Mohamed Diawara, juge d'instruction à la justice de paix de Kérouané
Mohamed Diawara, juge d'instruction à la justice de paix de Kérouané

Dans une interview qu’il nous a accordée le 18 Novembre 2017, Mohamed DIAWARA, Juge d’Instruction de Kérouané, annonçant son éventuelle démission  de la magistrature au profit d’une autre vie professionnelle au cas où le pouvoir judiciaire n’occupe pas  la place qu’il faut dans une République, avait rappelé que l’impunité est un fléau qui peut faire douter le citoyen lambda sur la justesse de la justice malgré les nombreuses réformes entreprises c’est pourquoi, pour redonner confiance au citoyen, selon ce jeune magistrat guinéen, il faut révolutionner la Justice et cela passe forcément par l’application stricte des lois de la République.

Aujourd’hui, dans la présente interview, nous revenons sur ces questions d’impunité car en la matière l’heure est grave et les défis sont grands.

 

Bonjour M. DIAWARA,

Bonjour…

A travers vos différentes interventions dans les médias de la place, nous avons constaté que vous êtes constamment à pied d’œuvre pour une justice indépendante, impartiale et dynamique mais très malheureusement la politique de chez nous, au lieu d’être saisie par le droit continue constamment à se moquer dudit droit. Face à cette situation qui suscite beaucoup d’inquiétudes et de colères, nous souhaiterions  savoir votre point de vue là-dessus et plus loin la solution que vous préconisez.

  1. Diawara : Le problème que nous avons à date est le manque accru d’éducation politique du citoyen si non, dans aucun Etat au monde la politique ne peut prendre lieu et place du droit. Il est fréquent de nos jours, qu’à chaque fois que quelqu’un transgresse la loi pénale chez nous, il s’affilie à un parti politique pour se tirer d’affaire du coup, les partisans du parti auquel il est affilié se mobilisent massivement pour le soutenir dans sa forfaiture et cela au vu et au su de tout le monde notamment nos dirigeants et leaders de partis politiques. Cet état de fait se fait sentir même dans d’autres milieux notamment celui syndical.

Toujours dans le même ordre d’idées, nous avons vu des gens auxquels on a reproché de détournements de deniers publics, qui sont soit à la tête de partis politiques soit à la tête de certaines institutions de la place au regard coupable de nous tous. Que voulez-vous alors si c’est nous-même qui encourageons l’injustice ? Après tout, on jette de l’anathème aux magistrats, les magistrats guinéens sont ceci, les magistrats guinéens sont cela…, j’ose croire que l’impunité en Guinée est orchestrée par la majorité des guinéens car le constat est qu’on n’apprécie la justice que lorsque la décision qu’elle a prise est favorable à notre famille biologique, idéologique ou politique et le contraire lorsqu’elle lui est défavorable. Cet état de fait conduit certains magistrats indécis à la dérive car dominés soit par l’opinion publique soit par la pression populaire ou par l’influence du pouvoir en place. Si vous remarquez bien, de nos jours, certaines personnes ignorent la gravité des injures et diffamations adressées au président de la République, aux magistrats, aux ministres j’en passe et d’autres ignorent l’incitation à la violence sur les réseaux sociaux et à travers les médias. En principe ces personnes n’ont de place qu’en prison. Chaque guinéen doit comprendre que l’incompréhension des principes démocratiques est assimilable à l’ignorance de la loi. S’il est évident que nul n’est censé ignorer la loi, il reste incontournable que les règles démocratiques sont à respecter à la lettre, sa mauvaise compréhension conduit à la dérive et ne saurait être pardonnée quel que soit le bord politique de l’infracteur ou du transgresseur de la loi pénale.

 

Ah bon ! Selon vous, peut-on avoir le courage de frapper tout le monde avec un même bâton dans un Pays comme le nôtre?

  1. Diawara : Pourquoi pas ? Ne sommes-nous pas dans une République ? Ecoutez ! J’avais dit dans l’une de mes précédentes interviews je cite : «Il faut toujours et sans remord sanctionner les auteurs des violations des lois de la République ainsi que de leurs responsabilités civiles, administratives ou disciplinaires. Il ne faut pas du tout qu’ils échappent à toute enquête tendant à permettre leur inculpation, leur arrestation, leur jugement et s’ils sont reconnus coupables, leur condamnation à des peines appropriées y compris à réparer le préjudice subi par les victimes.

 

Aucune politique ne doit prévaloir sur les lois de la République. Aucun accord politique non plus, ne doit être érigé en loi de la République. C’est tous ces facteurs qui entraînent le dysfonctionnement des institutions d’un Etat. Il faut rendre justice à ceux qui en ont vivement soif car l’impunité aggrave la désunion» fin de citation.

