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Ebola en Guinée : violences et stigmatisations, le rude quotidien des victimes

Depuis son apparition en Guinée forestière, le virus a fait à ce jour plus de 1000 morts et plus de 3000 touchés. La mobilisation internationale se poursuit pour stopper la progression du virus dans les trois pays voisins durement affectés par l’épidémie.

A Conakry comme dans certaines préfectures de l’intérieur du pays, des activistes de défense des droits de l’homme dénoncent la chasse aux survivants accusés à tort d’être des principaux facteurs de risque de contamination.

Après avoir vaincu la maladie dans une violente bataille, les survivants sont obligés de livrer une autre bataille pour être acceptés. Pour eux, s’intégrer dans la société devient de plus en plus difficile. Aminata.com revient sur le calvaire de deux survivants du virus.

Banc des accusés

Assise à deux pas de sa case de fortune couverte de pailles, Mamasta Tonguiano joue avec sa petite fille de bientôt de deux ans. Le sourire du bébé est loin de faire oublier le calvaire de sa maman. Atteinte d’Ebola il y a six mois, Madame Tonguiano a connu une dure traversée de désert. La veuve a vu périr son époux d’une violente hémorragie du virus Ebola.  Déclarée guérie, cette survivante est indexée dans son village de Keydou, un district de Firawa situé à une cinquantaine de kilomètres du centre-ville de Kissidougou.

Lors des cérémonies sociales, Tonguiano est mise sur le banc. Les habitants de ce village de plus de cinq cent âmes craignent d’être contaminés par un simple contact avec cette rescapée de l’épidémie. « Depuis que je suis rentrée au village, je suis mise à la touche, personne ne me regarde. Tout le monde craint que je le contamine. Je suis très isolée. Il y a certains qui passent pour m’insulter, d’autre pour me menacer de ne pas avoir de contacts avec leurs proches », explique Mamasta Tonguiano en larmes.

Stigmatisations et violences

A N’zérékoré, la capitale de la région forestière, le foudroyant virus continuent de sévir. La Direction régionale de la santé en collaboration avec l’Organisation internationale de la santé (OMS) multiplient les efforts pour tenter d’endiguer l’épidémie. Mais, face aux croyances surnaturelles et l’analphabétisme, les autorités peinent à faire respecter les mesures de prévention.

Les stéréotypes et les stigmatisations expliquent principalement le déficit de résilience des communautés contre la maladie. Depuis quelques mois, des violences à l’endroit des survivants sont de plus en plus recensées. Dans de nombreux villages, des survivants de l’épidémie sont indexés comme étant des sorciers pour les uns et des étrangers ayant amené une malédiction pour les autres.

L’adolescent Mamadou Chérif, a vu sa famille pourchassée et dispersée à cause de son papa décédé du virus mortel d’Ebola. Il y a quelques semaines, alors qu’il revenait d’un marché hebdomadaire à Gueckedou [une préfecture très touchée], son père est gravement tombé malade. Après de tests, les médecins diagnostiquent le virus Ebola. S’en est ensuite suivi des traitements qui n’ont rien abouti finalement il meurt. Depuis, les menaces, les intimidations et les violences se multiplient contre les membres de la famille du défunt commerçant.  Les habitants du quartier accusent cette famille d’être des étrangers à l’origine de l’arrivée de la maladie dans cette contrée.

Quelques jours après le décès du père de famille, une dizaine de personne jusqu’ici non identifiées se dirigent chez les Chérifs pour s’attaquer au domicile familial. Des jets de pierre sur la maison et des injures grossières se poursuivent. Tous les membres de la famille sont réunis pour y être lynchés. Ils ont eu de justesse la vie sauve grâce à l’intervention des sages du quartier qui intiment les assaillants de ne pas les massacrer.

Après s’être sortis de griffes des loubards Mamadou Chérif et ses parents ont été obligés de s’exiler en Côte d’Ivoire. A en croire nos informations, les autorités régimes de la santé comptent lancer un gigantesque projet de sensibilisation à l’endroit des communautés pour l’intégration des survivants. Il y a trois semaines, une mission de sensibilisation sur l’épidémie Ebola a été attaquée par des villageois du district de Womey. Neuf personnes ont été massacrés à la hachette dont Dr. Aliou Barry, directeur adjoint de l’hôpital régional de N’zérékoré. Entre stigmatisations et violences, le calvaire des victimes d’Ebola continue.

Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com

alphanyla@gmail.com

Apropos Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

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