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La Rébellion des esclaves de Moria.

Quand il y a oppression, il y a révolte ainsi vont les sociétés.
Il y a bien longtemps que je cherchais une histoire complète sur une révolte des esclaves sur les côtes guinéennes car beaucoup de textes font allusion à telle ou telle révolte mais sans plus.
J’en avais parlé dans une de mes publications et le doyen Amara Touré se donna la peine à faire un article sur le sujet. Cet article fut la base de mes recherches, je tiens encore une fois à le remercier le doyen. J’ai par la suite trouver le texte de Bruce Mouser, l’historien Américain.

Les faits se déroulèrent entre 1783 et 1796 à Moria. Le Royaume ou l’État de Moria est délimité à l’Ouest par le Royaume Sousou / Baga de Sumbuya, au Nord et Nord Est par la chaine montagneuse de Yangekori et à l’Est par le Royaume Sousou de Benna.
Moria est dirigé par des familles Mandingo, comme l’indique l’article de Bruce Mouser, qui y sont depuis longtemps et dont les Touré sont prédominants. Le Roi est nommé Almamy. Contrairement à Sumbuya et Benna, la loi islamique prévaut à Moria.

C’est un État esclavagiste dont les esclaves sont divisés en deux groupes : Les esclaves domestiques qui pouvaient prendre le nom du maitre par respect pour celui-ci et dont les conditions étaient un peu plus privilégiées par rapport aux esclaves des champs. Ceux-ci avaient la même valeur que les bêtes du maitre.
Ce sont les esclaves des champs qui produisaient du coton, de la cola, du riz et du sel que Moria vendait à l’intérieur pour avoir du bétails, de l’Ivoire et des esclaves.
Moria vendait aussi des esclaves aux négriers blancs dans le commerce triangulaire.

Moria avait des conflits avec Sumbuya et justement en 1783, Moria envoya une grande troupe pour attaquer Sumbuya en laissant peu de soldats sur place. Des petits groupes d’esclaves en profitèrent pour se révolter. La révolte pris de l’ampleur, des maitres furent décapités et leurs têtes brandies comme trophée. Les esclaves s’enfuirent en deux groupes.

Le premier, composé six cents rebelles est dirigé par Momby. Dans le texte du doyen Amara Touré, Momby et ses hommes partirent pour Benna où ils s’installèrent comme hommes libres. Ce qui est vrai mais pas dans un premier temps car Momby et ses hommes s’enfuirent dans les mangroves de Moria où pendant des années ils résistèrent aux troupe de Moria. Les esclaves qui cultivaient du riz dans les mangroves dont Momby, connaissaient très bien cette partie de Moria. Bruce Mouser dit que Momby était très intelligent et dans le texte du doyen Amara Touré, certains européens le qualifient de Spartacus Africain. Cela veut tout dire.

Le second groupe dirigé par Dangasago et d’autres chefs qui ne sont pas nommés dans les documents, se dirigea vers le yangekori de Sumbuya. Ils s’installèrent dans les villages de Yangekori, de Kania et de Funkoo. Le plus grand nombre s’installa dans le village de Yangekori.
L’ennemi de ton ennemi est ton ami, semble se dire Sumbuya, alors ses dirigeants tolérèrent cette installation. L’arrivée de plus d’en plus d’anciens esclaves commença à inquiéter les propriétaires d’esclaves de Sumbuya et quelques habitants libres de Yangekori mais les chefs de Sumbuya laissèrent faire. Les rebelles commencèrent à fortifier Yangekori, à chercher des points de ravitaillement en nourriture avant de commencer à cultiver leurs propres champs.

Les soldats de Moria commencèrent une nouvelle stratégie pour priver les rebelles en nourriture, ils commencèrent à kidnapper les paysans qui les ravitaillaient.
Entre 1786 et 1787, les rebelles se vengèrent en attaquants certains villages de Moria, ils rançonnèrent des riches propriétaires et capturèrent des personnes libres pour les vendre comme esclaves aux négriers pour s’acheter des armes.

