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Monsieur le Président, c’est avec un esprit constructif et dans le plus grand respect de votre personne et de votre fonction que je me permets, par devoir  de citoyen, de vous faire parvenir par la présente, pas un procès mais ma part de réflexion sur les conditions difficiles dans lesquelles les guinéens vivent aujourd’hui.

L’Assemblée nationale est la chambre unique du parlement guinéen, elle se situe au cœur de notre démocratie comme le montrent les textes qui régissent le fonctionnement de la République. Représenter le peuple guinéen, légiférer et contrôler l’action du Gouvernement : tel est le triptyque qui guide l’action des 114 députés guinéens.

Chaque année, ce sont ainsi de nombreuses lois qui sont adoptées, des débats qui ont lieu à l’hémicycle, des questions qui sont posées au Gouvernement par écrit ou par oral, des rapports qui sont adoptés par les commissions sur les sujets les plus divers,mais tout ça pour peu de résultats ou sans résultats concrets, eu égard aux conditions difficiles dans lesquelles les guinéens vivent aujourd’hui.

Dans les théories de la démocratie, le fait que les gouvernants soient contrôlés par les représentantsélus du peuple dans leurs actions politiques est accepté comme une règle du jeu à laquelle on est décidé d’avance d’obéir. Si c’est le cas, en pratique, dans les pays développés, il n’en va pas toujours de même dans les jeunes démocraties ou cette action peut se traduire par une perte d’autorité. En effet, la tradition dans la quasi-totalité des jeunes démocraties est en faveur du pouvoir « absolu», le chef étant le chef absolu de toute la communauté qui doit lui obéir. Or les rédacteurs de la Constitution, tout en réaffirmant le principe de la séparation des pouvoirs, préconisent une nécessaire tendance à la réalisation d’un équilibreraisonnable qui, sans affecter la fonction dirigeante de l’Exécutif ne sacrifie pas pour autant la mission de contrôle du parlement.

L’efficacité de la fonction de contrôle, comme on le voit dans d’autres pays (les USA, la France…), consiste à interrompre l’action de l’exécutif quand celle-ci ne répond plus aux attentes du peuple ou aux vœux des repentants du peuple. C’est un contrôle politique.

Pour le cas guinéen le constat est amer. Les choses semblent aller de mal en pis et le panier de la ménagère demeure confronté à une flambée des prix indescriptible et sans précèdent. La cherté de la vie est perceptible partout dans le pays. Si le peuple guinéen est resté muet face à ce fléau, la cherté de la vie a cependant provoqué des manifestations voire des troubles violents mortels dans beaucoup de pays d’Afrique récemment ; des troubles qui ont poussé les dirigeants (exécutifs et législateurs) de ces pays à se pencher sérieusement sur la question et a élaborer des plans pour tacler le fléau.

Rien ne doit être pris pour une fatalité, s’il y a une cause il doit y voir une solution si non les solutions ; c’est la raison pour laquelle les dirigeants (exécutifs et législateurs) sont choisis par le peuple guinéen pour rechercher les solutions à leurs problèmes, et c’est la foi du serment que vous avez prêté  monsieur le Président.

Les questions relatives aux primes et autresindemnités du Président de l’Assemblée Nationale, ou les questions se rapportant au budget de fonctionnement du chef de file de l’opposition sont des questions d’ordre secondaire pour le peuple. Les questions prioritaires pour le peuple sont liées aux difficultés quotidiennes qu’il fait tous les jours.

Le peuple de guinée est certes muet mais pas dupe, tôt ou tard il se réveillera et prendra conscience de son état, mais avant cela, il est temps en tant que représentants élus du peuple de se pencher sur les questions brulantes du moment et de travailler avec le gouvernement dans l’intérêt général de la nation sans esprit partisan. C’est ce que le peuple attend de vous.

Parmi les priorités brulantes qui préoccupent le peuple par-dessusle marché et qui semblent négligées aussi bien par le pouvoir que par les représentants élus, il faut citer : la cherté de la vie quotidienne, le chômage, surtout des jeunes diplômés, le système de santé qui est parmi les plus défaillants de la sous-région, les services d’eau à Conakry et à l’intérieur du pays déplorables, la desserte en électricité qui laisse à désirer.

Dans cette lettre l’accent est mis sur les trois premières priorités

La cherté de lavie ; apparemment tout semble au laisser-aller pour donner libre cours aux flambées des prix des denrées, il n’y a pas de plans en vues pour contrôler ou limiter la monté des prix ou, au moins, atténuer les effets. La vie devient de plus en plus chère au point d’être insupportable par les populations qui se cherchent entre chômage, pauvreté, et autres épreuves de la vie auxquelles elles sont confrontées tous les jours. Pendant ce temps les représentantsélus se battent pour l’amélioration de leurs primes et autres indemnités. Aujourd’hui, la question à la une est le budget de fonctionnement du chef de file de l’opposition. Les autorités politiques, complément pris en charge au frais de l’Etat, n’en as cure parce qu’ils sont totalementà l’abri de toute souffranceliéea la charité de la vie. Les produits pharmaceutiques, en l’occurrence, sont inaccessibles au guinéen moyen tant les prix sont exorbitants et continuent à monter de façon exponentielle. A ce niveau aussi, aucune mesure n’est prise apparemment pour alléger le poids de la vie chère sur les guinéens.

