Amadou Oury Diallo, Consultant International en Développement Rural
Amadou Oury Diallo, Consultant International en Développement Rural

Chers Compatriotes

Depuis quelques jours, un événement défraie la chronique dans notre pays. Il se n’agit ni plus, ni moins que de la sortie médiatique de notre frère, Docteur Ousmane KABA ; sortie relayée par la radio Milo FM. Il s’agit en fait d’une interview accordée à cette radio, en langue nationale malinké par Monsieur KABA sur des questions de politique nationale, de gestion de l’État, de conquête et de « conservation » du pouvoir exécutif en Guinée.

J’ai, dans un premier temps, lu dans la presse en ligne, un article évoquant le sujet et j’ai eu peur de comprendre ce que j’avais lu tellement que le message diffusé m’a semblé gros pour ne pas dire grossier. J’ai souhaité écouter moi-même l’interview pour me faire ma propre opinion sur les propos tenus par Monsieur Kaba. J’ai alors demandé sur Facebook que les internautes veuillent bien poster l’enregistrement, ce qui fût fait. Je l’ai écouté en me faisant aider, pour bien comprendre le contenu de l’échange. J’ai alors écouté les propos de la propre bouche de Monsieur Kaba et j’ai entendu un message au sens très préoccupant.

De ma compréhension, Monsieur Kaba a, dans son interview, essentiellement parlé de quatre sujets : (i) du Manding comme étendue géopolitique, (ii) du pouvoir actuel qui serait « manding » selon lui, (iii) de la nécessité pour le manding de consolider et de préserver ce pouvoir et ; (iv) de la nécessité pour les cadres « visibles » du manding d’enterrer leurs contradictions, de resserrer les coudes en se donnant la main afin de conserver « leur pouvoir manding ».

Comme vous le constaterez, le terme manding revient à tous les coups soit, comme nom soit, comme adjectif. Mon premier réflexe a alors été de me poser la question de savoir

« quel est donc ce pays qui s’appelle Manding ? ». Mes modestes connaissances en géographie et en sociologie me disent que le Manding est une étendue géographique :

(i) repartie entre le Mali, la Guinée, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Sierra Léone, le Sénégal, la Gambie, la Mauritanie et le Liberia ; (ii) peuplée par des populations parlant à la base, le malinké comme langue (Wikipedia). La deuxième question que je me suis posée a été de chercher à savoir de quoi alors parle Monsieur Kaba car, à ma connaissance, il n’existe plus, depuis les anciens empires, un Etat appelé Manding. La communauté malinké peuplant cette région, s’est insérée et intégrée de manière harmonieuse dans les neufs pays cités ci-avant. Au sein de ces pays et au fil des ans (des siècles devrais-je dire), des liens de fraternité, de complémentarité et de multi- culturalité se sont développés entre les différentes composantes sociales au point de faire oublier ou tout au moins, de reléguer au deuxième plan, les origines et les spécificités culturelles des différentes composantes sociales. A-t-on alors aujourd’hui le droit, pour une raison ou une autre, de toucher à ces liens séculaires, de les compromettre par des actes ou par des déclarations pouvant prêter à interprétation ? La réponse est certainement non !

Voilà ce qui m’a alors poussé à m’intéresser à l’événement suscité par les déclarations de Monsieur KABA, cadre d’un haut niveau technique et bon professionnel s’il en est !

Monsieur Kaba est devenu depuis un certain temps, un homme politique. Il s’est lancé en politique en fondant et en animant un parti dûment constitué. Il est alors certainement un bon connaisseur des règles régissant la vie et les activités d’un parti politique. Il est d’ailleurs clair et évident que tout fondateur, président, dirigeant de parti politique doit nécessairement connaitre les principes contenus dans la loi organique L/91/002/CTRN/du 23/12/1991 portant charte des partis politiques. Cette loi encadre l’exercice des activités des partis politique en République de Guinée.

Cette loi stipule en son article 4, que « les partis politiques, par leurs objectifs, leur programme et leurs pratiques doivent contribuer …à la sauvegarde de l’Unité nationale » et en son article 5 qu’« aucun parti ne peut , ….dans ses actions pratiques, s’identifier à une région, à une ethnie, à un groupe linguistique,…. ».

Il est admis en outre, qu’un président de parti, en parlant de politique, le fait toujours comme leader politique. Ses interventions sont alors assimilées à des déclarations politiques sauf si son parti le désavoue et se démarque de ses propos.

Comment devrions-nous alors comprendre les propos de Monsieur KABA quand il dit et je cite le journal en ligne qui a transcrit sa déclaration que « Nous devons remercier beaucoup le General Sékouba Konaté, il s’est beaucoup battu pour remettre le pouvoir à la main du mandingue » ; phrase suivie de « …. Actuellement le pouvoir est à la Haute- Guinée mais elle ne bénéficie pas, faisons attention, rentrons ensemble, montons ensemble et que chacun garde son parti » et de « « J’irais bientôt en France pour des concertations. Ensuite, ce qu’on va arrêter là-bas, si Alpha Condé ne l’accepte pas, notre rapprochement ne sera pas possible ».

Ces phrases et d’autres, contenues dans son interview mettent en avant sa communauté et sa région dans une Guinée plurielle. Cela n’est-il pas préoccupant ?

