La relation passionnelle qui existe entre les soussous et les peuls en Guinée montre à quel point on peut manipuler un peuple totalement ignorant de son passé. Si les soussous sont considérés comme étant parmi les moins ethnocentristes et les plus accueillants des peuples de l’Afrique de l’Ouest, il est difficile de comprendre l’inimitié qui se manifeste parfois entre ces deux communautés lors des grandes consultations électorales. Les rapports de bon voisinage cèdent souvent la place à un climat de méfiance et de suspicion dès que ces deux communautés font face à la problématique du pouvoir. Si les deux communautés malinké et peule de Guinée sont, depuis un certain temps, rivales face au pouvoir, ce sont les soussous qui pèsent souvent dans la balance pour départager les prétendants. On l’a vu lors du duel politique entre Sékou Touré et Barry Diawadou dans les années cinquante lorsque les Soussous préférèrent jeter leur dévolu sur le leader du PDG et encore récemment en 2010, lorsque dans leur grande majorité, ils votèrent pour le candidat du RPG, Alpha Condé, allant même à l’encontre des consignes de vote donnés par leurs plus hauts responsables politiques. C’est un phénomène assez troublant, surtout qu’en rétrospective on se rend compte que les guinéens n’ont pas nécessairement fait le bon choix, vu les conséquences qui en ont découlé pour l’avenir et la stabilité du pays. Qu’est-ce qui peut bien expliquer ce phénomène ? Et pourquoi deux communautés qui n’ont eu aucun antécédent majeur ni dans le passé lointain, ni dans le passé proche, et à fortiori des voisins, se méfient l’une de l’autre au point de s’exclure mutuellement du pouvoir ?
Pour trouver la réponse, il faut remonter au passé colonial de la Guinée lorsque les colons ont vite compris que pour maitriser leur nouvelle colonie, il fallait absolument créer une discorde entre les deux ethnies qu’ils avaient identifiées comme parmi les plus entreprenantes et surtout qui occupaient les parties du territoire qu’ils convoitaient le plus. On n’était pas encore sur que la région forestière ferait partie de l’ensemble guinéen et quant à la Haute Guinée, elle était à quelques encablures du Soudan français (actuel Mali) qui était en passe d’être complètement pacifié. Seule la résistance de l’Almamy Samory Touré pouvait poser problème à ce niveau.
C’est ainsi que le colonisateur entame sa domination de la Guinée à partir du Rio Nuñez (région de Boké) et du Rio Pongo (région de Boffa) jusqu’à l’embouchure de la Soumba (Dubréka) qu’il eut vite fait d’appeler le territoire des rivières du Sud. Or ces régions étaient principalement peuplées de Bagas, Landoumas, Nalous et Soussous dont certains de leurs chefs reconnaissaient la souveraineté de l’Almamy du Fouta à travers le chef du Diwal de Labé avec lequel ils avaient signé des traités.
Pour consolider sa mainmise sur les territoires convoités, le colonisateur eut recours à un principe bien connu mais assez efficace : diviser pour régner ! On raconte donc aux soussous que ce sont les peuls qui les ont chassés du Fouta-Djallon ou ils habitaient depuis des siècles. Quand on lit les œuvres de l’époque coloniale, on est ahuri par les propos mensongers et la caricature dont on fait des populations africaines. Concernant les soussous, l’un des auteurs va jusqu’à écrire ceci : « Les Foulahs ont été les vainqueurs ; en s’emparant de la région montagneuse du Fouta, ils ont coupé ce peuple en deux tronçons : l’un s’est retiré vers le nord, les habitants en sont appelés Diallo-Nkés ; le second s’est rejeté vers la mer : ce sont les Sosso ou Soussous ; une partie de ce peuple est cependant restée au Fouta, mais comme esclave ». Incroyable mais c’est bien ainsi que les colons décrivaient nos populations et il y a pire encore ! On voit ici clairement l’intention de créer des tensions entre ces deux communautés en racontant des contre-vérités, en faisant des raccourcis et en falsifiant l’histoire. On commet l’erreur intentionnelle d’assimiler les Soussous aux Djallonkes (Yalunkas) et on prend le patronyme le plus répandu au Fouta (Diallo) pour l’assimiler aux Djallonkés (Yalunkas), concluant ainsi que les Diallo sont en fait des Soussous. Allez-y comprendre quelque chose ! Alors c’est le moment de rectifier le tir, au risque de me répéter : Les Djallonkés (Yalunkas) ne sont pas des Soussous et ces derniers ne sont pas issus des Djallonkés. Il s’agit ici de deux communautés bien distinctes, chacune avec sa langue et son histoire. Le patronyme Diallo n’a rien de Soussou ou de Djallonké ! Il s’agit plutôt d’un nom porté par les clans de Peuls musulmans venant du Mali et qui s’installèrent au Fouta-Djallon avant de déclencher la guerre sainte qui fera de ce territoire un état théocratique. Malheureusement voici l’histoire qui a été racontée à nos populations depuis les premiers temps de la colonisation et nos frères Soussous sont tombés dans le piège.
