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Le rôle de l’Afrique dans la restauration des terres et des écosystèmes dégradés de la planète

Dans la bataille globale contre le changement climatique et la diminution de la biodiversité, le succès de l’Afrique est essentiel

Rivières asséchées, forêts dénudées, bétail mort, enfants souffrant de malnutrition, populations démunies : ce ne sont là que quelques-unes des images poignantes que les médias dépeignent régulièrement de l’Afrique.

En effet, la dégradation des sols, la désertification et la sécheresse sont des sujets de préoccupation. Pourtant, nous savons que les tourbières, les pâturages, les forêts et les rivières du continent représentent la promesse d’une restauration.

 

Les tourbières, par exemple, peuvent stocker de grandes quantités de carbone pendant des siècles si elles sont protégées. Les pâturages, souvent considérés comme des friches improductives, sont d’importants réservoirs de carbone et une ressource de subsistance pour les communautés pastorales, utiles pour le pâturage des espèces sauvages et domestiques.

 

Les forêts sont également d’importants puits de carbone. Si elles sont dégradées et perdues, elles peuvent aussi devenir d’énormes émetteurs de gaz à effet de serre.

La dégradation des sols est un problème mondial

La qualité des sols est en déclin dans le monde entier. Les évaluations mondiales montrent que 40 % des terres de la planète sont dégradées, ce qui met en danger la moitié de la population mondiale.

Les terres et les sols dégradés perdent leur capacité à soutenir la vie animale et végétale. Ils ne peuvent fournir de l’eau, de la nourriture, ni se protéger contre les impacts des sécheresses, des inondations, des incendies, ou même des maladies comme le COVID-19.

L’homme est le principal responsable de cette situation difficile. L’homme a converti ou transformé 70 % des terres de la planète de leur état naturel en « terres gérées ». Le pâturage animal représente la plus grande catégorie d’utilisation des terres, suivi par les forêts et les terres cultivées.

En Europe, 25 % des tourbières, soit l’équivalent de 120 000 km2, seraient dégradées, et 60 à 70 % des sols ont perdu leur capacité de fonctionnement, ce qui risque d’entraîner la désertification de 25 % de l’Europe du Sud.

Aux États-Unis, la qualité des sols s’est tellement dégradée que les agriculteurs de ce pays dépensent environ un demi-milliard de dollars US en engrais synthétiques chaque année pour maintenir leur domination mondiale en tant que plus grands producteurs de maïs et d’autres cultures.

En Asie centrale, l’extraction d’eau à des fins agricoles a fait passer la mer d’Aral du quatrième plus grand lac du monde à une flaque d’eau relative, dévastant les moyens de subsistance et les économies du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan. Le lac Tchad, en Afrique occidentale, pourrait connaître un avenir similaire.

Déclin des forêts

Les forêts de la planète sont en déclin. La plupart de celles qui sont dans un état désastreux se trouvent dans les tropiques, comme l’Amazonie au Brésil et en Amérique latine, en Indonésie et ailleurs en Asie du Sud-Est, et au Congo en Afrique centrale.

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Les incendies de forêt et l’exploitation forestière ont accéléré la disparition des arbres dans les forêts boréales et tempérées de Russie et d’Amérique du Nord. Cooptées pour l’agriculture, les pâturages, qui couvrent 24 % de la surface de la terre, sont gravement menacés.

Les climatologues qualifient de désertification la dégradation des terres qui se produit dans les zones sèches et désignent comme coupables l’activité humaine – la surexploitation des sols et des ressources en eau – et le changement climatique.

La sécheresse accompagne souvent la désertification et touche chaque année plus de 55 millions de personnes dans le monde, en particulier les pauvres des pays à faible revenu.

La désertification, la dégradation des sols et la sécheresse touchent l’Afrique subsaharienne plus que toute autre région du monde. L’Asie vient juste après. Ces régions, dont la plupart sont des communautés rurales pauvres, composées de petits agriculteurs, de femmes, de jeunes, de populations autochtones et d’autres groupes à risque, subissent une pression immense pour se nourrir.

