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Mario Mendes : Ce que j’ai retenu de mon expérience de pisciculteur à la campagne en Angola

« Je devais d’abord établir la confiance avec la communauté » – M. Mendes, 35 ans, propriétaire de Frutos da Lagoa.

Par: 

Mario Mendes

 

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Les jeunes de Luanda sont récemment descendus dans la rue, en violation du confinement de la COVID-19, pour demander des emplois et de meilleures conditions de vie. En tant qu’entrepreneur, j’ai vu les manifestations, la violence et la bataille juridique qui ont suivi comme une preuve de la pertinence et de l’urgence du programme de développement rural que je mets en œuvre en Angola.

Mario Mendes.

Il y a environ cinq ans, j’ai lancé un petit élevage de poissons-chats sur un terrain rural appartenant à mes parents. Je n’en savais pas grand-chose, car jusqu’alors, j’avais fait carrière dans les infrastructures et dans le secteur du pétrole et du gaz. Pourtant, j’ai pensé que ce serait une aventure amusante de me diversifier dans l’agroalimentaire.

Au début, je dois avouer que je ne me souciais pas beaucoup de la communauté. J’étais là pour diriger une entreprise en suivant les meilleures pratiques que j’avais apprises grâce à mon éducation internationale et à mon expérience professionnelle. J’ai conçu un plan de marketing élaboré avec des marges bénéficiaires établies pour chaque participant de la chaîne d’approvisionnement, en particulier les distributeurs.

Les résultats de mon « plan de meilleures pratiques » ont été très différents de ce que j’attendais.

Dans le processus de vente de mon produit final (poisson vivant), j’ai dû interagir avec un groupe de femmes qui achetaient le poisson de ma ferme pour le vendre au marché informel local. J’avais prédit qu’une marge de 20 % serait très généreuse de ma part, étant donné que j’étais l’une des rares piscicultures du coin et que j’étais en mesure de fournir le poisson chaque semaine de manière constante. Mais les femmes pensaient que mon prix était trop élevé et ne voulaient pas acheter le poisson.

Je me suis mis à chercher pourquoi. Sur les 60 kilomètres qui séparent ma pisciculture de leur lieu de travail, les femmes risquent d’être volées parce qu’elles traitent en espèces, car de nombreuses banques ne sont pas ouvertes aux travailleurs. En même temps, conserver le poisson au cas où il ne se vendrait pas dans les premiers jours était aussi un défi.

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Ajuster le plan

J’avais besoin de changer d’approche et je savais que je devais d’abord établir la confiance.

J’avais déjà un groupe de femmes que j’avais consulté. Comme nous avions développé une relation, je pouvais fournir le poisson à crédit, et elles ne payent qu’après les avoir vendus. De cette façon, je réduis leur risque et je peux maintenir une marge de vente au détail durable.

Grâce à ces nombreux échanges, j’ai réalisé que je devais travailler plus dur pour convaincre les femmes parce que j’étais un « étranger », à leurs yeux. Elles refusaient d’utiliser mes balances pour peser le poisson que je leur fournissais et elles voulaient déterminer le prix. Elles ne faisaient confiance qu’à ce qu’elles pouvaient voir et toucher.

À la fin, j’ai compris que mon plan de marketing sophistiqué n’était bon que pour les scénarios de manuels scolaires. Ici, dans le milieu rural, j’étais confronté à l’attitude des gens, aux déceptions passées et au chagrin des pertes.

En créant une chaîne de valeur innovante, j’ai appris quelques leçons importantes sur le développement.

Premièrement, il faut gagner la confiance des gens. Nous devons être capables d’être au même niveau que les personnes avec lesquelles nous travaillons ou que nous essayons d’aider. Apprendre d’eux. Ce n’est qu’ensuite que nous devons essayer de mettre en œuvre nos programmes.

À propos de Frutos da Lagoa

  • Frutos da Lagoa est une entreprise angolaise qui se consacre à l’aquaculture à grande échelle. Sa première phase se concentre sur la production de poisson-chat.
  • Elle est située dans la zone irriguée de Caxito en Angola.
  • Elle dispose de points de distribution dans tout le pays.
  • Elle a démarré en 2019.
  • Elle compte actuellement 25 employés.
  • Elle produit 300 tonnes de poisson par an.​

Deuxièmement, les femmes jouent un rôle très important dans les communautés rurales. Lorsque je vendais le poisson, je m’adressais surtout aux femmes. Elles ont utilisé leurs propres réseaux de confiance pour réunir l’argent nécessaire à l’achat du poisson. Ce que nous devons faire, c’est renforcer leur potentiel en officialisant certaines des activités.

Investir dans la communauté

La confinement de la COVID-19 m’a donné l’occasion de repenser notre mission et de conclure de nouvelles alliances. La dévastation sociale et économique causée par la pandémie nous a fait comprendre que notre mission n’était pas seulement de maximiser nos profits mais aussi de grandir avec notre communauté.

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Après avoir conçu des solutions pour travailler avec les gens de la communauté en termes de distribution, nous nous sommes concentrés sur leur intégration dans notre cycle de production. Nous avons créé le programme d’éleveurs itinérants dans le cadre duquel les petits éleveurs sont formés à la culture des alevins en poissons adultes dans leurs propres étangs, qu’ils revendent ensuite à mon usine de transformation.

Dans le cadre de notre partenariat avec une coopérative de crédit, les petits agriculteurs reçoivent un prêt de 1 000 dollars pour construire un étang et bénéficient ensuite d’un crédit rotatif d’environ 1 500 dollars pour les alevins et la nourriture. Ils ont deux récoltes par an et mon entreprise garantit l’achat des poissons à un prix pré-approuvé.

Après avoir remboursé le prêt rotatif et les autres coûts à la fin de chaque cycle, les agriculteurs gagnent environ 450 dollars, ce qui porte leur revenu mensuel à plus de 200 % du salaire minimum officiel actuel.

Ce programme permet aux jeunes agriculteurs de devenir des producteurs de poisson indépendants, pleinement intégrés dans la chaîne d’approvisionnement d’un produit qui accroît la sécurité alimentaire de l’Angola.

Après avoir suivi la formation et avoir connu deux ou trois cycles de production réussis, ces agriculteurs peuvent soit augmenter le nombre d’étangs, soit devenir les superviseurs d’autres agriculteurs qui participent au programme.

En même temps, comme toutes les transactions financières se feront au sein de la coopérative, nous fournissons à ces jeunes hommes autrefois exclus un historique financier, ce qui est important pour demander des prêts aux banques commerciales officielles.

Nous sommes partisans d’un développement agricole inclusif, non seulement parce que cela a du sens sur le plan commercial, mais aussi parce que cela crée un dialogue. En développant notre programme d’inclusion des petits agriculteurs dans notre chaîne d’approvisionnement, nous pourrons faire participer beaucoup plus de jeunes et leur donner un moyen de s’exprimer.

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

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