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Le Général Ousmane Sow, ancien Membre du CMRN (le comité militaire de redressement national), à la retraite parle pour la première fois sur un media, et pour cela, le doyen a choisi votre quotidien en ligne Aminata.com. Dans cet entretien inédit, ce soldat dans l’âme revient sur les périodes qui ont marqué l’histoire de la Guinée. De son enrôlement dans l’armée coloniale jusqu’à sa séparation avec le Général Lansana Conté et son établissement définitif à Dalaba en passant par sa participation dans les guerres d’Algérie et d’Indochine, de son intégration à l’armée nationale, de la prise du pouvoir de l’armée le 3 avril 1984, de son rôle dans l’échec du coup d’Etat de 4 juillet ou encore du retour de Conté et son élévation au grade de Général. Sans oublier le divorce avec Conté tout comme ses relations avec le journaliste opposant Siradiou Diallo, ce patriarche et l’un des pères fondateurs de l’armée nationale, déballe tout. Suivez…

Aminata.com : Mon Général, parlez-nous de vos premiers pas dans l’armée ?

 Général Ousmane Sow : J’ai intégré l’Armée coloniale en 1948. Après la formation commune de base, j’étais volontaire pour aller en Indochine., première vague ou je suis  resté pendant trois ans. Je suis revenu en congé avant de repartir passer trois ans de plus. Delà,  je suis allé faire quelques mois en Algérie puis, je suis revenu en Guinée passer un test et aller à l’école militaire de Fréjus où je suis resté jusqu’en 1959.Revenu en Guinée, j’ai été désigné pour aller passer deux ans dans une école d’artillerie à Moscou où  j’ai passé 11 ans.

Quel grade aviez-vous à l’époque ?

J’avais le grade d’aspirant. L’équivalent de sous-lieutenant.

En intégrant l’armée nationale, vous étiez de quel corps ?

J’étais de l’armée de terre et singulièrement de l’artillerie.
Ensuite, vous avez commencé une longue carrière militaire ?
Comme j’étais de l’infanterie avec pour spécialité, l’artillerie aérienne ou de campagne je suis allé la bas. J’ai eu  à former des officiers dans l’artillerie jusqu’en 1984. Je précise, que dans ce cadre, j’ai fait toutes les garnisons du pays.

En 1984, vous aviez quel grade ?

J’avais le grade de Chef de Bataillon.

Vous étiez donc les rares intellectuels de l’armée à avoir échappé aux nombreuses purges ?

Exactement. Il faut noter aussi que j’ai effectué plusieurs missions à l’étranger où j’ai dirigé parfois des contingents guinéens. C’est le cas au Bénin et au Tchad sous la bannière de l’OUA (ndlr : l’organisation de l’Unité Africaine). Nous étions partagés entre la formation et les missions. J’ai dirigé également plusieurs garnisons du pays notamment, N’Zérékoré, Kankan, Kindia,…
En 1984, vous et vos amis, avez décidé de prendre le pouvoir sous le label du CMRN.

Quel a été particulièrement votre rôle dans cette période marquante de la Guinée ?

Nous avons pris le pouvoir avec le CMRN le 3 avril 1984. Mais avant, moi j’étais chargé de la sécurité des mines à Banankoro. J’étais labas et on m’a convoqué. Je suis venu à Conakry, le reste est difficile à expliquer.

Je vous comprends mon Général. Alors, dans le nouveau gouvernement, vous étiez membre et secrétaire d’Etat à la Défense ?

J’ai été d’abord secrétaire d’Etat à la défense puis ministre du commerce et de l’industrie entre autres. C’est le poste de secrétaire de la défense que j’occupais jusqu’au jour où Diarra (ndlr : le Colonel Diarra Traoré) a voulu prendre le pouvoir.

Justement, que s’est-il passé le 4 juillet 1985 avec le Colonel Diarra Traoré ?

J’étais presque seul  à Conakry avec Baldé et Barou, Conté était absent de la Guinée. Il était parti au sommet de la CEDEAO à Lomé au Togo. C’est à son absence que ces problèmes ont été déclenchés. La tentative de coup d’Etat. Conté a été informé et nous ici, nous avons réussi à maîtriser la situation avant d’envoyer le chercher au Togo.

