Accueil A LA UNE Instauration d’une monnaie unique dans la CEDEAO : avantages et limites

Instauration d’une monnaie unique dans la CEDEAO : avantages et limites

Après de nombreuses années d’attente, les pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devraient lancer leur propre monnaie unique dès 2020. Celle-ci remplacerait alors le franc CFA et sept autres devises nationales.
Lors de la 52ème Session de la conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de la CEDEAO qui s’est déroulée les 15 et 16 décembre 2017, le président burkinabè a précisé qu’une monnaie unique serait créée dans l’espace dès 2020. Le projet de création d’une monnaie unique dans la CEDEAO remonte aux années 1980. Toutefois, plusieurs facteurs et notamment l’harmonisation des systèmes monétaires ont freiné sa mise en œuvre.
Les avantages attendus de l’intégration monétaire
En premier lieu, le lancement de cette monnaie unique nommée l’« Eco » devrait contribuer au développement du commerce intra-régional très faible depuis la création de la zone. Selon un rapport de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique, le commerce intra-CEDEAO représente seulement 9 % du total des exportations et 10,5 % des importations de l’ensemble des Etats membres. La part du commerce inter-Etats au sein du marché unique de l’Union Européenne avoisine quant à elle les 60 %.
En second lieu, il y a également la réduction des coûts de transaction. Il faut en effet préciser que dans un espace où cohabitent des monnaies gérées différemment, la convertibilité n’est pas toujours évidente. La monnaie unique permettra à la CEDEAO de se doter d’un système de paiement efficace mais aussi de ne plus avoir à utiliser de monnaies tierces dans les transactions inter-régionales.
Ensuite, la monnaie unique devrait renforcer le tissu productif de la région. Les pays ne pourront donc plus procéder à la dévaluation de leur monnaie pour booster leur compétitivité au niveau économique.
Enfin, l’intégration monétaire fera réaliser de nombreuses économies de devises aux pays membres puisqu’elle éliminera les coûts de transactions liés aux opérations de change et supprimera les risques de change. L’instauration de l’Eco a également des limites soulignées par plusieurs acteurs.
Les obstacles à la création d’une monnaie unique
Le premier obstacle qui va à l’encontre de l’intégration monétaire concerne l’optimalité de la zone. Plusieurs travaux montrent que l’UEMOA et la CEDEAO ne sont pas des zones monétaires optimales (ZMO). Les théories avancées insistent sur la nécessité pour les unions monétaires de mettre en place des critères de convergence permettant de garantir que des pays initialement différents peuvent s’assembler pour amoindrir les chocs économiques survenant suite à la perte d’un outil monétaire.
Autre limite : le non-respect des normes. Certaines exigences ne sont pas respectées par les pays. Parmi elles, il y a la capacité à soutenir de manière continue les critères qualitatifs et quantitatifs requis. Plusieurs étapes restent incontournables comme la suppression des droits de douane, la mise en place d’un tarif extérieur commun ou encore l’harmonisation des politiques économiques et financières.
Un autre obstacle important existe : la volonté politique des chefs d’Etat. La concurrence entre les pays francophones, anglophones et lusophones empêche d’ailleurs le choix du régime de change. Par ailleurs, la mise en place de l’Eco aura des conséquences sur la cotation Forex, ce marché étant le plus liquide des marchés financiers.
Malgré les limites qu’elle pose, la création d’une monnaie unique permettra incontestablement à la CEDEAO de s’affirmer dans le monde.

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