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L’île Maurice : Le quotidien d’un pêcheur au temps de la COVID-19 et d’une mer polluée

« De nos demeures, nous pouvions voir que le MV Wakashio s’était échoué sur les récifs », – Bimsen Beeharry, 39 ans.

Par: 

Kingsley Ighobor

 

UNDP

Bimsen Beeharry avec sa femme, Kovita, et ses trois enfants à Vieux Grand Port, un village côtier au sud-est de l’île Maurice.

Tout allait bien pour le pêcheur mauricien Bimsen Beeharry, 39 ans, lorsque la COVID-19 a frappé au début de 2020, incitant les autorités à imposer un confinement et à suspendre la pêche. Les restrictions de la COVID-19 ont été levées au début du mois de juin, mais les espoirs de M. Beeharry ont de nouveau été anéantis le 25 juillet 2020 lorsqu’un vraquier japonais, le MV Wakashio, s’est échoué sur un récif corallien près de Pointe d’Esny, au large de l’île Maurice.

Le navire a déversé quelque 1 000 tonnes de carburant sur la côte de ce pays insulaire de l’océan Indien, célèbre pour ses récifs coralliens et son tourisme. L’accident a eu des ramifications socio-économiques pour des milliers de citoyens, explique Amanda Serumaga, le représentant résident du PNUD pour l’île Maurice et les Seychelles, dans une interview.

Considéré comme la pire catastrophe écologique de l’île Maurice, il aurait tué une cinquantaine de dauphins et plusieurs autres créatures marines.

La suspension de la pêche dans la région touchée a effectivement coupé la ligne de vie financière de M. Beeharry.

Le pêcheur, qui vit avec sa femme, Kovita, et ses trois enfants à Vieux Grand Port, un village côtier au sud-est de Maurice, se souvient du jour où le navire a heurté le récif de corail : « De notre maison, nous pouvions voir que le MV Wakashio s’était échoué sur les récifs.

« Il semblait que le navire serait facile à remorquer jusqu’à la haute mer. Cependant, les conditions de mer difficiles ont rendu les opérations de remorquage compliquées. »

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Il ajoute : « Le pétrole du navire s’est écoulé dans le lagon et notre village a été durement touché. Nous avons été choqués de constater que le pétrole avait atteint notre côte. Il était alors évident pour nous que nos moyens de subsistance seraient affectés ».

Pour atténuer l’impact économique de la marée noire, le gouvernement fournit à chaque pêcheur enregistré, comme M. Beeharry et sa femme, 5 100 MUR (environ 128 $) par mois. Ils reçoivent également un montant similaire pour amortir les effets de la COVID-19.

« Au total, ma femme et moi recevons 20 400 MUR par mois (513 $) du gouvernement – la moitié pour COVID-19 et l’autre moitié pour l’impact de la marée noire de Wakashio. Nous sommes reconnaissants pour cette aide, mais comme nous avons trois filles, cela ne suffit pas pour payer toutes les factures ».

Pour joindre les deux bouts, M. Beeharry se met à disposition pour travailler dans des fermes. « Comme je ne possède pas de terrain, j’accepte les emplois des planteurs qui cherchent un coup de main dans leurs champs. »

Pourtant, il dit : « Ce que nous voulons vraiment, c’est retrouver une vie normale. Cela implique de pouvoir aller en mer pour gagner notre vie en tant que pêcheurs ».

« La pêche est plus qu’un simple travail. C’est très important pour nous. Le fait de ne pas pouvoir pêcher a en quelque sorte perturbé mon quotidien ».

Il n’avait que huit ans lorsqu’il s’est aventuré pour la première fois en mer. À 14 ans, il a perdu son père qui était également pêcheur, mais ce revers n’a pas diminué son amour pour la pêche. « Je n’ai fait que suivre ses traces », dit-il.

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Bimsen Beeharry. Photo: PNUD

En plus d’être pêcheur, sa femme a des compétences en couture, et de nos jours, « Parce qu’elle ne peut pas être en mer, elle fabrique des vêtements pour les membres de la famille, » dit M. Beeharry.

Le nettoyage du pétrole sur près de 30 km de côtes se poursuit à un rythme soutenu. « Il semble que la qualité de l’eau de la lagune s’est améliorée », dit M. Beeharry. « Les gens disent même que les poissons reviennent. »

Il ne s’attend pas à retourner en mer de sitôt, car il est peu probable que les restrictions de pêche soient levées tant que l’épave du navire n’aura pas été complètement enlevée.

« Nous avons entendu parler d’un plan pour enlever ce qui reste du navire. Mais nous ne savons pas exactement quand ce sera fait », dit-il.

En décembre 2020, Nagashiki Shipping, l’entreprise japonaise propriétaire du navire, a commencé à enlever la partie arrière du navire brisé. L’entreprise a annoncé qu’il faudrait des mois pour tout enlever. Les autorités locales avaient ordonné le sabordage de sa façade.

L’espoir de M. Beeharry pour l’avenir dépend de l’évolution de la situation de COVID-19 et de la marée noire dans les prochains mois.

« Au-delà de la crise du MV Wakashio, COVID-19 continue de faire des ravages dans le monde entier. Il semble qu’il vaut mieux être patient pour le moment », dit-il. « Nous avons réussi à envoyer nos trois filles à l’école. Nous espérons qu’elles seront éduquées et qu’elles saisiront les opportunités que nous n’avons jamais eues ».

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

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