Ibrahima Kandja Doukouré
Ibrahima Kandja Doukouré

Un sage aimait nous dire: “Il n’est pas intelligent de mettre le feu à la case qu’on habite soi-même”. On peut en ajouter: “Celui qui brûle là où il réside doit avoir un problème mental mais ceux qui lui laissent le faire sans réagir ne valent pas mieux que lui”.

On aimerait dire quelques mots sur la situation socio-politique actuelle et agitée de notre pays, la Guinée. On se focaliserait sur la nature non-productive du débat actuel sur l’adoption ou non d’une nouvelle constitution; les positions de part et d’autre, dans leurs états actuels, risquent de ne pas aider tous les Guinéens et moins encore de l’avenir de ce pays dans la paix et le développement socio-économique; et si les réformes institutionnelles devaient y avoir lieu, elles doivent être l’œuvre d’un minimum de consensus national et ne devaient pas avoir pour l’objectif unique de garder le pouvoir ou de l’avoir.

Avant de nous attaquer au premier point, nous aimerions faire quelques mises au point. Personnellement, je ne milite dans aucun parti politique et la dernière fois que j’ai votée était lors des législatives de 2013. Je ne voterai jamais dans le climat politique actuel de notre pays pour aucun parti politique ni dans un référendum à sens unique. Je suis trop jeune et sans les moyens pour être candidat moi-même dans une élection en Guinée, en tout cas, pas dans les dix prochaines années. Que quelqu’un me croie ou pas n’est absolument pas du tout mon problème.

Par ailleurs, je sais que la probabilité qu’on m’écoute dans ce débat est très faible, pour ne pas dire jamais car je devais être très petit pour eux à comprendre ses contours. Je réponds toute de suite à ceux qui pourraient sans doute me dire: “Pourquoi perds-tu alors ton temps à en parler ou écrire?” Bien que je n’attends aucune récompense de la part de qui que ça soit ou n’ai aucun intérêt immédiat ou lointain à y en avoir à part de voir tous les Guinéens choisir paisiblement leurs élus dans la paix et dans le développement socio-économique comme dans les autres pays d’ailleurs, je le considère comme un devoir moral, patriote et religieux.

C’est pourquoi, ce que les autres vont en faire n’est pas mon soucis fondamental car celui-ci est la peur de connaître quelque chose qui pourrait probablement aider mon pays et de ne pas la dire par les moyens que j’ai à ma disposition. En faisant ça, l’histoire serait mom témoin et je saurais me dédouaner au près de Dieu si les choses se passaient d’une manière inattendue dans mon pays bien que j’aurais souhaité le meilleur pour mes compatriotes et mon pays. Avant tout, Dieu ne regarderait que ce qu’on a dit ou fait et sais qu’on soit écouté ou pas ne dépendrait pas de nous en général.

Tout d’abord, il faut dénoncer rapidement et toute suite de la nature conflictuelle du débat en cours. Tout laisse croire que les deux côtés ne veulent pas discuter ou débattre pour se comprendre ou de parler ensemble de ce qui serait dans l’intérêt de la Guinée et de tous les Guinéens. Ils veulent s’affronter en pensant à un combat ultime dont quelqu’un doit y forcément laisser sa peau. On dirait que le sujet dépasserait de la politique, il doit être plus personnel et pousserait à faire vivre les gens d’un côté ou de faire disparaître ceux de l’autre.

D’un côté, en proposant le sujet d’une nouvelle constitution en catimini, ne dévoilant quasiment pas les grandes lignes de son contenu surtout les passages qui auraient dit clairement qu’il y aurait la limitation d’âge qui clôturait un éventuel débat sur “le fameux troisième mandat”; le fait que notre fameux professeur est indifférent dans ce débat conflictuel en sachant consciencieusement qu’il ferait des dégâts sans précédents sur la paix et le développement socio-économique de notre pays, le RPG montre qu’il ne se préoccupe point de la cohabitation pacifique entre les Guinéens. Avoir le pouvoir et de le garder sont plus importants pour ce parti que le présent passible et l’avenir radieux de la Guinée. Un discours présidentiel à la nation ou une adresse à l’Assemble nationale aurait rassuré les Guinéens, orienté le débat sur les raisons de l’adoption ou pas d’une nouvelle constitution et le plus important, permettrait aux Guinéens d’en faire en une manière plus civilisée. Apparemment, ils veulent encore que les Guinéens s’entretuent comme lors de la présidentielle de 2010, les législatives de 2013, la présidentielle de 2015, les communales tout récemment, … Ces comportements sont très dangereux de la part de ceux qui ont le destin du pays en mains.

De l’autre côté, il n’y a aucun débat là-dessus qu’une éventuelle révision de la constitution au lieu de la mise en place d’une nouvelle aurait réassuré tout le monde sur le “fameux sujet d’un éventuel troisième mandat” car les dispositions constitutionnelles actuelles sur le sujet sont claires pour tout le monde. Cependant et après que le camp présidentiel a commencé à parler de la notion de la nouvelle constitution, en ne voulant pas à en entendre parler, en refusant de discuter sur le probable contenu de cette constitution, on refuserait d’avoir un débat et on radicaliserait ainsi la position de l’autre camp. Dans ce cas comme la situation actuelle, c’est le RPG qui sortirait vainqueur car il y aurait autant de Guinéens qui seraient contre qu’autant de Guinéens qui en seraient pour la nouvelle constitution. Les scénarios seraient probablement qu’on assisterait à des affrontements d’une part entre les forces de l’ordre et les manifestants, et entre les manifestants et les contre-manifestants d’une autre. A la fin, ils finiront par organiser un référendum truqué et qui nous donnera sans doute une nouvelle constitution car les contre-manifestations risquent de ne pas être générales au point de leur en empêcher. Partout où la manifestation de tel genre a réussi, elle a été générale et n’a jamais été une partie du peuple contre une autre partie. Il se pourrait aussi qu’on assisterait à une intervention d’une force majeure imprévue qui remettrait le compteur institutionnel à zéro.

