Dans cette interview, le président de la délégation spéciale de Kindia parle de l’annulation de l’exclusion de Bah Oury. Dr Abdoulaye Bah estime que l’UFDG a commis «une erreur» en ne remplaçant pas son vice-président sitôt qu’il a été écarté du parti. Il évoque entres autres thématiques abordées, les élections communales prévues cette année, le Conseil administratif et les perspectives 2017 de la ville de Kindia.

Aminata.com: L’exclusion de Bah Oury par Cellou Dalein a été annulée par la justice. Qu’est ce que cela vous inspire?

Dr Abdoulaye Bah: A justice a été saisie par Bah Oury pour se prononcer sur son cas. C’est dans son droit. La justice a estimé qu’il a été injustement écarté. Nous sommes républicains et nous faisons la politique pour que la Guinée soit un pays de droit. Je me pose une question: Est ce que la justice est habilitée à se prononcer sur des contradictions internes à un parti politique? Il faudrait que les juristes, les spécialistes du droit se prononcent sur… c’est un cas inédit. En fait, un parti politique est une association d’intérêt et les contradictions sont régies par des textes internes notamment, le statut et le règlement intérieur. Tous ceux qui se conforment à ces textes sont considérés comme étant des partisans pendant que ceux qui s’en écartent paient les frais des sanctions prévues. Le cas Bah Oury est un inédit. C’est un précédent juridique qui n’a jamais existé en Guinée.

Admettez-vous que l’exclusion n’a pas obéit aux textes internes du parti comme le prétendent d’autres?

C’est le conseil politique qui a exclu Bah Oury dont je fais partie. Moi, j’ai voté pour son exclusion. Le parti est habilité, même à la base, à se prononcer sur le maintien ou non d’un des membres. Donc transposer une contradiction interne à un parti politique vers la justice c’est une question extraordinaire. Par le passé, le RPG a exclu beaucoup de ses membres, mais personne n’a bougé son doigt. Lorsque le président a prononcé les propos choquants à l’endroit des cadres malinkés, Ousmane Kaba et tant d’autres ont décidé de quitter l’alliance, mais ce n’est pas pour autant que cela soit traduit devant la justice.

Chérif Bah a remplacé Bah Oury au poste de vice-président chargé des relations et de la communication. L’ancien et le nouveau sont tous de la même localité. L’UFDG avait-elle donc peur de perdre le soutien de Pita?

On ne fait pas la politique avec les sentiments. Bah Oury  a été remplacé après une décision de justice. Je vais vous faire une confidence. Lorsqu’on a voté pour l’exclusion de Bah Oury, j’avais proposé toute suite que la boucle soit bouclée. Dès l’instant qu’il a été constaté qu’un cadre supérieur du parti en l’occurrence Bah Oury vice-président avait commis des fautes lourdes ayant amené à son exclusion, il fallait qu’elle soit complète. C’est à dire qu’on procède à son remplacement ne fusse-que par un intérimaire. Ça allait donner un signal à Bah Oury comme quoi il est parti pour toujours. Mais, en fait on a pris une décision qui n’a pas été complétée ce qui a donné la possibilité à Bah Oury d’aller en justice. S’il avait été remplacé à l’époque, il allait se tranquilliser à la maison ou rejoindre un autre parti politique. Mais, l’UFDG a commis une erreur d’appréciation. En n’ayant pas bouclé la boucle, l’UFDG  a laissé une capacité de manœuvre à Bah Oury. La place étant vacante, forcément l’exclu a toujours l’espoir de pouvoir récupérer son poste. Ça c’est une erreur stratégique de mon parti. En ce qui concerne le remplaçant, on ne peut empêcher aux gens de dire ce qu’ils pensent.  Il est de nom de famille ‘‘bah’’ et originaire de Pita tout comme son prédécesseur. Les gens qui n’ont pas la réflexion fine vont exploiter cela. Mais, ce qui compte, c’est la capacité de l’homme choisi pour assumer la fonction de premier vice-président chargé des relations extérieures et de la communication.