 

C’est pour rappeler que la Justice n’a pas de parti politique, nous n’avons pas d’ami, le seul ami et le seul parti politique que nous avons est le peuple de Guinée car nous agissons et rendons nos décisions en son nom.

 

A vous entendre on vous croit vivre dans l’utopie car à l’état actuel des choses, la justice est décriée de tous pas plus tard que quelques semaines, nous avons entendu certains leaders politiques outrager des magistrats pour une raison liée à la Présidence de la Commission Administrative de Centralisation des Votes.

 

  1. Diawara : Ecoutez ! Que la justice soit décriée ou pas, aucun magistrat ne doit faire objet d’outrage, un tel acte est une forme de pression et va sans nul doute à l’encontre des lois de la République, c’est passible de poursuite pénale, ce n’est pas moi qui ai voté cette loi, ce sont nos députés, les élus du peuple ce faisant, je ne trouve pas de raison de rester passif face à une telle situation.

 

A vrai dire, face à l’impunité grandissante que nous vivons actuellement,  je ne cesse d’avoir les larmes aux yeux, je ne cesse d’avoir des insomnies, je ne cesse même de me donner des coups de poing à tel point que je crois avec conviction que mes suggestions pour mettre fin à ce fléau ne peuvent être appliquées que par mon prototype c’est-à-dire un guinéen éperdument amoureux de la patrie, qui y attache du prix et en fait une priorité. En cette phase d’impunité et d’insécurité, j’ai la certitude et la ferme conviction que si on me nommait ministre de la justice, je ne crois pas du tout pouvoir faire une (1) année sans être révoqué de mes fonctions parce qu’à vrai dire, ni le gouvernement auquel je vais appartenir ni ma famille biologique moins celle judiciaire ne pourra avoir d’influence sur la politique pénale mise en œuvre en vue de redorer le blason de la Justice guinéenne bien sûr.

 

Mais alors pourquoi ?

 

  1. Diawara : Parce que les lois de la République méritent d’être appliquées sans pitié et sans aucune distinction. Que tu sois membre du gouvernement, député, leader politique, de la mouvance ou de l’opposition, de la famille présidentielle ou de ma propre famille en tant que Ministre de la Justice bien sûr, une fois ta culpabilité est établie, la loi te sera appliquée dans toute sa rigueur.

 

Il faut qu’un guinéen accepte de se sacrifier pour qu’on sorte de l’impasse judiciaire voire socio-économique pourquoi pas politique ? Mais hélas ! Se frayant un chemin pour sa propre survie, la majorité des guinéens préfère tenir des discours partisans dénués de toute objectivité pire, aucune visibilité ne résulte de ces mots.

 

J’avoue que tant qu’on ne met pas fin à l’impunité cause réelle d’insécurité dans notre Jeune République, nous ne saurons réussir la réforme du secteur judiciaire, en aucun cas ! C’est pourquoi, il est magistral de voir les choses sous un nouvel angle.

 

Je rappelle appartenir à une nouvelle génération qui a une visibilité et qui est conscient de notre retard dans le domaine de la justice. Révolutionner la Justice guinéenne en vue de mettre fin à l’impunité et à l’insécurité fait partie de nos rêves et nous y croyons fermement.

 

N’avez-vous pas peur de dévoiler vos ambitions ? On risque de briser votre carrière à votre jeune âge.

 

  1. Diawara : Rire…Avoir peur de qui ou de quoi ? Pour quelle raison ? Vouloir changer les mauvaises habitudes dans son Pays est-il devenu un crime ? Si c’est un crime j’attends qu’on m’affronte. Ecoutez ! La peur n’est pas dans la culture d’un magistrat surtout pour une bonne cause, sa détermination pour une bonne justice doit être totale et sans équivoque, il ne doit céder à aucune pression, aucune influence d’où qu’elle vienne. On ne peut pas réussir la réforme du secteur judiciaire avec la peur au ventre. Vous parlez de ma carrière ? Elle est déjà assurée car je ne chômerai dans aucun Pays du monde mais ma priorité a été toujours de servir loyalement notre Guinée au regard de laquelle j’éprouve depuis mon enfance la fierté d’appartenance.

 

Merci M. DIAWARA, bon courage pour votre détermination et votre amour pour la Guinée, nous  souhaitons très prochainement débattre avec vous la problématique de la réforme du secteur judiciaire en Guinée.

 

  1. Diawara : Je suis à votre disposition pour tout échange allant dans l’intérêt de notre Jeune République que j’appelle affectueusement la République de Guinée.

 

Propos recueillis par

Daouda Yansané

Spécialiste des questions

Juridiques et judiciaires

664 44 23 43/655 12 95 20

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