Mais ce n’est pas tout ! Le colonisateur toujours fidèle à sa stratégie de « diviser pour régner » dira aux Peuls qu’ils sont de race blanche et donc différents des autres qu’ils doivent absolument commander. Préoccupés à effacer leur passé animiste et païen, et surtout à se trouver une origine arabe pour être en adéquation avec leur nouvelle religion, les Peuls vont eux aussi tomber dans ce piège qui va en définitive se refermer sur tout le monde, au grand bonheur du colonisateur. Il a fallut attendre les premières lueurs de l’indépendance pour que le peuple tout entier, toutes ethnies confondues, se lève comme un seul homme pour mettre fin à la domination étrangère et au système colonial.
Malheureusement pour la Guinée, le premier président Sékou Touré qui était plus intéressé par le pouvoir personnel que par toute autre chose, utilisera la même tactique et les mêmes arguments que le colonisateur pour imposer une dictature féroce et impitoyable sur le pays. Déjà en 1957, il avait annoncé la couleur en opposant les Soussous aux Peuls dans la capitale à Conakry dans le but de placarder son principal rival, Barry Diawadou originaire du Fouta-Djallon. En 1976, se sentant en perte de vitesse, après les échecs répétés de son régime, il invente un « complot peul » et prononce un discours vitriolique, plein de haine, de faussetés à l’égard de la communauté peule et ce dans le but d’éliminer un concurrent qui pouvait assurer une alternative crédible à son régime incompétent et sanguinaire. Je veux parler ici de Feu Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’OUA. Durant cette période, Sékou Touré fera tout pour pousser les Soussous à s’en prendre aux Peuls, mais cette fois-ci l’ayant découvert, ils feront la sourde oreille à ses appels au massacre.
On pensait qu’on ne verrait plus jamais ça en Guinée mais voilà qu’arrive le président autoproclamé « démocratiquement élu », Alpha Condé qui en 2010, promet de prendre la Guinée là ou Sékou Touré l’a laissée. Aussitôt, les thèses divisionnistes et ethnocentriques refont surface. Il faut dire que nos dirigeants ont du mal à se débarrasser de leur mentalité de colonisé. Lorsque Alpha Condé, à la veille de l’élection présidentielle de 2010, fait croire que les Peuls ont empoisonné ses militants, il y a là une réelle volonté de manipulation des ethnies, principalement les Soussous pour conduire ceux-ci soit à conduire un pogrom contre les peuls, soit à rejeter le candidat peul au moment du vote. Lorsque ce même Alpha Condé clame haut et fort que les Soussous sont ses oncles, il y a là un message codé qui veut dire « Votez pour moi, votre fils et non pour l’étranger ». Un appel clair et direct au repli identitaire qui n’a absolument rien à envier aux agissements du maitre colon.
Mais si tout ceci a été possible en Guinée, c’est parce que contrairement à d’autres pays comme le Sénégal et le Mali, la Guinée a été longtemps une terre d’asile, de refuge pour bien des populations qui la composent aujourd’hui, fuyant la guerre et les persécutions de toutes sortes. Ce déracinement a engendré une rupture au niveau de la mémoire collective sur les questions d’identité, d’enracinement au sol et de rapports avec les autres groupes rencontrés ici et là. Tel est le drame de la Guinée et pourquoi l’idée de la nation tarde tant à prendre forme dans notre pays.
Fort heureusement on n’est plus en face d’un trou noir qui aurait englouti tout notre passé. Il y a eu des traces et il y a eu un itinéraire que de vaillants chercheurs, scientifiques et historiens ont pu reconstituer pour nous rendre notre histoire. Ce qui nous permet aujourd’hui de parler du déferlement des Soussous vers la cote atlantique à partir de leur habitat naturel, en République du Mali.