Le chômage, il faut le reconnaitre, est un fléau dans tous les pays, riches ou pauvres. Cependant, dans la plupart des pays, des mesures concrètes sont prises ou sont en train d’être prises pour faire face à ce défi. Dans les pays comme la France, les Etats Unis et même certains pays africains, des mécanismes appropriés sont mis en place pour résoudre ce problème brulant et les résultats sont visibles plus ou moins. Le marché du travail guinéen se caractérise par un taux de chômage élevé des jeunes. Celui-ci touche particulièrement les jeunes ayant un diplôme secondaire ou supérieur et sans expérience professionnelle. Le chômage traduit alors un problème d’insertion sur le marché du travail ou plus exactement une difficile transition de l’école vers l’emploi. Cette difficile insertion des jeunes sur le marché du travail est le résultat de facteurs structurels : le poids démographique des jeunes et la forte pression des nouveaux entrants sur le marché du travail c’est-à-dire, les vagues successives des diplômés qui sortent chaque année du system éducatif, l’inadéquation entre le système éducatif et les besoins du marché du travail, l’incapacité du secteur privé formel à créer suffisamment d’emplois, le manque d’information sur le marché du travail, les discriminations, les handicaps sociaux, les tendances structurelles cycliques de l’économie, et les barrières auxquelles se heurtent les jeunes entrepreneurs voulant créer une entreprise professionnelle ou un emploi indépendant.En guinée, fort malheureusement, on pense que la jeunesse a plutôt besoin des maisons des jeunes pour la distraction ou des conseils nationaux des jeunes à la place de l’emploi. Non, les jeunes ont besoin de l’emploi qui puisse les former et leur permettre d’acquérir des expériences appropriées pour assumer la relève de demain. Le ministre de la jeunesse a fait des promesses en Mars 2016 de créer 700 mille emplois pour les jeunes d’ici la fin du deuxième mandat du président Alpha Conde. Au jour d’aujourd’hui on ne sait pas combien d’emplois ont été créés, mais apparemment rien, et les représentants élus n’ont posé aucune question au ministre de la jeunesse concernant ses promesses et même les media de la place ont gardé un silence coupable là-dessus.Le chômage accentue la pauvreté, alimente les conflits sociaux et la criminalité, qui a leur tour accroissent davantage le chômage par leurs effets négatifs sur les performances économiques et sur la confiance des investisseurs. Par conséquent la création d’emplois, surtout pour les jeunes, est impérative, urgente et incontournable.

La jeunesse constitue une source intarissable de capital humain pour la croissance et la survie de notre pays, mais la problématique est qu’elle manque de l’expérience professionnelle pour obtenir de l’emploi, surtout le premier emploi. Cela pose un autre problème, il n’y a pas de magasins ou de marchés pour acheter l’expérience professionnelle ; même s’il y en avait, la jeunesse, ne disposant pas de fonds ou de source de revenu, serait incapable d’en acheter. C’est là ou l’intervention de l’Etat est impérative, inévitable et incontournable. Début Mars 2016, j’ai envoyé un document de 4 pages, par email, au ministre de la jeunesse et de l’emploi des jeunes qui en a accusé bonne réception ; le document contient des propositions concrètes inspirées des méthodes couramment appliquées dans d’autres pays pour faire face au chômage des jeunes. Le document contient également la liste des différentes ’agences spécialisées des Nations Unies et activement impliquées dans la création et la promotion de l’emploi des jeunes à travers le monde ; elles apportent des appuis techniques, conseils et expertises multidisciplinaires aux différents pays avec lesquels elles ont un partenariat.

Le système de santé,Le système de santé guinéen est défaillant. Par système de santé, on entend le regroupement de l’ensemble des organisations, des institutions, des ressources financières et matérielles et des personnes dont l’objectif principal est d’améliorer la situation de la santé. En guinée, en dehors de tout risque de se tromper, aucun des éléments de l’ensemble ne fonctionne bien. Les institutions et organisations, eu égard à leur mission, se révèlent inefficientes ou n’existent pas tout simplement ; les ressources mises à la disposition des institutions publiques œuvrant dans le domaine par exemple sont largement insuffisantes et sont mal gérées ; pour sa part, le personnel n’est pas bien qualifié ou bien formé dans la plupart des cas. D’où la défaillance.