En soutenant les initiatives de l’Afrique, telles que ses engagements à inverser la dégradation des sols, à réduire la désertification, à infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre et à mettre un terme à l’extinction des espèces sauvages, le monde entier a tout à gagner. 

Une raison d’espérer

Dans le cadre des conventions de Rio – sur la biodiversité, le changement climatique et la désertification – et d’autres initiatives volontaires, le monde a accepté, par des promesses et des engagements, de restaurer un milliard d’hectares de terres et d’écosystèmes dégradés.

Les États membres des Nations Unies ont également déclaré la période 2021-2030 « Décennie de la restauration des écosystèmes ». Cela déclenche un mouvement mondial et alimente la dynamique de la restauration et de la gestion durable des terres.

Les pays d’Afrique subsaharienne sont responsables de près de la moitié des engagements et des promesses de restauration au niveau mondial. Nombre d’entre eux ont pris des engagements au titre du cadre pour la neutralité en matière de dégradation des terres et de l’initiative pour la restauration des paysages forestiers africains.

Les pays africains se concentrent sur la protection et la restauration des zones naturelles ainsi que sur la gestion et la réhabilitation des terres qui ont été converties en grande partie pour l’agriculture et la foresterie. L’Afrique a également promis de restaurer le Sahel et le Sahara par le biais de l’initiative de la Grande Muraille Verte (GMV) – un objectif audacieux, compte tenu de l’ampleur du défi que représente la végétalisation de plus de 100 millions d’hectares de terres désertiques et dégradées.

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Onze pays africains participent officiellement à la GMV. Jusqu’à présent, ce sont l’Éthiopie et le Niger qui ont le plus contribué à la GMV, principalement par la plantation d’arbres et le reboisement, la conservation des sols et de l’eau et la régénération naturelle gérée par les agriculteurs.

Paradoxalement, l’Afrique détient les meilleures solutions pour faire évoluer le monde vers un avenir sûr et résilient au changement climatique, mais elle est confrontée aux défis les plus difficiles. Le continent possède la population la plus jeune, la plus grande quantité de terres arables et le plus grand potentiel de restauration, et il abrite déjà un quart du stock mondial de populations sauvages.

Pourtant, l’Afrique abrite les populations les plus pauvres, qui sont les plus vulnérables au stress climatique et environnemental. Elle ne dispose pas non plus de la force politique nécessaire pour assurer un financement suffisant des mesures de restauration et d’adaptation requises.

Les estimations montrent, par exemple, qu’il faudra entre 36 et 43 milliards de dollars pour restaurer le Sahel, ce qui représente bien plus que les 16 milliards de dollars promis par les donateurs lors du One Planet Summit de 2021 pour la Grande Muraille verte.

Pour que le monde puisse restaurer ses terres et écosystèmes dégradés, l’Afrique doit réussir. Elle doit commencer par créer des moyens de subsistance et vaincre la pauvreté.

Une analyse récente estime que le respect des engagements mondiaux actuels en matière de restauration nécessitera 1,6 billion de dollars sur 10 ans. Une étude de 2015 portant sur 42 pays africains a montré que les bénéfices nets des mesures prises contre l’érosion des sols sur 105 millions d’hectares de terres cultivées, entre 2016 et 2030, pourraient rapporter jusqu’à 62,4 milliards de dollars par an. À l’échelle mondiale, les chercheurs estiment que les retombées économiques potentielles peuvent atteindre 125 000 à 140 000 milliards de dollars par an, soit bien plus que ce que cela coûtera.

Dans la lutte mondiale contre le changement climatique et la perte de biodiversité, le succès de l’Afrique est crucial. En soutenant les initiatives de l’Afrique, telles que ses engagements à inverser la dégradation des sols, à réduire la désertification, à infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre et à mettre un terme à l’extinction des espèces sauvages, le monde entier a tout à gagner.

Mme Kgomotso est conseillère technique principale en gestion et restauration durables des terres au sein de l’équipe Nature, climat et énergie du PNUD. Elle est basée à Istanbul.

 

Par: 

Phemo Kgomotso

Pour plus d’informations sur COVID-19, consultez le site https://www.un.org/fr/coronavirus

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