Le royaume de Sosso
Les Soussous de Guinée sont les descendants du royaume Sosso qui se trouvait en République du Mali et qui se fit connaitre au reste du monde entre les 12e et 13e siècles. Ce royaume était un état vassal et voisin du puissant empire de Ghana, fondé par les Sarakolés (Soninkés) entre les IV et V siècles. Les Soussous eux-mêmes se font appeler Sosoé (ou Ceusoé), le terme soussou n’étant qu’une déformation du Français. Bien des chercheurs se sont penchés sur l’origine du mot Sosoé qui veut tout simplement dire là ou on se procure les chevaux, ou alors le pays des chevaux (So Soé). Mais comme tout ce qui relève de l’histoire ancienne de l’Afrique, l’origine de ce nom n’est pas sans controverses. Voici ce que nous rapporte un chercheur malien, Moussa Fofana, formateur au Collège Moderne de Sincina, sur cette question. Selon lui, le royaume de Sosso fut fondé par les Diarisso, Soninké animistes intransigeants. Il semble qu’il y eut deux versions autour du nom Sosso. La première version fait état du fait que les Diarisso épousaient les filles peules du clan des Sow. Pour cela, le pays fut appelé royaume des Sossobè. Ce terme raccourci donnera Sosso, nom généralement connu.
La seconde version repose sur le fait que lorsque Soumaoro accéda au trône, il entrava toutes les activités commerciales entre le Mandé et Ouagadou (nom ancien donné à l’empire du Ghana). Il retirait de force tous les chevaux que les marchands Soninké conduisaient sur son territoire pour les vendre, ou qui étaient en transit pour le Mandé. Le roi de Sosso s’attribua ainsi le monopole du commerce des chevaux (il gardera les meilleurs étalons pour son armée). Les autres chefs n’avaient d’autre choix que de venir se ravitailler sur les marchés de son pays. De là vient l’appellation Sosso (là ou on se procure les chevaux). C’est, conclut l’auteur, l’explication la plus plausible.
Si le nom Sossoé est lié aux agissements de Soumaoro Kanté, sous quel nom ce royaume était-il donc connu avant l’entrée en scène de ce personnage légendaire. Là encore, c’est Moussa Fofana qui nous donne des éléments de réponse. Il explique que par rapport au Mandé, ce royaume se situait au Nord. C’est pourquoi les Maninka (Malinké) l’appelle Kéniéka (Nord), par extension le Nord du Mandé. Ce mot, déformé par les Sarakolés deviendra Kaniaga. Le royaume de Sosso était donc connu sous le nom de Kaniaga, qui d’après l’auteur s’est développé dans la direction de Bamako, au sud de Nara, entre Banamba et Mourdiah. D’après lui, le village de Sosso existe encore et se situe à douze kilomètres de Boron Cissé.
De tous les rois que Sosso a eus, Soumaoro Kanté est celui qui nous intéresse le plus. Non seulement il fut le plus illustre mais le dernier roi de Sosso. Aussi et surtout c’est seulement après sa défaite face à la coalition de Soundiata Kéita, que les Soussous entameront leur sortie de la scène mandingue pour aller se réfugier dans ce territoire qu’on appelle aujourd’hui la Guinée. Mais qui est véritablement ce personnage ? Tous ceux qui ont lu « L’épopée mandingue » du professeur Djibril Tamsir Niane ont une idée de ce qu’il fut. Mais au-delà de la légende, il y a des traits essentiels du personnage qu’il faut retenir.
Soumaoro Kanté était de grande taille avec des jambes cagneuses. Il était à la fois grand chasseur, maitre fétichiste et grand guerrier. Ce qui lui permit de porter le Kaniaga à son apogée. Selon les chercheurs et historiens dont Moussa Fofana, Soumaoro organisa des troupes solides, bien équipées de flèches et tamba (lances) fabriquées sur place par ses forgerons. Son armée disposait d’une cavalerie nombreuse et efficace. Ses fantassins formaient un rempart infranchissable pour ses ennemis.
Soumaoro Kanté avait aussi un sens de l’art très développé. Il est créateur du balafon (Sosso Bala) et de la guitare à quatre cordes (dan).