Quel affront ? Moria envoya une expédition punitive et malgré de nombreuses pertes humaines des deux côtés, les rebelles résistèrent et les soldats de Moria se retirèrent brusquement.
Pendant des années, les rebelles continuèrent à fortifier leurs emplacement, à s’approvisionner en armes et à cultiver pour leurs nourritures.

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1789-90, les leaders de Moria et de Sumbuya moururent en peu d’intervalle, les deux États connurent une période de transition pour choisir ceux qui allaient désormais diriger leurs destinés. C’est en moment qu’un certain Fatta arriva à Moria. Fatta se faisaitt appeler Mahdi, il disait être descendant d’Ali Abu Talib, un cousin du prophète. Il lança sa guerre sainte pour apporter des rectificatifs.
De Benna, de Moria et de Sunbuya, des disciples accoururent et voilà Fatta à la tête de quinze mille adhérents dont beaucoup d’esclaves domestiques. Des notables de Benna, de Moria et de Sumbuya sont obligés de prêter allégeances au Mahdi, de montrer leurs connaissance de l’Islam et faire des dons. Des vieilles personnes qui sont taxées d’hérésie et de mauvaises pensées sont décapitées.

Fatta obligea même les négriers blancs à s’habiller en jaune. John Ormond Sr, un négrier du Rio Pongo qui avait fait fortune aux Iles de Los et au Rio Nunez avant de s’installer au Rio Pongo, fut obligé par les soldats de Fatta à aller prêter allégeance et à faire des dons. C’était obéir ou avoir la tête coupée. Il faut dire que Fatta avait besoin de trésorerie pour son armée. Il se disait aussi que Fatta était invincible.

Fatta rencontra les dirigeants rebelles de Yangekori, certains rebelles intégrèrent son armée.
Il rencontra aussi Momby, le Spartacus Africain et leur pacte permettra à ce dernier de prendre ses hommes pour aller vivre librement à Benna.
La venue de Fatta était en train de changer complétement les fondements de ces royaumes esclavagistes, ce qui n’était pas du gout des propriétaires d’esclaves.

La barrière entre les esclaves domestiques et ceux des champs était rigide, pas de changement possible de statu social sauf si l’esclave domestique commettait un adultère ou s’il enfreignait une loi islamique en vigueur à Moria, dans ce cas, il descendait dans la catégorie des esclave de champs.
Le fait d’humilier des nobles était déjà inadmissible pour les chefs locaux et négocier avec les anciens esclaves des champs était le pas à ne pas franchir. Il fallait donc agir.

A propos de l’invincibilité de Fatta, une de ses ex va vendre la mèche, elle déclara que le Mahdi n’est pas invincible, qu’il a eu des blessures lors des combats précédent son arrivée à Moria et pour preuve, il a des cicatrices sont sur son corps.
Les notables de Moria et Sumbouya décidèrent alors de former une coalition militaire pour tester l’invincibilité du Mahdi. Informé, Fatta va fuir pour se réfugier à Benna pensant y vivre en paix.
Les royaumes de Benna, de Moria et de Sumbuya collaborèrent pour arrêter Fatta et le juger. Verdict final, Fatta est un imposteur, dans de tel cas, le coupable est égorgé mais dans le cas de Fatta, par respect pour ses connaissances, il ne sera pas égorger mais achever à coup de marteau.

En Décembre 1793, les chefs de Benna, Moria et Soumbouya décidèrent que tous les esclaves doivent retourner chez leurs maitres. Comme il était hors de question pour les rebelles de retourner esclaves, cette décision n’est pour eux, rien d’autre qu’une déclaration de guerre.
Ils commencèrent à se préparer pour la guerre. Ils fortifièrent encore plus leur village, trois murs de 12 pieds adossés à la montagne, ils creusèrent de nouveaux puits sous les murs.

Les royaumes de Benna, de Moria et Soumbouya formèrent donc une coalition militaire pour éliminer les rebelles de Yangekori. Une réunion fut convoquée, cinq Roi y prirent part. Manguè Simba de Wonkapong, de Sumbuya est désigné commandant en chef de la coalition armée et Almamy Sitafa de Forécariah est désigné Général des attaques et tous les chefs de Benna, Sumbuya et Moria fournirent des troupes à la force coalisée.

