[dropcap class=”kp-dropcap”]L[/dropcap]‘affaire d’expulsion  des 27 guinéens par le royaume de la Belgique crée de bras de fer entre la Guinée les autorités belges. Les deux pays multiplient les arguments pour soutenir chacun sa position. François Louncény Fall, ministre d’Etat chargé des affaires étrangères a réagi au cours d’un entretien avec notre rédaction. Même s’il ne qualifie pas cette crise “d’incident diplomatique”, il soutient tout de même que des conditions doivent être réunies pour le rapatriement des guinéens  de la Belgique notamment de mesure d’accompagnement. Au micro de notre reporter, le chef de la diplomatie guinéenne est revenu sur la position de la Guinée sur le dossier du Sahara occidental, la crise frontalière entre la Guinée et la Côte d’Ivoire.

Aminata.com: une expulsion massive de ressortissants guinéens en Belgique doit avoir lié incessamment. Quelle est votre réaction par rapport à cette situation?
François Louncény Fall: écoutez, vous avez il n’y a pas très longtemps, le secrétaire d’Etat était en visite en Guinée. Nous avons eu de séances de travail à plusieurs niveaux avec la délégation belge. Il s’agissait de la situation de nos compatriotes résidents en Belgique. Nous avons au cours de rencontres réitéré nos positions tout ce qui attrait aux guinéens de l’étranger. Nous avons en tant que gouvernement, notre première responsabilité c’est de faire en sorte que les intérêts des guinéens qui sont à l’étranger, leur protection surtout. Mais, d’autre part, nous avons aussi des engagements avec certains pays amis qui nous devons respectés. Vous savez la question de l’immigration est une question importante pour les pays africains. Cela est dû, il y a le chômage, le problème de l’emploi jeune. Les jeunes dans leur majorité vont à la recherche de ce qu’ils appellent de l’eldorado surtout vers l’Europe et les Etats-Unis. Avec la Belgique nous avons clairement dit que nous posions le problème de la manière suivante: faire en sorte que tous les guinéens qui sont en droit d’être régularisés le soit et que le gouvernement belge prend de dispositions conformément à la loi internationale. Nous avons dit que nous n’étions pas fondamentalement contre le retour de ce qui ne sont pas en règle et qui s’avère être des guinéens mais qu’il fallait de mesure d’accompagnement comme prévu comme ça se fait partout. Et troisièmement, nous avons dit que nous étions contre l’envoi des guinéens par charter. Voilà les points qu’on a mis sur la table et nous avons dit que nous allons envoyer des délégations pour discuter avec les autorités belges les modalités de retour des guinéens.  Ces sont ces principes que voudrais réaffirmer encore aujourd’hui.

Les autorités belges ont parlé de “moquerie” de la part du gouvernement guinéen
Il n’y a pas de moquerie, nous en tant qu’Etat comme tous les autres pays du monde nous avons le droit de recevoir les aéronefs et de refuser qu’ils arrivent chez nous. Nous sommes opposés à l’envoi de charters, nous l’avons signalé.  Les guinéens peuvent venir s’ils doivent venir, ils doivent rentrer au pays. Mais les charters transportant  de dizaines et dizaines des guinéens, je pense que les populations guinéennes n’accepteront pas cela. On a vu le cas du Mali où les charters ont été attaqués par les populations, on voulait éviter des incidents avec les pays amis. Mais nous voulons négocier voir la meilleure manière comment faire venir nos compatriotes.  Donc, le moment venu nous sommes disposés à envoyer des délégations de haut rang pour discuter de ces questions avec eux, définir les modalités de retour de nos compatriotes.

Selon nos informations, c’est sont des cadres guinéens du ministère de la sécurité qui délivrent de titres de séjour à nos compatriotes
J’ai entendu parler de cela et ce matin j’ai soulevé au conseil des ministres. J’ai posé cette question devant le Président de la République parce que jusqu’à preuve de contraire, les seules autorités qui sont autorisés à délivrer des titres de voyage aux guinéens résidants à l’étranger, ce sont nos services consulaires dans les ambassades.  Aucune délégation venant de Conakry ne peut aller à l’étranger d’abord sans nous en parler parce que c’est nous qui sommes chargés des guinéens de l’étranger. En plus, la délivrance de ces documents relève exclusivement aux ambassades. C’est ce qui n’a pas été fait. Donc nous nous demandons à quel titre ces personnes dont on parle font cela. Alors la responsabilité sera située.