Aujourd’hui, l’UFDG a interjeté appel. Au cas où une haute instance judiciaire venait de confirmer l’annulation de l’exclusion de Bah Oury qu’allez vous faire?

C’est une question difficile et pour laquelle la réponse est prématurée. L’UFDG a donné la chance à Bah Oury de se mouvoir. Sinon, il pouvait être exclu de sorte qu’il ne puisse pas bouger un doigt. On a manqué de rigueur, de fermeté, d’anticipation et de stratégie. L’UFDG a interjeté appel. Le parti a été emballé dans la procédure judiciaire choisie par Bah Oury. On verra bien comment l’instance supérieure de la justice va trancher cette affaire. Il y a deux hypothèses : soit la décision est confirmée, soit elle est annulée. Mais, attendons de voir.

Les élections communales sont prévues cette année. Est ce que cette procédure judiciaire ne va impacter négativement sur la capacité de manœuvre électorale de l’UFDG?

L’UFDG est déjà appréciée par les populations. Le parti a démontré sa capacité à rester constant, mobilisé et républicain. On a tout fait contre l’UFDG depuis 2010. L’UFDG a perdu des militants, de l’argent, de matériels.  Le cas de Bah Oury ne va nullement impacté sur la marche de l’UFDG. Notre capacité à garder les communes que nous avons actuellement et à rafler d’autres, dépendra de l’engagement politique des cadres du parti. Les gens vont voter pour les candidats de l’UFDG qu’ils estiment être capables de répondre à leurs besoins dans les communes. Il faut que les guinéens utilisent leur intelligence, leur capacité de jugement pour choisir des gens valables. Au lieu de s’appesantir sur des problèmes internes entre deux hommes.

Quelle chance votre parti a pour remporter les élections communales à Kindia?

Je rappelle que nous avons gagné les législatives sur la liste nationale à Kindia. C’est ce qui d’ailleurs a permis à mon parti de désigner le président de la délégation spéciale à la mairie. C’est vrai qu’on avait perdu à l’uninominal. Les vainqueurs n’ont pas été élus, ils ont volé. Mais, on avait un candidat faible, un vieillard de 80 ans qui était plus sage que faucon.

Vous, en tant que candidat potentiel de l’UFDG à Kindia pendant les communales, pensez-vous que la situation actuelle est favorable à votre parti maintenant?

En principe, cette question devrait être posée aux citoyens qui observent mon comportement et mes actions politiques. Mais, je pense que la manière que je gouverne depuis 16 mois a permis aux citoyens de Kindia de se faire une idée sur l’homme politique que je suis. Il faut montrer qu’on aime sa ville et  c’est ce que j’ai fait. Je suis né et ai grandi à Kindia avant d’aller en Belgique et passer au Canada avant de rentrer en Guinée. J’ai montré aux citoyens que j’aime cette ville. Pour faire de la politique, il faut aimer son pays. En plus du patriotisme, j’ai montré aux citoyens ma capacité à gouverner. Je suis sur le terrain et je montre comment gouverner en rassemblant tout le monde et en posant des actes concrets. Pendant l’assainissement, je suis devant. Je motive les femmes à être propres dans les marchés. Je participe au reprofilage de routes. Je sensibilise également les jeunes. Et puis, en plus, il y a l’intégrité. C’est en Guinée, on pense que la politique c’est voler et mentir.

Sur le plan administratif qu’est ce qui a changé depuis que vous êtes là?

Sur le plan administratif, je suis en train de sensibiliser les cadres de qu’ils ne sont pas là pour voler. En plus du message de sensibilisation et de motivation, je leur donne du travail. Donc, chaque fois, ils sont en mouvement. Ensuite, j’ai instauré la démocratie participative. Chacun donne son avis sur tel ou tel sujet ce qui n’est pas le cas en Guinée. Je crée la confiance, l’émulation, la participation pendant la prise de décision. Je leur demande aussi quels sont leurs besoins et puis,  je les envoie en mission. Maintenant, je suis en train d’appliquer la politique de rajeunissement et de féminisation de l’administration. J’ai déjà commencé depuis deux semaines en remplaçant par un jeune diplômé en économie, le financier de la commune qui était âgé de plus de 70 ans. J’engage aussi les filles pour répondre au besoin du genre. Voilà des changements qui s’opèrent petit à petit dans ma commune.