Mais il était surtout et aussi un anti-esclavagiste acharné. Durant sa tendre enfance, son père avait été déporté dans le Mandé par les Cissé de Boron pour avoir refusé de renoncer à l’animisme et se convertir à la religion musulmane. Ses maitres lui avaient fait extraire de l’or à leur profit avec ses hommes. Soumaoro n’ayant jamais pu pardonner et oublier cela, était donc résolument opposé au commerce de l’or et des esclaves. C’est pourquoi dès son accession au trône, il entrava le commerce entre les Soninké de Ouagadou et le Mandé ou se trouvaient les régions productrices d’or. D’après Moussa Fofana, Soumaoro essaya d’entrainer les Maninka (Malinkés) de son coté en les invitant à s’associer à lui pour combattre les esclavagistes Maures et Soninkés. N’ayant pu les convaincre du bien fondé de sa lutte, Sosso Simbo (Soumaoro) prit la décision ferme de s’attaquer seul à l’empire soninké. Il dévasta Koumbi en 1203. L’auteur continue en nous disant qu’auparavant, Soumaoro avait saccagé neuf fois le Mandé et y fit régner la terreur. Devant les horreurs perpétrées par les guerriers sosso, les roitelets Maninka, terrifiés, s’enfuirent vers les régions sud ou dans des endroits inaccessibles (iles, au milieu des fleuves, régions montagneuses, forets difficilement pénétrables). L’un de ces chefs fut le frère ainé de Soundiata Kéita, Dankaran Toumani Konaté qui abandonna le trône et choisit la protection de la foret guinéenne. Il se sauva et alla se cacher à Kissidougou (la ville du salut), « En bara kissi », s’écria-t-il, en arrivant à son refuge (nous sommes sauvés, nous avons échappé à Soumaoro). Un autre, Barafing Bandiougou fut tellement tourmenté, si effrayé par la guerre des Sosso qu’il s’en alla très loin là-bas en Gambie et n’y revint plus. Il s’y exila et fonda une ville à laquelle il donna son propre nom, Bandiougou (devenu Bandjoulou puis Banjul).
C’est dans ce contexte que les Maninka (Malinkés), Soninkés (Sarakolés) et Maures (Marocains) vont solliciter Soundiata Kéita qui était réfugié chez un roi soninké de Mema, pour organiser la résistance contre Soumaoro Diarisso Kanté. C’est une véritable coalition comprenant des tribus diverses, Maninka, Soninkés, Maures, touaregs, peuls islamisés qui va se former pour combattre Soumaoro. La bataille décisive aura lieu sur la plaine de Kirina en 1235, selon de nombreux auteurs. A l’issue de cette bataille, la légende rapporte que Soumaoro sera vaincu et s’enfuira après avoir été atteint d’une flèche empoisonnée et munie d’un ergot de coq blanc. Il se refugia dans une montagne et mourut peu de temps après de sa blessure.
Il y a plusieurs versions de la bataille de Kirina et les circonstances de la mort de Soumaoro (les unes plus plausibles que les autres) mais tel n’est pas l’objet de cette chronique. Ce qui est clair cependant, après la défaite et la mort de Soumaoro, la vengeance fut terrible et Sosso fut détruit. Il ne reste plus aujourd’hui qu’un tout petit village. Et c’est seulement en ce moment que les Soussous décideront de quitter cette région pour se refugier en Guinée et se mettre à l’abri des représailles des soldats de Soundiata Kéita.
Le déferlement vers la cote atlantique
Les évènements que nous avons relatés ci-haut se sont produits entre les 12e et 13e siècles. Nous sommes donc au 13e siècle et le Sosso a été détruit par l’armée de Soundiata Kéita. C’est à ce moment que plusieurs clans Sosso décident de quitter la région et émigrer vers l’Ouest. Certains groupes s’infiltrèrent à travers le Fouta-Djallon ou ils comptaient rejoindre les Djallonkés qui avaient été leurs voisins dans l’espace soudanien (actuel Mali). Mais les Djallonkés avaient quitté cette zone soudanienne quelques siècles auparavant. Ils s’étaient établis au Fouta-Djallon après en avoir chassé les Baga, les Kissi et les Limba. Lorsque les premiers clans Sosso arrivèrent au Fouta-Djallon, ils réalisèrent vite qu’ils ne pouvaient pas y rester. Les Djallonkés y vivaient en parfaite harmonie avec les Peuls Poulis arrivés aussi quelques siècles plus tôt. Ces deux communautés vivaient donc en parfaite symbiose et les Sosso furent donc obligés de continuer leur route à la recherche de terres avec une faible densité humaine. Il n’est pas exclu que certains soient restés au Fouta-Djallon par épuisement ou par simple peur de l’inconnu. Mais la grande majorité décidera de continuer et de s’avancer un peu plus vers l’Ouest.
