Comment l’essence de la culture Kpèlè fut détruite ?

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Alpha Oumar Diallohttps://aminata.com
Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

Enfant, il arrivait que des anciens me racontent quelques traditions Kpèlè, j’écoutais intéressé mais je ne posais jamais de question. Quand plus tard, j’ai commencé à parler de notre culture, j’ai regretté mes manques de questions qui auraient pu me permettre d’en savoir plus. Ces personnes ne sont plus de ce monde malheureusement.
J’ai eu par la suite l’occasion de côtoyer Mgr TEA (RIP) qui était une véritable bibliothèque de la culture kpèlè.

De par ces expériences, de par mes lectures et mes observations, je vous présente ici le résumé d’un de mes exposés dans une Université, sur la culture kpèlè.
La question que l’on me pose souvent, c’est quoi la forêt sacrée ? Existe t’elle encore?

Les Kpèlè avaient un système d’éducation et de formation qui se faisait dans un camp situé dans un endroit isolé de la forêt ; une formation qui durait sept ans. Je dis bien formation et je dis bien 7 ans. Le nom du système est appelé Pölon. C’était le rite des hommes. Certains livres français, le présentent comme un rite d’initiation (ce qui est acceptable) et d’autres comme un rite de passage de l’adolescence à l’âge adulte (ce qui est faux). Des adolescents et des adultes y allaient en même temps. Des photos prises par un missionnaire blanc qui y est allé, le prouvent. Certains de ces missionnaires qui s’y aventuraient, encourageaient leurs fidèles à y aller en leur conseillant de ne pas accepter des fétiches. Ces missionnaires voyaient bien le coté formation.

Pendant 7 ans, les kpèlès apprenaient l’agriculture, la chasse, la médecine traditionnelle et l’art de la guerre. C’est pendant cette période que les tatouages se faisaient. Un Kpèlè tatoué, est celui qui est allé dans le Pölon, c’est le signe de reconnaissance.
Je ne connais pas les secrets liés aux rites qui s’y pratiquaient et je ne cherche pas à savoir.

Comme dans d’autres civilisations, un mythe est crée autour de tout le processus. C’est le mythe du Nyömou, l’être des bois. Il y en a plusieurs et au dessus de tous, le Nyömou Nia (Nyömou femelle). Le plus sacré, quand il devait arriver au village, rien que par son cri, tous les non initiés et les femmes devaient s’enfermer pour ne pas le voir, s’y aventurer pouvait conduire à la peine de mort.
Le mythe est que, c’est le Nyömou femelle, qui mange le Kpèlè et le rend au bout de 7 ans un kpèlè parfait selon l’expression de Mgr TEA. Les tatouages sont donc les traces des dents du Nyömou sur le corps de ceux qu’il a mangé. Les non initiés et les femmes y croyaient fermement. Même si certains affirment que certains hommes mariés racontaient à leurs femmes leur séjour au camp. Les prénom des Kpèlè sont donnés par rang de naissance mais à la Pölon, le kpèlè choisissait un nouveau prénom Pölon na, c’est à dire le nom reçu dans le Pölon.

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Quand une civilisation crée un mythe, elle fait tout pour le protéger. Raison pour la quelle le Pölon va se faire dans un endroit isolé de la forêt. Les initiés cultivent leur riz, ils font la chasse, alors ils devaient faire toutes ces activités en restant invisible aux femmes et au non initiés jusqu’à la fin de la formation. Leur retour au village était célébré dans une liesse indescriptible.

L’arrivée des colons français va changer la donne. C’est à eux que les autochtones vont dire qu’un non initié ne peut pas aller dans cet endroit de la forêt. Là bas c’est sacré on ne peut y aller. Cette forêt ? Oui. Ainsi naquit le nom forêt sacré. En adoptant ce nom, la compréhension sera qu’il y a un endroit de la forêt qui est sacré.
Les Kpèles au camp vont cultiver le riz dans les champs crées autour du camp ; au fil des années, un camp devenant un peu plus exposé, les organisateurs le déplaçaient. Et quand le camp n’y était plus, des non initiés ou des femmes pouvaient y accéder, voire y cultiver.

