orange guinee guicopres uba guinee votre
Paul Théa, directeur de Théa communication
Paul Théa, directeur de Théa communication

Un arrêté Ministériel pour rien [Par Paul Théa]

J’ai reçu des tas de questions sur le million de $, donné par l’Ambassade des USA au Ministère de la Culture pour aménager les sites négriers. Je rends ma réponse publique.

Le Domaine public PZ de Dominya a été installé par la compagnie Peterson Zochonis à l’époque du « Commerce Légal », c’est-à-dire sans les esclaves. J’étais en tournée de repérage d’un circuit touristique avec le cameraman Souleymane Bangoura, quand j’ai vu le coin pour la première fois. 1992 ou 93, je ne me souviens plus de l’année exacte.

Second voyage, quelques mois plus tard, je sympathise avec le chef du village (qui n’est plus), il m’avait conseillé d’y faire quelque chose puisque le bâtiment est inoccupé. Démarche administrative, bâtons dans les roues de la part de certains responsables et enfin de compte, j’ai laissé tomber le projet. Dix ans plus tard, j’y retourne pour voir le terrain privé que j’ai acheté et je vois que le bâtiment se dégrade puisqu’inoccupé. Nouveaux responsables, nouveaux discours mais même système de corruption. Malgré quelques travaux à mes frais, j’ai laissé tomber.

Enfin, il y a deux ans, même constat d’un bâtiment qui tombe en ruine et cette fois-ci des jeunes m’encouragent à réaliser quelque chose avec leur soutien. Je vais au Ministère du Tourisme pour y faire une demande officielle pour en faire un centre touristique. Un cadre du Ministère qui connait bien mon histoire avec PZ, m’apporte tout son appui. Je fais le voyage de Conakry- Dominya avec un technicien du Ministère du Tourisme. Ce dernier fait un rapport favorable et je fini par signer un contrat avec le Ministère du Tourisme qui me fait un Arrêté Ministériel pour mon installation à PZ.

Le Secrétaire général du Ministère du Tourisme envois une copie de l’arrêté au Ministère du Sport et de la Culture (Bantama Sow), une copie au Gouverneur de Boké, une au Préfet de Boffa, au Maire de Boffa. Tout le monde est officiellement informé de mon projet.

Je débarque avec ces autorisations aux USA, je contacte quelques institutions qui s’intéressent à mon projet et je les envois les copies les autorisations officielles.

Quelques mois plus tard, je retourne en Guinée et coup de théâtre, le chef de district m’informe que le Ministre Bantama Sow est passé à PZ, qu’il a un projet pour la place, qu’on lui a dit que Paul Théa a l’autorisation de s’y installer, on lui a montré une copie de l’Arrêté et il a déclaré « Moi je ne suis pas d’accord, j’ai des projets pour ici ». Avant de s’embarquer pour Farinya.

Un Ministre qui dit publiquement qu’il n’est pas d’accord avec l’arrêté d’un autre Ministre. Je ne me laisse pas faire, je demande audience au Ministre de la Justice de l’époque Check Sakho (que j’ai connu à Montpellier), ce Ministre de la justice me rassure. Je rencontre le Ministre du Tourisme qui me dit qu’il n’y a pas de problème. Je vais au Ministère du Sport et de la Culture, le Ministre n’est pas disponible et un directeur me reçoit. Un officiel me dit que Bantama Sow est allé à Dominya parce que son département venait de recevoir un million de $ pour aménager les sites négriers. J’explique à ce Directeur que le Ministre est mal informé, que c’est le port Niger de Dominya qui est un site négrier pas PZ, je lui donne même une copie de mes recherches.

Deux jours plus tard, un coup de fil de Dominya, les chinois s’installent à PZ pour y faire un port de pêche et que la guinéenne qui pilote le projet a fait une demande au Ministère du Tourisme pour que le quai de PZ lui soit attribué.  Le Ministre du Tourisme a dit à un de ses agents d’étudier le dossier.

Je ne comprends plus rien. Je téléphone au chef de District et au chef de secteur de Dominya pour dire aux chinois de quitter la place, ces derniers me disent qu’ils ne peuvent pas parce que moi je n’ai pas rencontré les sages du village donc ils ont dit aux chinois de s’y installer. Je constate que beaucoup de responsables locaux ont reçu des pots de vin des chinois. Je ne condamne personne, c’est le système qui est corrompu chez nous.

Alors, avec un brin de sarcasme, j’ai envoyé une lettre au Ministre du Tourisme pour le remercier de l’attribution de PZ et que pour différentes raisons, je l’informe que je renonce au projet de PZ. Ils peuvent en faire ce qu’ils veulent.

Plus tard des échos me parviendront que le Président Alpha Condé fut informé de l’installation des ports de pêche sur les sites négriers et le Ministre Curtis fut chargé de mettre fin à ces projets. Il parait que certains responsables locaux ont eu des problèmes. Ce qui ne m’intéresse pas du tout.

Nous avons passé des nuits dans ce bâtiment et le voilà en ruine. On pouvait en faire une école, un centre de Santé ou quelque chose d’utilité publique. Rien de tout cela. Quel gâchis.

Après les voyages de Bantama Sow à Dominya et Farinya, plus de nouvelles du Ministre et du million de Dollars.

J’ai perdu du temps et de l’argent avant de me rendre compte qu’un arrêté Ministériel n’a aucune valeur chez nous. Voilà pourquoi à Conakry, je ne suis allé dans aucun ministère. J’y vais quand je n’ai pas le choix.

NB : Quand je faisais mes démarches, une délégation du Ministère du Tourisme allait en Turquie, avec ma permission, elle est allée avec mon documentaire « Slave Trade in Rio Pongo ». Le documentaire a eu un succès. Peu de temps après, une autre invitation de la Turquie, le Secrétaire général du Ministère du Tourisme, demanda à un directeur de me mettre sur la liste des deux invités: une autre personne et moi. Ce directeur me tel et me demande de payer mon billet d’avion 10 millions fg. Comme je n’avais pas prévu cela dans mon budget, je décline l’offre. Plus tard, on me parla de scandale. C’était une invitation avec billet d’avion donc quelqu’un voulait se sucrer sur mon dos. Faute de dindon pour la farce, personne n’alla en Turquie et le secrétaire général qui était en France en ce moment fut profondément déçu selon des échos.

Voilà quelques-unes de mes mésaventures en Guinée. Tout est vérifiable.  Je ne laisserai plus une autorité guinéenne (à part la Mairie de Boffa), utiliser mes œuvres. Ni vidéo, ni document.

 

Apropos Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Translate »