Rate this post

Le vice président du conseil national des organisations de la société civile(CNSC)  guinéenne chargé des questions économiques l’a dit dans une interview qu’il a accordée à notre rédaction. Dans cet entretien, Docteur Diallo a réagi aux récents propos de Nantou Chérif du RPG, il a parlé du retard dans l’organisation des élections communales, de l’accord politique du 12 octobre 2016, de la menace de l’opposition de reprendre les manifestations de rue, la crise en Gambie. Nous vous proposons l’intégralité de cette interview.

Aminata.com: Nantou Chérif coordinatrice nationale du RPG-Arc-en-ciel et députée au parlement guinéen a dit au cours de l’assemblée générale hebdomadaire de sa formation politique le samedi 21 janvier 2017 que le peuple de Guinée va démander un 3ème mandat au président  Condé. Votre réaction?

Docteur Abdoulaye Diallo: “Je crois que ces propos n’engagent qu’elle et ceux qui croient à ces propos. Ce qui reste clair, le peuple de Guinée n’est pas naïf. Il faut être vraiment de courte mémoire pour penser que le peuple de Guinée va se laisser duper par un groupe de personnes qui sont assoiffées par le bien être ici bas et ignorer notre constitution qui assez claire. L’article qui traite le mandat du président de la République est assez clair. Ce sont des articles verrouillés par le législateur. Ce sont des articles intangibles. C’est comme les frontières de la Guinée. Le mandat est consigné dedans. C’est un mandat renouvelable une seule fois. Tout guinéen a le droit à ces deux mandats-là mais au delà, ça devient de l’inconstitutionnalité. Le peuple de Guinée ne va pas se laisser fasciner ou narguer par des personnes assoiffées de pouvoir. Nous sommes dans un élan de démocratisation du pays. Nous voulons l’ancrage démocratique et non le recul de la démocratie. Donc, c’est un faux débat. Je crois qu’il faut oublier ces propos et interpeller toutes les personnes éprises de justice pour faire barrage à ce genre de tentative de manipulation de notre constitution. Il n’est est pas question. Aujourd’hui, toutes les bonnes initiatives, tous les pays sérieux comme le Benin sont en train de revenir à un mandat. Vous avez vu également ce qui se passe au Ghana avec l’alternance démocratique qui est très belle. Aujourd’hui, les bons élèves comme le Ghana, le Bénin nous donnent des leçons sans oublier qu’en France François Hollande a délibérément laissé sa place à d’autres personnes. Ce qui explique qu’au bout de dix ans quelque soit ta compétence ou ta clairvoyance, il y a un autre fils du pays qui est plus compétent que toi. C’est l’alternance qui est source de progrès en matière démocratique. Nous devons être fiers de cet élan démocratique et éviter un recul démocratique.

Ne pensez-vous pas que le président Condé est en connivence avec les personnes qui tiennent ces discours puisque lui-même il entretient le flou sur ce sujet?

ça, ce sont des commentaires. La réalité, peut être que le président est en train de jouer à un double jeu pour non seulement se donner beaucoup plus d’importance parce que certains pensent que s’il se détermine maintenant par rapport à ce sujet, ça peut créer soit un désintérêt à son niveau ou bien créer une guerre de succession dans son parti d’où ce flou artistique pour que les gens puissent s’enfoncer davantage. Parce que le plus souvent, ceux qui ne sont pas bien éclairés en matière politique vont s’enfoncer ça sera à leur dépend. Il faut être de courte mémoire pour oublier la révolution qui s’est engagée en 2006-2007 par rapport au changement et toute la bataille que le peuple a mené par rapport au retour à l’ordre constitutionnel en 2010. Et aussi, les différentes échéances électorales. Il faut que les citoyens soient mobilisés et qu’ils soient vigilants par rapport à ces genres de propos.

Quelle serait la réaction de la société civile le cas où le président Condé emboiterait les pas à ces personnes qui font ces discours?

La société civile ne s’associera pas à toute forme de confiscation de la liberté, à toute forme de confiscation de la démocratie, à toute forme de recul démocratique dans notre pays. Nous voulons aller de l’avant. Nous n’allons pas faire un pas en avant et mille pas en arrière. Il n’en est pas question. Nous nous voulons que la Guinée aussi soit citée en exemple dans d’autres pays en matière de démocratie. La position de la société civile est claire. Nous sommes pour l’ancrage démocratique et non pour un recul démocratique.

Après l’échec de l’adoption du code électoral par les députés, les élections communales risquent de n’avoir pas lieu au mois de février prochain. Votre avis sur ce sujet?

