Maître Pépé Koulémou : “nous disons non à ce référendum envisagé”

Me Pepe Koulemou, président de l'Alliance pour le renouveau national (ARN)
Me Pepe Koulemou, président de l'Alliance pour le renouveau national (ARN)

Depuis le déclenchement des manifestations sociopolitiques en Guinée par le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) contre un 3ème mandat en valeur du président de la République Alpha Condé, des salives coulent sur la main tendue de la présidence dans la nuit du 14 octobre dernier. Invité la semaine dernière chez nos confrères de Djigui Fm, le président du parti Alliance pour le Renouveau National, Maitre Pépé Koulémou a exprimé l’opposition du FNDC dont il est membre à aller autour de la table avec le gouvernement qu’il estime veut défendre quelque chose qui y va à l’encontre de la constitution guinéenne.

Lors de son passage à cette radio, il a aussi décrypté l’actualité brulante du pays en répondant à quelques questions de notre confrère.

Lisez !

Après les violences du lundi, mardi et mercredi, la présidence a fait un communiqué dans lequel, elle invite l’opposition autour d’une table de négociation à nouveau. Pendant ce temps, les principaux leaders politiques notamment Cellou Dalein Diallo de l’UFDG et Sidya Touré de l’UFR sont séquestrés à résidence surveiller, est-ce-que vous pensez que c’est une main tendue sincère ?

Pépé Koulemou : D’abord, je vais commencer par remercier tous les militants des partis politiques et associations non gouvernementales, ONG qui composent le FNDC pour leur maturité, détermination d’exiger le respect de notre constitution et les lois républicaines. Je les en félicite parce qu’en réalité la Guinée a besoin de la démocratie comme le corps humain a besoin de l’oxygène pour vivre. C’est ce qui fait que les acteurs de FNDC que nous sommes, nous exigions le respect de notre constitution.

C’est pourquoi au nom de mon parti, Alliance pour le Renouveau National, remercie et félicite tous ceux qui ont participé à cette marche pacifique, quoi qu’il y ait eu par endroit des difficultés, rencontrer ici et là. Mais nous disons que la marche a été une réussite parce que véritablement, le FNDC a été entendu. Notre mot d’ordre a été suivi avec des effets démocratiques. J’avoue que ça été une réussite totale.

Par rapport à la main  qui serait tendue par le gouvernement au FNDC par rapport à un nouveau dialogue, je ne sais quoi. Nous n’allons pas passer notre temps à parler de dialogue ou de négociation  alors que les négociations n’aboutissent pas. Lorsque même vous faites le dialogue autour d’une question relative à la démocratie, que nous voudrions bien vivre dans notre pays, vous vous rendez compte que les termes des différentes négociations ou dialogues n’ont jamais été observés et respectés par le pouvoir en place.

Ce qui faut retenir, dans les pays de dictature, il arrive très souvent  que les dictateurs dans l’exercice ou l’accomplissement de leur dictature, empêchent tous ceux qui manifestent contre leur dictature. Tous ceux qui manifestent pour la paix sociale et l’unité sociale dans le seul dessin d’être étouffé dans l’œuf, ça ne marchera pas en Guinée.

Cette fois-ci, nous disons non à une nouvelle constitution et non également à un troisième mandat ou à une présidence à vie. Cette époque de présidence à vie est révolue. La Guinée ne connaîtra plus jamais ça.

Nous avons créé nos partis politiques pour aller à la conquête du pouvoir. Et, pour aller à la conquête du pouvoir, il faudrait que l’alternance démocratique soit une réalité. Dès lors qu’un parti politique vient s’installer à la suite du suffrage du peuple qu’il lui y aura accordé, il faudra que ce parti politique retienne que oui, le président qui est-là est là pour une période bien déterminée.

Pour la constitution guinéenne actuelle dont le changement est posé. Cette constitution est claire, le président de la république est élu au suffrage universel direct.  Il est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois. Ça c’est l’alinéa 2, l’alinéa 3 dit, qu’en aucun cas un président de la république ne peut être élu plus de deux mandats consécutifs ou non. Nous nous demandons que ça, ça soit respecté. Le président de la république Alpha Condé  a été démocratiquement élu. Puisse qu’il a été élu pour un mandat de 5 ans, à la fin duquel mandat, le peuple de Guinée lui a réinvesti sa confiance pour un second et dernier mandat. Il doit respecter le suffrage qui lui a été accordé par le peuple.

L’article 154 dit qu’en aucun cas qu’on ne peut la forme de l’Etat, le principe de séparation de pouvoir, la laïcité de l’Etat, la durée et les nombres de mandat ne doivent pas dépasser deux et ne doivent pas faire l’objet d’une révision.

