“La prorogation du mandat des députés est un glissement programmé par l’État pour ….”

La prorogation du mandat des députés guinéens par le président Alpha Condé continue de susciter des réactions. Dans un entretien accordé à notre rédaction, Dr Alpha Abdoulaye Diallo vice-président du conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG) accuse l’État de faire un glissement pour des fins inavouées.

Aminata.com: Quelle lecture faites-vous de la prorogation du mandat des députés ?

Dr Alpha Abdoulaye Diallo: La prorogation du mandat des députés est un glissement programmé parce que l’État connaissait déjà le programme. L’État a la responsabilité d’organiser les élections régulières pour permettre aux citoyens de renouveler le mandat des députés, des conseillers communaux et au président de la République. Si l’État n’a pas la volonté politique de le faire, c’est ce qui explique ce glissement voulu et programmé par l’État pour des fins inavouées. C’est un manquement à la responsabilité de l’État. Si non, les élections doivent être organisées de manière régulière. Le mandat des députés c’est cinq(5). Ils ont pris fonction au mois de janvier 2014 et on savait qu’au mois de janvier 2019, leur mandat est terminé. Le gouvernement devait anticiper et programmer les élections dans le budget de l’exercice 2018 pour pouvoir les organiser à date. Ne pas les organiser, c’est vraiment prendre les citoyens en otage et préparer des projets inavoués contre le peuple.

 

Quelles seront les conséquences de cette prorogation?

C’est le retard du calendrier électoral, c’est le glissement programmé, c’est le recul démocratique de la Guinée parce qu’on va avoir des députés dont le mandat est expiré qui vont continuer à parler au nom du peuple alors que le peuple a déjà d’autres ambitions. Ce ne sont pas ces députés qui vont réalisés ces ambitions des citoyens guinéens. Les conséquences c’est de faire du tort au peuple et à la bonne marche du développement du pays.

Est-ce qu’on peut s’attendre à des actions de la société civile pour amener le gouvernement à organiser des élections législatives à un bref délai ?

La société civile est monté au créneau depuis longtemps pour dénoncer ce manquement. Notre rôle, c’est de faire l’alerte, d’interpeller, faire des propositions et au besoin, faire des manifestations publiques. Comme vous le savez, aujourd’hui, les autorités ont pris le choix d’interdire toute forme de manifestation et ça c’est contre les libertés individuelles et collectives. C’est aussi un recul démocratique. C’est un mauvais choix du gouvernement parce que quand on parle de la marche de la démocratie, c’est la voix de majorité tout en respectant celle de la minorité. On ne peut gouverner dans un État de droit en faisant fi aux libertés individuelles et collectives. Dans un État de droit, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. Montesquieu a dit que tout homme qui dispose d’un pouvoir est tenté en abuser. Il faudrait que le pouvoir arrête le pouvoir. On voit qu’en Guinée, on cherche à tuer la démocratie et à créer les conditions d’une dictature qui ne dit pas son nom. Cela est inacceptable au 21e siècle. Donc, la société civile est dressée comme un seul homme et nous allons nous opposer à toute forme de recul démocratique.

Quel autre message avez-vous pour clôturer cet entretien ?

J’appelle les citoyens guinéens au sens de discernement et à la responsabilité. Les politiciens cherchent à diviser les Guinéens juste pour satisfaire leur chapelle. Mais, la Guinée est une et indivisible. Nous devons tous agir pour l’unité nationale, pour la cohésion sociale. Et pour cela, nous devons tous nous battre comme un seul homme contre toute forme de prise en otage et toute action qui va à l’encontre de l’enracinement de la démocratie dans notre pays. J’en appelle à la conscience citoyenne. Les gens doivent se débarrasser des considérations ethniques parce que ce sont des choses que nous n’avons pas choisi. C’est vraiment subjectif et empirique mais comme les politiciens n’ont pas de solutions à apporter aux populations guinéennes, ils utilisent les stratégies empiriques(diviser pour régner), des stratégies machiavéliques pour mettre davantage le pays en retard. Il faut nécessairement que les citoyens guinéens se réveillent et qu’ils sachent qu’on a un seul ennemi, un seul combat à faire qui est celui de l’ancrage démocratique,le développement de la Guinée et le combat pour le renforcement de la cohésion sociale.

Propos recueillis par Mamadou Aliou Barry pour Aminata.com

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