Avertis, d’autres clans Sosso « décidèrent de contourner le massif du Fouta-Djallon, en gagnant la Falémé puis la vallée de la Gambie et la Fatala, qu’ils longèrent jusqu’au Rio Pongo (région de Boffa) ».
Voici comment les spécialistes et autres chercheurs de langue anglaise ont décrit ce déferlement des Soussous (Sosso) vers la cote atlantique : « A partir du territoire guinéen, principalement le Fouta-Djallon, les Soussous se déplacent lentement vers l’Ouest, avec leurs femmes et enfants, sans s’arrêter et comme une armée de fourmis. Au cours de leur voyage, ils pouvaient rester généralement à un endroit pour quelques semaines ou un mois au plus avant de reprendre la route. Ils survivaient grâce à la chasse et la cueillette en se nourrissant de mais, de racines de plantes, de baies sauvages et autres fruits sauvages. Ils étaient armés de flèches et étaient accompagnés de nombreux chiens aussi féroces que des léopards. Lorsqu’ils s’arrêtaient à un endroit, ils confectionnaient des abris dans la foret et généralement près d’une source d’eau. Là ils s’adonnaient à la chasse jusqu’à ce que le gibier se fasse rare. Ils reprenaient alors leur route, en mettant les jeunes gens et les chiens en première ligne. Lorsqu’ils arrivaient au bord d’une rivière, ils pratiquaient la pêche, séchant le poisson avant de le consommer sur place ».
En Guinée, une fois dans leur nouvel habitat, l’un des royaumes les plus importants que les Soussous établirent fut celui de Thia, situé dans la région de Boffa ou l’on rencontre les plus vieux villages soussous. Conveya et Thia en étaient les principales villes. Voici comment les auteurs de langue anglaise et portugaise racontent le choc entre les Soussous et les Bagas : « Des troubles éclatèrent au Nord-Ouest de Thia. Les Soussous rencontrèrent des étrangers venus du Nord, à la peau très noire. Ils étaient demi-nus, grands et de forte constitution. Leurs femmes avaient le crane rasé. Ils survivaient grâce à la pêche dans l’océan dont ils n’avaient aucune peur. Les Soussous étaient en face des Bagas. Après une période de conflits, un traité de paix fut signé pour délimiter la frontière entre ces deux peuples. Et la paix régna ! Les Bagas formèrent quatre nations autour de la grande et unique nation Soussou ».
Les Soussous prendront l’avantage sur tous les peuples côtiers avec l’arrivée des premiers navigateurs européens (portugais et anglais). Alors que les autres se méfiaient, ils furent les premiers à approcher les européens en leur proposant des produits et en les invitant à descendre de leurs bateaux et rester avec eux. Ainsi se développa un commerce entre Soussous et navigateurs européens, faisant donc du Soussou, la langue d’échanges par excellence dans cette région.
Les villes guinéennes ou la langue Soussou (Sosoxui) est prédominante sont Dubréka, Kindia, Forécariah, Boffa, Kamsar, Boké et Conakry.
Historique de quelques villes Soussous
Des historiens dont quelques auteurs français nous donnent une idée de la fondation de quelques villes soussous. En voici un extrait :
Toumaniya : « Toumaniya fut fondé par Soumba Toumany, ancêtre des Soussous qui débarrassa les Bagas des pillards du Khabita. En guise de reconnaissance, les Bagas le proclamèrent roi. Soumba Toumany eut trois fils : Manga Kanta s’installa dans l’ile de Tombo. Manga Sangaré fonda Sangareya et Manga Demba s’établit à Dubréka. Le roi était secondé par un premier ministre (Santigui) et les chefs de province portaient le titre d’Alkhaly ».
