Le jour où Sékou Souapé a sauvé Guillaume Soro des griffes de Sam Bockarie et de ses troupes

Au cours d’un meeting qu’il a tenu à Dabakala, une ville située au centre de la Côte d’Ivoire, Guillaume Soro a fustigé la répression du gouvernement de Ouattara contre les cadres originaires du Nord. L’ancien président de l’Assemblée nationale démissionnaire a invité les populations à braver les tentatives d’intimidation et la peur pour affronter la répression.

Rappelant des moments sombres où il risquait régulièrement sa vie pendant qu’il dirigeait la rébellion du nord de la Côte d’Ivoire, M. Soro a livré une anecdote particulière. Car, il met en scène un personnage sanguinaire et horrible en la personne de Sam Bockarie alias Mosquito, ancien chef d’état-major du front révolutionnaire uni RUF. Au cours de la narration de l’histoire, l’ancien premier ministre révèle que Sékou Souapé, alors secrétaire à la jeunesse du RPG et combattant de lutte pour l’instauration de la démocratie lui a sauvé la vie. Lisez et regardez la vidéo.

J’ai été rebelle pour qu’Alassane Ouattara soit président. Les gens ont la mémoire courte. Papa Kiyali [un patriarche de Dabakala. NDLR] quand on se battait, chaque jour on n’était pas sûr de se réveiller vivant. Je vais vous raconter une anecdote, vous pouvez demander aux témoins. Vethio est là, Ousmane Koulibaly dit Ben Laden est là, Koulibaly Ousmane est là, Chérif Ousmane ils sont vivant. Un jour le département d’Etat américain m’a contacté pour me dire qu’ils appris qu’il y avait un rebelle Sierra Léonais du nom de Sam Bockarie [à l’époque chef d’état major du Front révolutionnaire uni de Foday Sankoh. NDLR] qui était dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. Ils [américains] n’étaient pas d’accord parce qu’ils recherchaient ce monsieur. Ils ont dit que si nous, on ne se dissociait pas avec lui, les États-Unis allaient se mettre contre le MPCI à l’époque. Il faut qu’on rafraîchisse la mémoire des gens. C’est vrai que les libériens étaient rentrés dans l’ouest ils avaient pris une partie du territoire de la Côte d’Ivoire. Ils faisaient la loi là-bas. J’ai décidé qu’il fallait qu’on pousse hors de nos frontières les miliciens libériens qui étaient venus et qui avaient annexé la Côte d’Ivoire jusqu’à Danané.

Voilà comment j’ai appelé Loceiny Fofana pour l’envoyer à l’ouest. Ensuite j’ai demandé à Chérif d’aller à l’ouest pour combattre les libériens pour qu’ils sortent de nos frontières. Il est parti. Ils sont tous vivant, vous pouvez leur demander. Chérif est resté là-bas il nous a dit c’est dur pour nous, Sam Bockarie est en train de désarmer nos éléments et les tuer, je n’ai pas de munitions et je n’ai pas de réserves. J’ai dit bon ! Ok ! J’arrive ! J’ai pris des munitions et des réserves avec Vethio qui était mon chef d’état-major particulier. On a fait la route Odienné, Touba pour arriver à Man. Quand je suis arrivé à Man, j’ai pris Koulibaly Ousmane qui est préfet aujourd’hui de Saint Pedro pour faire la route afin de soutenir Chérif Ousmane.

“Sékou Souapé m’a sauvé la vie”

Quand on arrive à Danané on nous dit que Sam Bockarie est là il est avec Félix Doh de son vrai nom N’dri Saint-clair. Quand je suis rentré ça devrait être vers le 23 heures dans le salon de Sam Bockarie. Je les ai trouvé ils étaient en train de boire je me suis assis. Je voulais négocier avec Sam Bockarie pour qu’il se retire.

