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En  fonction de Directeur général depuis deux ans, Lucien Beindou Guilao a mené plusieurs réformes à l’Office national de la formation  et du perfectionnement professionnels (ONFPP). Depuis, des entreprises accordent de plus en plus leur confiance à l’équipe dirigée par M. Guilao. Récemment, à Dakar, dans la capitale sénégalaise où il était en séjour avec le ministre Damantang Albert Camara, le projet élaboré par la Guinée a été cité en exemple.

Cette semaine, le DG de l’ONFPP s’est exprimé dans les colonnes de votre quotidien en ligne. Au menu de cet échange, la formation professionnelle et l’immigration clandestine ; le bilan de mi-chemin de l’ONFPP, l’emploi, … Lisez en exclusivité l’entretien :

Aminata.com : Vous étiez à Dakar où il y avait une rencontre sous-régionale, vous avez rencontré la secrétaire générale de la francophonie qui a cité la Guinée comme un exemple, est ce que vous pouvez revenir sur cette importante  rencontre?

Lucien Guilao : ce qu’il faut savoir, c’est que ça n’a pas commencé à Dakar, nous sommes sur le projet de modernisation de l’apprentissage dans la formation professionnelle depuis deux ans avec l’OIF. L’élément déclencheur a été la visite de travail qu’a effectué le Ministre Damatang Albert Camara à l’OIF en Mars 2015, au cours de laquelle ont été examinées les différentes préoccupations de son département ainsi que les axes de coopération pour qualifier l’enseignement technique et la formation professionnelle en Guinée. Et c’est tout à fait logiquement qu’une demande du Ministre au ministère du tourisme et de l’artisanat et la fédération nationale des artisans de Guinée pour élaborer un vaste programme qui a pour objectif principal d’améliorer la qualité de la formation par apprentissage dans le secteur de l’artisanat pour une  meilleure insertion socioprofessionnelle des apprenants.

Grâce à la formation et au perfectionnement, nous pourrons formaliser un peu plus ce secteur et tout le monde en sortira gagnant. De l’artisan au touriste en passant par l’état, tout le monde y gagne.

Donc ce programme, après deux ans de travail, il fallait qu’on le présente à des potentiels bailleurs de fonds et c’est ainsi que l’OIF a jugé nécessaire d’organiser avec l’appui de l’OIF, une table ronde des bailleurs de fonds pour le financement des sous projets.

Grâce à la pertinence de nos projets, nous pouvons avoir des fonds nécessaires pour mettre en œuvre tout ce programme. Par sa cohérence, ses objectifs et sa pertinence le projet guinéen a attiré l’attention de la secrétaire générale de la francophonie ainsi que celle des bailleurs de fond présents à Dakar.  Et c’est donc pour ça que nous avons été cités en exemple par la secrétaire générale à l’occasion de l’inauguration de l’institut français.

Selon vous c’est sur quoi elle s’est basée pour vous citer ?

Elle s’est basée sur notre programme, sa cohérence, ses objectifs et elle en a déduit qu’il s’agissait d’un programme ambitieux qui tient compte de toutes les réalités de notre pays, qui tient compte de toutes réalités de la formation professionnelle de notre pays.

Qu’est ce qu’on vous a dit pour le décaissement de ce fonds ?

Les fonds il faut d’abord les avoir, et pour l’instant nous ne les avons pas et ce que nous allons faire par la suite va être déterminant. Nous allons réorganiser une autre table ronde à Conakry avec les mêmes bailleurs de fonds pour encore défendre beaucoup plus le dossier guinéen. Mais ceux dont nous en sommes sûr, c’est  que c’est un très bon programme qui a été fait par des professionnels et qui a attiré l’attention de tout le monde.

Qu’est ce que vous retenez du bilan de 10 mois de gestion à la direction?

Nous sommes sur la continuité de ce que nous avons fait en suivant notre plan stratégique comme je vous ai dit au départ. Nous ne nous lançons pas au hasard, chaque année, nous avons un plan d’actions qui vient de ce plan stratégique. Donc en 10 mois, nous avons essayé de continuer sur notre lancée, continuer à être proche des entreprises. Bien que le nombre d’entreprises cotisante ait augmenté, nous constatons que les besoins sont énormes il y a des choix à faire, nous les faisons et c’est ce qui est navrant dans ce boulot mais il est passionnant.