Pourquoi on ne parle même pas de révision, on parle de changement, nous disons non et nous estimons que la main tendue ne semble pas sincère du moment où certains leaders n’ont pas la possibilité la possibilité de sortir de chez eux. Quand vous voyez aujourd’hui le domicile du président de l’UFDG dont le son parti est l’un des membres du FNDC, vous voyez que tout est envahi presque par les militaires, les gendarmes et les policiers. Quand vous partez chez Sidya Touré de l’UFR, vous trouverez que c’est plus grave.

Quand vous voyez encore le coordinateur du FNDC, Abdourahamane Sano a été arrêté, toutes ces formes-là, sont adoptées par le régime en place pour  intimider le peuple de Guinée. Pour intimider les acteurs politiques. Pour intimider les organisations non gouvernementales qui composent le FNDC. Nous disons que nous ne céderons pas.

Monsieur le président, certains observateurs guinéens et étrangers, proposent comme solution à cette crise le retrait pur et simple du projet de nouvelle constitution par le président Alpha Condé, est-ce-que c’est la même solution que vous proposez ?

Ce qui est évident, c’est que le président Alpha Condé doit renoncer à cette consultation que lui-même à initier parce qu’il a commis au premier ministre à procéder cette consultation. Il doit renoncer à cette consultation s’il veut la paix en Guinée. Puisse qu’il sait rendu compte que cette constitution est impopulaire. Cette consultation divise les guinéens pourquoi alors y procéder, il faut renoncer.

Au niveau de notre parti Alliance pour le Renouveau National, membre du FNDC, nous estimons que le président de la République Alpha Condé doit respecter le suffrage qui lui a été accordé par le peuple de Guinée. Il doit respecter ses engagements et il doit aussi respecter la constitution.

La solution de sortir de crise est bien pour le président d’appeler le peuple de Guinée au calme d’une part et d’autre part, lui-même de renoncer à une éventuelle possibilité de confiscation du pouvoir. En pensant comme les initiateurs du 3ème mandat le pensent. Puisse qu’en réalité, nous nous estimons que cette consultation est sans objet et elle est de nature à compromettre dangereusement l’unité nationale et la paix sociale en Guinée. Puisse que  là où la loi a distingué, on ne viendra pas pour semer une confusion à des mandats de dialogue ou de consulter le peuple.

Le peuple s’est déjà prononcé et la loi est déjà là. C’est la voix du peuple, la loi appartient au peuple, puisse que c’est elle-même qui fait la loi. Alors Monsieur Alpha Condé doit renoncer à cette consultation. J’aurais appris que la main qu’il a déclaré tendue pour se retrouver autour de la table, ça été rejeter par les cadres du RPG

Les militants du RPG doivent retenir qu’ils ne sont pas les seuls guinéens. Ils sont guinéens parmi tant. Le pouvoir que le président Alpha Condé exerce n’est pas leur pouvoir, c’est le pouvoir du peuple. C’est ce que les militants du RPG doivent comprendre. Il n’est pas dit que c’est leur volonté qui va être appliquée, non je suis désolé. C’est la volonté du peuple qui va être appliquée.

Vous entendez certains d’entre eux qui disent allons seulement au référendum, on va pour dire quoi ? Ou bien c’est juste pour tripatouiller la constitution ? Nous disons non à ce référendum envisagé.

A mon avis, les militants du RPG, ses cadres doivent être rassembleur. Ils doivent militer dans l’intérêt de la protection et de la bonne application de la loi. Ils doivent se soumettre de la loi comme tout le monde. Ils ne sont pas au-dessus de la loi. Tous ceux qui aiment l’unité nationale en Guinée, doivent conseiller aux militants, aux cadres du RPG et au président de la République de renoncer au changement de notre constitution.

Le FNDC projette de nouvelles manifestations pour la semaine prochaine après dix mort lors des précédentes manifestations, est-ce-que vous pensez que les manifestations doivent se poursuivre ?

A mon avis, puisse que le gouvernement actuel fait la sourde oreille, il ne veut rien entendre, sauf un troisième mandat, ni rien entendre sauf, un référendum pour changer notre constitution et mettre le compteur du pouvoir actuel à zéro, nous disons qu’il doit renoncer et s’il ne renonce pas, nous serons amenés à protester jusqu’à ce que l’alternance démocratique demeure la règle en République de Guinée. Nous allons contester leur démarche qui tend et qui vise sérieusement à changer la constitution en vue de maintenir le président Alpha Condé au pouvoir parce que cette démarche n’est pas démocratique.

Donc, nous disons que tant qu’ils ne changeront pas, nous allons continuer à protester, à contester et à demander au peuple de Guinée de veiller sur la constitution.

Ibrahima Sory Barry pour Aminata.com