Entre 1795 et 1796, l’assaut fut lancé, très rapidement Kania et Funkoo cédèrent, les captifs sont vendus ou décapités. La grosse bataille eut lieu aux portes de Yangekori, des pertes des deux côtés, les rebelles tiennent bon. Les alliés optèrent ensuite pour un blocus.

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En Mars 1796, un négrier Américain qui avait visité Yangekori, donna aux alliés des détails précis sur les fortifications du village. Sur la base de ces informations, les forces alliées lancèrent un bombardement intense le 22 Mars 1796. L’ordre est lancé aux rebelles de se rendre. Un chef se rendit avec sa troupe, un autre fut tué.
Le 28 Mars, le grand guerrier Dangasago est capturé, il fut trahi par un ami qui lui avait promis de la poudre à canon à récupérer hors de la fortification.
Le piège fonctionna et Dangasago fut découpé en morceau devant une troupe en liesse.

L’offensive dura cinq mois, Yangekori fut totalement détruit, ainsi s’acheva la plus grande et la plus longue révolte des esclaves en Afrique de l’Ouest.
Cette révolte est connue grâce aux documents des occidentaux qui étaient présents au début, pendant et à la fin du conflit.
Les royaumes de Benna, de Moria et de Sumbuya retournèrent à leur système esclavagiste d’avant.

Pendant la conférence de Forécariah de 1805 qui regroupa des négriers, des chefs locaux et le représentant du Gouverneur de la Sierra Leone, il fut question d’une révolte des esclaves qui avaient entravé la traite négrière et il fallait trouver des voies et moyens pour les prévenir, preuve qu’il eut d’autres révoltes des esclaves. Pendant cette conférence, il fut mention de cent tonnes de riz produit par des esclaves que Moria avait exporté en Sierra Leone.

Voici la réponse à une question que j’avais reçu : est-ce que les esclaves se révoltaient ?
Eh oui, au moment des kidnappings, pendant les voyages des caravanes, dans les entrepôts avant l’arrivée des bateaux, avant de monter dans les bateaux, dans les bateaux et à destinations, des esclaves se révoltaient toujours avec plus ou moins de succès et d’ampleurs.

En Amérique et aux Caraïbes par exemple, les révoltent furent documentés, c’est pour cela qu’il y a autant de livres et documentaires qui en parlent. Par contre très peu en Afrique et surtout en Guinée.

Les vrais Héros Africains sont les Momby, les Dangasago et les autres anonymes qui se dressèrent contre l’injustice aux prix de leurs vies.
Nous avons fabriqués des héros à des fins politiques, je ne connais pas l’histoire de tous nos chefs mais celles que je connais, je peux affirmer qu’ils étaient des vendeurs d’esclaves, des complices des négriers. La traite transatlantique n’allait jamais durer sans la complicités des chefs locaux.

Quand les Anglais firent des patrouilles pour arrêter des bateaux transportant des esclaves, des chefs locaux prirent des armes contre eux.
La guerre des Métis, au Rio Pongo, en est une parfaite illustration, cette guerre fut déclenchée parce que les Anglais signèrent un accord avec le Roi Balla Bangou qui mettait fin à la traite négrière. Pour toutes ces familles négrières et les chefs locaux, se commerce devaient s’éterniser.

La plupart des guerres saintes ou païennes avaient pour motif non avoué, se faire du butins de guerre et attraper des paisibles habitants pour en faire des esclaves. A mon humble avis.
Lisez des conclusions de ces guerres « ils firent des esclaves ».

Après cet article, mon envie est de prendre ma caméra pour sillonner les alentours de Yangekori et y faire un reportage. Même si le village n’existe plus, je serai fier de fouler le sol où des héros Africains se battirent pour la liberté.

La source principale de cet article est le texte de Bruce Mouser :
« REBELLION, MARRONAGE AND JIHAD: STRATEGIES OF RESISTANCE TO SLAVERY ON THE SIERRA LEONE COAST, c. 1783-1796”

Photo: des esclaves avant leur embarquement, photo prise au Musée de Charleston en Caroline du Sud lors des mes recherches.

Paul Théa

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