On parlait en anglais. Il y a quelqu’un qui m’a sauvé la vie ce jour-là. C’est un Guinéen qu’il me permette de dire son nom aujourd’hui. Il s’appelle Sékou Souapé. Il était dans le parti de l’actuel président guinéen Alpha Condé. Il était le président de la jeunesse. Un moment Sékou [Souapé] s’est levé, j’ai vu qu’il était inquiet. Il m’a dit vient, on est allé se mettre de l’autre côté et on a fait semblant d’aller aux toilettes. Il m’a dit Guillaume, pars d’ici immédiatement car les éléments de Sam Bockarie sont en train d’encercler la maison. Ils disent que tu as des armes, ils vont vous liquider et les prendre. J’ai dit quoi, il dit qu’ils vont vous liquider. C’est lui [Sékou Souapé] qui m’a sauvé, il est vivant il est en Guinée-Conakry, les journalistes peuvent lui poser la question. Quand je suis revenu, je suis venu m’assoir. J’ai dit à Ousmane Ben Laden lève-toi appelle Vethio, dis-lui de mettre immédiatement en place nos dispositifs. Il faut qu’on sorte d’ici parce qu’ils veulent nous tuer. Ousmane est là posez-lui la question. Ousmane a fait signe à Vethio, ils sont allés parler. Et moi je faisais semblant de continuer à parler avec Sam Bockarie Quand Vethio est sorti, Ousmane est venu s’assoir à côté de moi, il me dit oui j’ai fait la commission.

A un moment donné je me lève j’appelle Sam Bockarie, je lui dis j’ai quelque chose de très important à te dire viens on va parler à deux. On s’est mis d’un côté je lui ai dit Sam, ça va ! Il me dit oui, je lui dis bon ! Ecoute ! J’ai un cadeau pour toi. Tout à l’heure quand on va finir de parler, je vais te dire c’est quoi le cadeau mais c’est très important pour toi. Je lui ai raconté cela pour gagner du temps, le temps pour que Vethio soit prêt dehors. Quand j’ai parlé avec Sam Bockarie, il était plutôt content, on est revenu on s’est assis. Après cela, j’ai dit à Sam Bockarie que j’ai envie d’aller aux toilettes. Il me dit OK. Je dis Ousmane accompagne moi. Quand on est sorti Vethio avait déjà mis tous les dispositifs en place, on a démarré en trombe. On partait sur Man.

A un moment donné je parlais dans le véhicule. On partait en trombe, à un moment donné je vois des véhicules qui nous dépassent. Mon cortège est stoppé entre Danané et un village, entre minuit et 1heure du matin. Sam Bokary encercle nos cortèges et ses éléments sont positionnés pour tirer sur nos cortèges. Jean Baptiste (JB) est là si c’est faux il peut le dire. Ce jour-là on pensait qu’on allait être tous canardés. Et voilà Sam Bokary qui sort de son véhicule avec ses éléments les armes pointées sur nous. Je sors de mon véhicule, j’approche de Sam Bokary et je le colle. Je me suis dit, s’ils veulent tirer sur nous au moins nous deux, on va mourir en même temps parce que la balle qui va me toucher va le toucher aussi. Je lui ai dit mais Sam qu’est-ce qu’il y a. Il me dit mais comment on est en train de parler et tu te lèves comme ça tu pars sans me dire. Je lui ai dit Sam je t’ai dit que j’ai un grand cadeau pour toi c’est ce que je suis sorti pour régler, je fais une course rapidement et je reviens. Il dit non ! Non ! Non ! Je veux les armes parce qu’on m’a appelé pour dire que tu as des armes. Entre temps les éléments de Sam Bokary tiraient sur les éléments de Chérif à Danané. Sam Bokary a pris son téléphone, je lui ai dit qui t’a dit que j’ai ces armes. Il m’a donné le nom de la personne que je ne donnerai pas aujourd’hui. Ma seule chance a été que quand il a pris son téléphone, il appelé à plusieurs reprises la personne n’a pas décroché. Je lui ai dit Sam si tu as besoin de moi tu me le dis mais ne viens pas t’arrêter devant moi pour me dire que quelqu’un t’a dit que lui m’a donné des armes pour toi. Je lui ai dit retourne à Danané, moi je vais à Man, je reviens tout à l’heure. Voilà comment Sam Bokary s’est calmé et s’est retiré avec ses éléments, nous, on n’est parti à Man.

Quand on est arrivé à Man, Vethio m’a dit patron ne reste pas ici à Man je connais ces gens-là ils vont venir nous attaquer, continues sur Bouaké. Moi Vethio je reste ici à Man. Je lui ai laissé la cargaison. Voilà comment Vethio est parti soutenir Chérif avec le capitaine Souley. Ils ont repoussé les libériens où Sam Bokary a trouvé la mort. On a vécu tout ça.

Propos décryptés par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com

alphanyla@gmail.com

+224 628 38 98 39