présence des observateurs de l’Union Européenne (UE)  et leur rapport préliminaire mettant en cause la validité du scrutin, rien n’empêchait la mouvance d’avoir les 2/3 des députés.  Pourtant, ces observateurs ne sont rien d’autre que des membres de différents organes de société civile au sein de l’Union Européenne. D’ailleurs, malgré les déclarations parfois partisanes du représentant de l’Union Européenne en Guinée et certains ambassadeurs, les observateurs avaient dénoncé, de façon impartiale, le déroulement des élections législatives. Mettant ainsi une pression non seulement sur l’UE, mais aussi et surtout sur le régime de Conakry. C’est ça le rôle d’un vrai organe de société civile !

Par contre, je trouve grotesque que l’opposition se félicite et se donne crédit pour les résultats obtenus lors de ces échéances électorales.  C’est soit une manière de tromper leurs militants, soit une incapacité de nos leaders de tirer les leçons d’un échec total après trois ans de tractations politiques.  Jamais dans l’histoire de l’Afrique, des observateurs étrangers n’avaient été aussi transparents. Même en Cote d’Ivoire, ces observateurs n’avaient pas été aussi transparents qu’au lendemain des élections présidentielles de 2010 qui opposaient Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi l’opposition guinéenne a finalement accepté de siéger au parlement sans même attendre le rapport final des observateurs de l’UE. Le comportement de l’opposition est si grave, que les observateurs ne savent plus que faire. Conséquemment, leur rapport final sur les élections législatives tarde toujours à venir. Une faute politique de l’opposition qui aurait des conséquences sur le déroulement de toutes les élections futures en Guinée. L’opposition s’est décrédibilisée à jamais devant ces observateurs qui ne voulaient, d’ailleurs, que le respect des résultats sortis des urnes. Mais hélas !

La démocratisation de la Guinée passera nécessairement par l’émergence d’une vraie société civile. Que ça soit en Guinée ou ailleurs, les politiciens n’ont jamais voulu volontairement résoudre des problèmes sociaux qui n’ont pas de retombés politiques. Sans une société civile forte et organisée, Cellou, Sidya, ou tout autre politicien ferait comme Alpha Conde. D’ailleurs, Alpha Conde n’avait il pas le même titre d’opposant il y a juste quelques années ? Sidya et Cellou n’étaient-ils pas, à un moment donné, des bras droit du général Conte ? Juste une question de cohérence !

Ceci m’amène à donner des exemples pour illustrer que le politicien ne s’intéresse qu’aux problèmes sociaux avec des avantages politiques. Par exemple, en France, en Grande Bretagne et aux Etats Unis, le sujet le plus débattu à chaque élection est la taxation. Pourquoi ?  Parce que cette question affecte des millions d’électeurs. En Afrique, et plus particulièrement en Guinée, la question d’électricité demeure presque le seul sujet de campagne. Pourquoi ? Parce que c’est le seul sujet qui fait rêver, tellement le guinéen a trop attendu. D’ailleurs, tous les efforts d’Alpha Conde, depuis trois ans, sont consacrés à ce secteur.   Imaginez un instant les avantages politiques que monsieur Alpha Conde aurait s’il arrivait à résoudre ce problème d’électricité. De l’autre coté, Sidya Toure ne parle que de son bilan dans ce secteur. Ce sujet est si important pour la classe politique guinéenne, que Kassory Fofana était obligé, a un moment donné, de contredire Sidya Toure sur ce bilan.

Je saisi l’occasion pour dire que la raison doit toujours dominer l’émotion. Il faut lutter contre les méthodes de nos hommes politiques, mais pas contre nos hommes politiques. Personnellement, je ne suis contre ni Alpha, ni Cellou, ni Sidya, ni tout autre politicien. D’ailleurs, comme indiqué, ces personnalités sont incontournables dans la situation politique actuelle de la Guinée. Au delà des politiques, ils doivent aussi savoir qu’ils sont avant tout des guinéens. Monsieur Alpha Conde, comme Cellou et Sidya, est guinéen à 100%.

Ainsi, il serait malhonnête et dangereux que des diplômés (intellectuels ?) et hommes politiques de haut rang continuent à s’attaquer  à l’origine familiale de monsieur Alpha Conde, pour des manipulations politiques. Si la méthode de gouvernance de monsieur Alpha Conde n’a pas été à la hauteur des attentes, il faut donc lutter contre sa méthode de gouvernance !  De même, il serait désastreux que des militants et hommes d’Etat en exercice dans le gouvernement de monsieur Alpha Conde continuent à déclarer publiquement, qu’un ressortissant de la communauté peule n’a pas droit à être président de la république.   Il faut que ça cesse et maintenant!

Pour conclure, je dirai que l’urgence pour la Guinée est de mettre en place cet organe de la société civile le plus tôt possible. Toute autre solution doit être subordonnée à l’implémentation de cet organe fort, organisé, apolitique, et financièrement indépendant de l’Etat.  Par contre aucune manifestation de rue, quelle soit pacifique ou armée, émanant des partis politiques, ne résoudrait les problèmes de la Guinée.   Seules des pressions venant de la société civile sur les politiques pourraient nous mettre sur le chemin de la démocratie. Le rôle que pourraient  jouer nos opérateurs économiques et les medias, dans la dynamisation de cette nouvelle société civile qui sera mise en place, serait déterminent. L’histoire des nations nous enseigne que rien ne peut arrêter un peuple déterminé à changer son destin. Oui, comme le disait l’autre dans un récent article, « la foi peut bien déplacer des montagnes ».

Dans mon prochain article, je parlerais, de façon impartiale, de mes séjours en Guinée durant l’année 2013. Qu’est-ce qui a changé positivement et négativement sous la présidence d’Alpha Conde.  Tout un sujet !

D’ici là, merci de contribuer au débat.

Attention aux lecteurs! Acceptons la pluralité des idées. Pas d’injures, rien que des arguments.

Abdoulaye Aziz Bah

MBA/ MIS/ PMP

Information Technologies Consultant

Chef d’Entreprise       

 

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