De passage, compter sur la fameuse communauté internationale risque d’être une perte du temps. Regardons ce qui se passe dans les autres pays. Les cas du Cameroun, de la République Démocratique du Congo, du Congo, de l’Egypte, de ce qui aurait passé en Algérie dans les réactions de tous les Algériens, … sont plus que parlants.

En outre, la nature du débat actuel devient de plus en plus ridicule mais risque d’être tragique; et la Guinée risque de s’en sortir avec les plaies difficiles à cicatriser. On est en train de l’orienter dans un lieu où c’est le pouvoir qui en serait le plus important: chaque côté essayerait de nous faire croire qu’il s’agirait de perdre le pouvoir et ses privilèges ou de ne jamais l’avoir. Ça nous fait dire la même chose qu’on a eue à dire il n’y a pas longtemps: chercher coute que coute à garder le pouvoir peut rendre fou aussi bien que chercher à l’avoir par tous les moyens. On a ainsi deux groupes des fous chez nous qui ne font que changer des visages. Je n’ai pas à apprendre à personne qu’avec les partis ethniques et en orientant le débat sur le seul sujet du pouvoir, il risque d’être long, confus et tragique dont la fin dépasserait de tout ce qu’on pourrait imaginer.

Leur nouveau sujet du débat ridicule est la nouvelle constitution. D’un côté, ils croient que la survie de leur parti ou d’eux-mêmes dépendrait d’une nouvelle constitution; et de l’autre côté, une nouvelle constitution veut tout simplement dire les fins de leurs carrières politiques. Telles sont les positions respectives de part et d’autre.

Dans tout ça et c’est qui est le plus étonnant, je n’ai jamais entendu aucun argument cohérent et patriotique de part et d’autre. La Guinée dans son entièreté n’y est mentionnée nulle part. La Guinée a t-elle besoin d’une nouvelle constitution ou des réformes institutionnelles? Si la réponse est oui, de quelle constitution parle-t-on? Quelles sont les raisons dans l’intérêt de la Guinée d’une nouvelle constitution? Qu’elles sont les grandes lignes de son contenu? On n’en saurait jamais. Si la réponse est non, pourquoi n’avons-nous pas besoin d’une nouvelle constitution ou les réformes institutionnelles? On n’en trouve pas aussi même une phrase simple justificative de ce côté là aussi.

Si tous vos arguments en faveur d’une nouvelle constitution sont à propos de votre maintien au pouvoir et vous êtes si sûr de votre bilan de ces neuf dernières années, un autre candidat aurait réalisé ce vœu sans l’intervention d’un changement de régime ou un éventuel troisième mandat de notre de fameux professeur. C’est vraiment élémentaire ça et il va donc vous falloir nous chanter quelque chose de nouveau.

Si tous vos arguments contre une nouvelle constitution sont autour d’un éventuel troisième mandat de notre fameux professeur, y changer un seul article aurait mis fin aux débats: la limitation d’âge (35 à 75ans) N’est-il pas élémentaire ça aussi.

Enfin, je sais quelque chose et tout le monde doit le savoir car on a tous vécu en Guinée au moins depuis 2010. Entre nous, quelle est l’élection qui a été organisée en Guinée depuis 2010 avec ses résultats acceptés par tout le monde? Quelle élection qui a été organisée en Guinée depuis 2010 sans que les Guinéens ne s’étaient tués sauvagement avant et après ses résultats, notamment les ethnies entre elles? Quelle élection n’a pas empiré notre situation déjà compliquée depuis 2010? Combien des accords politiques n’avaient-ils pas signés aux dos de cette constitution et les autres lois qu’ils prétendent vaillamment défendre aujourd’hui?

Les vrais sujets du débat en Guinée dépassent de loin ces fanfaronnades car il s’agit de la survie de tout un peuple qui, et pour le moment, hier a été plus paisible qu’aujourd’hui et demain risque d’être plus qu’aujourd’hui. Dans notre pays, avec nos politiciens actuels, les lois actuelles ou les institutions, aucune élection ne serait crédible, ses résultats ne seront jamais acceptés, les Guinéens vont s’entretuer avant et après chaque élection, remplacer un parti par un autre au pouvoir est comme remplacer un malade par un cadavre, toutes les lumières aperçues le matin seraient éteintes avant le soir, … c’est que je crains de plus pour nous est ….

Il n’y a aucun débat là-dessus que les choses ne doivent pas continuer ainsi et si on se focalisait sur les vrais sujets … il est possible, dans un débat civilisé, de réformer nos institutions ou lois actuelles avant d’organiser une nouvelle élection qui permettront aux Guinéens d’élire dans la paix et même temps, notre fameux professeur ne ferait point un troisième mandat. On n’en aurait jamais quelque chose dans le débat actuel.