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Le 11 février 1990, c’est plus qu’un homme c’est un symbole qui quitte sa geôle

Le 11 février 1990, c’est plus qu’un homme : un symbole qui, en quittant sa geôle, Nelson Mandela s’apprête à changer la face du monde.

Le soleil s’appesantit sur la centaine de Sud-Africains venus acclamer leur héros qui s’apprête à quitter la prison de Paarl. Mais que pèsent un azur de plomb et une heure de retard au regard de vingt-sept années de réclusion et des quatre décennies d’apartheid ayant relégué le peuple noir et Nelson Mandela au purgatoire de l’histoire ? À ce moment, le leader du Congrès National Africain (ANC) dit adieu à son gardien blanc, Gregory.

Il est 16 h 14, ce 11 février 1990, lorsqu’une dizaine de véhicules quittant le centre de détention stoppe, enfin, devant le poste de garde. S’extrayant d’une voiture du convoi, Mandela apparaît souriant, en costume de ville, la main dans celle de sa femme Winnie, son autre poing brandi en signe de défi. L’homme fait quelques pas avant de remonter dans son véhicule qui va le conduire au Cap.

Le militant anti-apartheid ne cède pas aux compromis

Libre, définitivement. Son régime pénitentiaire s’était, certes, adouci avec le temps. En 1988, celui que l’on appelle de son nom tribal «Madiba» s’était fait admettre dans une clinique privée pour soigner sa tuberculose. Transféré dans une maison attenante à la prison de Paarl, il avait, l’année suivante, rencontré les présidents Botha et De Klerk. Ce dernier, issu de la branche progressiste du Parti National, souhaite alors mettre un terme à l’apartheid et accompagner cette transition démocratique par la libération de Mandela. Lequel n’entend rien céder aux compromis qui ruineraient les sacrifices consentis.

Il se souvient encore du 5 août 1962 où, huit mois après avoir créé la branche armée de l’ANC, il avait été arrêté, clandestin dans son propre pays, condamné au terme d’un procès inique à la prison à perpétuité. Le combat le plus rude avait commencé. Mais Madiba en avait vu d’autres… Né en 1918 et issu d’une famille royale Thembu, Mandela ne reste pas longtemps gardien de vaches. Brillant et fier, il se forge une conscience militante à l’université pour Noirs de Fort-Hare.

Placé à l’isolement, dans un quartier de sécurité

Rejetant un mariage arrangé, Nelson s’enfuit avec un cousin à Johannesburg où il découvre, entre métropole blanche opulente et town-ships misérables, la ségrégation. Sa rencontre avec Walter Sisulu est déterminante. Grâce au leader contestataire, il fait la connaissance d’Eveline, qui devient sa première femme. Mais Sisulu rebâtit aussi avec Mandela l’ANC qui va devenir, avec l’instauration de l’apartheid en 1948, un instrument de lutte pour l’égalité raciale. Dans le même temps, Nelson fonde, en 1952, un cabinet d’avocats.

“Chaque cas, chaque visite en prison, chaque entretien de client nous rappelait l’humiliation et la brûlante souffrance de notre peuple”, rappellera son associé Oliver Tambo. Lequel ajoute, au sujet de son quotidien avec Mandela : “Nous n’avons jamais véritablement été jeunes. Il n’y avait pas de danses, peu de cinéma, mais des réunions chaque nuit, chaque week-end.”

À l’orée des années 1960, le pacifisme de Nelson, tout juste remarié à Winnie, et celui de ses amis se mue en opposition frontale. Son incarcération n’en sera que plus brutale. Madiba se morfond dans un quartier de sécurité, à l’isolement, cassant des cailloux, construisant des routes que nul n’empruntera jamais. Son traitement suit la voie d’un sadisme raffiné. Bientôt lui est refusée la possibilité d’étudier, avant que son régime s’améliore au début des années 1970. Une table, une couverture et de l’eau chaude viennent tempérer son supplice. Mais les parties de foot lui sont interdites : pas question de sortir des quartiers réservés aux Noirs.

“J’ai consacré toute ma vie à la lutte du peuple africain”

Le soleil décline, ce 11 février 1990, lorsque Nelson Mandela fend, devant l’hôtel de ville du Cap, une foule enthousiaste et métissée. Quand il prend la parole, c’est pour prôner la réconciliation d’une Afrique du Sud “démocratique, non raciale et unifiée”. Devenu quatre ans plus tard président, sans faire preuve d’angélisme, il ne déviera pas de cette philosophie.

“J’ai consacré toute ma vie, plaidera-t-il, à la lutte du peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et la domination noire. J’ai chéri l’idéal de la démocratie et d’une société libre dans laquelle les individus pourraient vivre en harmonie avec une égalité de chances.” Madiba ne se sera pas contenté d’accompagner son peuple au seuil de la Terre promise. Survivant aux infamies, il aura vu son rêve réalisé. Sa plus belle récompense.

Kindy Dramé

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