Comment le Colonel Lansana Conté est devenu Général ?

C’est moi qui l’ai nommé Général de Brigade. Dans la foulée le jour de son retour de Lomé, à l’aéroport de Conakry, j’ai entendu les femmes dire Général Conté, j’ai considéré cela comme une volonté du peuple et comme j’étais à la Défense, j’ai décidé de l’élever au grade de Général de Brigade. A notre première rencontre à l’aéroport, il m’a dit « tu vis encore ? », j’ai dit oui. Il demandé « et les autres camarades ? », j’ai répondu que ça va. Je lui ai fait ensuite le compte-rendu détaillé de la situation. En réponse il me dit « Dieu te récompense » et j’ai dit Dieu va me récompenser.

Mon Général pour le commun des Guinéens et vu qu’il n’ya pas eu de justice, les gens continuent à se poser la question de savoir si Diarra a été arrêté avant ou après le départ de Conté pour Lomé ?

Diarra a été arrêté après le départ de Conté et après avoir annoncé sa prise du pouvoir sur les antennes de la Radio Nationale.

Est-ce que c’était réellement un coup d’Etat qu’il voulait faire?

Bien sûr ! Diarra, c’est un ami et camarade de promotion. Je l’avais sauvé plusieurs fois auparavant dans d’autres circonstances. Quand nous étions à l’école militaire, il était perdu dans la brousse un jour. On m’a dit d’aller le chercher. Comme je connaissais bien la ville et les alentours, je suis allé le chercher et le ramener. Je l’ai sauvé. Il était même malade, on l’a soigné et nous sommes restés comme ça des amis très proches. On était ensemble à Moscou. J’ai même dit à Diarra quand j’ai senti une agitation chez lui suite à une certaine pression de ses proches après le remaniement ministériel qui s’était passé, « écoute, ne fait rien sans m’informer ». Il m’a dit d’accord. A un certain moment, il a commencé à mener des actions dérapées. Un jour, je suis allé chez lui amicalement pour lui dire que les gens parlent mal de lui à cause de certaines choses qui ne sont pas bonnes. Je lui ai dit que ce n’est pas bon qu’il se déplace avec mille motos et qu’il ne faut pas dépasser le chef qui était un ami à nous c’est vrai mais il était surtout le chef de l’Etat désormais. Il a dit « d’accord, j’ai compris ». On était  vraiment très camarade. Mais quand il a dit à la radio, qu’il a pris le pouvoir sans m’en informer, cela m’a surpris.

Il ne vous a jamais expliqué son projet avant ?

Jamais ! Jamais, j’ai été surpris et j’ai pris cela comme une trahison à l’endroit de notre amitié. J’étais dans mon bureau la nuit au camp Almamy Samory Touré puisque je travaillais toujours la nuit. Quand j’ai entendu cela, j’ai dit que c’est malheureux. J’ai été cherché un à un les officiers dont les membres du CMRN qui étaient présents à Conakry. J’ai dit voilà, la situation s’est dégradée. Le Président en partant m’a dit « Sow, je te confie la situation ». Maintenant la situation commence à se dégrader en notre présence, nous avons donc pris nos responsabilités. Et finalement, vous savez la suite. Nous avons maitrisé la situation et c’est pendant que je dirigeais les opérations au camp Alpha Yaya qu’ils m’ont  annoncé la prise de Diarra, je ne savais même pas.

On peut dire que vous avez sauvé Conté. En retour, quelle a été votre récompense ?

Rien ! Et vraiment !

Qu’est ce qui a causé votre divorce ?

Moi, j’avais fini mon service militaire. J’ai pris ma retraite le 1er janvier 1990. Je suis allé le voir pour l’en informer. Jai dit Conté, j’ai pris ma retraite et tu sais que je travaille la terre et veux aller à mon village faire des champs. Qu’est ce que tu dis ? Il répond : « rien ».