Les pays de la Mellacorée : « Cette importante zone d’échanges reliée au Fouta, au pays Malinké et à la Foret comprenait divers petits états indépendants centrés sur une ville-Le Moréah, le Morebaya, le Béreiré, le Forécariah, le Morécaniah, le Samo et la Benah-qui forment une sorte de confédération assez lâche. Le Moréah, état le plus important, avait été fondé par Fodé Touré à la fin du XVIIIe siècle. Ce dernier prit le commandement de familles de marchands malinkés islamisés, les Touré, les Yansané et les Fofana, originaires de Kankan, qui fuyaient le pouvoir animiste de Kondé Bourama. Ceux-ci furent accueillis par le roi de Somboya, Manga Frigin et son frère, Manga Dantuma. Pour s’établir, ils durent combattre les Mandeyi qui occupaient les rives de la Mellacorée. Les Touré fondèrent le royaume de Moréah et édifièrent leur capitale Forécariah. Ils convertirent les Soussous du Soumbouya et les Mandeyi à l’Islam. Le roi prit le titre d’Almamy. Peu à peu, ces marchands s’assimilèrent et adoptèrent la langue Soussou. Cette région, non tributaire du Fouta, entretenait avec lui de bons rapports du fait de la présence d’une forte communauté musulmane et de la conversion de familles dirigeantes ».
Quelques personnalités Soussous d’hier et aujourd’hui
Général Lansana Conté : Il fut président de la République de Guinée de 1984 à 2008.
Dala Modu Doumbouya : Il fut un riche commerçant Soussou de Sierra Leone durant l’époque coloniale.
Ahmed Ramadan Doumbouya : Politicien Sierra-Léonais.
Henri Camara : Une grande star du football sénégalais qui a évolué dans des clubs étrangers comme Panetolikos.
Takana Zion de son vrai nom Mohamed Mouctar Soumah : Chanteur guinéen du genre musical Reggae roots ragga dancehall. Ses labels sont Makafresh, Makasound, Black mafia. Il est l’auteur de « Rasta Government », meilleur album reggae Africain en 2011. Plusieurs historiens soutiennent que le patronyme Soumah est un diminutif de Soumaoro (Soumahoro) que les soussous ont adopté après avoir atteint les cotes guinéennes.
Prince Modupe : Acteur, cinéaste guinéen qui fut aussi conseiller technique à Hollywood. Auteur de plusieurs livres dont « A royal African » (Praeger : New York, 1969). Avant Sidney Poitiers et Harry Belafonte, il y avait Prince Modupe qui a apparu dans plusieurs films comme Nabonga (1944), attestant du fait que les Soussous comme leur ancêtre Soumaoro Diarisso Kanté ont aussi un esprit artistique très développé.
Diallo Thierno Sadou pour Aminata.com
NB : Ce texte est très long mais vaut la peine d’être lu ! Bonne lecture à tous.

Quelques références :
Davidson, Basil: « The African past: chronicles from antiquity to modern times. London: Longmans, 1964.
Delafosse, Maurice : « Les Noirs de l’Afrique », Collection Payot, Payot&Cie, Paris 1922, 160p.
Diallo, Amadou Oury : « Epopée du Fouta-Djallon, la chute du Gabou », Version peule de Farba Ibrahima N’Diala, l’Harmattan/ IFAN-OIF.
Diop, Cheick Anta : « Nations nègres et culture : De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui ». Présence Africaine, 1979, 907p.
Fofana, Moussa : « Point d’histoire du Mali : le royaume de Sosso ou Khaniaga des Soninké ». En ligne. Page consultée le 2 Février 2014. http://www.soninkara.org
Marty, Paul : « L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon ». Editions Ernest Leroux, Paris 1921, 588p.
Niane, Djibril Tamsir : « Soundjata ou l’épopée mandingue ». Présence Africaine, Paris 1960.
Perrot, Claude Hélène et Farwell-Aymar, François-Xavier : « Le retour des rois : les autorités traditionnelles et l’Etat en Afrique contemporaine ». Editions Khartala, 2003.
Suret-Canale, Jean : « La République de Guinée ». Editions Sociales, 1e édition 1970, 431p.
Touré, Aboubacar : « Eléments de description de la langue Sosso ». Thèse de doctorat. Université Stendhal-Grenoble III, 1994, 311p.
Touré, Aboubacar : « Parlons Sosso langue et culture du pays de la Guinée Maritime ». L’Harmattan, Paris 2004, 208p.

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