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Climat: l’Afrique face à l’accès aux financements

Le continent africain est touché de plein fouet par les problèmes climatiques. Pour éviter le pire, un fonds climat vert a été mis en place pour aider les Etats à faire face à leurs besoins. A Dakar, la question de l’accès aux fonds est revenue sur la table lors des assises de Climate Chance Afrique.

Pour son 3ème sommet, l’ONG Climate Chance a choisi la capitale sénégalaise pour échanger avec les acteurs climatiques. La rencontre a mobilisé 2 500 personnes issues de 86 pays dont plus de 40 en Afrique. En raison de la flambée des cas de Covid-19, on a assisté à un sommet virtuel de trois jours allant du 15 au 17 septembre 2021. 

L’un des thèmes abordés a porté sur l’accès aux financements climat et fond vert climat. Liane Schalatek, Directrice Associée de Heinrich-Böll-Stiftung à Washington, DC a tout d’abord expliqué qu’il n’est pas facile d’avoir un panorama du financement climatique de manière générale. Elle n’a pas manqué d’ajouter qu’il est aussi difficile d’avoir un aperçu régional au niveau de la qualité et de la quantité des données. 

En ce qui concerne les chiffres, Mme Liane a cité les statistiques fournies par l’OCDE (l’Organisation de coopération et de développement économiques). Pour 2018, sur les 79 milliards qui ont été mobilisés par les pays développés, seulement 21%  ont été pour l’adaptation, a-t-elle ajouté. 

Elle notera que l’Afrique en tant que région a reçu à peu près, 25%  de fonds soit 3 milliards de dollars entre 2016 et 2018.   

Poursuivant son exposé, la Directrice Associé de Heinrich-Böll-Stiftung  a fait savoir que l’Egypte et le Maroc reçoivent une grande part des financements climatiques. Autre annonce, l’Ethiopie, le Congo, la Zambie, le Burkina Faso, la Tanzanie, le Mozambique sont tous des pays faiblement développés qui vont recevoir plus de 200 millions pour des projets approuvés. 

De son côté, Eduardo Freitas, Directeur régional Afrique du Fonds vert pour le climat est revenu sur les 11 ans d’existence de ce fonds vert. L’intervenant a noté que 177 demandes de financement ont été approuvées. Elles constituent 8,8 milliards de dollars pour 121 pays touchés dans le monde. 

Parmi les projets financés, on peut  citer Kawi (Afrique du sud), le projet de gestion urbaine (Sénégal) ainsi qu’un autre basé au Rwanda géré avec l’UICN (union internationale pour la conservation de la nature. 

Le fonds vert climat collabore avec des banques, des ONG et des entreprises. L’Agence Française de Développement fait partie des partenaires privilégiés.

Mme Estelle Mercier, responsable adjointe de la Division Changement Climatique de l’Agence Française de Développement, a partagé avec les participants au sommet, son expérience. Elle a affirmé, je cite « l’AFD est l’un des premiers bailleurs à se faire accréditer il y a six ans maintenant en juillet 2015 avec un niveau d’accréditation élevée en terme de montant, en terme d’instruments financiers mobilisables et également et en terme de risques environnementaux et sociaux. » 

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Parlant des résultats, elle précise « nous avons obtenu plus de 370 millions d’euros de cofinancement du fonds vert pour 5 projets et un gros programme. Ces 370 millions, sont majoritairement déployés en Afrique et très orientés sur les enjeux d’adaptation. Je vais citer un projet qu’on a monté pour lequel on a un financement du fonds vert d’environ 50 millions de dollars qui est le projet régional d’hydrométéorologie dans l’océan indien qui a été monté avec la commission de l’océan indien. On a aussi ce focus très fort sur les enjeux climat du continent africain. On est en train de monter un projet sur l’efficacité énergétique des bâtiments, l’énergie solaire, les enjeux de résilience, la protection des aires protégées dans le Sahel. L’Afrique est une priorité de notre stratégie globale à l’AFD. » 

Pourtant, le travail ne semble pas aussi facile qu’on pourrait le croire. Estelle note que « c’est difficile d’obtenir des financements du fonds vert même si on constate que le processus s’est globalement amélioré ces dernières années. Il reste quand même pas mal d’obstacles. L’investissement est lourd. Tout se fait en langue anglaise, ce qui n’est pas évident pour beaucoup de pays francophones. 

Les délais sont importants dans les instructions, les coûts sont importants…c’est un constat largement partagé par les institutions accréditées. Mais cependant, on remarque que l’accréditation au fonds vert et puis l’accès au financement du fonds vert, impliquent pour beaucoup d’institutions une profonde transformation. On a été poussé à améliorer nos standards en termes de respect d’égalité homme-femme.  En plus le fonds vert nous pousse à intégrer le climat dans nos stratégies, dans nos opérations. »    

Le fonds vert met également un accent sur le respect du genre. Pour aborder cette facette, la burkinabé Zenabou Segda, coordinatrice du réseau des observateurs/trices Genre Afrique francophone du Fonds vert climat a donné des précisions. 

Un des projets qu’elle porte se nomme « la participation donne le pouvoir : les femmes réclament une finance climatique juste pour le genre. » Il a pour objectifs d’améliorer l’accès des femmes et des communautés locales au financement pour le climat, la participation équitable et effective des défenseurs des droits des femmes…

Citant l’OCDE, elle dira que l’APD (Aide Publique au Développement) climatique qui soutient l’égalité des sexes a représenté 31% de l’APD bilatérale consacrée au changement climatique en 2014, soit un total de 8 milliards de dollars US. 

Pour elle, l’égalité des sexes est mieux intégrée dans les activités d’adaptation que dans les activités d’atténuation. En 2014, 46% de l’APD bilatérale à l’adaptation ciblait uniquement l’égalité des sexes contre 28% à l’atténuation. 

Notre interlocutrice a ajouté que les femmes et les communautés vulnérables font également parties de la solution au changement climatique et devraient donc être réellement engagées dans les discussions et les décisions qui les concernent. 

Pour ce focus, la modération a été assurée par Bernard Soulage, Secrétaire Général de l’Association Climate Chance. 

En marge de ce sommet, Climate Chance avait organisé le 14 septembre, une formation de renforcement de capacités sur les questions climatiques pour plusieurs journalistes de l’Afrique de l’ouest et du centre grâce à l’appui d’Expertise France. 

Mamadou Samba Sow

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