L’Ambassadrice du Royaume Uni, Catherine INGLEHEARN a accordé une interview exclusive à notre rédaction la semaine dernière au cours de laquelle, elle s’est largement prononcée sur la bourse Chevening ouverte aux guinéens. Pour avoir plus de précisions sur cette bourse qui est une opportunité pour améliorer le niveau intellectuel des jeunes et garantir leur avenir, nous vous proposons de lire l’intégralité de notre entretien ci-dessous.

Aminata.com : Pouvez-vous nous parlez de façon générale de la bourse Chevening ?

Catherine INGLEHEARN : C’est tout un programme de bourse d’études qui est offert par le gouvernement Britannique, plus précisément par le Ministère des Affaires Etrangères à Londres. C’est une offre faite dans 144 pays à travers le monde. L’intention c’est d’encourager les contacts de Royaume-Uni dans les pays où nous travaillons. C’est aussi pour les pays en voie de développement afin de les assister avec la capacité humaine.

C’est un programme qui est très bien connu parce que ça débuté en 1984. Il y a eu plus de 40 000(quarante milles)  boursiers maintenant du monde entier. Mais, ce n’est qu’en 2014 qu’il y a eu des bourses qui sont spécifiques pour la Guinée. Maintenant nous sommes très fiers, parce que c’est une opportunité vraiment pour la Guinée et pour l’Ambassade du Royaume-Uni en Guinée.

Ce qui est t’important pour nous c’est que tous ceux qui sont intéressés à cette bourse d’études, comprennent que, c’est pour des programmes de Master dans les meilleures Universités du Royaume-Uni. On peut choisir presque toutes les Universités qui sont parmi les meilleures du monde. On a 4 à 5 Universités qui sont parmi les 10 meilleures du monde.

C’est une chose qui devait être très intéressante pour les jeunes guinéens. Ce n’est pas qu’une année d’étude, c’est aussi une opportunité de faire partir d’un réseau mondial. Lors de l’année qu’ils vont passer chez nous, ils seront en contact avec tous  les autres boursiers. Ils seront invités parfois à faire des conférences ensemble, à faire des réunions, à faire des rencontres avec des hommes d’affaires, des politiciens etc. C’est une opportunité d’améliorer les capacités intellectuelles des jeunes. De faire voir leurs potentiels mais aussi de gagner un grand réseau autour du monde.

Aminata.com : Comment cette bourse est venue en Guinée et comment s’est-elle passée pour cette année?

Catherine INGLEHEARN : Comme je l’ai dit au début, le programme a été lancé à travers le monde vers 1980 mais ce n’est qu’en 2014 que nous avons décidé d’ouvrir des bourses spécifiquement pour la Guinée. Il y a un ancien boursier guinéen qui a participé à ce programme en 2004. Lui il a fait la concurrence avec le monde entier pour l’avoir. Alors que maintenant c’est devenu un peu facile parce que nous avons deux ou trois bourses qui sont spécifiquement pour les guinéens. Cette année, nous étions très content parce qu’on a réussi à en avoir quatre, c’est déjà très bien.

Il n’a pas été facile à trouver suffisamment de boursiers guinéens lors des trois dernières années. La première année, on n’a pas trouvé un boursier qui remplissait tous les critères, c’est-à-dire qui avait le niveau en Anglais et qui a réussi à avoir une admission dans une des Universités Britannique. Deuxième année, on a eu deux.  Troisième année, on a eu un seul et cette année, on a quatre.

Notre premier Ministre Theresa May vient d’annoncer encore 100 bourses d’études Chevening supplémentaires pour l’Afrique et nous espérons qu’on va avoir au moins encore un peu plus qui va être augmenté au chiffre actuel

Aminata.com : Depuis que cette bourse a été lancée en Guinée, selon vous, pourquoi il y a moins de guinéens qui s’intéressent à cette bourse, est-ce-qu’ il n’y a pas un manque de communication à votre niveau ?

Catherine INGLEHEARN : La réticence des jeunes pour cette bourse, je ne pense pas que c’est un problème de communication à notre niveau, je pense plutôt que c’est la langue anglaise. Pour étudier au niveau de Master dans un  pays anglophone comme chez nous, il faut un bon niveau en anglais. Donc, ce n’est pas facile en Guinée où il y a de manque de facilité pour apprendre l’anglais. Alors, ça va toujours être un problème. Cette année, malgré toutes ces difficultés, on a fait preuve de recherche pour trouver des personnes qui ont un niveau en Anglais. Ils n’ont pas forcement étudié ailleurs dans des pays anglophones. Il y en a qui ont appris leur anglais ici en Guinée. Qui ont fait des efforts et maintenant, ils ont le niveau. Donc, cela veut dire que c’est possible.

