Des ruines après le violent deguerpissement de Kaporo rails
Des ruines après le violent deguerpissement de Kaporo rails

Les citoyens de Kaporo rails, victimes de déguerpissement par l’Etat guinéen depuis plus d’une semaine traversent un quotidien déplorable.  La plupart d’entre eux sont victimes des violences de la part des forces de l’ordre déployées sur le terrain. Notre rédaction est partie ce mercredi 27 février à la rencontre de ces citoyens qui ont largement dénoncé le comportement ‘‘inhumain’’ des policiers et des gendarmes sur le terrain.

Selon un habitant de cette localité, ce qui se passe actuellement chez eux, ce  n’est pas normal. Les policiers sont venus pour les agresser. « Alpha Condé était venu ici en 2016 nous dire qu’il ne va pas faire tomber les maisons sans dédommager les gens. Quelques années après, il a changé d’avis. Le chef de quartier nous a appelés tous la dernière fois, il nous a dit que maintenant le gouvernement vient pour faire tomber les baraques et non nos maisons.  

Maintenant, le gouvernement est là, ils sont en train de faire tomber nos maisons. Les policiers et les gendarmes rentrent dans nos maisons pour nous violenter, on dirait que nous nous ne sommes pas des Guinéens. Ils nous frappent, ils frappent nos mères, nos sœurs, nos vieux qui sont fatigués et même les imams.

Pendant qu’on faisait le tour de la zone, on voyait des familles qui cherchaient à récupérer certains de leurs biens avant l’arrivée de la machine. Des Pères, des mères et des enfants n’ont que les yeux pour pleurer en observant leur bien se détruire. Certaines femmes pleuraient en murmurant ‘’laissons tombés, remettons à Dieu. On ne peut rien, c’est le pouvoir. Ce qui est fait est fait, on ne peut plus faire quelques chose’’, se lamentaient des grandes dames assises au bord de la route.

Le jeune Mamadou Alpha Bah a constaté la maison qui lui a vu naître détruite en quelques minutes
Le jeune Mamadou Alpha Bah a constaté la maison qui lui a vu naître détruite en quelques minutes

A cette occasion, on a rencontré une famille qui a été victime de ‘’barbarie’’ de la part des forces de l’ordre, selon l’un des fils, ils sont venus les déguerpir sans les aviser. Pratiquement quand ils ont mis des croix sur les maisons, « on a vu de l’autre côté, ils ont commencé de déguerpir, on a jugé nécessaire de faire sortir nos bagages. Après cela, on ne pouvait pas quitter devant nos affaires pour ne pas qu’il y ait vole. On est resté à côté et les gendarmes ont eu affrontement avec les jeunes du quartier, ils sont venus jusqu’à chez nous, il y avait ma petite sœur qui était arrêtée, il y a trois d’entre eux qui se sont jetés sur elle. Donc, étant le chef de la famille, il y avait mon oncle qui était là, mais lui, il a eu un accident et il a une fracture au niveau de son pied, il ne pouvait pas se déplacer, moi je suis parti vers eux pour les demander de se retirer parce que c’est une famille qui est là. Nous ne sommes pas concernés de leur pagaille. Nous sommes là pour garder nos affaires. Entre temps, ces gendarmes ont lançaient des injures, pour moi même si ce sont des gendarmes, c’est des loubards. Parce qu’un gendarme bien formé ne peut pas se permettre d’insulter de la sorte. On a cherché à les parler mais l’un d’entre eux est venu  avec une matraque, directement, il m’a blessé sur le visage et sur mon bras. C’est entre temps qu’ils se sont retirés. Il y a un de mes jeunes frères, comme ils ont trouvé qu’il a de l’argent dans sa poche, ils ne pouvaient pas le dépouiller devant nous, ils l’ont pris, ils l’ont mis dans le pick-up jusqu’à un certain niveau, on lui a dépouillé et blessé sur la tête et on lui a relâché », a expliqué Mamadou Alpha Bah.

Un homme blessé après avoir été bastonné lors du déguerpissement de Kaporo rails
Un homme blessé après avoir été bastonné lors du déguerpissement de Kaporo rails

Postés dans plusieurs endroits, les gendarmes tentaient à tout moment de disperser les jeunes qui se regroupaient. L’un des responsables des gendarmes présent a indiqué à un groupe de chercher à quitter les lieux. « Nous ne sommes pas là pour vous faire du mal mais on a reçu de l’ordre. Si non nous aussi, ce n’est pas de notre volonté de vous faire ça mais c’est l’Etat qui nous nourrit, c’est lui qui nous habit, donc, nous on ne fait que exécuté l’ordre des autorités, on ne veut voir aucun groupe. Libérer les lieux parce que je vais vous dire une chose, celui qui n’a rien ne doit pas chercher à avoir des problèmes. Parce que c’est vraiment dommage que tu n’as rien et tu as de problème, le mieux, c’est de ne pas avoir de problème, tu restes là où tu n’as rien », a lancé l’officier aux jeunes.

Après cela, les jeunes se sont mis à se murmurer lorsqu’ils se retiraient à côté du gendarme ‘’quittons ici d’abord, après on viendra les chercher. Quand nous serons plus nombreux que ça, on va les chasser d’ici et puis, ils n’ont qu’un seul pick-up’’.

Quand on quittait les lieux, le déguerpissement se poursuivait.

Reportage réalisé par Ibrahima Sory BARRY pour Aminata.com

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