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Libre opinion : « La résistance intelligente face à un régime autoritaire »

La résistance intelligente face à un régime autoritaire
Dans un pays où la Loi fondamentale est violée par le président de la république sans que ce dernier ne soit inquiété pour ce délit, un pays où le président refuse de respecter la limite de son mandat fixée à deux quinquennats et décide d’en briguer un troisième en faisant adopter une nouvelle Loi fondamentale sans en subir les conséquences, un pays où les trois pouvoirs ne font qu’un en réalité et se trouvent entre les mains du seul président de la république, un pays où la police, la gendarmerie et l’armée ne sont pas républicaines et sont à la solde du seul président de la république.

La résistance intelligente face à un régime autoritaire
Enfin un pays où le plus grand mouvement citoyen de ces trente dernières années regroupant société civile et partis politiques de l’opposition (Front national pour la défense de la Constitution – Fndc) est réduit temporairement au silence par le président de la république, dans un tel pays donc, jouer au militant extrémiste radical à ciel ouvert est certainement un projet suicidaire.

Bien sûr que les gens ont, conformément aux règles d’un État de droit, le droit de penser et de dire ce qu’ils pensent, quand ils le pensent dans le respect des mêmes règles de droit. Mais dans la mesure où sévit un régime autoritaire dans le pays, au moment où s’affole un pouvoir prêt à aller jusqu’à enlever la vie s’il est critiqué ou se sent menacé, n’est-il pas plus raisonnable de se dissimuler pour préserver sa vie ? N’est-il pas mieux de choisir dans ce cas l’endroit et le moment propices où faire des tapages ? Si certains individus tonitruants aussi connus soient-ils pour leur « sarcasme et critiques acerbes envers le gouvernement » se trouvent aujourd’hui en prison, c’est sans aucun doute à cause de leur prise de position à la fois clairement partisane et fondamentalement extrémiste.

Persuadés de détenir la vérité, ils n’hésitent pas de tenir des propos injurieux, parfois violents, voire d’adresser des appels à l’insurrection à l’encontre du régime en furie. Ces esprits guerriers considèrent à priori comme faux tout ce qui ne concorde pas avec leur ligne de pensée.

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Voici par exemple qu’ils saisissent l’occasion de la détention arbitraire du doyen Amadou Djouldé Diallo, historien érudit et grand journaliste sportif, pour mettre en scène leurs délires mercantiles. Il est vrai que lors de sa dernière intervention dans l’émission radio Œil du lynx le 21 janvier dernier, le doyen Djouldé s’était montré assez imprudent en critiquant ouvertement et de la manière la plus virulente le président Alpha.

Même si je partage l’essentiel des critiques qu’il a adressées ce jour-là en direction du potentat guinéen, j’estime qu’il s’est livré lui-même dans la gueule du loup à ce moment en se donnant en public. Il le confirmera d’ailleurs lui-même lors de ladite émission en déclarant : «J’ai mon baluchon, prêt à aller en prison ».

Comme je l’ai rappelé en introduction, ce sont des choses que l’on doit éviter de faire quand on sait qu’on a à faire avec un régime autoritaire qui se radicalise de plus en plus et qui n’a que faire des droits de l’homme, et encore moins les droits de la presse et les libertés politiques.

C’est pourquoi je considère que le doyen Djouldé a dû faire un mauvais jugement en se donnant en spectacle ce jour-là. Certes, les gens sont libres de critiquer le régime s’ils choisissent de le faire même si cela peut les conduire en prison. Mais prendre un tel risque finira par faire en sorte que tous ceux qui s’y exposent se retrouvent sous les verrous, un endroit où ils n’auront plus la possibilité de s’exprimer et où leur vie est mise en danger. Or, seuls les vivants pourront mener jusqu’au bout le combat pour la liberté et la démocratie. Car personne n’a jamais vu un mort combattre. Dans ces conditions, la préservation de la vie doit être le premier crédo de toute stratégie d’opposition à un régime autoritaire qui tend indiscutablement vers la dictature.

Aujourd’hui, plusieurs cadres de l’opposition politique et du Fndc croupissent aussi en prison à cause notamment du fait qu’ils ont baissé leurs boucliers devant le tyran pour ne pas oser dire à cause de leur extrémisme militant face à un régime de l’arbitraire. Certes, personne ne peut nier la légitimité de leur combat politique et leur droit à la critique face à un régime abruti par la rage de confisquer le pouvoir à vie, mais leur manière de s’y prendre les a conduits à leur propre perte. Car, même leurs propres camps d’affiliation sont aujourd’hui impuissants face au régime.

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À la vérité qui sera capable de les faire sortir de prison maintenant, si ce n’est peut-être, malgré les nombreuses critiques adressées à leur encontre, la sagesse et la hauteur de vues de Mamadou Sylla, chef de file de l’opposition officielle et de Bah Oury, président de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDGR) qui, tous les deux, ont laissé de côté leurs égos personnels pour entamer une démarche de négociations avec le régime autoritaire ?

C’est pourquoi il est temps pour tous ces « révolutionnaires amateurs » surchauffés, de voir à changer de stratégie de lutte car, avant eux il y avait déjà eu sur le terrain des combattants bien plus aguerris et toujours présents sur le front, non pas recroquevillés quelque part sous les draps comme la plupart d’entre eux. En fait, dans l’état actuel des choses, seul un plan stratégique bien élaboré d’avance et mis en œuvre dans la plus grande discrétion permettra à la Guinée de connaître un horizon de liberté et de démocratie. Pour y arriver il faudra de la patience et de la persévérance dans une force agissante mais discrète.

Certes, malgré toutes nos précautions d’usage dans la partie introductive de ce texte, d’aucuns pourraient voir en ceci un renoncement aux idéaux de liberté et de démocratie, mais ce qu’ils ne feront certainement pas, c’est de se résoudre eux-mêmes à s’engager dans un duel face à face avec l’ennemi.

Car ils préfèrent sous-traiter cette partie de leur lutte à des candidats à la mort. Dans ces conditions, à quoi bon pour les autres d’aller se faire tuer ?

Chroniques d’Aboubacar Fofana

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