Nous avons tout le temps fait des sensibilisations pour cette opportunité de Chevening. Nous faisons aussi en parallèle un peu avec la sensibilisation sur les possibilités d’apprendre l’anglais en ligne. Il y a beaucoup de facilité, soit Britannique, soit Américaine, Indienne ou autres qui sont gratuites en ligne.

Il y a www.learnenglish.britishcouncil.org et l’application World Reader App qui offrent beaucoup de cours d’anglais en ligne, qui sont gratuite à tous les niveaux, commençant par les enfants jusqu’aux adultes.

Aminata.com : Pouvez-vous nous dire comment la prise en charge de cette bourse est faite ?

Catherine INGLEHEARN : Il y a toute une organisation basée à Londres. On postule en ligne, en anglais et le choix initial se fait à Londres. L’Ambassade ne se mêle pas du choix des boursiers, c’est pour assurer la transparence totale parce que le choix initial est fait par des gens qui ne connaissent personne en Guinée. Après le choix, l’Ambassade recevra une liste des meilleurs candidats retenus. A travers ça, nous choisissons une dizaine avec qui on va faire des interviews. Nous choisissons aussi les meilleurs et nous les proposons à l’équipe de Londres.  Mais les candidats doivent aussi en parallèle, postuler auprès des Universités Britannique. Donc, c’est deux procédures séparées mais en parallèle.

Avec les universités, ils doivent choisir les cours qui sont les plus adaptés à leurs ambitions et à leurs visions. Ils doivent postuler auprès de trois(3) Universités. Ils doivent recevoir une offre, soit conditionnelle sur la bourse ou soit non conditionnelle. Souvent cette offre conditionnelle aussi dépend du niveau de l’anglais. Si un candidat est choisi, on attend de voir s’ils vont aussi recevoir une offre conditionnelle de l’Université. Après ça, ils doivent aussi passer un test de niveau en anglais avant juillet de l’année prochaine, soit IETLS, pour ça il faut avoir une moyenne de 6,5points ou le TOEFL avec une moyenne de 79points.

Après ça, on fait le dernier choix des candidats. Normalement, nous choisissons deux ou trois, ça dépend un peu des financements et puis on a toujours des réserves. Quand on dit réserve, ça ne veut pas dire que vous n’allez pas avoir une bourse, nous disons à tout le monde de  regarder souvent leurs e-mails, parce qu’en fait cette année, on a eu deux réserves qui ont été nommés plus tard.

Une fois que c’est déclaré qu’on va être boursier, on sera mis en contact avec un responsable à Londres, qui va s’occuper du boursier, du début jusqu’à la fin. Eux, ils vont les expliquer comment ils vont acheter les billets pour aller parce que c’est une bourse d’étude qui est complètement financée à 100%.

On va leur donner suffisamment d’argent pour acheter leurs billets d’avion. Ils auront une carte pour les ATN sur laquelle on va mettre de l’argent pour que quand ils arrivent à Londres, qu’ils puissent aller retirer de l’argent pour payer le transport, à l’Université pour payer le premier mois de loyer, pour payer les premiers livres qu’ils auront besoin et les premières dépenses.

Après cela, ils doivent ouvrir un compte bancaire et une somme d’argent sera versée sur le compte chaque mois pour payer toutes les dépenses, c’est très organisé.

Je sais que l’argent qu’ils reçoivent c’est bien suffisant pour toutes leurs dépenses. Et ceux qui se sont retournés disent tous oui, si on fait attention, si on n’achète pas les nourritures les plus chères, on fait un peu attention en évitant l’excès , utiliser le bus comme transport au lieu du train, parce que chez nous le train, ça coûte très cher, alors on peut avoir aussi suffisamment d’argent; pour faire des voyages pour aller voir le Royaume Uni.  On leur donne aussi de l’argent supplémentaire pour aller à Londres une peut être deux fois pour participer à des conférences qui réunis tous les boursiers. A ces conférences, il y aura des personnes de VIP, des personnes de haut rang, des politiciens, des gens qui sont dans les affaires, de la société civile, c’est vraiment une très grande opportunité.

Aminata.com : Quels sont les critères pour être retenu ?

Catherine INGLEHEARN : Il faut d’abord postuler en ligne sur www.chevening.org/apply et suivre le processus. Pour être choisi, d’abord il faut avoir un niveau en anglais. Il faut faire se préparer pour avoir le niveau requis après avoir postulé pour se préparer au test. Donc, ceux qui postulent maintenant, ils doivent faire le test en avril ou juillet prochain, il y a toujours de temps d’y arriver. Il faut avoir au moins deux années d’expérience professionnelle, ça peut être dans le secteur privé ou public, dans la politique, dans la société civile, dans la médecine, dans l’armée et tant d’autres domaines. On a vraiment laissé très libre le choix parce que c’est difficile, il n’y a pas beaucoup de guinéens qui ont le niveau en anglais. Il faut faire preuve d’avoir des caractéristiques d’un leader. Qu’est-ce que ça veut dire ? On va vous demander quand vous postulez, de donner quelques exemples de ce que vous avez fait, qui prouve que vous êtes un leader. C’est d’expliquer ce que vous avez fait dans le passé. Même dans votre vie professionnelle privée parce qu’il y a beaucoup de monde qui sont des volontaires dans la vie privée. Expliquez aussi que vous avez la capacité d’apprendre et ensuite de parler de votre objectif dans l’avenir.

