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Le Rio Pongo
Le Rio Pongo

La guerre des Métisses au Rio Pongo

J’ai décidé de réécrire cette histoire après un échange avec mon frère Sidikiba Keita qui a une des versions de cette guerre. Je connais deux versions ou deux interprétations de cette guerre :

Les Métisses qui ont attaqué des autochtones pour prendre leurs trônes et la guerre entre les négriers du Bas Pongo (qui ne voulaient plus de la traite négrière) et ceux du Haut pongo (qui voulaient continuer). Alors voici ma version de cette guerre qui fut sanglante. Rappel historique.

La seconde vague de Sousou qui arriva au Rio Pongo vers 1700, conduite par Domin DambaKanté (ou Conté selon Mr Camara du Rio Pongo), installa sa capitale dans le village qui portera le nom de leur chef Dominghia (chez Domin en Sousou). A la mort de Domin, son fils le remplaça et c’est ce fils qui transféra la capitale a Thia. A la mort de ce dernier en 1800, son chef de l’armée et gendre Uli Katy s’empara du pouvoir. Pour apaiser la situation, les Sages préconisèrent une alternance au pouvoir entre les descendants de Domin et ceux des Katy. Les Katy ne respectèrent pas ce pacte et ils garderont le pouvoir jusqu’en 1842.

A la succession au pouvoir en 1842, Balla Bangu, descendant de Domin et Mathias Katy furent opposés. Thomas Curtis soutenait la famille Katy (il y avait inter mariage entre les deux familles liées depuis très longtemps). Le précèdent Katy avait interdit une des routes du Rio Pongo aux caravanes du Fouta a un moment où cette région était très importante dans les échanges commerciaux du Fouta provoquant la colère de l’Almamy.

En 1942, le Fouta envoya une troupe pour soutenir Balla Bangu qui sera élu Roi du Rio Pongo. Il sera installé à Boffa où il y avait une troupe du Fouta pour sa protection. Il lui est recommandé de se référer au Fouta pour toute décision importante. En clair, un Roi aux ordres.

2) De la mer, en regardant le bras de mer qui est le Rio Pongo, nous avons Bakia à droite, contrôlé par les Gomez; à coté il y a Falanghian, contrôlé par les Wilkinson et plus loin Bramaya qui n’est pas dans le Rio Pongo, contrôlé par les Fernandez.

A gauche du bras de mer, il y a Boffa, le siège de Balla Bangu, à coté il y a Thia, le fief des Katy et enfin Kissing, chez les Curtis. C’était le Bas Pongo.

Plus au Nord, Sagna ou Saga Pauliya (chez Paul en Sousou), est le fief de Paul et Mary Faber, ensuite Bangalan, le fief des Ormond et enfin Faringhia, le fief des Lightburn. C’était le haut Pongo.

Disons en gros, que depuis 1807 et même avant, le Rio Pongo était dominé par les Blancs et les Métisses.

En 1851, les Anglais proposèrent un Traité au Roi Balla Bangu à Boffa, craignant la réaction du Fouta, le Roi refusa. Fin 1851, le Rio Nunez ayant repris totalement ses activités, le Fouta se désintéressa du Rio Pongo au profit du Rio Nunez comme au bon vieux temps.

En 1852, les Anglais proposèrent à nouveau le Traite et se sentant sans protection du Fouta, le Roi accepta. Le traité comporte quinze chapitres et deux seulement nous intéressent ici :

Celui qui autorise le Gouverneur de la Sierra Leone à avoir une résidence secondaire à Boffa et celui qui interdit la Traite Négrière au Rio Pongo. C’est ce chapitre qui déclencha la colère de Nyara Beli et de ses alliés. Comment un Roi sans royaume peut se permettre ?

Mary Faber, la famille Ormond (qui n’était plus puissante après le décès de John Ormond Jr). La famille Lightburn et la famille Wilkinson, se réunirent pour lancer un ultimatum a Balla Bangu de renoncer au Traite sinon ce sera la guerre. Le Roi refusa.

Ces familles vont former une coalition militaire qui sera dirigée par Foté Stell (Stell le blanc en sousou), surnom du fils de Nyara Beli. La troupe va installer sa base arrière a Dominghuia qui était contrôlé par un des fils de Charles Wilkinson. Stell croit fermement que Thomas Curtis est derrière ce traité. Comme un navire Anglais est permanemment dans le Bas Pongo alors que ce sont des petites embarcations de Anglais qui peuvent faire de patrouilles au Nord, il est presque impossible aux Curtis de continuer cette activité par rapport à ceux du Nord qui trouvent de failles. Et donc pour Stell, les Curtis y ont une complicité, autant en finir avec eux et contrôler tout le Rio Pongo.

L’objectif de cette coalition militaire est de marcher sur Thia fief des Katy alliés des Curtis et ensuite marcher sur Kissing.

