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Guinée: la réconciliation inclusive à l’aune de la reconfiguration de l’espace politique

Compte tenu de la nature changeante et de la complexité des conflits, le concept de réconciliation en lui-même doit évoluer et s’adapter pour devenir plus que jamais inclusif et élargi. L’histoire de la Guinée a été marquée par plusieurs violations des droits de l’homme et des crimes commis par l’Etat contre les citoyens. De la révolution de Sekou Touré au régime d’Alpha Condé, la violence d’Etat a touché plusieurs couches de la société guinéenne.

Aujourd’hui, les parents des victimes de camps Biro attendent encore des réparations, ceux du 04 juillet 1985, également, attendent la réparation. Depuis douze ans, les victimes et les parents des victimes des tristes événements du 28 septembre 2009 au stade de Conakry réclament justice. Les violences politiques sous le régime d’Alpha Condé, les morts suites aux manifestations politiques contre le 3ème Mandat n’ont jamais été jugés et les auteurs présumés ne sont pas inquiétés.

Au moment où le pays entame une nouvelle transition, la réconciliation nationale est une étape importante, presque obligatoire. Les nouvelles autorités du CNRD ont entamé des démarches visant à apaiser les cœurs en attendant un véritable processus de réconciliation.

Il s’agit entre autres du déplacement très symbolique du président de la transition au cimetière de Bambéto où sont enterrés plus de 200 personnes mortes suites aux manifestations politiques sous la présidence d’Alpha Condé.

Le vendredi 15 octobre, une lecture du saint Coran a été organisée à la mosquée de Bambéto par les coordinations régionales, et le Colonel Mamady Doumbouya a envoyé un émissaire qui a demandé aux victimes de pardonner.

Cela va-t-il suffire ? Évidemment non. À l’aune de la reconfiguration politique, le défi principal pour la réconciliation inclusive en Guinée reste la justice. Depuis 1984, date de la mort de feu Sekou Touré, l’impunité est érigée en système de gouvernance et cela a conduit à la récidive des actes de violation des droits de l’homme.

La nouvelle génération incarnée par les nouvelles autorités a promis de faire de la justice la boussole de leur gouvernance. Au-delà des discours, les Guinéens attendent justice et réparations. Les discours de pardon ne suffiront pas à cicatriser des plaies encore ouvertes depuis plusieurs générations.

Un bréviaire existe. En 2015, une commission dirigée par l’Archevêque de Conakry et le grand imam de la grande mosquée de Conakry ont parcouru tout le pays. Ils ont rencontré toutes les couches des sociétés. Ils ont mené des consultations et ont fait un rapport. Ce document contenait des propositions que le précédent gouvernement n’a jamais mises en œuvre. Ce document se trouve dans les tiroirs et les nouvelles autorités peuvent mettre à profit la période de transition pour favoriser cette réconciliation inclusive avec la participation de tous, notamment des femmes, de la société civile, des dirigeants religieux et des jeunes, des forces de sécurité et de défense. Ici, il n’est pas question de copier le modèle sud-africain. C’est l’Etat qui est sur le banc des accusés et c’est à lui de faire des réparations nécessaires. L’Etat a commis des actes de violence et a refusé de rendre justice. Il faut réparer cette injustice. Quand on parle de réconciliation, c’est de celle-là que les Guinéens attendent.

Abdoulaye Ciré Diallo

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