Aminata.com : Qu’est-ce que vous avez mis en place cette année pour attirer l’attention des jeunes à postuler à cette bourse ?

Catherine INGLEHEARN : Nous avons fait beaucoup d’interviews au niveau des radios et des télévisions. Nous avons fait une conférence de presse. Nous avons fait de la publicité dans les journaux de la place. On a envoyé des e-mails à tous nos contacts pour que tout le monde sache qu’il y a cette opportunité. Nous avons visité d’autres régions de la Guinée comme N’Zérékoré en forêt pour en parler avec les autorités et les universitaires parce que c’est une bourse d’études pour les guinéens.

Ça ne veut pas dire que c’est seulement pour ceux de Conakry. C’est pour tout le monde. On n’a pas encore de personnes venant hors de Conakry pour l’instant. Donc, on va continuer à sensibiliser.

Aminata.com : Quels sont les avantages de cette bourse ?

Catherine INGLEHEARN : Ce qu’on doit savoir d’abord, c’est que les qualités du programme sont parmi les meilleures au monde. C’est la possibilité de créer votre propre réseau de contacts qui pourrait être utile à l’avenir. Et d’apprendre de ces contacts, de voir le monde d’une autre façon, d’une autre perception. Cette bourse donne la possibilité de connaitre le Royaume Uni.  La possibilité de participer à toutes les activités qui sont disponibles dans les universités de la Grande Bretagne. C’est-à-dire du sport, de la musique, le théâtre et beaucoup d’autres choses culturelles parce que chaque université chez nous à tout une gamme de club, d’associations, c’est souvent gratuit où les cotisations sont très très peu ou même minime. C’est vraiment une opportunité de se développer de toutes les façons possibles.

Aminata.com : Supposons qu’un candidat arrive à décrocher une admission à travers cette bourse Chevening dans une université de Royaume Uni et qu’il n’arrive pas à partir cette année, est-ce-que cette admission peut être relancée pour l’année prochaine ?

Catherine INGLEHEARN : Ce que je peux dire à ce sujet, c’est que les gens peuvent viser pour l’année prochaine, dans deux ans ou trois ans s’il faut, parce que ça ne va pas changer, on va toujours avoir des bourses pour la guinée. Si on se lance cette année et on ne réussit pas, n’hésitez pas de tenter de nouveau l’année prochaine. Cette année, parmi ceux qui ont été retenus, il y en avait deux qui étaient à leur deuxième tentative. Le troisième c’était à sa troisième tentative qu’il a eu la bourse. Nous les anglais, on le dit souvent que si on ne réussit pas pour la première fois, il faut toujours tenter.

Le fait d’avoir tenté à plusieurs reprises améliore votre niveau en anglais, c’est déjà un avantage parce que toutes les sociétés internationales d’aujourd’hui, cherchent des personnes qui parlent l’anglais et le français. Donc, c’est un bon outil de travail.

Aminata.com : Avez-vous un appel à lancer à l’endroit des guinéens pour cette bourse Chevening ? 

Catherine INGLEHEARN : Je dirai à tous les jeunes guinéens qu’il n’y a pas de limite d’âge pour faire partir de cette bourse Chevening offerte par le Royaume-Uni. Ce qui est très important en principe, nous disons que c’est un âge proche de 40 ans parce que nous cherchons des personnes qui ont toujours le temps et l’énergie, de dynamisme personnel, de retourner en Guinée et de faire quelque chose de bien pour eux-mêmes et pour leur pays.

Si vraiment on est presqu’à la fin de sa carrière, alors c’est peut-être pas vraiment le moment. Il faut laisser un peu la place au plus jeune. Mais il y a des boursiers de 45 ans, il y a des boursiers je pense même jusqu’à 50 ans.

Un dernier, message, je dirai de tenter d’abord  et si vous ne réussissez pas la première fois, continuer à tenter pour une deuxième fois, s’il faut même jusqu’à trois fois, peut être avec ça, la chance peut sourire à tout moment. La deuxième chose que je dirai, c’est qu’il vaut vraiment la peine d’apprendre l’anglais. Même si vous ne réussissez pas avec cette bourse, ça va vous donner un avantage quand même dans la vie.

Interview réalisée par Ibrahima Sory BARRY pour Aminata.com