Mais notre divorce s’est surtout produit à cause dune situation que je n’ai pas appréciée. Quand j’ai donc embarqué mes affaires et ma famille pour rejoindre mon village à Dalaba, des menteurs sont allés lui dire que les camions sont pleins d’armes et que je partais pour préparer une attaque et le renverser, il a cru malgré sa connaissance de ma loyauté et a demandé de ramener les véhicules du km 36 jusqu’au palais des Nations. Ce qui a été fait et quand les camions ont été fouillés devant nous deux sans la présence de la moindre arme, je lui est quitté et définitivement  pour rentrer à Dalaba, où je vis depuis cette date.

Vous a-t-il appelé par la suite ?

Non !

Vous-même, l’avez-vous appelé une fois au moins ?

Moi non plus !

Donc le divorce était consommé ?

C’est sûr parce que pour moi l’amitié est sacrée et fondée sur la confiance.

Est-ce que c’est ce qui a motivé votre adhésion à un autre parti politique qui ne soit pas le PUP ?

Non ! Moi je n’ai jamais adhéré à un parti. Je suis plutôt sympathisant. J’ai sympathisé avec Siradiou Diallo. Je ne le connaissais pas. J’entendais parler de lui. Parfois, je l’écoutais en tant que journaliste. Un jour, il m’a trouvé chez moi. Je l’ai reçu et me suis mis à son service. Après la présentation, il me dit « vous nous avez demandé de revenir et travailler ensemble, c’est pourquoi je suis là. J’étais content de le voir et puis il a demandé de rencontrer Conté. Ce que j’ai facilité pour lui. Je suis venu voir Conté et lui dire que quelqu’un voulait le voir. Il dit de le faire venir. Nous sommes rentrés dans le bureau de Conté, il se présente et dit « Chef, je suis venu, c’est moi Siradiou Diallo. Peut-être, je suis le premier à répondre à votre appel lancé à vos compatriotes à travers le monde. Je suis venu me présenter et me joindre à vous ». Puis, il ajoute, « Je ne sais pas ce que vous allez faire de moi ». Conté a dit bon d’accord. Tu es venu, tu es venu comme tous les Guinéens. On les reçoit très bien et on travaille ensemble. Et Siradiou a dit bon, « je suis venu aussi vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi et ma famille suite au décès de mon père et Conté lui dit que c’est normal et Siradiou poursuit, Je vais aller à Labé pour présenter mes condoléances et je rentre à Conakry ». Conté l’a donné beaucoup d’argent et m’ordonner de trouver un véhicule pour lui. Ce que j’ai fait à partir des garages du gouvernement. On l’a donné une belle voiture pour le transporter à Labé. C’est comme ça que j’ai pu connaitre Siradiou Diallo. Et on est resté ami jusqu’au moment où il a fondé son parti et je lui ai dit que je suis son sympathisant.

Et depuis, vous êtes resté fidèle ?

Fidèle ! Je suis resté fidèle à Siradiou à son Parti jusqu’à maintenant. Il est mort mais pour moi, il n’est pas mort. Il vit à travers son parti politique qui porte ses idées.

Quel souvenir vous gardez de votre ami Siradiou ?

Siradiou Diallo, est un grand homme. Il est sérieux et courageux. Mais qu’est-ce que vous voulez, il est mort.

Naturellement, qu’est ce que vous retenez du Général Lansana Conté, un compagnon et camarade d’armes à vous ?

Lui est resté tel qu’il est et moi tel que je suis. Il m’avait dit, lorsque nous étions dans le CMRN, il m’a demandé de choisir un jour pour venir le voir. J’ai choisi le vendredi, il m’a demandé les raisons, j’ai dit non, c’est un jour saint. Et chaque vendredi, je venais le voir et on échangeait. On est resté comme ça ami l’un à l’autre jusqu’à ce jour où les menteurs l’on poussé à me perdre confiance.

Près de vingt ans après votre retraite, vous avez été élevé au grade de Général, quelle impression cela vous a laissé ?

