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La Compagnie de la Sierra Leone vs les Négriers du Rio Pongo Quels enseignements en tirer ?

La Compagnie de la Sierra Leone vs les Négriers du Rio Pongo

Quels enseignements en tirer ?

Au début de mes recherches, je fus surpris de découvrir l’ampleur de la traite négrière au Rio Pongo et au Rio Nunez et ensuite sur les Iles de Loos, Soumbouya et Moriah. L’ampleur et la complexité de la situation au Rio Pongo me poussèrent à avoir une vue plus large et à tenir compte de certains éléments que j’avais laissé de côté, telle que l’organisation politique.

Il y avait une compagnie en Sierra Leone du nom de Sierra Leone Company, créée par des Missionnaires que certaines surnommèrent la secte Clapham. Leur objectif était de tout acheter et vendre sauf des esclaves. En 1793, le Gouverneur de la Sierra Leone William Daves et un de ces Missionnaires, Zachary Macauley, décidèrent d’explorer le Rio Pongo pour l’installation de cette compagnie. Entre 1793 et 1794, une autre guerre éclata entre les Peuls de Timbo et les Sousous de Sulima, la voie entre Timbo et Port Loko en Sierra Leone fut bloquée aux caravanes du Fouta, ce qui sera un motif supplémentaire de la Compagnie pour s’installer au Rio Pongo et devenir un entrepôt pour les produits en provenance de Timbo.

En 1795, Richard Buckle signa un accord avec Cumba Bali, Roi du Rio Pongo, installé à Dominguia, pour l’installation de la compagnie de Sierra Leone dans un domaine qui prendra le nom de freeport. La nouvelle de cet accord déclencha la colère des négriers William Skelton Sr, Benjamin Curtis, Irving et Ferri. Ils demandèrent à leurs tuteurs, c’est-à-dire les Chefs locaux qui leurs permirent de s’installer dans leurs villages, d’intervenir pour que Cumba Bali change de décision parce que la compagnie va nuire à leurs activités négrières. Les Chefs et les négriers vont alors se réunir chez le Roi. Peine perdue, le Roi va donc convaincre ces chefs que les taxes que la compagnie va payer est supérieur à celles de négriers et donc une manne à ne pas rater. La Compagnie s’installa et choisi Thomas Cooper, un métis, comme représentant. Les caravaniers iront vendre les marchandises de qualité à un prix attractif à la compagnie et ensuite vendre le reste des marchandises et les esclaves aux négriers. Une victoire pour la compagnie.

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Les négriers ne s’avouent pas vaincus, ils vont s’engager dans une guerre commerciale. Ils se concertent chez Ferrie à Bagalan et décident à adopter la stratégie du tout ou rien, c’est-à-dire refuser d’acheter les esclaves des caravaniers qui vendent leurs marchandises à la compagnie. Les Caravanes arrivent de Segou et du Fouta, impossible pour les caravaniers de retourner avec les esclaves. En plus, en 1796, les Peuls de Timbo gagnèrent la guerre contre les Sousous de Sulina et envahirent le Sulina et les captifs Sousous sont envoyés au Rio Pongo. Avec cette abondance d’esclaves sous les bras, les caravaniers n’ont pas d’autres choix que de tout vendre aux négriers. Une victoire des négriers.

Cette guerre commerciale dont je vous épargne les détails va pousser la compagnie à mettre les clés sous la porte en 1801. Victoire pour les négriers

Les leçons que j’en tire :

1. Depuis les années 1700, le Rio Pongo était décentralisé, ce qui donnait le pouvoir aux chefs locaux de négocier l’implantation des négriers dans leurs localités sans passer par le pouvoir du Roi. Je ne vois ce type de décentralisation au Rio Nunez, à Soumbouya et à Moriah. Sauf erreur de ma part.

 

2. Vous voyez bien qu’en 1795, les négriers passèrent par les chefs locaux pour faire changer l’avis du Roi. Progressivement, ces négriers vont se constituer des milices et devenir plus puissants que leurs tuteurs qui finiront par les craindre. Ils auront le pouvoir économique et le pouvoir militaire. Ils sont prêts à tout pour faire perdurer la traite négrière.

 

3. Puisque la plupart des négriers de la première génération épousèrent des filles de chefs et leurs descendants, les Métis, vont prendre le pouvoir politiques. Ceux qui n’ont pas le pouvoir politique seront les conseillées très écoutés du chef. C’est l’exemple des Curtis et des Katty.

 

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4. Il faut noter que certains chefs locaux étaient contre la présence des négriers. Quand John Ormond Jr devint chef de Bangalan, il envoya sa milice détrôner les chefs aux alentours de Bangalan qui s’opposaient aux négriers pour les remplacer par ces hommes de confiance. Preuve que les Métis étaient bien puissants au Rio Pongo.

 

5. Après la signature du traité entre Balla Bangou, Roi du Rio Pongo et les Anglais mettant fin à la traite négrière entre autres, le Gouverneur de la Sierra Leone qui connaissait bien l’hstoire du Rio Pongo, envoya le traité à la Reine d’Angleterre. Dans la lettre qui accompagnait le traité, il dit à peu près ceci « Les autochtones qui en ont assez de la négrière accueilleront favorablement ce traité, par contre, les Européens, les Américains et leurs descendants Métis (il cite les noms de quelques familles), qui font cette activité depuis des générations, attaqueront ce traité. Rassurez-vous Majesté, s’ils le font, nous les écraserons. Nous mettrons fin à l’esclavage au Rio Pongo comme c’est le cas actuellement au Rio Nunez ».

 

Marie Faber, Nyara Beli et Charles Wilkinson formèrent une coalition pour combattre le traité comme l’avait prédit le gouverneur et il eut un déluge de feu sur cette coalition á Dominghuia. Preuve supplémentaire que la guerre des Métis n’était pas une coalition de Métis contre des autochtones qu’ils dominaient déjà.

 

Sources : Trade and politics in the Rio Nunez and Pongo Rivers 1790… (la thèse de Bruce Mouser). Dans sa thèse, Mouser parle d’un renfort qui écrasa les Métis avec Dominghuia à feu et à sang mais il ne donne pas son origine. Je suis venue avec la conclusion que c’est le Gouverneur de la Sierra Leone qui avait respecté sa promesse à sa Reine. Je ne vois aucune autre force capable de battre cette coalition au Rio Pongo. Il a fallu l’encouragement d’un prof d’histoire pour que j’ose enfin publier que le renfort venait de Freetown.

 

Photo : Cases à Bangalan.

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