Les jeunes de Kindia se plaignent du manque de travail. Qu’est ce que vous faites pour soulager cette couche de la population?

On n’a pas commencé encore. J’ai repris un pouvoir de 22 ans avec de tares de mal gouvernance, de laxisme, de complaisance. Lorsque je suis venu, ils m’ont combattu pour ne pas que je reste et que je dévoile ce que j’ai trouvé. Donc, je n’ai pas pu mettre en place tout ce que j’avais comme intention pour la ville de Kindia y compris pour l’emploi de jeunes. J’ai passé plus d’une année à me battre pour rester parce qu’on voulait m’éjecter. J’ai plutôt mis en place ma politique de réplique et de résistance pour pouvoir rester. Maintenant, 2017 c’est l’année d’action puisque Dieu merci, le préfet qui était contre moi est muté à Lélouma. Actuellement,   je suis en train de mobiliser tout le monde pour que nous rentrions en possession de notre économie en engageant justement les jeunes notamment pour faire l’inventaire des panneaux publicitaires. Tous les panneaux publicitaires dans une ville sont fixés sur le solde de la commune et par conséquent, on a un droit qu’on appelle les taxes de publicité. Pour faire l’inventaire, il faut des jeunes qui vont être engagés avec des techniciens de la commune pour inventorier tous les panneaux pour que l’OGP paie les taxes. Il faut également faire l’inventaire des magasins et boutiques de Kindia. Nous avons aussi recruté des jeunes filles et garçons pour faire la perception des droits de marché. En ce qui concerne l’assainissement, nous avons mobilisé une trentaine de femmes pour renforcer les équipes existantes à Kindia. Il y a une équipe qui nettoie la nuit et l’autre le matin. J’ai fait également appel à l’université de Foulaya pour engager des jeunes collecteurs d’impôts en ville. J’engage ces jeunes étudiants ou universitaires pour déposer les tickets dans les marchés. Ils gagnent 15% des tickets déposés. Celui qui fait 100.000 FG des recettes, il gagne 15000 FG. je vous assure que les étudiants dont les pécules n’atteignent pas 100.000 FG, sont motivés par notre stratégie. Ils étudient et en même ils travaillent c’est comme ça, nous avons fait en Europe.

Parlez-nous du Conseil d’administration qui se tient actuellement à la préfecture Kindia.

Le Conseil d’administration regroupe l’ensemble des acteurs du développement de Kindia : la mairie urbaine que je dirige, les mairies rurales, les cadres de la préfecture, de la direction préfectorale de l’éducation, de la santé, de l’habitat et la société civile bref tous le gotha politico-administratif et économique de Kindia. L’objectif est de faire le bilan des activités de l’année dernière  fondées sur les différents budgets pour tirer les leçons et puis exposer le budget 2017.

Quelles sont les perspectives de 2017?

L’an 2016 nous a permis de comprendre la situation de la ville de Kindia. La situation économique nous échappe. Il y a beaucoup d’évasions fiscales à Kindia. Nous devons monter une stratégie nous permettant de rentrer en possession de toutes les taxes fondées sur l’article 29 du Code des collectivités. Notre préoccupation première cette année c’est l’économie en ciblant toutes les sources des recettes. La deuxième, c’est la restructuration de la commune à travers le rajeunissement et la féminisation des cadres, mettre les gens dans des bonnes conditions de travail. La troisième, c’est l’assainissement pour que Kindia puisse refléter l’image d’une ville habitée par des citoyens valables.

Réaliser par Abdoul Malick Diallo

+224 655 62 00 85

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