En effet, le DG adjoint, s’il se présente comme un réformateur se souciant de la bonne marche de la Société des eaux de Guinée (SEG), il emploie cependant un ton de défiance qui trahit une dissidence sous-jacente. Pour qui connait les rapports de pouvoir en Afrique, on n’utilise pas un certain ton vis-à-vis de son chef hiérarchique. Encore moins étaler la défiance sur la place publique. Quand on en arrive à ce stade-là, c’est qu’on a atteint le point de non-retour et surtout qu’on est sûr, au-delà d’une dénonciation ordinaire, de vouloir terrasser le supérieur. C’est visiblement l’entreprise qui sous-tend la divulgation de certains des documents qui font les choux gras de la presse.
griefs peu évidents
D’autant que certains des griefs imputés au directeur général ne sont pas si évidents. C’est le cas du soupçon d’ethnocentrisme qu’on lui impute reproche, avec un arrière-plan d’accusation de licenciements abusifs. Dans une logique empreinte de raccourci, on lui prête en effet une préférence de ceux qui lui sont communautairement proches. Sauf que sur la base des patronymes de la liste proposée à l’appui de cette accusation, l’incrimination est plus que sujette à débat. On sent aisément que les traits de la dénonciation sont forcés. C’est comme quand on en veut à son chien, on peut bien l’accuser de rage. D’ailleurs, quelques investigations et recoupements nous permettent d’affirmer que tous les licenciements opérés l’ont été sur la base de délits dument constatés. Il en ressort que ce n’est pas tant la marche de la société qui préoccupe.
Quant au reste des griefs, ils ne sont peut-être pas tout à fait inventés, tant le service fourni par la SEG est notoirement défaillant. Cependant, il est à la fois réducteur et simpliste de faire porter à une seule personne toute la défaillance. A ce niveau, il convient d’ailleurs de relever que la problématique de la desserte en eau, comme celle d’autres services tels l’électricité, demeure avant tout structurelle. Le plein essor du secteur ne saurait se faire sans de gros investissements auxquels prendraient part aussi bien l’Etat guinéen que des partenaires extérieurs. Encore que les choses iraient mieux si le leadership n’était pas affecté par les rivalités qui s’étalent ainsi au grand jour.
une main manipulatrice
Naturellement, le directeur, en tant que premier responsable de la boîte, ne peut s’exonérer du bilan de son service. Mais en aucun cas, il ne peut, à lui seul, en incarner la face cachée. D’autant que les problèmes ne datent pas d’aujourd’hui. A propos, il y a quelque chose de suspect dans le fait que ce soit maintenant seulement que tous les problèmes de la société sont exposés à la place publique. S’il y en a qui ne partageaient pas la gestion de l’entreprise, pourquoi se sont-ils tus tout ce temps ? En tout état de cause, le DGA n’est pas le mieux indiqué pour professer la morale. En effet, n’est-ce pas lui qui avait été licencié en 2008 par l’actuel ministre- à l’époque Directeur général- de son poste de directeur d’exploitation ?
Bref, il est bien possible que le directeur général de la SEG ne soit pas un saint. Mais de toute évidence, il y a une main manipulatrice derrière les attaques dont il fait l’objet depuis quelques jours.
Thérèse Gbanamou
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