Monsieur KABA, comme président de parti a la charge d’encadrer la formation politique et civique des militants de son parti. Il est en outre, éducateur et en tant que tel, il doit contribuer à parachever dans ses établissements scolaires et universitaires, la formation professionnelle et certainement civique de nos enfants. Comme homme politique et en tant que citoyen, il est censé respecter la constitution de ce pays qui met en avant l’unité et l’intégrité de la Guinée. Après les propos que nous avons entendus, pouvons- nous être rassurés par Mr Kaba ?. La question mérite réflexion.

Vus sous un autre angle, les propos de Monsieur KABA prennent une dimension encore plus préoccupante quand il cite les noms de (ses grands frères comme il le dit), personnalités qui ont marqué la vie politique et administrative de ce pays, comme de potentiels partenaires de réflexion dans sa logique idéologique et stratégique de rétention du pouvoir au sein d’une seule communauté de ce pays. Les noms de nos compatriotes Lansana Kouyaté, François Lounceny Fall, Lanciné Komara et du Général Konaté sont clairement revenus dans ces propos. Est-il nécessaire de dire que tous ces Messieurs ont, à un moment ou à un autre, parlé au nom de la Guinée sur des tribunes de haut niveau, symbolisé à différents titres, l’espoir d’une Guinée avide de progrès, d’unité et de développement ? Je crois que non.

Et alors, se pose la question de savoir si ces respectables Messieurs sont adeptes et acteurs de cette approche idéologique et stratégique prônée par Monsieur Kaba. Si ce n’était pas le cas, ils auraient à gagner, pour leur crédibilité, et pour le respect qu’ils doivent aux guinéens, à se démarquer rapidement et clairement, par des déclarations sans équivoque. C’est ce qu’attendent les Guinéens.

Chers compatriotes, c’est de la Guinée dont il s’agit, de la Guinée qui doit passer avant toute autre considération. C’est de l’unité nationale dont il s’agit. C’est du respect des principes démocratiques dont il s’agit. C’est de la construction et de la préservation de la NATION GUINEENNE dont il s’agit. C’est du progrès de la Guinée sur la base de programmes de développement portés par des partis politiques et des gouvernements crédibles dont il s’agit. Il s’agit de faire barrage à tout esprit identitaire et communautariste pour faire place à une GUINEE UNIE et solidaire où, les composantes socio-ethniques travaillent la main dans la main pour enfin sortir notre cher pays des affres de la misère et des divisions stupides.

Chers compatriotes, est-il normal et de notre temps de faire recours au replis identitaires à l’heure où l’Afrique se développe ? A l’heure où le Nigéria inaugure son premier métro ? A l’heure où la Côte d’Ivoire, après avoir réalisé son troisième pont, a lancé les travaux du quatrième pont urbain et de son métro ? A l’heure où le Sénégal après avoir inauguré son majestueux aéroport a lancé les travaux de son train express urbain ? A l’heure où le Rwanda et le Botswana sont cités en exemple de développement ? A l’heure où le Cap-Vert, pays sans ressources naturelles flirte avec les pays à économie intermédiaire sur les indicateurs de développement ? A l’heure où l’Ethiopie met en route le 100ème avion de sa prestigieuse compagnie aérienne « Ethiopian-Airline » ? A l’heure où, en Guinée, nous nous battons pour rendre praticable le pont de Linsan ?

Je crois que la réponse est non !!!

Chers compatriotes, serait-il nécessaire de rappeler que nos pays ont accédé à l’indépendance grâce au patriotisme, aux efforts et aux combats de nos ainés qui, pour la plupart, avaient des niveaux de formation académique assez limitée.

Mis à part Senghor (Poète, diplômé de la Sorbonne), Kwamé Kruma, (avec une Licence en Economie et en Sociologie de l’Université Lincoln des Etats Unis d’Amérique), Houphouët Boigny (Médecin africain), les dirigeants africains étaient pour la plupart, des instituteurs, infirmiers, commis d’administration, et agents subalternes. Ces ainés ont non seulement bravé le colon, obtenu les indépendances mais ils ont amorcé le développement économique et social de nos différents pays en maintenant, préservant et consolidant l’unité nationale.

Est-ce maintenant que nos pays, après 60 ans d’indépendance, avec à leurs têtes des Agrégés, des PHD, des Médecins, des philosophes, en un mot, des cadres bardés de diplômes, tous sortis des plus grandes Universités du monde (Etats Unis, Grande Bretagne, Canada, France, Belgique pour ne citer que quelques-unes) peuvent accepter que soient rallumés des feux de division et de clivage régionaliste ? La réponse unanime est et doit être un NON ferme et catégorique.

Chères guinéennes et guinéens, réfléchissons et donnons-nous alors la main et travaillons pour le bien de ce pays et non pour nos besoins personnels et égoïstes. Ne nous laissons pas guider par un infantilisme politique.

 

TRAVAILLONS A BATIR UNE NATION UNIE ET PROSPERE.

La guinée n’a pas vocation à être et ne sera jamais : Manding, Foulah, Soussou, Toma, Guerzé, Kissi, Mano, Kono, Landouma, la Guinée est et restera cette Guinée plurielle unie dans une communauté de destin.

Je demande alors à Monsieur Kaba et à tout guinéen désireux de contribuer au développement social, économique et politique de notre cher pays de renoncer à toute approche politique marquée par du sectarisme, de l’ethnocentrisme et du régionalisme.

Chers Messieurs, débarrassez-vous de ces tares, élevez le niveau du débat politique et prouvez-le par vos actes et par votre comportement quotidien.

VOILA MON CRI DE CŒUR.

 

Amadou Oury Diallo Citoyen guinéen Ourydiallo87@yahoo.fr

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