En refusant le rapatriement des guinéens de l’étranger, cela ne risque-t-il pas de créer des incidents diplomatiques avec la Belgique?
A ce stade je ne parlerai pas d’incident diplomatique. Vous savez la visite de la secrétaire d’Etat belge en Guinée a été sanctionnée par certaines décisions qu’elle connait que nous nous connaissons. Nous n’avons pas pris la décision de rapatrier tous ceux qui sont là-bas. Mais il est évident que les guinéens qui se trouvent là-bas il y a des problèmes qui se posent. Nous le savons très bien, y en a qui sont demandeurs d’asile politique, y a en a aussi qui ont d’autres arguments pour rester en Europe. Je ne suis pas là pour juger les arguments qu’ils développent. Mais ce que nous savons, ceux qui doivent être régularisés, doivent être régularisés. Et si des guinéens doivent retourner il faut que l’on définisse les modalités de leur rapatriement et surtout les engagements pris par le gouvernement belge pour les accorder des fonds qui leur puissent permettre d’être bien réinsérés.

A ce jour, y a-t-il de contact entre les autorités belges et celles de la Guinée?
Absolument, notre ambassadeur en Belgique est très actif sur le dossier. Nous échangeons régulièrement avec notre ambassade. Même une délégation de notre mission diplomatique a eu des entretiens le vendredi avec les autorités belges. L’ambassadeur était en mission en Hollande il est retourné à Bruxelles. Les contacts sont fréquents entre l’ambassade et les autorités belges. Nous en train de trouver les meilleurs moyens pour essayer de clarifier cette situation. Dans tout le cas, il est évident que l’immigration  est réglementée dans tous les pays du monde aussi bien en Belgique qu’en Hollande.

Un différend frontalier oppose la Guinée à la Côte d’Ivoire depuis plusieurs années. L’année dernière des militaires étaient aperçus sur les lieux disputés. Dites-nous à ce jour où en est-on dans la résolution de cette crise?
L’année dernière lors que cette question a surgit, j’ai profité de mon séjour à Abidjan pour avoir des réunions de travail avec mon collègue le ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire sur cette question. Nous avons eu une séance très fructueuse, nous avons publié un communiqué dont la copie se trouve certainement avec vous. Dans ce communiqué nous avons demandé le retrait des militaires dans les zones contestées. Nous pensons que le rapport de bon voisinage exige que l’on puisse régler cette question à l’amiable. En fin de compte nous puissions assurer le bornage entre la Côte d’Ivoire et la Guinée et surtout entre la Guinée et tous les pays. Nous n’avons pas seulement ce problème avec la Côte d’Ivoire. Nous avons de problème également avec le Mali. Ce village est considéré par la Guinée comme un village guinéen les ivoiriens revendiquent la même chose. Mais il est évident qu’il y a certaines réalités qui vont s’imposer. Nous avons décidé de mettre en place une commission technique mixte entre la Côte d’Ivoire et la Guinée puisque de toutes les façons y a des documents coloniaux, y avait de bornes dit-on qui étaient là. Nous allons mettre très rapidement en place cette commission qui va se réunir. Ils vont venir en Guinée pour une première fois pour que nous puissions trouver rapidement une solution à cette crise. Il n’est pas un problème militaire, nous avons retiré les forces des deux côtés, nous pensons qu’entre la Côte d’Ivoire et la Guinée, il ne s’aurait y avoir de conflits concernant un territoire. Nous essayons d’avoir de rapports de bon voisinage avec tous nos voisins et que nous puissions à terme mettre un bornage à nos frontières.

Au cours de la visite du roi Mohamed VI à Conakry. La Guinée a soutenu le Maroc dans sa position d’une autonomie renforcée du Sahara Occidental. La Guinée n’est-elle pas en porte à faux avec la position de l’Union africaine qui a même donné un siège d’observateur au Sahara Occidental ?
Vous êtes en train d’ouvrir un dossier extrêmement large quand vous impliquez l’Union africaine. La République sahraouie est reconnue par un certain nombre d’Etat. Aujourd’hui quand faites le décompte le nombre des pays qui ne reconnaissent pas la République sahraouie est supérieur par rapport à ceux qui reconnaissent. La position de la Guinée n’a pas changé. Nous avons toujours dit qu’il fallait des critères précis pour que la République sahraouie soit reconnue comme un Etat. Je ne vais pas faire l’historique parce que nous savons que tous les mouvements de libération africains étaient recensés au niveau de comité de libération de l’époque. Que ça soit l’Angola, la Guinée Bissau et partout, même ces territoires qui contrôlaient les deux-tiers de leur territoire n’étaient pas admis comme Etat membre. Ils étaient admis au comité de libération ce qui n’est pas le cas au Front Polisario. La Guinée a eu une position très avancée, nous avons défendu le principe de l’auto-détermination pour le Sahara. Vous vous rappellerez qu’au sommet de Nairobi le président Sékou Touré qui était intervenu en ce sens, ce qui a été accepté. On a mis un comité de mise en œuvre de référendum et l’Union africaine, l’OUA à l’époque n’a pas été capable d’organiser ce référendum. La question a été transférée au niveau des Nations-unies. Et les Nations-unies ont institué cette commission  sur le référendum en créant une mission pour les Nations-unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental. Le plan qui a été élaboré à l’époque et ce plan s’est avéré inapplicable du fait de l’identification des personnes qui sont appelées à prendre part au référendum. Donc, il y a un blocage au Sahara. La proposition que le Maroc fait aujourd’hui c’est d’accorder une autonomie large au territoire. Nous pensons que cela est un point très avancé. C’est cette position que nous avons soutenu.