A l’annonce de l’attaque, des chefs Sousou et Baga rassemblèrent leurs troupes a Thia pour soutenir les Katy. Stell fut informé du regroupement des Sousou et des Baga et donc attaquer Thia serai perçu comme une attaque des autochtones. Stell passa outre et donna l’ordre d’attaquer. Avec leur puissance militaire, Thia ne résista que pendant trois jours, la ville fut à feu et à sang. Premier objectif atteint.

Dans la thèse de Bruce Mouser présentée en 1972, il est marqué qu’un renfort des Sousou arriva pour battre la troupe de stell. Mouser m’a raconté que des années plus tard il avait voulu changer certains détails de sa thèse mais enfin de compta il ne fit rien mais apporta de nouveaux éléments dans ses publications.

Je ne voyais pas d’où pouvait venir ce renfort de Sousou et même s’il y avait eu un renfort, les armes rudimentaires ne pouvaient rien contre les canons de la troupe de Stell. Pendant des mois, je cherchais la réponse de cette étape critique. La réponse est dans la lettre du Gouverneur de la Sierra Leone à sa majesté.

“ Majesté, voici le traité avec Balla Bangu le Roi du Rio Pongo, qui a signé en arabe. Les autochtones seront contents de la fin de la Traite car ils n’en peuvent plus, par contre les Européens et les Américains avec leurs enfants de mères africaines, qui vivent de la Traite depuis des générations (il cite les noms de ces familles), attaqueront. Mais rassurez-vous, s’ils attaquent, nous les anéantirons et la traite ne se pratiquera plus comme c’est le cas actuellement dans le Rio Nunez.” voilà au peu la traduction.

Donc le renfort qui arriva venait de ls Sierra leone, le gouverneur du Fouta dans le Fatala, installé à Lisso, envoya des militaires pour récupérer Richard Wilkinson, son beau-père car il savait que la coalition n’allait pas tenir devant le déluge de feu qui s’annonçait. La troupe Anglaise bombarda Dominghuia qui fut mis à feu et à sang.

Thomas Curtis qui attendait Stell a la porte de Kissing, sachant l’arrivée d’une troupe Anglaise, changea de stratégie, il fonça sur Sagna Pauliya qu’il bombarda, ensuite il alla bombarder Bangalan avant de se diriger vers Faringhuia.

Le Gouverneur du Fouta a Bangalan déploya une troupe devant faringhuia pour empêcher Thomas Curtis d’y entrer. Quand Stell eut vent des bombardements de Thomas Curtis, il se précipita pour défendre sa mère. Grace a la troupe du Fouta, Faringhuia ne fut pas bombardé.

La guerre des Métis fut la plus meurtrière à cause de armes sophistiquées et à cause du nombre de troupes engagées de chaque côté.

On voit bien que ce n’était pas le haut Pongo contre le bas Pongo puisque Wilkinson du bas Pongo était dans la coalition. Les Curtis ne firent pas neutres et ce ne fut une attaque contre les autochtones pour prendre leurs trônes. Je ne connais pas la position des Gomez.

Il est marqué que Stell tua beaucoup de Sousou et pendant deux ou trois ans, il eut quelques batailles contre des sousou. Enfin de compte, il eut une grande assise pour le réconcilier. Ce fut la fin de la traite et les Métis continuèrent à se faire de l’argent dans le commerce légal. Mary Faber se retira au Rio Nunez chez sa fille jusqu’à sa mort. Certains disent qu’elle est morte en Sierre leone d’où elle était venue étudier au Rio Pongo. Elle était restée dans la région après son mariage avec Paul Faber.

Niara Beli fut centenaire, elle était désormais la doyenne des Métis. Elle fut l’alliée des Français. Dans les documents, les représentants du Fouta au Rio Pongo sont désignés Gouverneur c’est pourquoi j’utilise ce terme.

Nb : A part la lettre du Gouverneur de la Sierra Leone et de la promptitude du Gouverneur du fouta pour sauver son beau-père, je n’ai pas un document sur l’arrivée des troupes de la Sierra Leone et je ne vois aucune autre troupe Sousou capable de battre la coalition de Stell en ce moment précis.

Je ne suis pas un historien, ni une science infuse donc je peux bien me tromper sur cette partie Anglaise. Jusqu’à preuve du contraire, aucune autre explication ne me sera plausible sur la défaite de cette coalition.
Paul Théa

Apropos Alpha Oumar Diallo

Alpha Oumar Diallo est journaliste de formation. Issu de l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC), ce jeune pétri de talents et d'objectivité a travaillé dans de nombreuses rédactions en Guinée et a collaboré avec de médias étrangers. Passionné de l'écriture, il traite régulièrement des sujets d'actualité en toute impartialité et fait des analyses objectives.

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