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Mme Cynthia Samuel-Olonjuwon, sous-directrice générale et directrice régionale pour l'Afrique, Organisation internationale du travail
Mme Cynthia Samuel-Olonjuwon, sous-directrice générale et directrice régionale pour l'Afrique, Organisation internationale du travail

Protéger contre le travail des enfants en Afrique

La directrice régionale de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour l’Afrique, Mme Cynthia Samuel-Olonjuwon, sur la ratification universelle de la Convention sur les pires formes de travail des enfants.

Par: 

Cynthia Samuel-Olonjuwon

Lorsque des enfants sont pris au piège de l’esclavage, du travail forcé et de la traite, contraints de participer à des conflits armés, utilisés à des fins de prostitution, de pornographie ou dans des activités illicites, ou encore dans des travaux dangereux, nous devons agir de toute urgence pour protéger leurs droits et leur rendre leur enfance.

 

La Convention n° 182 de l’Organisation internationale du travail sur les pires formes de travail des enfants est devenue la première norme internationale du travail à obtenir une ratification universelle.

Cette réalisation historique reflète un consensus mondial sur le fait que les pires formes de travail des enfants sont inacceptables et constituent un affront à nos valeurs communes.

Si la ratification universelle de la convention n° 182 de l’OIT constitue un grand pas vers l’éradication de ce problème en établissant un cadre juridique clair, les pays doivent encore faire appliquer et garantir une mise en œuvre efficace par le biais de l’inspection du travail et d’autres moyens et fournir un travail décent aux adultes et aux jeunes en âge légal de travailler.

En Afrique, la convention 182 revêt une importance considérable. En fait, le premier pays à ratifier officiellement la convention a été la République des Seychelles, quelques mois seulement après que les 174 États membres de l’OIT l’aient adoptée à l’unanimité en juin 1999.

Ratifiée en Afrique

Avec la ratification massive par les pays d’Afrique, des progrès ont été réalisés car la question a été portée à l’ordre du jour des décideurs politiques et des partenaires sociaux. Des enquêtes et des études nationales ont été menées pour mieux comprendre la question et ses implications.

Nous avons constaté des progrès remarquables dans de nombreux pays d’Afrique, par exemple, avec la création d’unités nationales de lutte contre le travail des enfants, l’harmonisation des cadres juridiques nationaux avec les conventions sur le travail des enfants, l’adoption de plans d’action nationaux pour l’élimination du travail des enfants et la création de comités de vigilance locaux, qui sont chargés de surveiller et de signaler les cas de travail des enfants.

Cependant, 72,1 millions d’enfants africains sont toujours impliqués dans le travail des enfants, dont 31,5 millions d’enfants effectuant des travaux dangereux. Selon les estimations mondiales de l’OIT sur le travail des enfants publiées en 2017, l’Afrique subsaharienne a connu une augmentation du travail des enfants de 2012 à 2016, contrairement à d’autres régions où le travail des enfants a continué à diminuer.

Afin d’atteindre la cible 8.7 des objectifs de développement durable (ODD), qui vise à éliminer toutes les formes de travail des enfants d’ici 2025, nous devons accélérer les actions contre le travail des enfants en Afrique.

Les pays africains doivent s’attaquer au problème de l’informalité, étendre la protection sociale à tous, améliorer les mécanismes d’application de la loi, accroître l’accès à une éducation de base gratuite et de qualité et renforcer le dialogue social.

Malheureusement, la crise COVID-19 a accru l’insécurité économique, perturbé les chaînes d’approvisionnement et sérieusement ralenti la fabrication. Avec environ 85 % de l’emploi en Afrique dans l’économie informelle, on s’attend à une augmentation du travail des enfants en raison de la fermeture des écoles, de la perte importante de revenus des parents pendant la pandémie, de l’absence de protection sociale de base et de l’augmentation de la pauvreté.

 

  1. La Convention n° 182 de l’Organisation internationale du travail sur les pires formes de travail des enfants a été officiellement ratifiée par tous les pays le 4 août 2020.
  2. La Convention reconnaît un enfant comme toute personne de moins de 18 ans.
  3. Selon la convention, les pires formes de travail des enfants comprennent :
  • toutes les formes d’esclavage ou pratiques analogues à l’esclavage, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dettes et le servage, ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés ;
  • l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques;
  • l’utilisation, le recrutement ou l’offre d’un enfant aux fins d’activités illicites, en particulier pour la production et le trafic de stupéfiants, tels que définis dans les traités internationaux pertinents;
  • les travaux qui, par leur nature ou les circonstances dans lesquelles ils sont effectués, sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité des enfants.

Accélérer l’action

L’OIT accélère les actions visant à renforcer la capacité des gouvernements en matière d’inspection du travail et d’application de la loi, ainsi que des organisations de travailleurs et d’employeurs dans la lutte contre le travail des enfants sous ses pires formes.

L’OIT soutient également les économies post-pandémiques plus résistantes en s’engageant à « reconstruire en mieux ».

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons établir des partenariats plus solides et intensifier les actions contre le travail des enfants. À cet égard, l’adoption du plan d’action continental décennal de l’Union africaine sur le travail des enfants par les chefs d’État africains en février 2020 est la première étape vers une phase de mise en œuvre marquée par un contexte difficile.

Il est réjouissant de constater que sur 22 pays, 11 pays d’Afrique – à savoir le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Ghana, Madagascar, le Malawi, la Mauritanie, le Maroc, le Nigeria, la Tunisie et l’Ouganda – ont été identifiés comme pays pionniers dans le cadre de l’Alliance 8.7.

L’Alliance 8.7 est un partenariat mondial inclusif qui s’est engagé à atteindre la cible 8.7 des SDG. Cela montre non seulement la détermination résolue des pays d’Afrique, mais aussi le ferme engagement de la communauté internationale à accélérer les actions visant à éliminer le travail des enfants, le travail forcé, la traite des êtres humains et l’esclavage moderne sur le continent.

Le projet régional de l’OIT « Accélérer l’action pour l’élimination du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement en Afrique (le projet ACCEL Afrique)« , financé par le gouvernement des Pays-Bas, est l’un des exemples les plus marquants d’engagement collectif et de partenariat en Afrique.

Afin d’apporter des solutions durables aux causes profondes du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement qui nécessitent des réponses globales, le projet ACCEL Afrique travaille en étroite collaboration avec les mandants de l’OIT (gouvernements, organisations de travailleurs et d’employeurs), la Commission de l’Union africaine, les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, les organisations de la société civile et les agences sœurs des Nations unies telles que l’UNICEF.

Il reste beaucoup de travail à faire, mais la ratification universelle de la convention 182, à la veille de l‘Année internationale pour l’élimination du travail des enfants en 2021, arrive à point nommé. Nous ne devons pas perdre notre élan. Nous devons travailler ensemble pour gagner ce combat pour nos enfants, et pour assurer un meilleur avenir à tous.

Selon les mots de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, un enfant en danger est un enfant qui ne peut pas attendre.

La convention 182 a été adoptée pour mobiliser une action immédiate contre les pires formes de travail des enfants. Elle exige des pays qui la ratifient qu’ils accélèrent l’adoption de mesures efficaces et assorties de délais pour éliminer d’urgence les pires formes de travail des enfants.

Nous devons agir maintenant pour qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte.

Mme Samuel-Olonjuwon est sous-directrice générale et directrice régionale pour l’Afrique de l’Organisation internationale du travail.

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

Afrique Renouveau

Apropos Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

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