J’ai été impressionné. Surtout le jeune qui nous gratifié par ce grade. Il a été recruté dans l’armée après mon départ. Cela m’a vraiment impressionné. Il m’a élevé au grade de Général. Je n’étais pas seul. Ce sont tous ceux qui avaient servi la nation, sans en être récompensé. Il nous a récompensés. Je lui en reste reconnaissant et je le remercie. J’ai fait 13 ans comme Chef de bataillon, grade avec lequel d’ailleurs j’ai pris ma retraite, je lui souhaite bon rétablissement à Ouagadougou et bon retours au pays.

Jamais votre compagnon d’armes, le Général Conté n’a songé à vous élever même après le coup d’Etat manqué à un grade supérieur ?

Jamais. Au contraire, il a élevé des gens qui étaient Sous-lieutenant, au grade  de Général et nous laisser sur place. Mais c’est la loi de la nature je n’en garde aucune rancune.

Vous avez quel âge ?

87 ans révolus.

Vous comptez combien d’enfants et de petits enfants vivants ?

J’ai 12 enfants et beaucoup de petits enfants. Ils sont très nombreux, je ne compte pas.

Depuis votre retraite, qu’est ce que vous menez comme activité ?

Moi je suis cultivateur. J’aime travailler la terre. En quittant le service militaire, j’ai cherché un tracteur pour mes travaux champêtres.

A 87 ans et après plus de 40 ans de service militaire et des dizaines d’années de retraite consacrées à l’agriculture, quel est votre secret de conserver toujours cette bonne mine, à l’allure, toujours d’un Général pas trop fatigué ?

Bon c’est Dieu et je ne pense du mal pour personne. En tout cas, je mange bien, je dors bien et je travaille. Je n’ai jamais laissé le travail. J’ai construit pour tous mes enfants. Chacun à sa maison et je ne garde pas de sous en banque. Je gagne, j’investi, et c’est tout. Ce que j’ai, je l’utilise sur le terrain.

Quel conseil avez-vous à donner aux soldats guinéens et surtout quel comportement aimeriez-vous qu’ils retiennent de vous pour garder l’image d’une armée républicaine ?

Dans l’armée, j’ai formé beaucoup. Même des Généraux. Je les ai formés en artillerie, en infanterie, en transmission,…

Quelques Généraux par exemple que vous avez formés ?

Vous avez Sory Doumbouya, Abdourahmane Diallo (c’est un vagabond, bon, c’est un ami, on a beaucoup travaillé dans les champs).

Quel exemple voudriez vous que ces militaires prennent en vous ?

N’importe lequel ! Je travaille bien à mon avis. Ceux que j’ai formés en Libye. Kadhafi nous avez dit qu’il donne à manger et habille 500 de nos hommes. J’ai été envoyé labas pour les former. J’ai appliqué une formation dure. Certains que je rencontrais après, pleuraient et me remerciaient en disant « c’est grâce à toi que  je suis Capitaine ou ceci ou cela ». C’est vrai que certains doivent être décédé maintenant.

Quel message, en tant que patriarche de Dalaba, vous pouvez lancer à vos compatriotes ?

Vous savez, c’est dur. Dans la division, on ne gagne rien. Nous serons perdants tant que nous serons divisés. Si j’ai un message à livrer, c’est un message d’unité, de tolérance, d’amour, de solidarité et d’honnêteté. C’est ça un homme. C’est cette conduite qui peut nous faire gagner un jour la bataille pour le développement.

Quel est votre dernier message ?

Mon dernier message, ce que je suis fatigué maintenant. Si je n’étais pas fatigué, j’allais rejoindre l’armée.

Donc vous avez quelque chose que vous souhaitez réaliser et qui ne l’ai pas ?

Oui bien sûr !

C’est quoi cette chose ?

C’était de pousser un des braves fils ou filles du pays capable de nous sortir de la division, de la pauvreté et nous mener sur le chemin du bonheur commun dans la paix et la justice. Aussi faire de notre armée, un modèle en Afrique où l’on respecte le peuple et son droit. Mais hélas, si on est plus loin du point de départ et plus proche du point d’arrivée, on y peut rien.

Interview réalisée par B.Abdallah en collaboration avec Diallo Mamadou Dian pour Aminata.com

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