Mais cette décision est contraire à celle de l’Union africaine qui a même octroyé un siège à l’observateur du Sahara occidental au sein de l’institution panafricaine.
Vous avez au niveau de l’Union africaine, y a toujours de débats à chaque fois. La dernière fois, on n’a voulu inscrire la question du Sahara nous n’avons pas voulu. Pour la raison simple, un certain nombre des pays, on a dit qu’il n’était pas la peine de discuter au sein de l’Union africaine parce que la question n’est plus au niveau de l’Union africaine. La question est maintenant entre les mains du Conseil de sécurité. Comme vous savez dans la pratique internationale, quand le Conseil de sécurité est saisi d’une question alors aucune autre organisation ne peut la retirer. Elle reste entre les mains du Conseil de sécurité. Faisons confiance au secrétaire général, à son envoyé spécial pour qu’on trouve une solution au Sahara. L’Algérie et le Maroc sont des pays amis à la Guinée.  Nous avons de relations historiques avec chacun de deux Etats. Nous souhaitons que cette question soit réglée de façon pacifique par une solution politique.

Beaucoup des guinéens de la diaspora se plaignent du laxisme ou de manque de considération des ambassadeurs des pays respectifs à l’égard égard notamment l’ambassade du Maroc. Qu’est-ce que vous pensez de ces plaintes?
Pouvez-vous citer ces ambassadeurs?

Oui le nom de l’ambassadeur de la Guinée au Maroc revient souvent. Par exemple les prisonniers le reproche de mépris et de manque de considération à leur égard.
Nous n’avons reçu officiellement une plainte. A chaque fois qu’un ambassadeur ne se comporte pas bien. Et lors que la question s’avère réelle. D’abord Monsieur le Président de la République qui les accrédite prend des décisions en leur appelant. Au Maroc, majoritairement, nous avons des étudiants. Naturellement ils ont le problème de retard de paiement de leur bourse comme dans beaucoup d’autres pays.  Donc, cette communauté d’étudiants guinéens revendique ses droits, c’est légitime. Parce que ces enfants n’ont pas d’autres moyens pour vivre. Mais nous avons toujours conseillé nos ambassadeurs d’être de bons pères de famille pour tous les guinéens qui résident dans leur juridiction.

Les prisonniers guinéens  du Maroc  ont appelé à la rédaction d’Aminata.com pour dire que leur ambassadeur ne s’occupe pas d’eux.
Ecoutez, lors de la visite du roi, nous sommes en train d’initier un accord de transfèrement des détenus guinéens qui sont dans les prisons marocaines. Nous essayons au mieux de faire en sorte que ces guinéens tant bien même qu’ils soient jugés au Maroc qu’on puisse les transférer pour purger leur peine en Guinée. C’est ce qui se fait dans la pratique. Mais nous avons demandé aussi à l’ambassade de faire en sorte qu’ils puissent faire un listing de tous les guinéens qui sont détenus dans les prisons marocaines parce que justement dans la mission des ambassades c’est de veiller aussi à la protection des guinéens surtout ceux qui sont  en situation difficile quel que soit la faute qu’ils auraient commises. C’est le devoir de l’ambassadeur. Quand l’ambassadeur ne le fait pas nous le rappelons à l’ordre. Si c’est le cas au Maroc, alors à partir de cette interview, il lira cette interview et moi-même je vais interpeller l’ambassadeur sur cette question.

Aujourd’hui vous êtes le ministre d’Etat aux affaires étrangères. Après ce poste qu’est-ce que vous comptez faire. Quel est votre avenir politique?  
C’est Dieu seul qui sait quel est le destin d’un homme. Pour le moment, je suis ministre des affaires étrangères, j’assume cette fonction, j’entends l’assumer pleinement tant que je continuerai à bénéficier la confiance du Chef de l’Etat. Et puis le reste appartiendra à Dieu. Mais on verra bien.

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo d’Aminata.com avec Mamadou Hassimiou Souaré d’Africaguinee.com

alpha.oumar@aminata.com

+224 666 62 25 24

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