Donc vous voulez dire que vous n’avez pas les moyens de votre politique malgré l’augmentation des cotisations des entreprises ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que les moyens existent mais en face il y a trop de besoins. Le niveau auquel on était il y a 5 ans était vraiment catastrophique en termes de satisfaction des entreprises. Les formations ne se faisaient pas et par conséquent ce sont les acteurs de l’économie nationale qui ne bénéficiaient d’aucune formation tout le long de leur vie professionnelle. Quand je dis acteur de l’économie nationale c’est tout le monde, les employés des entreprises, ceux qui cherchent du boulot et ceux qui sont dans l’informel, les femmes, les jeunes diplômés sans emploi et même les jeunes qui sont déscolarisés. Un jeune qui est sur le marché de l’emploi ne sachant pas faire un CV c’est un problème.  Un jeune qui est sur le marché de l’emploi ne sachant pas se présenter lors d’une interview, c’est un problème.  Il n’est pas compétitif, nous notre mission c’est de les pousser vers la compétitivité. Pour un jeune qui cherche du boulot, s’il est compétitif, il faut qu’il sache au minimum écrire une demande, il faut qu’il sache chercher du boulot, il faut qu’il sache se présenter lors d’une interview, tout ça, ça s’apprend.

L’année dernière, au cours d’une interview que vous nous aviez accordée, vous étiez à l’époque la 5000ème femme formée. A ce jour où en êtes-vous ?

A ce jour, elles étaient formées sur deux composantes. La composante AGR et celle du plan organisationnel. Nous passons à la phase où nous formons les leaders en GERME qui a démarré .Avec GERME c’est de permettre à ces femmes de mieux gérer leurs activités. C’est pourquoi nous avons mis dans le programme plusieurs composantes. Une composante alphabétisation, une composante formation d’activité générale de revenus, une formation organisationnelle managériale.

Aujourd’hui il y a cette question d’immigration clandestine, vous évoluez dans la formation professionnelle, en quoi cette formation professionnelle peut freiner cette pratique ?

Je pense que la formation professionnelle peut freiner l’immigration clandestine. Les premiers motifs de l’immigration qu’on connait sont économique, social et politique. Certains peuvent fuir pour des motifs politiques même si pour ce motif il y a beaucoup de manipulations.

Le plus souvent c’est pour des raisons économiques, pour subvenir aux besoins économiques de la famille que les jeunes empruntent de chemins illégaux pour rejoindre l’occident. Je pense qu’avec une formation sur place qui débouche sur des emplois décents, les jeunes réfléchiront par deux fois avant de s’aventurer.

Le faible niveau d’éducation de formation peut aggraver l’immigration. Nous encourageons la formation des femmes parce que les statistiques le prouvent, une mère de famille bien éduquée, bien formée qui travaille et qui gagne de l’argent éduque mieux ses enfants.

Certains observateurs pensent qu’il ne sert à rien de former si le marché d’emploi n’est pas favorable ?

Les gens parlent de marché d’emploi, mais personne ne connait la physionomie de l’emploi à part les techniciens. Parce que si tu ne forme pas en adéquation avec le besoin du marché, il y aura des chômeurs. Prenez l’exemple de l’hôtellerie en Guinée. On a au moins 5 ou 6 écoles d’hôtellerie et du tourisme, mais pourquoi jusqu’aujourd’hui les étudiants qui sortent de ces écoles ne trouvent pas du boulot dans les Hôtels et dans les Bars Restaurants ? C’est parce que leur formation pratique n’a pas été en adéquation avec les besoins du marché. Il n’y  a même pas de formation pratique. Alors que des métiers comme l’hôtellerie et du tourisme, c’est un tiers de temps en classe et le reste du temps en pratique. Si vous ne faites que de la théorie sans faire de la pratique, arriver sur le marché d’emploi, on te fait de test pratique et si tu n’es pas en mesure de répondre, tu perds l’emploi forcement.

Maintenant si on ne prend pas conscience qu’il faut des restaurants d’applications dans les instituts d’hôtelleries et du tourisme, ceux qui sortiront de ces écoles ne seront pas absorbés par le marché d’emploi.

