Sékou Chérif Fadiga, membre du bureau exécutif et porte-parole de l’union des forces démocratiques de Guinée(UFDG) a accordé une interview à notre rédaction ce lundi 30 octobre 2017. Au cours de cet entretien, Monsieur Fadiga a parlé entre autres, du cas Malick Sankon et le silence de la justice, les remous sociaux à l’intérieur du pays, des élections communales, du procès sur l’assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo. Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

Aminata.com: Le ministre de la défense a condamné ce samedi 28 octobres 2017 au siège du RPG, les propos controversés de Malick Sankon directeur général de la caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) et membre du bureau politique national du RPG qui a annoncé récemment le recrutement de plus de 2500 jeunes pour une autodéfense. Quel commentaire faites-vous de ce sujet qui alimente les débats dans le pays ?

Sékou Chérif Fadiga: C’est bien que le ministre de la défense nationale condamne les propos tenus par M. Malick Sankhon, mais la condamnation verbale ne me paraît pas suffisante dans une période où notre pays peut être exposé à des convulsions. Il n’est pas normal qu’un administrateur de haut rang tienne pareil langage en proférant des menaces sous prétexte qu’il défendra la CNSS sur laquelle ne pèse aucune menace. L’État doit absolument dissoudre la milice dont il se vante d’avoir créée.

Que pensez-vous du silence de la justice face cette déclaration de Malick Sankon ?

Le silence de notre justice s’explique par le fait qu’elle n’est pas une institution indépendante, sinon M. Sankhon serait aux arrêts le jour même où il a tenu ces propos, et diligenter une enquête sur l’existence réelle ou non de cette milice.

Le RPG a par la voix de Sékou Souapé Kourouma promis de laminer l’opposition dans les urnes lors des élections communales du 4 février 2018. Que répondez-vous ?

Nous connaissons les rapports de forces politiques pour ne pas attacher la moindre importance à cette déclaration qui relève de la fantasmagorie. Dans toutes les démocraties, lorsqu’un pouvoir n’a pas pu satisfaire les besoins des populations, il s’expose à un vote sanction dans les consultations électorales qui suivent. Or, les gens souffrent dans notre pays. La pauvreté est manifeste plus que par le passé et il n’y a pas de perspective d’avenir pour notre jeunesse. Chaque année nous offre son cortège de chômeurs parce que notre machine économique est totalement grippée. La parole du chef de l’État n’est même plus crédible, au point qu’on lui flanque le sobriquet de “Papa promesse”. Comment, dans ces conditions, le RPG peut prétendre s’en sortir sans un score humiliant pour lui, à plus forte raison gagner ces élections. Sauf que nous sommes dans un pays où on nous a habitués au hold-up électoral.

Croyez-vous à la tenue de ces élections le 4 février prochain ?

Ces élections communales et communautaires ont été reportées à maintes reprises, mais nous sommes dans l’obligation de les organiser. J’espère comme tout le monde, que cette date sera respectée.

Des manifestations se multiplient dans le pays  notamment dans des zones considérées comme favorables au parti au pouvoir. Les populations réclament les services sociaux de base et dénoncent des fausses promesses du président Condé. Quelle lecture faites-vous de cette actualité ?

Comme je le soulignais, il y a un instant, la pauvreté a pris des proportions inquiétantes dans notre pays pour n’épargner personne. La seule façon de fidéliser un électorat, c’est de répondre à ses attentes. Ce pouvoir me semble totalement incapable d’assurer le bien-être pour les Guinéens, sauf à nous bercer d’illusions et nous opposer les uns aux autres sur des éléments irrationnels. C’est bien dommage, M. Alpha Condé et ses compagnons sont arrivés au pouvoir sans projet pour notre pays et leur seul objectif participe à la confiscation de ce pouvoir. Mais, rien ne peut freiner un peuple déterminé qui vit au quotidien les souffrances que nous endurons.

Le procès dans le dossier Mohamed Koula Diallo assassiné aux abords du siège de l’UFDG. L’assassinat de notre confrère semble avoir été mis à côté. Les débats sont tournés sur la tentative d’assassinat de Monsieur Bah Oury vice-président exclu de l’UFDG. Monsieur Bah avait demandé la comparution de plusieurs personnalités de votre formation politique dont El Hadj Cellou et son épouse Hadja Halimatou mais le tribunal a rejeté cette demande. Votre avis sur ce sujet dans lequel des éléments de votre parti sont accusés ?

C’est malheureux pour cet homme, auquel on a ôté la vie sans que les autorités compétentes ne fassent preuve de professionnalisme dans le traitement de ce dossier. D’abord, on aurait pu empêcher ce désordre aux abords de la permanence si la police et la gendarmerie avaient tenu compte de la demande de l’UFDG de sécuriser son siège, au regard des menaces qui furent proférées. Mais enfin, en matière de justice, notamment sur un dossier de meurtre, on instruit à charge et à décharge sur tous les protagonistes. Comment se fait-il que depuis le début, M.Bah Oury n’a jamais subi la rigueur de la loi, sinon s’approprier le rôle du procureur. Mon avis sur le rejet du tribunal quant aux citations à comparaître, voulues par Bah Oury, cela s’inscrit dans les règles du droit dès lors que ces citations n’étaient pas fondées. Les avocats n’ont eu aucune peine à le démontrer. Je fonde l’espoir qu’on retrouve, un jour ou l’autre, l’auteur ou les auteurs de ce crime crapuleux.

 

Ces dernières heures, une rumeur annonçant le décès du président Condé a parcouru tout le pays. Quelle lecture faites-vous de cette actualité. Etes-vous d’accord avec ceux qui pensent que c’est une rumeur créée par la mouvance présidentielle ?

Propager la rumeur de la mort du président de la république me semble être quelque chose d’extrêmement dangereuse pour la stabilité de notre pays. Je ne me réjouirai jamais de la mort d’un homme, fut-il le pire de mes ennemis. Cette farce imbécile doit conforter les Guinéens à aller vite dans le sens de la démocratie, pour éviter à notre pays une transition militaire qui serait néfaste pour lui. Je n’imputerais pas cette rumeur au RPG dès lors qu’elle n’y gagne rien. Voyons-nous, ceux qui supputent sur un troisième mandat pour le président de la république alors qu’il n’est même pas au milieu du second, doivent comprendre qu’aucun homme n’est dans le secret de la divinité. Je souhaite que Dieu protège notre pays en le mettant à l’abri de convulsions inutiles.

L’insécurité a pris une allure inquiétante en Guinée. La nuit dernière c’est un érudit frère du Kalife de Lelouma qui a été assassiné par un inconnu. Votre réaction ?

 

J’ai appris avec une vive émotion l’assassinat de l’érudit de Sagalé. L’État doit sévir avec sévérité pour ne point tolérer un crime aussi crapuleux. Je m’incline devant la mémoire du respecté défunt.

 

Interview réalisée par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

(+224) 622304942

aliousarayabhe@gmail.com

 

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