Ma réaction là-dessus, c’est que les députés de la république sont aujourd’hui mis en examen face au peuple. Il faudrait, puisque l’assemblée nationale est la seule instance de fabrication de la loi en Guinée, il faut que dans cette usine de l’assemblée sortent des lois comme la loi électorale, la loi sur la décentralisation, le code des collectivités qui puissent nous servir pour garantir le développement. Aussi longtemps que nous allons retarder les élections locales, nous allons retarder les élections en Guinée. Parce que le développement, c’est avant tout à la base. Et il faudrait que ce développement se repose sur des élus, des personnes légitimes, légales, compétentes capables de porter le développement à la base. Aussi longtemps que nous allons continuer de tourner à rond, nous allons retarder le développement du pays. C’est pourquoi, l’assemblée nationale, la classe politique sont interpellées pour qu’on nous sorte des lois adaptées à la réalité guinéenne. Il nous faut un réel toilettage du code électoral qui nous permettra d’aller rapidement aux élections locales. Faute de quoi, le peuple se délaissera parce que ces élections ne sont pas que pour les partis politiques, ce sont des élections citoyennes, des élections de proximité. Si nous continuons à retarder indéfiniment l’organisation de ces élections, la société civile se réserve de saisir les voies légales pour pouvoir réclamer l’organisation de ces élections à l’Etat parce qu’il a l’obligation d’organiser de façon régulière des élections libres, crédibles et transparentes. C’est une obligation pour l’Etat d’organiser ces élections afin de permettre aux citoyens d’élire des personnes auxquelles ils ont confiance, des personnes capables de porter leurs aspirations et le développement à la base.

L’opposition menace de reprendre les manifestations de rue, si l’accord politique du 12 octobre 2016 n’est pas respecté. Qu’en pensez-vous?

Je pense que l’accord politique du 12 octobre est la suite d’un long dialogue et beaucoup de sacrifice. La décrispation a été entamée par le Président de la République en recevant le chef de file de l’opposition. Cela a facilité le reste du travail. La mouvance et l’opposition se sont entendues sur un certain nombre de points. Pour moi, cet accord doit être respecté à la lettre. Si cet accord n’est pas respecté, ça peut ouvrir la voie à d’autres crises. Aujourd’hui, notre pays n’a pas besoin de crise.  Nous avons besoin d’une stabilité politique, économique  et sociale pour permettre aux guinéens de faire preuve d’esprit d’initiative et développer ce pays; pour qu’on sorte des logiques politico-politiciennes. Une fois encore pour que nous permettons aux guinéens de se mettre au travail pour l’émancipation de ce pays.

Sous la pression de la CEDEAO, le président Yahya Jammeh a accepté de qui quitter le pouvoir après 22 années de règne sans partage. Quelle lecture faites-vous de cette actualité?

Cette actualité est une victoire diplomatique pour le président Alpha Condé et la Guinée. Dans la géo-politique de la sous-région, la Guinée continue de péser de tout son poids. Nous savons également que le président de la République a été le médiateur en Guinée Bissau et ce pays est en train aujourd’hui de retrouver sa quiétude et sa tranquilité mais cette victoire doit être véritablement gérée. Mais, sans oublier que c’est une victoire de Yahya Jammeh parce qu’il s’en est sorti et il a pu sauver ses meubles. Il a pu garantir la sécurité de ses proches. Donc, c’est une victoire pour lui. Mais celui qui sort plus gagnant de cette situation, c’est le peuple gambien qui ne voulait plus de Yahya Jammeh et qui a voté pour le nouveau président  Adama Barrow après une dictature de 22 ans. Le peuple gambien a été épargné d’une effusion de sang parce que si on ne réussissait pas pour cette transition se passe dans la quiétude et dans la paix, ce sont des gambiens qui allaient avoir un triste sort dans une guerre entre des frères. Quand il y a la guerre, il y a des pillages et le pays va être agenouillé. Il va falloir plusieurs années pour réparer ces conséquences-là. Nous savons ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire par rapport à la guerre d’alternance. C’est pourquoi cette situation de la Gambie doit servir de leçon à la Guinée, à ses dirigeants, à son gouvernement jusqu’au Président de la République pour qu’on nous épargne d’une crise inutile. Mais qu’on favorise l’alternance politique dans notre pays, qu’on favorise une alternance démocratique et apaisée pour que la Guinée aussi soit citée comme bon exemple face au reste du monde.

Quel autre sujet avez-vous à développer pour clôturer notre entretien?

Après avoir organisé une retraite stratégique à Kindia pour non seulement redéfinir ses axes d’intervention, le conseil national des organisations de la société civile est aujourd’hui à pied d’œuvre pour travailler sur l’axe phare de son plan stratégique: c’est le contrôle citoyen de l’action publique. Le président du CNOSC est en tournée à l’intérieur du pays. Il est en train de faire avec nos démembrements sur le terrain un regard citoyen sur les promesses du Président de la République en matière d’infrastructures par rapport aux fêtes tournantes de l’indépendance mais aussi tous les projets qui ont été promis et qui sont en phase d’exécution à l’intérieur du pays. Nous faisons ce qu’on appelle le contrôle citoyen de l’action publique pour véritablement mettre sur la table tous les tars au niveau d’avancement des projets pour que les décideurs puissent prendre des bonnes décisions afin que l’impunité s’arrête en République de Guinée. Et que s’il y a des fautifs, qu’ils soient sanctionnés à la hauteur de leur forfaiture et les citoyens puissent bénéficier des deniers publics puisque si on construit des infrastructures ce n’est pas pour une seule personne mais pour améliorer les conditions de vie des citoyens de ces localités.

Quel est le constat à mi-parcours de votre équipe à l’intérieur du pays?

L’équipe est sur le terrain mais les rapports préliminaires sont déjà produits. Nous allons mettre ces rapports à votre disposition pour que vous ayez d’amples informations en terme de statistiques d’évolution de ces travaux. Les écarts entre les taux de décaissement et les taux de réalisation des infrastructures sur le terrain.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

(+224) 622 304 942/ 657 149 592
aliousarayabhe@gmail.com

PARTAGER

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here