Aujourd’hui le besoin en hôtellerie et du tourisme selon les statistiques d’une organisation professionnelle du tourisme en Guinée est autour de 400 mille emplois. Ils ont besoin, mais il y a des gens qui sortent dans les écoles du tourisme qui n’ont pas du boulot, alors qu’on en recherche.

Cela veut dire que soit ce qu’ils ont appris à l’école n’est pas en conformité avec ce dont les professionnels de l’hôtellerie ont besoin ou que les formateurs ne sont pas à la hauteur.

Il ne faut pas aussi oublier que ce sont les entreprises bien portantes qui créent des emplois, ça veut dire qu’il ne faut pas tuer ces entreprises.

Votre ministère tutelle a élaboré un projet de loi pour la protection d’emploi, est ce que selon avec toutes les anomalies que vous venez d’énumérer, est ce que ça peut permettre aux jeunes guinéens d’avoir du travail ?

Oui si tout le monde joue le jeu. Protéger les petits métiers en les réservant aux guinéens, est une bonne chose. Mais  il faudrait qu’en face, qu’il y ait des centres de formations qui donnent de la compétence pour faire ces boulots. On ne peut faire aucun boulot sans formation, c’est impossible. Aller à l’école et avoir un diplôme, c’est bien. Mais tu peux avoir le diplôme et ne pas être bien formé

Selon vous, il faudrait que cette loi soit accompagnée de la formation ?

Oui bien sûr, de la formation parce que on a énormément besoin de ça. Mais ce n’est pas dire formation seulement car pour faire de la formation pratique, il faudrait qu’il y ait des matériels, des infrastructures, il faut beaucoup de choses. Vous vous rendez compte qu’on est en train de mettre en route une dizaine centre de formation d’ici 2018-2019, sachant que pendant 20 ans on n’a pas construit une seule école. On avait des écoles régionales d’arts et métiers alors que l’ENAM qui est l’école nationale d’art et métier date de 1960. Depuis on n’a pas construit aucune école. Donc aujourd’hui, les besoins sont là, le taux d’inscription dans le système d’enseignement technique est en augmentation. On devient plus séduisant, tout le monde veut faire la formation professionnelle et technique. Mais il y a encore de la place pour absorber un maximum de jeunes qui sont en Guinée et qui cherchent d’emploi. Avoir de l’emploi, ça ne veut pas dire simplement travailler pour quelqu’un, avoir de l’emploi c’est aussi s’installer à son compte. La fonction publique ne doit pas être la seule pourvoyeuse d’emploi. Et pourtant il y a de la place dans l’agriculture au sens large et l’élevage. Mais encore une fois c’est un mouvement d’ensemble chacun doit jouer son rôle. Il y a le problème d’accès au financement, mais pour attirer un financement, il faut avoir la formation qu’il faut. Personne ne peut donner de l’argent à quelqu’un qui n’a pas de compétence.

 

Votre mot de la fin ?

L’ONFPP est sur le bon chemin. Les défis sont importants, ce qui s’est passé à Dakar et ce qui se passe dans les autres pays, nous prouve aujourd’hui que, le chemin que nous avons emprunté est  bon.

Nous ne formons plus selon la méthode catalogue, depuis 2 ans nous avons cessé de le faire. La secrétaire générale de francophonie l’a répété, il y a pas de modèle tout fait, chaque modèle de formation doit être adapté au besoin de la cible. On ne peut pas former quelqu’un en maraîchage  alors que dans sa ville c’est l’élevage qui marche. On ne peut pas former quelqu’un à l’électricité alors qu’il n’en a pas besoin.

Donc nous formons à la demande.

Le second aspect c’est un appel qu’il faut lancer aux secteurs privés guinéens parce que c’est le secteur privé qui doit financer la formation professionnelle, parce que c’est ce secteur qui est le principal utilisateur de la main d’œuvre qualifiée. Le secteur doit contribuer au financement de la formation professionnelle.

Le troisième appel, va en direction de l’état afin qu’il arrête de délivrer des exonérations sur le fait social. Nous sommes le seul pays ou l’un des rares pays où les entreprises qui ont le plus besoin de personnel qualifié, ne contribue pas à financer la formation professionnelle dans le pays. C’est inéquitable

Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com

alphanyla@gmail.com

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