Les conséquences d’un système de santé défaillant sont énormes et peuvent être inestimables. En plus des conséquences sociales et humaines qui sans doute sont les plus importantes, la défaillance du système sanitaire d’un pays peut aussi influer sur l’économie du pays. En effet, selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), les performances en matière de santé et les performances économiques sont interdépendantes. Autrement dit, d’un côté, le développement économique est un facteur important pour le système de santé. Et à son tour, le système de santé d’un pays joue un rôle majeur dans le processus de la croissance et du développement économique et social. Ceci dit, il est inconcevable qu’un pays comme la guinée, étant dans un besoin urgent de croissance et de développement économiques, n’accorde pas  assez d’importance au secteur sanitaire.

Parmi les activités économiques les plus susceptibles de subir les conséquences de la situation critique du système de santé guinéen, il y a le tourisme qu’il faut tout d’abord noter. Il est démontré à travers le monde que le tourisme est d’une importance capitale pour des économies. Un touriste est certes à la recherche d’aventure, mais pas d’aventure « risquée » dans un pays ou les performances du système sanitaire ne correspondent pas aux normes minimales acceptables. Dans la mesure où le système de santé est l’un des éléments infrastructurels importants au développement du tourisme, il va sans dire que la situation qui prévaut dans le domaine sanitaire en guinée va affecter, d’une façon ou d’une autre, l’arrivée des touristes dans le pays. Il en résultera donc de sérieux manque à gagner pour ce pays en panne de ressources.Plusieurs centaines de millions de dollar sinon milliards ont été investis pour construire des hôtelshyperluxueux dans un pays ou la performance du système sanitaire est dérisoire ; c’est comme mettre les charrues avant les boeufs qui sont supposés de les tirer

Les Investissements directs étrangers (IDE) jouent un rôle majeur dans le développement des pays. La guinée a intérêt d’articuler des politiques visant leur interaction. Investir dans un pays étranger, c’est prendre des risques importants ; ce qui est normal pour un entrepreneur, sa vie est ponctuée de risques économiques majeurs en général. Mais dans un contexte où la santé n’est pas garantie, le risque devient plus grand. Le risque ne se rapporte plus seulement aux investissements cette fois, mais à la vie même des entrepreneurs et des cadres étrangers.

D’un autre côté, le secteur sanitaire guinéen n’inspire pas confiance aux guinéens eux-mêmes. Par exemple, aujourd’hui, les éléments de la classe moyenne ne se font pas soigner dans le pays. Les femmes enceintes de cette classe enfantent à l’étranger. Les autorités politiques se font aussi soigner ailleurs. Alors que les revenus proviennent du pays, les dépenses relatives à la santé se font ailleurs. Ce qui favorite des fuites de capitaux importants.

De plus, l’espérance de vie à la naissance est un indicateur de développement ; elle est d’ailleurs une composante de l’indice de développement humain (IDH). Elle est, sans conteste, liée à la situation du système de santé. Un système de santé structurellement défaillant, à long terme, devrait sans doute limiter davantage l’espérance de vie à la naissance du guinéen moyen.

Il est vrai que les ministres servent au bon vouloir du Présidente de la République parce qu’ils sont nommés par lui, mais ils sont tout aussi, dans une certaine mesure, tenus de rendre compte de leurs actes au peuple qui est, en fait,l’employeur du président de la république et par ricochet leur employeur. Le parlement sera vu par le peuple comme démissionnaire s’il ne joue pas son rôle correctement, c’est-à-dire la fonction de contrôle de l’action du gouvernement en conformité avec les textes de la constitution pour s’assurer que la performance de l’Exécutif correspond aux attentes du peuple qui l’a mandaté.

Monsieur le Président, je ne vous apprends rien de dire qu’il est temps de mettre de côté les contingences mesquines politiques, de faire un effort pourtranscender les différences ou frontières politico-ethniques, d’éliminer tous les obstacles y compris les orgueils inutiles pour travailler main dans la main afin de remplir efficacement la mission qui est la vôtre, et celle de votre équipe, le parlement. La politique politicienne n’aide pas un peuple qui est dans le besoin urgent et immédiat ; alors le peuplene compte que sur vous, vous n’êtes pas un ministre et par conséquent vous ne servez pas au bon vouloir du Président de la République mais plutôt au bon vouloir du peuple devant lequel vous êtes responsable de vos actes et qui est votre seul juge, et cela est pareil pour les autres parlementaires (députés) guinéens.

Son Excellence Monsieur le Président, le peuple de guinée se souviendra de vous demain pas par le titre de Présidentque vous avez aujourd’hui, mais par les actes concrets positifs que vous aurez laisséaprès vous. Les actes requièrent le courage et les sacrifices.

 

Mohamed Conde, Kabul

Mission des Nations Unies en Afghanistan

Email privé : mconde10@yahoo.com

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