A cause de la guerre d’Indochine et différentes guerres, la France eut besoin de soldas et ce sont les colons français qui vont diminuer la durée du Pölon, de sept à cinq ans dans un premier, ensuite à trois ans et en fin de compte à un an. C ‘est là le premier coup d’arrêt d’un système de formation.

Les Tomas une monnaie et une écriture à titre d’exemple.

La Guinée accède à l’indépendance le 2 Octobre 1958 et adopte un système communiste, la Révolution guinéenne. C’est Sékou Touré et le Parti Démocratique de Guinée (PDG) qui vont interdire purement et simplement le Pölon.
L’opération démystification sera lancée, les Kpèlès seront contraints de rendre les masques, certains jetèrent leurs talismans dans Tilé, une des rivières de N’Zérékoré. Les chants du Nyömou nia sont exécutés en plein jour devant tout le monde pour démonter le mythe.

Dans la chanson Gobiabia du Nimba Jazz de N’Zérékoré (disponible sur youtube), le chanteur dit « Avant c’était le zogo (le culte ancien qui se pratiquait), avant c’était tel rite et maintenant le PDG est venu il a tout banni, grâce au PDG tout le monde est maintenant libre ». C’est le cout de grâce. Comme si le Pölon était une sorte d’esclavage dont on a libéré le kpèlè. On a jeté l’eau du bain du bébé avec le bébé. Le savoir n’est plus transmit par son canal habituel. Le Pölon devint un sujet tabou.

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Après la mort de Sékou Touré, des Kpèlès vont demander au nouveau Président Lansana Conté, l’autorisation de réinstaurer le Pölon. Maintenant elle dure un à deux mois.
Je ne veux rien critiquer mais je trouve ces pratiques symboliques.

D’après toutes ces explications, ma conclusion est que la forêt sacrée comme on l’imagine, n’a jamais existée ; c’est une mauvaise traduction du Kpèlèwo (la langue Kpelè) en Français.
Avec la suppression de ces centres de formation, très peu de Kpèlès connaissent aujourd’hui, les masques et leur signification. Beaucoup de danses et des instruments de musiques n’existent plus.
L’UNESCO, si je ne me trompe, avait financé un projet pour retrouver les différents instruments de musique kpèlè pour les revaloriser et les enseigner aux jeunes. Je ne connais pas la suite du projet.

Monsieur Fassou, un artiste, metteur en scène, avait ressorti un pan de la culture Kpèlè avec sa troupe DAZATO. Da Zato, littéralement, veut dire qu’ils ont annoncé sa mort ou sa mort est annoncée. Parce qu’à la mort d’un Roi kpèlè, l’annonce du décès était faite des jours plus tard, le temps de régler sa succession et de procéder à certains rites. Ensuite sa mort était annoncée. La tournée européenne de cette troupe fut un franc succès. Mr Fassou est maintenant dans son village, il n’a pas de soutien financier.

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Quand je vois des artistes Kpèlè chanter le couper décaller, au lieu de puiser dans leur culture, je vois bien leur ignorance de la richesse de leur culture.

Pour ce qui concerne la connaissance des plantes, à part Dr Malo, le propriétaire de l’Université UDECO, qui travaille avec une industrie pharmaceutique du Canada (il va chercher des plantes en forêt pour ces compagnies) et Mr Jérémie qui travaillait au Mont Nimba (il est à la retraite je crois), très peu de kpèlès connaissent les vertus médicinales des plantes de la forêt.

Je ne fais plus de recherche sur la culture Kpèlè par manque de temps et de fond, je me concentre uniquement sur la Traite Négrière au Rio Pongo et au Nunez. Par contre j’encourage les jeunes historiens à le faire car une grande et riche culture est entrain de disparaître complètement.

Photo empruntée au site Kpèlè Culture.

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